2021 : placements osés mais prometteurs

La faiblesse des taux bien partie pour durer va réduire le rendement des fonds en euros à peau de chagrin. Il ne faut cependant pas désespérer. Dans un environnement marqué par la reprise progressive de l’économie mondiale grâce aux vaccins contre la covid, les épargnants opportunistes sauront tirer leur épingle du jeu.
Du côté de l’immobilier, malgré l’impact de la crise, les SCPI restent une valeur sûre. Au surplus, certaines actions, malmenées l’an dernier, pourraient repartir à la hausse dans les prochains mois dans le sillage de la conjoncture. Enfin, il n’est pas interdit de spéculer sur les marchés grâce à des produits de Bourse simples à appréhender. Pour les investisseurs téméraires, le private equity continuera d’offrir des rendements généreux, tout comme le crowdfunding immobilier. En revanche, gare à ne pas oublier cette veille loi d’airain : le potentiel de gains est toujours à la hauteur du risque pris !

1 – Les SCPI des avantages nombreux, une gestion à diversifier

La pierre-papier, placement de plus en plus prisé des épargnants, a finalement tenu le choc en 2020. Malgré l’impact de la crise sanitaire sur le marché des bureaux et des commerces, le rendement moyen des SCPI devrait atteindre 4 % en 2020, contre 4,4 % en 2019. « Les propriétaires sont parvenus à limiter les effets sur les revenus locatifs grâce à des aménagements avec les locataires. Des différés de paiement de loyers ont été accordés, souvent assortis d’un allongement de la durée du bail », explique Jean-Marie Souclier, directeur général de Sogenial Immobilier. Pour autant, l’année qui vient de débuter s’annonce plus compliquée pour des secteurs comme le commerce et le tourisme. Dès lors, certaines SCPI trop spécialisées sont plutôt à déconseiller au profit de SCPI très diversifiées avec des biais dans les secteurs plus porteurs comme la logistique (dopée par l’e-commerce) et les régions.

« Une SCPI traditionnelle, de bureau, rapporte entre 4 et 4,5 % par an, mais une SCPI bien diversifiée avec une exposition internationale peut dégager près de 6 % par an », ajoute Jean-Marie Souclier. Pour optimiser son rendement sans prendre de gros risques, le spécialiste conseille : sur 100 % à investir en « pierre papier » (SCPI), placer 70 à 80 % dans les SCPI « sûres » et le reste dans des spécialisées afin de gagner un supplément de rendement. « Les SCPI régionales très diversifiées ont affiché en 2020 de bonnes performances, plus de 6 %, et cette dynamique devrait se maintenir cette année. » « Les avantages des SCPI sont nombreux : investissement dans des bureaux ou commerces en France ou en Europe avec des locataires de grande qualité pour obtenir une meilleure rentabilité que dans l’habitation, diversification du risque par le nombre de biens, gestion menée par des professionnels, simplicité d’acquisition et de gestion, simplicité de revente dans un marché hors crise », rappelle enfin Benjamin Sipac, ingénieur patrimonial chez Amplegest.

2  – Les actions jouer l’innovation et la disruption

Le monde de la finance a vécu une année 2020 singulière. Les investisseurs ont traversé la pire récession mondiale depuis la Seconde Guerre mondiale et pourtant les marchés actions mondiaux ont bondi de 16,5 %. Surtout, depuis le net rebond des marchés commencé en novembre, les investisseurs se demandent si ces marchés montrent des signes de surchauffe. « Nous ne le pensons pas. Certes, les GAFAM ainsi que Tesla ont flambé, mais globalement les valorisations sont inférieures à celles de la bulle Internet du début des années 2000. Hors Gafam, le S&P500 n’affiche qu’une hausse de 6 % en 2020. Hors secteur technologique, le MSCI World se traite à 17,7 fois ses bénéfices, ce qui est plus en ligne avec les moyennes historiques.

Aussi, nous estimons que les marchés actions et notamment certains secteurs ont encore du potentiel », indique David Zylberberg, expert en investissement responsable chez UBS France. Il favorise les secteurs cycliques qui vont bénéficier du retour à la normalité. Ainsi, les secteurs qui ont le plus souffert de la pandémie, comme le tourisme et le transport aérien, devraient bénéficier d’un effet de rattrapage. « Selon nous, les marchés devraient retrouver leurs niveaux précrise à la fin de l’année. Ils fluctueront d’ici là au gré des annonces autour des vaccins. Le potentiel de progression existe, mais il n’est pas uniforme. Les valeurs de secteurs matures comme la finance, les services aux collectivités, le pétrole, les télécoms et qui délivrent des dividendes, devraient également être recherchées », conseille David Zylberberg.

