Toulouse, le pari des cellules grises

Nostalgique, Nougaro cherchait sa pincée de tuiles rouges malgré les buildings grimpants et les avions ronflants. Et si la quiétude du Prieuré de la Daurade s’est vue menacée durant l’essor industriel d’après-guerre au profit des technologies de pointe dévoreuses d’espace, l’heure est de nouveau à l’harmonie entre le calme des vieilles enceintes et le développement économique de la ville. « L’Etat a apporté l’aéronautique, les pôles universitaires et de recherche et les organismes d’innovation, explique Pierre Cohen, maire PS de Toulouse et président de la communauté urbaine. Aujourd’hui, c’est aux collectivités de relever les défis économiques tout en les conciliant avec les enjeux sociaux et le développement durable. C’est dans cette optique que le centre cancérologique le plus important de France a vu le jour au Sud de l’agglomération ». Aussi la ville rose, métropole du savoir, avec le plus haut taux d’ingénieurs diplômés en rapport avec sa population, poursuit-elle le développement de nouvelles compétences : création de l’université de Toulouse ou lancement de la plateforme régionale de transfert technologique du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) Midi-Pyrénées, par exemple. Marier le savoir à la croissance économique pour rayonner en Europe. Voilà le nouveau credo prêché sous les voûtes de la basilique Saint-Sernin.

Tourisme en col blanc

Reconnue et admirée par ses pairs européens sur la scène de l’Ovalie, Toulouse serait en passe d’acquérir ses lettres de noblesse en matière de tourisme international. Pourtant, pas de fonds qatari, ni de nouvelles infrastructures pour soutenir la réputation et les ambitions de la ville. Juste une nouvelle marque : « So*Toulouse ! », d’abord gérée par une Société d’économie mixte (SEM) puis rachetée récemment par la ville. « Il s’agissait de faire du tourisme d’affaires, et en particulier du tourisme de congrès, une composante à part entière de l’économie et de la recherche, explique Jean-François Renac, DG de So* Toulouse ! Convention. Nous avons donc identifié les filières et les secteurs porteurs pour cette activité. Désormais, nous souhaiterions faire de Toulouse une ville créatrice d’évènements d’envergure, une ville résidente et non plus seulement l’escale d’évènements tournants. » Aujourd’hui, une cinquantaine de congrès se tiennent dans la ville rose et amènent plus de 150000 congressistes à venir battre le pavé des Minimes. La métropole a désormais intégré le top 80 des villes de congrès dans le monde.

Place aux start-up

Seuls 50% des entreprises créées survivent au-delà de cinq ans en France. Elles sont 75% à dépasser ce cap quand elles intègrent une pépinière. La communauté urbaine favorise ainsi le développement de projets innovants tout en développant des capacités d’appui au processus d’internationalisation des entreprises hébergées. « Toulouse Métropole a soutenu la création d’entreprise par le triplement des surfaces d’accueil en pépinières d’entreprises depuis 2001 », précise le maire de Toulouse, Pierre Cohen. Aujourd’hui, 85 jeunes pousses d’entreprises grandissent en leur sein. L’agglomération met ainsi à disposition six pépinières et quatre hôtels, avec une capacité totale d’accueil qui dépasse la centaine d’entreprises.

Le retour du rail

Encore promise à un bel avenir aéronautique, Toulouse n’en délaisse pas pour autant le rail. En atteste, l’un des projets phares en matière de transports : Toulouse-Euro-Sud-Ouest. Au carrefour de l’arrière-pays toulousain, de la région, de la France et de l’Europe, le site de la gare Matabiau prévoit la création d’un véritable pôle multimodal qui permettrait d’accéder à la capitale en 3h15 contre 5h35 actuellement. Côté aménagements, le projet vise à améliorer le fonctionnement de l’ensemble des fonctions ferroviaires tout en facilitant les échanges entre les différents modes de transport (vélo, voiture, bus, tramway,…). Un nouveau « bâtiment voyageur », à proximité du quartier Marengo est prévu à cet effet. La ligne à grande vitesse (LGV) desservira à terme l’Espagne. Mise en service programmée pour 2020.

Pôle cancer unique

Si par « renaissance » on entend d’abord le patrimoine architectural de la ville rose, ce concept entre aussi en résonance avec la résilience des territoires. Sur les cendres d’AZF, s’érige ainsi ce qui est voué à devenir le premier centre de recherche de lutte contre le cancer en Europe. « L’ambition de l’Oncopole ? C’est la réconciliation de l’homme avec le territoire, qui s’exprime par le regroupement des acteurs de la recherche publique, privée et clinique sur une même plateforme », précise Benjamin Gandouet, directeur du site. Projet ex nihilo, le centre de cancérologie s’installe sur plus de 220 hectares au sud de la métropole. A l’origine de ce nouvel espace de santé publique, un investissement de plus d’un milliard d’euros a permis la convergence des processus de recherche, de découverte et d’applications thérapeutiques personnalisées. « Une première en France et dans l’Union Européenne, comparable au fameux Massachusetts Institute of Technology (MIT) Outre-Atlantique », selon Benjamin Gandouet. L’Oncopole fédère ainsi quelque 3400 personnes et prévoit une masse critique autour de 4500 emplois, notamment autour de nouveaux métiers conciliant cancérologie et service à la personne. « Captor », premier projet structurant du centre oncologique dédié à l’élaboration de nouvelles formes de traitements anticancéreux, concrétise déjà les espoirs prométhéens du site.

 Tournesol, la touche verte

Scientifique et tournesol ? Si pour de nombreux amateurs du « neuvième art », ces deux termes évoquent une barbiche et un crâne dégarni, il en est tout autrement en Midi-Pyrénées. D’abord parce la région produit 45% des semences de ladite plante à l’échelle mondiale. Ensuite parce que la cité Mondine vient d’inaugurer son pôle de recherche agrogénomique entièrement dédié à cet oléagineux. Une première en Europe pour une fleur destinée à rayonner mondialement. Outre la valorisation d’un vaste patrimoine de ressources génétiques, le site intègre des domaines aussi variés que la phytopathologie ou l’écophysiologie, avec le souci de mettre en lien la recherche et le tissu économique local. Ce dernier comportant des semenciers d’envergure européenne. Objectifs ? Améliorer la compétitivité économique du tournesol et sa productivité pour anticiper les changements climatiques. Son exploitation demeure malgré tout modeste pour ce pan de l’activité économique régionale dominé par deux filières : le lait et la viande, l’agroalimentaire représentant la première industrie de Midi-Pyrénées en termes d’emploi, avec 25000 salariés dans plus de 4000 établissements.

Geoffroy Framery

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