Les placements « béton » de 2021 !

Cette année, le taux d’épargne des ménages devrait franchir la barre des 20 %, au plus haut depuis 40 ans. L’insécurité liée à la covid-19 a rappelé que la constitution d’une épargne constituait un filet de sécurité salutaire dans un monde où il faut désormais prévoir l’impensable. Voici un – rapide – tour d’horizon des principaux placements disponibles l’an prochain, sachant que le produit miracle n’existe pas et que le maître mot reste la diversification pour limiter les risques.

«Depuis la crise de 2008, les attentes des épargnants ont changé. Nous ne sommes plus dans une phase où le client cherche la meilleure performance, mais le produit qui lui offre le meilleur rapport rentabilité/sommeil. L’objectif n’est pas d’investir dans le placement le plus performant de sa catégorie, mais celui qui répond le mieux à ses besoins », philosophe Christian Cacciuttolo, président de l’Unep (Union nationale d’épargne et de prévoyance).

1 – Dons et legs aux associations : le plaisir d’offrir et de défiscaliser

Avant de penser à faire fructifier, pourquoi ne pas donner aux associations ? En retour, le contribuable bénéficie d’une réduction d’impôt de 66 % du don, dans la limite de 20 % du revenu imposable. En raison de la crise, les pouvoirs publics ont en outre pris des mesures exceptionnelles. Le plafond des dons réalisés au profit des organismes d’aide aux personnes en difficulté (fourniture gratuite de repas, logement, soins médicaux), comme les Restos du Cœur, le Secours Catholique, la Croix-Rouge, les Petits Frères des Pauvres, qui ouvre à une réduction d’impôt sur le revenu au taux majoré de 75 %, a été rehaussé de 552 à 1 000 euros, pour 2020.

Comprenez : cette réduction d’impôt majorée pourrait atteindre 750 euros cette année. « En cas de dépassement du seuil de 1 000 euros, l’excédent ouvre droit à la réduction d’impôt dans les conditions de droit commun : une réduction de 66 % du don, dans la limite de 20 % du revenu fiscal du donateur », indique Morgane Mathot, ingénieure patrimoniale à l’Institut du Patrimoine. « Les dons ne sont pas un dispositif fiscal, mais ils séduisent une très grande majorité de nos clients », précise-t-elle. Effectivement, confirme Baptiste Foret, chargé de la communication et des événements à l’Association pour la recherche sur la sclérose latérale amyotrophique (Arsla), « l’avantage fiscal est un argument de poids pour les donateurs ». Il ne cache pas ses doutes sur la fin de l’année : « La dynamique des dons s’était globalement maintenue durant le premier confinement, mais le flux s’est ralenti depuis octobre. En termes de collecte, l’exercice 2020 sera sans doute en repli par rapport à 2019. » Pour autant, Baptiste Foret souligne que les donateurs ne sont évidemment pas focalisés exclusivement sur l’avantage fiscal comme en témoignent les nombreux dons de matériels médicaux, souvent onéreux. En outre, les contribuables les plus aisés, ou tout du moins assujettis à l’IFI, sont à même de faire un don à une association d’utilité publique qui leur offrira à 75 % de réduction d’impôts, dans la limite de 50 000 euros. « Le legs représente traditionnellement une part significative de notre collecte. Cette année, il devrait servir d’amortisseur si le repli des dons se confirme. » Certaines fondations, comme le Fonds de dotation du Louvre, proposent la donation temporaire d’usufruit. Par une telle donation, le contribuable reverse pour une durée déterminée les revenus de ses actifs sans se dessaisir définitivement de son patrimoine, sans limitation de montant et tout en bénéficiant d’un allègement d’impôts.