Pour les investisseurs plus avertis, Karl Toussaint du Wast, cofondateur de Netinvestissement, recommande de jouer l’innovation et la disruption. « Le secteur de l’intelligence artificielle devrait connaître une croissance à deux chiffres au cours des vingt prochaines années. De même, le secteur des transports est en plein bouleversement avec l’hydrogène vert lié à l’essor des voitures électriques, les drones, etc. Enfin, je suis persuadé que le secteur de l’alimentation va revenir au cœur des préoccupations grâce à des start-up spécialisées capables d’inventer des processus capables de produire énormément pour répondre au défi démographique tout en étant écologiquement responsables. Selon moi, ces secteurs pourraient afficher des bonds de 25 à 30 % par an pendant un certain temps. Bien sûr, c’est un pari risqué, car certaines sociétés échoueront. » Dans ce cadre, l’épargnant averti a intérêt à investir plutôt dans des fonds spécialisés comme Carmignac Emergents ou Sustainable de Degroof Petercam AM.

3  – Les ETF « shortez le marché » !

Pour les épargnants sûrs de leurs convictions, pourquoi ne pas jouer sur les ETF (Exchange-Traded Fund) ou fonds indiciels cotés, aussi appelés trackers. Sous un nom compliqué se cache un moyen simple et efficace d’investir en Bourse. « Ceux qui pensent que les marchés vont s’effondrer de 40 % cette année peuvent acheter un ETF inversé avec effet de levier. Au cœur de la crise en février/mars 2020, beaucoup d’investisseurs ont largement gagné en “shortant le marché”. Avec un effet de levier de deux, lorsque l’indice sur lequel l’ETF est calé perd 40 %, l’investisseur empoche 80 % ! », jongle Karl Toussaint du Wast. Bien sûr, si le marché va dans le sens opposé, l’investisseur perd l’intégralité de son capital. Heureusement, les ETF n’ont pas d’échéance, ce qui signifie que l’investisseur conserve sa position en attendant des jours meilleurs.

4  – Les cryptomonnaies un essor soutenu dans les années à venir

Ça n’a échappé à personne. L’année 2020 a été exceptionnelle pour le bitcoin. La plus célèbre des cryptomonnaies a flambé de 300 % à plus de 40 000 dollars. La pandémie fut un élément clé qui a provoqué une nouvelle vague d’investisseurs particuliers vers les marchés des cryptos, selon le sondage réalisé fin juin auprès d’un millier d’Américains par Grayscale Investments, une société financière qui gère le plus gros fonds bitcoin (10 milliards de dollars de capitaux). Son fondateur, Barry Silbert déclarait en 2014 que « vous allez perdre votre chemise ou faire fortune » en investissant sur le bitcoin, qui valait alors entre 300 et 1 000 dollars… Preuve de son importance au sein de la classe des actifs alternatifs, BlackRock, premier gestionnaire d’actifs mondial, vient d’inclure des produits dérivés du bitcoin dans la liste des actifs éligibles à deux de ses fonds d’investissement.

Selon JPMorgan, il ne fait guère de doute que son essor se poursuivra dans les années à venir. « Cependant, cette monnaie virtuelle reste très volatile. Bien que nous ne puissions pas exclure la possibilité que la frénésie spéculative actuelle se propage davantage, jusqu’à pousser le prix du bitcoin vers la zone de consensus située entre 50 000 et 100 000 dollars, nous pensons que de tels niveaux de prix s’avéreraient insoutenables », prévient la banque américaine. Mais est-il encore temps de miser sur le bitcoin ? « Le marché des cryptomonnaies est amené à dominer la finance mondiale dans les années à venir. L’émancipation de la finance décentralisée est irrémédiable », assure Karl Toussaint du Wast.

Cependant, l’expert recommande de diversifier son investissement parmi plusieurs cryptomonnaies comme l’ether, le litecoin ou du ripple. Dans le détail, le cofondateur de Netinvestissement conseille d’investir dans un panier d’une quarantaine de monnaies virtuelles à travers des plates-formes agréés par l’AMF et de n’y consacrer que 10 à 15 % de son allocation globale. « Certains paniers ont flambé de 300 à 400 % l’an dernier, mais avec une grande volatilité. »

5 – Les produits de Bourse jouer, mais avec garde-fous

Pour gagner vite et beaucoup sur les marchés, un nombre croissant d’épargnants se tournent vers les produits dérivés, comme les CFD et les turbos. Il s’agit de véhicules d’investissement négociables avec effet de levier. Le CFD (Contract for Difference) se négocie de gré à gré (OTC) avec son émetteur. Il offre aux investisseurs de se positionner à la hausse ou à la baisse sur un sous-jacent (indices, actions, devises, futures).

En 2018, l’Autorité européenne des marchés financiers (Esma) a règlementé ce marché en limitant les effets de levier à 30 fois pour les devises, 20 fois pour les indices, 10 fois pour les matières premières, 5 fois pour les actions et 2 fois pour les cryptomonnaies. Le concept est très simple : lorsque vous tradez un CFD, vous acceptez d’échanger la différence du prix de l’actif entre le moment où le contrat est conclu et le moment où il est clôturé. L’un des principaux avantages du trading sur CFD est de négocier sur les mouvements de cours à la hausse ou à la baisse, et les gains réalisés dépendent de la justesse de votre prédiction. Les plates-formes de trading comme IG ont mis en place des garde-fous pour empêcher que l’investisseur ne perde plus que la somme investie. « Plus l’effet de levier est fort, plus le gain sera élevé. Ces produits sont très volatils, aussi est-il possible de gagner très vite, mais de perdre tout aussi rapidement. C’est pourquoi il est essentiel de prêter attention au ratio de l’effet de levier et de vous assurer que vous restez maître de votre trading », prévient Christophe Bert, responsable développement chez IG. Il est donc primordial de mettre en place une stratégie et de s’imposer des règles de « money management », en se fixant des objectifs de gains et de pertes.

