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Entre 2026 et 2028, la généralisation de la facturation électronique provoquera un pic d’activité dans les cabinets d’experts-comptables et chez les éditeurs. Ce cycle court sera autant technique que concurrentiel, alors que la course aux parts de marché pousse certains nouveaux acteurs à adopter des stratégies très offensives, quitte à susciter des rappels déontologiques de l’Ordre.

La trajectoire réglementaire est établie : au 1er septembre 2026, toutes les entreprises devront pouvoir recevoir des factures électroniques, tandis que les grandes entreprises et ETI devront également les émettre dès cette date. L’État pilotera un portail public centralisant les flux, complété par un réseau de plateformes privées agréées, intermédiaires avec notamment pour rôle l’émission, la transmission et la réception de la facture électronique du fournisseur au client.

À un an de l’échéance, pourtant, l’écosystème n’est pas stabilisé : une centaine de plateformes sont immatriculées, mais « sous réserve », encore en phase de tests d’interopérabilité, dans un cadre encore en évolution, les spécifications techniques ayant continué d’évoluer en 2025.

Un effet d’entonnoir prévisible

Ce contexte explique l’attentisme d’une partie des entreprises. Beaucoup souhaitent sécuriser leur choix avant de s’engager, surtout les TPE-PME qui manquent parfois de visibilité sur les bénéfices immédiats de la réforme. Résultat : une part importante de la demande sera concentrée à l’approche des échéances, créant un effet d’entonnoir que les cabinets et éditeurs anticipent déjà.

En deux exercices, entre 2026 et 2028, il faudra équiper, former et accompagner des millions d’entreprises. Cette dynamique attire de nouveaux acteurs, qui flairent une opportunité économique. Mais une fois la vague passée, le risque est celui d’une contraction brutale, où les besoins d’assistance et de migration diminueront, tandis que les coûts de maintenance resteront. Après la réforme, l’activité se recentrera sur la qualité de service, le pilotage, l’exploitation de la donnée et l’optimisation des processus internes.

C’était un point largement relevé en octobre à Lyon, lors du Congrès de l’Ordre des experts-comptables, par les 8 000 experts présents (un record, signe de la recherche de réponses à leurs questionnements) : au-delà du passage aux nouvelles obligations, « la question clé est d’organiser son modèle pour l’après-2028 » pour les participants interrogés. De nombreux cabinets ont déjà commencé à s’y préparer. Habitués à accompagner les entreprises dans leur transformation numérique, ils renforcent leur positionnement sur le conseil, l’analyse de données et la structuration de process, afin de tirer parti des nouveaux flux d’informations.

Les entreprises, elles, ne sont pas contre la réforme, mais elles ne sont pas pour autant en avance. En septembre 2025, seule une entreprise sur cinq savait quelle plateforme agréée adopter et seuls 26% des dirigeants de TPE/PME se déclaraient prêts. L’offre, encore hétérogène, le manque de pédagogie, la complexité technique et les coûts de conformité freinent leur décision. Pour les plus petites structures, le retour sur investissement reste difficile à anticiper. Les bénéfices de l’automatisation seront d’abord captés par les grands groupes, déjà outillés pour exploiter les données en temps réel. Les PME redoutent surtout une réforme exigeante à mettre en œuvre, et préfèrent souvent attendre.

Survivre, et respecter les règles

Du côté des éditeurs, deux stratégies se dessinent. Les fintechs multiplient les offres « clé en main » et les campagnes de communication agressives pour capter le plus de clients, quitte à froisser la profession, voire subir des rappels au code de déontologie. Tiime est notamment critiquée pour avoir démarché directement les clients d’anciens cabinets partenaires après leur résiliation et Pennylane de proposer des rétro-commissions aux experts-comptables pour mettre en avant leur solution. Symbole de nervosité ? L’irruption de leur modèle, fondé sur la disruption et la conquête rapide, devra désormais prouver sa capacité à durer et à absorber la conformité sur le long terme pour ne pas s’avérer déceptif.

Les acteurs plus historiques, forts de leur ancrage dans l’écosystème comptable, avancent plus prudemment, misant sur la continuité, la conformité et la fiabilité de leurs interfaces plutôt que sur la conquête. Ce rythme plus mesuré vise à absorber la réforme sans trop bousculer les clients ni rompre la continuité de service. Dans un marché déjà tendu, la qualité du support et la solidité technique pèseront autant, sinon plus, que la vitesse d’exécution. La réforme testera ainsi la maturité réelle des différents modèles, au-delà des promesses commerciales.

La montée en charge sera brève et exigeante, mais elle constitue une étape nécessaire. À terme, la facturation électronique vise à améliorer la qualité des flux, des process et des missions. La réforme impose un rythme soutenu, mais elle offre surtout un cadre plus structurant. Aux acteurs de s’y préparer dès maintenant, dans les règles de l’art.

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