Une région qui oscille toujours entre tradition et modernité…
Une région qui oscille toujours entre tradition et modernité…

L’heure du renouveau

Autour du Mont-Saint-Michel et des plages du Débarquement, la région attend d’être reconnue internationalement pour d’autres spécificités, comme la modernisation de son industrie et l’émergence des savoir-faire dans la santé et le numérique.

Près de 1000 ans après Guillaume le Conquérant, la Normandie retrouve la configuration territoriale qui était celle de son apogée. Un présage ? Peut-être bien. Car la région recèle plus d’un potentiel. « L’image des pommes et des vaches qui nous colle à la peau doit être dépassée. Il y a bien d’autres particularités tournées vers l’avenir à faire connaître », assure Michel Collin, président de la CCI de Caen Normandie. Lequel estime d’ailleurs que « la fusion régionale peut contribuer à faire évoluer cette image ».

Les liens avec la riche Île-de-France sont un des éléments qui facilitent son développement. D’aucuns décrivent Rouen et la Vallée de la Seine comme la banlieue de la région parisienne. Le dynamisme de l’activité portuaire, symbolisé par le Groupement d’intérêt économique Haropa (Le Havre-Rouen-Paris), est l’une des forces régionales majeures. Les relations étroites au sein des secteurs de l’automobile ou de l’aéronautique témoignent également de cette réalité entre la région et l’Île-de-France. Mais la Normandie est également prometteuse en raison d’atouts propres, au centre desquels le tourisme, mais aussi les technologies de l’information et de la communication ou encore l’innovation relative à la santé et la médecine, qui réjouissent les investisseurs.

La fusion des savoir-faire sur les rails

Alors que certaines régions se demandent encore à quels types de projets la fusion administrative avec leur voisin va bien pouvoir donner naissance, la Normandie réunifiée concrétise le rapprochement territorial de multiples façons. Le pôle de compétitivité TES (Transactions électroniques sécurisées) avait jusqu’ici un périmètre d’action exclusivement bas-normand. « Avec la fusion, les acteurs du pôle sont venus visiter certains sites en Haute-Normandie, afin de mieux connaître leur potentiel et voir quels rapprochements et partenariats peuvent être intéressants à étudier », se réjouit Christèle Morin-Deforceville, directrice adjointe du développement économique en charge du Développement, de l’Attractivité et de la Solidarité au sein de la Métropole Rouen Normandie.

« Sans attendre que la fusion des deux régions soit effective, nous avons décidé de penser les futurs projets dans leur globalité », indique Didier Pézier, président de Seinari, la désormais ancienne agence de l’innovation de Haute-Normandie. L’événementiel des deux régions dédié à l’innovation, comme la Quinzaine de l’Innovation, suivait déjà un calendrier commun. Les Concours de l’innovation sont également regroupés. Avant 2015, chaque agence régionale de l’innovation – Miriade pour la Basse-Normandie et Seinari pour la Haute-Normandie – avait son concours, ses propres catégories et modalités. Le nouveau concours commun s’intitule Les Trophées « Y’a d’l’idée en Normandie ! ». A noter que la fusion entre les agences Miriade et Seinari, au sein d’une grande structure consacrée au développement économique de la grande Normandie, devrait être officialisée dans les prochaines semaines. Autre exemple de rapprochement effectif : les Rencontres Régionales de l’Innovation (RRI) sont ouvertes aux entreprises aussi bien bas-normandes que haut-normandes. La filière aéronautique Normandie AéroEspace (NAE), déjà largement présente sur les deux territoires, forme le symbole de la cohérence économique dans laquelle naît la fusion.

Un coup d’accélérateur pour le tourisme

La Normandie serait la deuxième région la plus connue au monde derrière la Californie, si on en croit certaines études. Par le poids de son histoire, la notoriété semble assurée. Pour autant, plusieurs grands chantiers viennent d’être lancés début février par le président de Région Hervé Morin, notamment pour favoriser l’essor de la filière touristique. La future marque « Normandie » doit ainsi servir de tremplin aux activités en la matière et contribuer à un rayonnement accentué. C’est la nouvelle agence d’attractivité de la région, installée dans les locaux de la CCI du Havre, qui hérite de cette mission. Lors de la présentation officielle de l’agence, Hervé Morin a annoncé qu’il souhaite s’appuyer « sur la renommée de la Normandie à travers le monde pour booster tous les domaines de l’économie régionale ». La technologie occupera une place de choix dans les développements. D’ici la fin 2017, une application doit être mise en service pour permettre à chaque touriste d’être informé sur tout ce qu’il est possible de faire ou voir (manifestations, festivals, spectacles, sites emblématiques…). Des projets autour de la réalité augmentée et du virtuel doivent également améliorer l’attractivité des différents sites.

La Normandie est la quatrième destination des Français pour les courts séjours. 16 millions de visiteurs se massent dans la région dans un objectif culturel, dont six millions pour le seul tourisme de mémoire. « On compte trois à quatre millions de touristes rien que sur nos plages, se targue Michel Collin. Il s’agit désormais aussi de soutenir les visites thématiques, comme le tourisme vert. » La « Normandie médiévale » ou la « Normandie littéraire » figurent parmi les potentiels à développer. La région invite d’ailleurs les départements à s’associer à cette démarche. Enfin, le tourisme d’affaires n’est pas délaissé par les nouveaux chantiers. Des équipes commerciales et marketing vont être créées pour démarcher les entreprises et salons, tant en France qu’à l’étranger.