2 – PER, pour les contribuables aisés

Instauré par la loi Pacte, le PER est un dispositif qui absorbe l’ensemble des anciens dispositifs retraite du marché (Perp/Madelin/Perco et Article 83). Le PER uniformise et simplifie les règles de fonctionnement de l’épargne retraite et propose à l’épargnant une solution globale plus simple et attractive avec de nouvelles règles de sortie, de versements et de conditions de déblocage sur l’épargne. « Sauf cas spécifiques, il est donc intéressant d’ouvrir un PER pour y transférer l’épargne retraite cumulée pendant sa vie active. De plus, avec l’émergence des courtiers en ligne, les PER proposés sur le marché supportent globalement moins de frais que les anciens produits d’épargne retraite », indique Stéphanie de Turenne, directrice des opérations chez L&A Finance. Le PER est un produit d’épargne retraite mais aussi de défiscalisation. Le cumul des versements à titre individuel sur ce placement sera déduit du revenu imposable. L’épargnant bénéficie ainsi d’une réduction de son impôt qui ne rentre pas dans le cadre du plafond des niches fiscales. « Attention cependant, les sommes sont lourdement taxées à la sortie, le versement à titre individuel est généralement conseillé aux particuliers dans les TMI supérieures ou égales à 30 % », prévient l’experte. Il est alors primordial de fixer sa décision d’investissement sur sa tranche marginale d’imposition. Dans le cas, assez courant, où le TMI de 30 % reste stable entre les versements et la sortie, il faut en réalité considérer l’opération comme une avance de trésorerie du fisc. « Grâce au PER, vous allez placer et faire fructifier pendant de nombreuses années de l’argent que vous auriez dû payer en impôts », précise Gilles Belloir, directeur général de Placement-direct.fr. Après avoir déterminé la pertinence d’ouvrir un PER, il conviendra de sélectionner son produit en restant vigilant à l’offre des supports proposés (UC, SCPI, ETF…) ainsi qu’aux frais prélevés. « Selon le choix de son PER, ces disparités pourraient se révéler importantes. De plus, même si le PER existe en version compte titres, privilégier la forme assurance assure l’accès au fonds en euros et bénéficie de la fiscalité avantageuse de l’assurance vie en cas de décès », souligne Stéphanie de Turenne.

3 – Indétrônable assurance vie

L’assurance vie reste un outil d’épargne de long terme plus que jamais attractif. « En premier lieu, l’assurance vie optimise la transmission jusqu’à 152 500 euros par bénéficiaire lorsque l’assuré a alimenté son contrat avant 70 ans. Au-delà de cette somme, l’impôt est de 20 % », rappelle Gilles Belloir. Après huit ans, la fiscalité sur les retraits est encore plus favorable. « L’assurance vie reste le placement phare pour l’épargne de long terme, d’autant qu’il est possible de débloquer une partie du capital en quelques jours en cas de coup dur », assure le professionnel. Selon lui, la baisse des rendements des fonds en euros devrait conduire à plus de vigilance sur les frais. Bien souvent, les réseaux traditionnels appliquent des frais de versement, mais aussi des frais de gestion et sur versement. Les épargnants ont alors intérêt à étudier l’offre des acteurs numériques bien moins chers. « Par exemple, Placement-direct.fr ne prélève aucun frais sur les versements et les frais de gestion sont globalement 40 % moins chers que la concurrence traditionnelle, soit de l’ordre de 0,6 % », plaide pro domo le dirigeant. Avec l’assurance vie, on va investir sur de multiples classes d’actifs et des zones géographiques variées. Cet avantage est significatif alors que les marchés actions mondiaux ont évolué parfois de manière hétérogène cette année. Dans ce cadre, les professionnels sont unanimes pour conseiller de détenir de l’immobilier via des SCPI ou des SCI. Christian Cacciuttolo apprécie le fonds euro-croissance qui combine la sécurité offerte par les fonds en euros et les perspectives de performance offertes par les fonds en unités de compte. « À 5 ou 6 ans, les rentabilités de ces fonds oscillent entre 2 et 8 %, ce qui dépasse ceux des fonds en euros. Tout en offrant des degrés de sécurité et de garantie importants », souligne le président de l’Unep. La garantie en capital est acquise à l’épargnant seulement au bout de 8 ans (et non en permanence comme avec les fonds en euros classiques), mais dans la mesure où il s’agit d’un investissement de long terme, ce n’est guère gênant. « Vous pouvez ainsi choisir librement la durée pendant laquelle vous acceptez de bloquer votre capital, étant entendu que plus elle est longue, plus vous aurez la garantie de faire fructifier votre mise. Compte tenu de la volatilité actuelle des marchés, ce produit revêt donc des avantages. Sa rentabilité a atteint 4,43 % en 2019 et un contrat ouvert depuis 15 ans génère un rendement de 15 %. » 

