La noblesse française et les affaires

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« Des "cercles" d’influence ? Ce n’est pas tout à fait notre sujet de prédilection »

Communauté de valeurs avant tout

La noblesse française est une communauté où l’on se connaît, se fréquente. Les liens d’affaires viennent indirectement.

Si cette communauté sait s’organiser au sein de clubs ou d’associations, les affaires sont loin d’être les sujets abordés en priorité. Elles seraient même plutôt bannies, comme au Jockey Club, qui compte près de deux tiers de ses membres issus de la noblesse française. Si les conditions d’entrée sont très strictes – il faut être coopté par les membres lors d’un vote où un vote négatif annule cinq votes positifs –, les affaires, tout comme la religion ou la politique, sont des sujets proscrits. Un lieu de rencontre, donc, de retrouvailles, mais certainement pas un réseau d’affaires. En fait, à l’inverse d’autres communautés plus organisées pour favoriser le business, la noblesse française ne ferait pas preuve d’une entraide particulière en son sein sur le sujet. Malgré les réseaux où se retrouvent les nobles de la haute société contemporaine, et malgré une identité qui reste encore forte aujourd’hui, plusieurs nobles interrogés restent sceptiques à l’idée d’une entraide particulière quand il s’agit d’affaires.

Nombreux points de contacts

En revanche, si les réseaux business ne sont pas revendiqués, il existe des moyens de se retrouver entre gens de même milieu, de même éducation ou de même passion, qui favorisent les échanges en tout genre, et où le sujet des affaires peut, parmi d’autres, venir sur la table. La chasse, par exemple est un excellent moyen de se retrouver, comme l’explique Arthur de Soultrait, fondateur de la marque à succès Vicomte A. : « La chasse est quelque chose de très fort, on crée de vraies relations, et on y rencontre aussi d’autres entrepreneurs avec qui l’on échange ». Mais cette activité, traditionnellement noble, n’est pas réservée à la seule noblesse. On y retrouve des gens de la haute société, qui ont des valeurs communes. Si l’aristocratie y est très présente, ce serait plutôt le mode de vie et le fait de posséder une propriété en France qui rassemble ces passionnés. Durant ces parties de chasse qui peuvent durer des journées entières, on partage des convictions, un art de vivre, et l’on peut également y parler affaires. Dans la même lignée que la chasse, le ball-trap ou l’équitation sont des activités qui permettent aussi de se retrouver. Si les rallyes, dans une autre mesure, peuvent favoriser les rencontres entre personnes de même origine sociale, là encore l’entre-soi ne s’étend pas au business. Le moteur n’est pas l’argent, mais plutôt les valeurs de la noblesse, nous confie-t-on. Parmi les nobles interrogés, aucun ne se souvient d’avoir été sollicité ou d’avoir sollicité un autre noble en faisant référence à cette racine commune pour obtenir un coup de main.

Se connaître, sans se coopter

Mais si les questions d’argent ne sont pas ouvertement évoquées, existe-t-il une entraide entre ces derniers comme l’affirment certaines idées reçues ? « Non, personne ne se sert les coudes en matière d’affaires dans la noblesse », réfute Arthur de Soultrait. Si plusieurs aristocrates reconnaissent que la finance, l’immobilier ou la diplomatie sont des métiers où l’on retrouve beaucoup de noms à particule, la cooptation serait plus une vue de l’esprit qu’une réalité. Dans certaines grandes banques cela a pu arriver, entend-t-on, mais cela n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, ou alors c’est très rare. Un constat partagé par Arthur de Soultrait : « Il n’y a pas, à ma connaissance, de cooptation entre membres de la noblesse. En revanche, il est évident que certains noms favorisent l’accès à certains postes, mais c’est en raison de leur carnet d’adresses et non de leur origine sociale ». Il reste cependant vrai que le fait de partager des valeurs communes peut aider de manière indirecte. Cela jouerait comme une garantie de comportement moral avec qui la confiance serait plus facile, mais là encore, nous dit-on, une simple particule ne permet pas d’ouvrir les portes. Cela jouerait comme un plus.

De beaux étendards loin de la réalité

Si des noms à particule comme Henri de la Croix de Castries, Augustin de Romanet, Geoffroy Roux de Bézieux ou encore le célèbre Baron de Rothschild se retrouvent à la tête de grands groupes français, leur patronyme n’y serait donc pas pour grand chose, au-delà de l’exigence de réussite que l’on peut retrouver dans ces milieux. Ils constituent plutôt l’arbre qui cache la forêt. En effet, au-delà du fait que si votre voisin possède un nom à particule, il n’en est pas automatiquement noble pour autant, les quelques grands noms issus de la noblesse ayant réussi dans les affaires ne représentent pas la réalité de la communauté. Près des deux tiers d’entre eux vivraient sous le seuil de pauvreté selon l’Association d’entraide à la noblesse française. Une association a justement été créée pour venir en aide aux familles issues de la noblesse les plus démunies, en attribuant des bourses d’études, en aidant à la recherche d’emploi ou en intervenant dans certains cas de chômage, accident ou autre.

Une initiative récente malgré tout

Cette association, qui recense également les familles nobles de France, a par ailleurs lancé cette année la première édition de son Prix Entreprendre, forte du constat qu’aujourd’hui, appartenir ou avoir appartenu au monde du travail est la réalité de la plupart des nobles, comme l’indique le Président de l’association, le Duc d’Uzès, sur son site internet. Une façon de venir en aide aux jeunes nobles qui se lancent dans l’entrepreneuriat, de solliciter les grands noms aristocrates du monde des affaires et de l’économie, et de favoriser les échanges, tout en rappelant que les valeurs de l’entreprise restent différentes de celles de la noblesse. Un balbutiement dans ce monde où les affaires restent un sujet de second plan. S’il y a bien un réseau inefficace en matière de business c’est bien les aristocrates, se laisse-t-on confier ! Une aide à laquelle Arthur de Soultrait n’a donc pas eu recours pour bâtir le succès de Vicomte A.

Nicolas Pagniez

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