L’industrie en plein relooking

A l’échelle nationale, le secteur industriel pèse dans le PIB à hauteur de 13%. En Normandie, la part monte à 18%. La présence de l’aéronautique, l’automobile, l’électronique, l’agroalimentaire, ou encore la pharmacie explique le tissu local diversifié. « Mais ces filières avaient un grand besoin d’innovations pour s’adapter aux mutations économiques. C’est le défi qu’elles relèvent à l’heure actuelle », indique Michel Collin. L’énergie est l’un des symboles du changement, avec notamment les parcs éoliens offshore au large de Fécamp ou Courseulles-sur-mer, qui viennent s’ajouter à la filière nucléaire déjà en place. Grâce à une configuration naturelle exceptionnelle, la région se paie même le luxe d’envisager la production d’énergie à grande échelle à partir d’hydroliennes, près de Cherbourg, une solution alternative qui, dans d’autres territoires, est rarement rentable. Mais le renouveau industriel ne repose pas uniquement sur le vent et la houle.

Aux côtés de Marseille, Nancy et Amiens, la métropole rouennaise est devenue en 2015 le terrain d’expérimentation de l’initiative collaborative « Servindus Lab », encouragée par le gouvernement. L’idée est de mettre autour d’une même table des acteurs des services susceptibles d’intéresser l’industrie. La maintenance à distance, le prototypage, l’ingénierie de données autour des savoir-faire relatifs au Big Data sont quelques-uns des thèmes censés redonner un nouveau souffle aux industriels normands. Lancée en 2014, l’initiative FFWD (Fast Forward) Normandie doit elle aussi être un coup de fouet à l’élan de l’écosystème local. Il s’agit d’un programme d’accélération d’entreprises qui a la particularité de ne pas être réservé aux start-up. « C’est un formidable outil d’attractivité, comme en témoignent des entreprises étrangères fraîchement implantées dans la région par ce biais, et un moyen de répondre plus rapidement à des besoins actuels du marché, souligne Olivier Kersalé, responsable de l’accélérateur. Par ce type d’action, nous accompagnons les mutations industrielles dans des conditions plus efficaces. »

De la Normandie à la e-Normandie

Rouen, Le Havre et Caen semblent avoir bien mérité leur étiquette « French Tech ». « Le potentiel de la filière numérique s’affirme d’années en années », assure Didier Pézier. Il s’articule notamment autour du pôle d’excellence rouennais Seine Innopolis, qui joue aussi bien un rôle de pépinière que d’hôtel d’entreprises sur plus de 7000 mètres carrés. « Le e-commerce, les applications mobiles et les solutions numériques pour le milieu industriel figurent parmi les spécialisations d’avenir de ces pôles », décrit Didier Pézier. Le terreau régional de l’innovation high-tech continue de se développer chaque année. Après Rouen et Caen, Le Havre est la troisième ville à se doter d’une pépinière et d’une Cantine numérique. A celles-ci s’ajoute le projet de FabLab de l’agglomération de Dieppe. « Ce ne sont pas les soutiens à l’émergence des idées porteuses qui manquent », constate Christèle Morin-Deforceville.

Les rapprochements industriels sont sources de collaborations qui tirent vers le haut d’autres filières comme le numérique. Le pôle de compétitivité automobile normand Mov’eo, dont la couverture s’étend déjà jusqu’en Île-de-France, tisse des liens toujours plus étroits avec le pôle francilien ASTech, positionné sur les systèmes embarqués, l’aéronautique et l’aérospatial. « Le numérique et ses évolutions essentielles comme les problématiques du Big Data sont souvent au cœur des échanges », mentionne Christèle Morin-Deforceville. Le tissu économique normand se caractérise par une grande variété d’activités. Le numérique, qui est synonyme de nouveautés dans de multiples domaines, sert donc d’opportunités à bon nombre d’acteurs. « La logistique portuaire, le BTP sont révolutionnés par les applications numériques. Même le milieu équin est concerné. Aujourd’hui, nos chevaux sont tracés grâce à des puces spécifiques, afin de surveiller de près leur état de santé », illustre Michel Collin.

Une bio-économie prometteuse

Si la Normandie est d’abord célèbre pour le Débarquement et ses décors verdoyants, la région se forge peu à peu une réputation de territoire expert dans un autre domaine : les technologies médicales et la santé. Le projet Archade (Advanced Resource Center for Hadrontherapy in Europe), qui attire les regards scientifiques de nombreux pays, est symptomatique de cette tendance. L’objectif est de développer des applications concernant la destruction de tumeurs. « Le projet est riche de 40 millions d’euros d’investissement, pour les seuls locaux, machines et différentes installations nucléaires, et d’un écosystème regroupant de multiples acteurs sur un même site au nord de Caen », souligne Michel Collin. L’ensemble du programme représente une enveloppe de 130 millions d’euros. Le CHU de la ville, le centre d’imagerie biomédicale Cyceron, et bien d’autres laboratoires de biologie et de physique sont impliqués dans ce vaste projet. « Bon nombre de chercheurs étrangers viennent tester nos machines innovantes, en particulier les équipements permettant la destruction de cellules cancéreuses sans tuer les cellules saines », poursuit-il. L’objectif, par cette initiative, est la création d’une filière de production de ces machines atypiques pour lesquelles la demande étrangère se manifeste d’ores et déjà. D’ici la fin 2018, les premiers patients pourraient être traités au centre Archade par cette technique de soins innovante.

De manière générale dans la région, « parmi les filières qui maintiennent une forte activité innovante, on trouve notamment la chimie, la biosanté et les MedTech. De nombreuses start-up se développent autour de prestations et de marchés de niche, soit dans le domaine des applications médicales ou des médicaments, soit dans des solutions de confort en terme de santé », indique Didier Pézier.

Matthieu Neu

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