« L’investisseur a la main à tout moment pour fermer sa position. La plupart des investisseurs font du scalping, c’est-à-dire qu’ils prennent des positions de quelques secondes à quelques minutes pour tenter de gagner sur des variations très faibles », révèle Christophe Bert. De leur côté, les turbos s’échangent sur des places de négociation plutôt que de gré à gré et offrent un carnet d’ordres transparent susceptible de vous faire évaluer le sentiment de marché et planifier votre stratégie. En France, IG a innové en lançant les turbos 24 qui se négocient sur la plate-forme de l’opérateur Spectrum. Le principal atout de ces produits de Bourse innovants est d’être négociables 24 heures sur 24, du dimanche 23 heures au vendredi 23 heures. « L’intérêt de ce service a été particulièrement criant début novembre, dans la nuit des résultats de l’élection présidentielle américaine. La volatilité était très élevée et certains investisseurs qui avaient des positions perdantes dans la nuit ont pu les conserver et profiter ensuite de l’ouverture en nette hausse de la Bourse de New York le lendemain, ce qui n’est pas le cas des turbos traditionnels qui peuvent expirer prématurément si le marché sous-jacent évolue à l’encontre de l’exercice, et atteint le niveau maximum de pertes – niveau barrière – préétabli. En effet, même si la valeur de l’actif sous-jacent atteint le niveau de perte programmé pendant les fermetures du marché, elle peut se redresser avant la réouverture et générer des bénéfices », explique Christophe Bert.

6 – Le private equity : placement juteux mais de long terme

Pour les investisseurs allergiques aux fluctuations des marchés, le private equity (prendre une participation dans une société non cotée en Bourse, puis la revendre avec une plus-value potentielle), représente une alternative. Le private equity est un placement susceptible d’offrir une rentabilité significative, de 10 à 20 %. Le ticket d’entrée est élevé, 100 000 euros au minimum, et il est complexe d’investir dans les fonds les plus performants qui sont la chasse gardée des grands institutionnels. À cet égard, le lancement récent par Bpifrance d’un fonds qui investit dans le non-côté représente sans doute une opportunité pour les clients qui voudraient tester cette classe d’actifs avec un ticket d’entrée plus faible. « Le rendement est la récompense du risque. Or, il est possible de perdre une partie de son capital dans le private equity. En outre, il s’agit d’un placement de long terme, 10 à 15 ans minimum, période pendant laquelle les capitaux sont indisponibles. Le private equity se compose de plusieurs segments, le capital-risque, par définition plus risqué mais plus rémunérateur (25 % ou plus), le capital développement et le capital transmission », explique Benjamin Spivac.

7 – Le crowdfunding immobilier rendement à court terme, à diversifier absolument

Le crowdfunding immobilier a le vent en poupe ces dernières années. Et pour cause, en 2020, le financement participatif de projets de constructions immobilières a dégagé 9,3 % de rendement annuel moyen, hors fiscalité, avec une maturité moyenne de 21 mois. Le crowdfunding immobilier est un placement de très court terme. L’épargnant, via des plates-formes spécialisées comme Citésia Anaxago, Clubfunding, Fundimmo, Homunity et Wiseed prête de petites sommes à des promoteurs immobiliers (ou d’autres professionnels immobiliers) sur une courte durée pour financer leurs projets. Une fois le bien construit et vendu, le promoteur rembourse l’investisseur de sa mise de départ majorée d’un intérêt servi pendant l’immobilisation.

« Nous recommandons aux investisseurs de diversifier leurs placements sur plusieurs projets et d’investir des sommes adaptées à leurs capacités financières » conseille Jean-Damien Cerisier, président de la plate-forme Citesia. En cas de défaillance du promoteur, la créance obligataire, remboursable après la dette contractée auprès de la banque, risque difficilement d’être honorée. Le crowdfunding immobilier affiche une belle résilience en 2020 malgré la crise sanitaire avec « un taux de défaut inférieur à 0,2 % et un taux de retard dans le remboursement en baisse à 11 %. On s’attend toutefois à une légère augmentation de ces indicateurs sur l’année 2021 », prévient le dirigeant. Le crowdfunding immobilier séduit majoritairement des actifs entre 30 et 55 ans, attirés ou enclins aux placements alternatifs. « Je constate également un intérêt croissant des seniors en quête de rendement à court terme ou d’entreprises souhaitant placer leur trésorerie », conclut Jean-Damien Cerisier. Accessible sur la plupart des plates-formes dès 1 000 euros, le ticket moyen s’établit en 2020 à 4 711 euros.

Pierre-Jean Lepagnot

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