4 – SCPI : la pierre-papier a encore de beaux jours devant elle

Les SCPI semblent finalement bien traverser la crise avec des rendements attendus en légère baisse. « La crise d’aujourd’hui n’est en rien comparable à celle de 2008. À l’époque, la crise pesait sur la valorisation des actifs. Cette fois-ci, elle pèse sur les loyers. Mais en réalité, pas sur tous. La pandémie affecte les locataires qui étaient déjà en difficulté, qui manquaient de trésorerie, soit notamment les petits commerces non alimentaires. Au deuxième trimestre, le taux de recouvrement des SCPI de la place était en moyenne de l’ordre de 90 à 95 % sur les bureaux et de 60 ou 70 % sur les commerces », explique Daniel While, directeur recherche/stratégie chez Primonial REIM. Selon lui, les commerces qui ont le plus souffert sont ceux qui étaient peu ou pas du tout numérisés et qui ne pouvaient pas proposer le click and collect. Or, ces acteurs individuels ne sont généralement pas locataires de SCPI. « Primonial REIM n’a ainsi accusé pratiquement aucun défaut sur son patrimoine. Une résistance qui s’explique par la bonne sélection des locataires, mais aussi par les dispositifs de soutien déployés par l’État comme le PGE », précise Daniel While. Pour lui, l’immobilier reste une valeur refuge et un placement porteur dans une perspective de long terme, soit une dizaine d’années. « A priori, il n’y aura pas une crise sanitaire tous les ans. Selon nous, la demande pour l’immobilier “acyclique”, comme l’immobilier de santé, va progresser, soutenue par la démographie. » Frédéric Puzin, président de Corum L’Épargne, partage cet optimisme. En premier, il rappelle que même si la performance globale des SCPI tombe à 4 % cette année, « elle restera une belle performance par rapport aux autres actifs ». Pour lui aussi, cette pandémie confirme la résistance des SCPI qui ont fait l’effort de sélectionner les locataires les plus solides avec des baux de long terme. « Les SCPI, à condition qu’elles soient diversifiées, restent des placements très rentables pour qui souhaite préparer sa retraite ou les études de ses enfants », conclut Frédéric Puzin.

5 – Les marchés financiers, moteur de performance

Si l’immobilier reste donc une valeur sûre, un investisseur avisé ne saurait faire l’impasse sur les marchés actions. Selon les calculs de l’Institut de l’épargne immobilière et financière (IEIF), la Bourse de Paris offre le meilleur rendement sur trente ans (7,3 % de gains par an) ou sur cinq ans (10,3 %). Il est possible d’investir en Bourse via l’assurance vie, le PER, mais aussi le plan d’épargne actions (PEA). Lequel jouit, dans une moindre mesure que l’assurance vie, d’une fiscalité attractive. Le souscripteur va y verser jusqu’à 150 000 euros et sera exonéré d’impôt sur les plus-values réalisées pour peu qu’il n’en retire aucun argent pendant les cinq premières années à compter de la création du plan. Une fiscalité légère, donc, mais pas nulle, car les gains sont assujettis à des prélèvements sociaux (CSG, CRDS…) à hauteur de 17,2 %, qui seront prélevés au moment du retrait. Mais vers quels marchés se tourner ? De nombreux stratégistes recommandent de miser sur l’économie verte. « L’économie verte est un mouvement majeur à la fois politique et culturel. Cette lame de fond est donc également un thème d’investissement. Bien sûr, les marchés n’ont pas attendu pour le jouer. Cependant, il reste encore des opportunités. Le thème de la voiture électrique a été largement joué avec une valeur comme Tesla, le pure player. Pour autant, les investisseurs peuvent encore s’intéresser à des valeurs comme Peugeot ou VW qui prendront progressivement des parts de marché significatives sur le secteur », explique Olivier Cornuot, responsable de la gestion de fonds chez Matignon Finances. Les investisseurs vont également avec profit investir dans small et mids caps à travers des fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI). L’objectif de ces fonds : financer une couche d’entreprises qui passent souvent sous le radar des investisseurs et qui pourtant manquent cruellement de capitaux. « Preuve de leur importance pour l’économie, le gouvernement a décidé cette année de relever de 18 à 25 % la réduction d’impôt du montant investi », explique Julien Quéré, directeur du développement d’Inocap Gestion. « Le timing pourrait être bon en cette fin d’année. Les small et mids caps sont depuis l’été 2017 les laissées pour compte de la progression des marchés. Or, nous sentons un frémissement sur ce compartiment alors que la crise sanitaire semble toucher à sa fin », précise Julien Quéré.

