Un poste de choix pour observer les filières d'avenir
Un poste de choix pour observer les filières d'avenir

Économie du futur à l’horizon

Comme un gigantesque pont au-dessus du Rhône, le rapprochement des savoir-faire entre Auvergne et Rhône-Alpes se bâtit pierre par pierre. Il en résulte un vaste territoire, reflet des multiples spécialisations vers lesquelles se tourne la France.

«Un concentré de tous les grands enjeux nationaux. » C’est ainsi que Laurent Baccouche, Commissaire général du Salon des entrepreneurs de Lyon Rhône-Alpes, résume le potentiel de la nouvelle grande région. De l’uberisation des services aux enjeux énergétiques, en passant par les biotechnologies et la santé, des acteurs locaux se positionnent comme des interlocuteurs incontournables des filières de demain. Comme à l’échelle nationale, le numérique, avec ses innombrables promesses, fait figure de fil rouge, de lien entre des secteurs qui jusque-là étaient souvent cloisonnés. Il permet même « de relocaliser des activités, grâce aux imprimantes 3D par exemple qui font baisser le coût de certaines productions », se réjouit Laurent Baccouche. En somme, les tremplins économiques ne manquent pas pour qu’à l’avenir l’Auvergne Rhône-Alpes soit identifiée comme une terre de référence dans l’Europe des régions.

Un foisonnement de filières à grand potentiel

Être la quatrième région européenne en matière de personnel travaillant dans la recherche a pour effet de se retrouver aux avant-postes dans bien des domaines. Sur le plan de la chimie, secteur phare de l’économie régionale, les matériaux biosourcés concentrent de grands espoirs. Tous les professionnels des filières plastiques et composites cherchent actuellement des alternatives au pétrole, dont le prix toujours plus élevé pourrait à moyen terme rendre son utilisation inappropriée. La chimie du futur, c’est-à-dire la chimie décarbonée, la chimie de spécialité, intensive, représente localement un excellent instrument économique et social pour assurer les emplois de demain et même en créer d’autres. Au cours des deux dernières années, le nombre d’emplois à l’échelle nationale a décru dans ce secteur d’activité, alors qu’il a progressé en Rhône-Alpes.

La bioéconomie, qui désigne une économie fondée sur l’utilisation rationnelle des ressources biologiques et renouvelables de la terre et de la mer, est elle aussi omniprésente dans la bouche des chercheurs et dirigeants d’entreprise, et fait évoluer bon nombre de métiers. Certaines PME se lancent par ailleurs dans des procédés de simulation de pollution ou des projets relatifs à la qualité de l’air. Des types d’activités quasi-inexistants il y a quelques années encore.

L’existence de pôles de compétitivité comme Lyon Biopôle en matière d’infectiologie et de santé, Imaginove, spécialisé dans l’imagerie et les contenus numériques, ou Plastipolis dans le domaine des matériaux et pièces plastiques, constitue un terreau favorable en vue de nourrir des approches participatives de projets innovants et permet un partage d’informations précieux. D’autres structures comme les centres techniques industriels regroupés au sein de l’Association des centres techniques en Rhône-Alpes (ACTRA), représentent une autre force pour faire évoluer l’industrie.

Grenoble, ville-laboratoire

Si le bassin grenoblois évolue quelque peu dans l’ombre du géant lyonnais, il occupe une posture avant-gardiste où l’innovation donne lieu aussi bien à la conduite de projets atypiques qu’à l’essor de savoir-faire scientifiques et technologiques. La naissance il y a quelques mois de la plateforme « Ville de demain » témoigne de cette particularité. Il s’agit d’une démarche visant à rapprocher les intelligences autour des chantiers du 21ème siècle. Toutes les formes d’innovation sont encouragées au travers de collaborations entre acteurs publics, économiques, académiques, ou membres de la société civile. Parmi les initiatives déjà lancées, on peut citer une étude sur la place de l’information en ville, en partenariat avec l’Institut de Géographie Alpine, ou encore sur l’émergence de l’économie du partage, menée conjointement avec Grenoble Ecole de Management. « Les services climatiques en ville ou l’optimisation des usages des bâtiments publics figurent parmi les domaines d’amélioration », illustre Thibault Daudigeos, professeur au sein de l’établissement.

La ville se distingue aussi par la richesse des activités R&D et l’émergence de nouveaux potentiels. Les responsables municipaux ont prévu la création de 400 start-up au cours de la décennie 2013-2023. Symbole du dynamisme local : en 2013, Grenoble s’est retrouvée en cinquième position au classement mondial des villes les plus innovantes établi par le magazine Forbes. « D’importantes mutations ont eu lieu récemment dans la région. Elles consistent notamment à passer d’un contexte de recherche pure à la recherche appliquée menant à la création de start-up », indique Thibault Daudigeos.

L’accompagnement des sociétés innovantes à tous les stades de leur vie est une des particularités de l’écosystème. Pour les projets encore dans l’œuf, GRAVIT (Grenoble alpes valorisation et innovation technologique) aide à la maturation des idées issues de la recherche. GRAIN (Grenoble Alpes incubation) prend ensuite le relais pour le développement de stratégies de conquête de marché. En troisième lieu, c’est la structure PETALE (Pépinière technologie alpine d’entreprises) qui intervient afin de mettre sur les rails le volet de recherche de financement et de partenaires.

Une approche transversale de l’innovation

Au carrefour des secteurs phares qui tractent l’économie régionale, on mise sur de nouvelles filières vouées à connaître un fort développement. « La gestion du dernier kilomètre dans le domaine des transports de marchandises, par exemple, fait intervenir des acteurs variés, issus des métiers de la logistique, des technologies. Il s’agit de thèmes transverses, aujourd’hui au cœur des priorités », explique Philippe Valentin, vice-président de la CCI de Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne en charge de l’international, des filières et des réseaux. « Parmi les filières à cheval entre deux secteurs, on peut citer le numérique appliqué au bâtiment, ou encore à la gestion du patrimoine. La rencontre de deux métiers en crée ainsi un troisième. Le résultat de cette tendance est une attractivité accrue et de nouvelles implantations d’entreprises sur le territoire », se réjouit-il.

L’innovation s’inscrit par ailleurs dans un véritable changement de paradigme : celle-ci n’est plus seulement technologique, mais intègre d’autres aspects relatifs à l’organisation, à la performance, au financement. Les projets collaboratifs sont désormais vus de manière plus large, avec une approche beaucoup plus globale qu’il y a quelques années encore. Le caractère transversal de la filière numérique revêt ainsi une importance capitale. Elle trouve des applications et usages dans une multitude de domaines d’activité, au sein même d’autres projets innovants. « Nous avons mis sur pied dans notre département un projet intitulé Soflex qui a été développé dans cette optique. Il consiste en une gamme de services professionnels disponibles sous forme de logiciels Métiers permettant de travailler avec des donneurs d’ordre. Les PME de la filière mécanique peuvent s’abonner à tout moment à ces solutions pour un temps qu’elles estiment nécessaires à leurs travaux. Concrètement, au lieu de payer 10000 euros pour l’achat d’une licence professionnelle, la société cliente s’acquitte d’un abonnement mensuel de 400 ou 500 euros », illustre Serge Zarembowitch, directeur du développement économique et international du Conseil départemental de la Loire. Une pratique d’achat d’usage au cours d’une période donnée qui s’inscrit pleinement dans les valeurs prônées par l’économie de la fonctionnalité.

De la création de valeur issue du rapprochement Auvergne-Rhône-Alpes

L’Auvergne a vocation à être une source d’inspiration pour le territoire rhônalpin, et inversement. De l’aveu de Philippe Valentin, « les allers-retours des responsables de filières et de Chambres de commerce entre Lyon et Clermont-Ferrand se multiplient car les savoir-faire des deux régions peuvent donner lieu à des innovations singulières ». Des synergies ont d’ores et déjà vu le jour. « Cette année, des opérations de rencontres et de croisements des connaissances entre l’écosystème des céréales, l’agriculture auvergnate, et le nôtre, sont organisées. Il s’agit de se retrouver dans le cadre d’événements communs. L’agriculture utilise de plus en plus de technologies numériques, pour garantir la traçabilité, pour mettre sur pied des processus d’automatisation. Dans notre cas, la fusion des régions aide donc à créer de nouvelles opportunités », estime Isabelle Guillaume, déléguée générale du pôle de compétitivité de Rhône-Alpes Minalogic, dédié aux solutions micro et nano-électroniques. Les projets en question impliquent le pôle de compétitivité Céréales Vallée du côté auvergnat.

Le potentiel touristique en ressort lui aussi accru par ce rapprochement régional. Avec quelque 20 milliards d’euros issus de la consommation touristique, 138000 emplois directs et 180 millions de nuitées par an, Auvergne Rhône-Alpes représente la deuxième région touristique de la première destination mondiale. Des thématiques comme la pleine nature, le thermalisme, les stations de montagne, formeront dès 2017 le cadre d’intervention prioritaire de la région en matière d’investissements. L’année 2016 est également marquée par la fusion des deux Comités régionaux de tourisme (CRT).

Laurent Baccouche souligne que les acteurs « n’ont pas attendu le récent rapprochement régional pour faire se rencontrer les savoir-faire et les ambitions. Mais la question de l’équilibre reste à trouver pour cette nouvelle grande région ».

Nourrir les forces territoriales insoupçonnées

Lyon et ses environs, terre de l’offshore pétrolier. Le constat peut paraître surprenant, c’est pourtant bien une réalité. « Nous avons remarqué au cours des dernières années que bon nombre de sociétés étaient directement ou indirectement impliquées dans ce secteur et qu’elles avaient des intérêts communs sans même le savoir. L’activité s’exerçait en ordre dispersé. C’est pour les rassembler et structurer la filière que nous avons mis sur pied un club d’animation. 170 sociétés locales sont aujourd’hui regroupées et se côtoient régulièrement », explique Laurent Baccouche.

Ce travail de mise en réseau se vérifie dans d’autres domaines d’activité qui gagnent en importance, comme dans l’agriculture innovante. La plaine de la Limagne doit voir naître dans les prochains mois un laboratoire d’innovation territorial à ciel ouvert visant à élaborer une offre agro-écologique connectée. Les exploitants agricoles et autres acteurs auront vocation à mettre à profit les dernières avancées scientifiques et technologiques permettant de gagner en performance et en qualité. L’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea), l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), le pôle de compétitivité Céréales Vallées et le groupe Limagrain sont les quatre porteurs de projet sur lesquels s’appuieront les acteurs de la filière.

« Dans tous les domaines d’avenir de la région, le rapprochement des organisations partageant des intérêts communs devient une constante. Même au sein de notre salon, les attentes des visiteurs et les approches évoluent, remarque Laurent Baccouche. Il y a dix ans, on se rendait sur le salon pour recueillir des informations pratiques relatives à l’organisation des projets, aux financements. Désormais, on cherche des informations beaucoup plus spécialisées, personnalisées. Le partage d’expériences avec d’autres entreprises ou organisations synonymes d’intérêt mutuel devient central. »

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