Les investisseurs sont également invités à appréhender la Bourse sur du court terme grâce à des produits spécifiques comme les turbos lancés par IG. Le principal atout de ces produits : ils restent négociables 24 heures sur 24, du dimanche 23 heures au vendredi 23 heures. « L’intérêt de ce service a été particulièrement criant début novembre, dans la nuit des résultats de l’élection présidentielle américaine. La volatilité était très élevée et certains investisseurs qui avaient des positions perdantes dans la nuit ont pu les conserver et profiter ensuite de l’ouverture en nette hausse de la Bourse de New York le lendemain, ce qui n’est pas le cas des turbos traditionnels susceptibles d’expirer prématurément si le marché sous-jacent évolue à l’encontre de l’exercice et atteint le niveau maximum de pertes – niveau barrière – préétabli », argumente Christophe Bert, responsable développement IG. 

6 – L’investissement locatif toujours recherché

Pour les épargnants intéressés à la fois par la pierre et la défiscalisation, les dispositifs désormais bien connus du Pinel, du Malraux, des Monuments historiques et bien sûr des résidences services restent disponibles. Le plus populaire, le Pinel, vient d’ailleurs d’être prolongé jusqu’en 2022. Pour mémoire, il offre le bénéfice d’une réduction d’impôt de 12 % du prix de revient de l’investissement réalisé sur une période locative de 6 ans, 18 % sur une durée de 9 ans et de 21 % pour un engagement de 12 ans. La réduction d’impôt est limitée pour chaque investisseur à deux logements maximum par an dans la double limite de 300 000 euros et d’un plafond de 5 500 euros. Ce marché devrait rester dynamique dans les prochaines années en raison de la faiblesse persistante de l’offre. « Nous sommes en situation de pénurie sur le marché du résidentiel neuf avec une demande toujours nettement supérieure à l’offre. Sur les 500 000 logements supplémentaires nécessaires par an, à peine la moitié est construite chaque année », explique Christophe Bacqué, président d’Emerige Résidentiel. Les résidences services destinées au senior suscitent, elles aussi, un intérêt croissant des investisseurs et ce, pour plusieurs raisons qu’énumère Benjamin Misery, président de Senioriales. « En premier lieu, ils sont rassurés par la sécurité qu’offre le locataire, ces générations sont attentives à régler sans accroc leurs loyers. En outre, ils sont conscients que le marché est porteur en raison de la démographie. Ils souhaitent de plus s’inscrire dans une démarche sociétale. Ils participent à répondre à la prévention de la perte d’autonomie. Certains investisseurs pensent à leurs vieux jours avec l’idée de s’installer à terme dans leur bien. » Le groupe, leader dans son domaine, affiche une rentabilité standard pour ce genre de biens. En dispositif Pinel, le rendement s’échelonne entre 3,8 et 4,3 % selon les territoires. En statut de LMNP, il oscille autour des 4 %, nets de charges. Enfin, les CGP interrogés ont regretté la relative indifférence dont souffraient les SCPI fiscales. Ces SCPI créent un déficit foncier, c’est-à-dire que les charges déductibles sont supérieures aux revenus fonciers (loyers). La fraction de charges liée aux intérêts d’emprunts est déductible des seuls revenus fonciers. L’excédent de déficit sur les charges liées aux emprunts est reportable pendant 10 ans sur les revenus fonciers. Les autres charges s’imputent sur les revenus globaux du contribuable dans la limite de 10 700 euros par an. Le surplus de déficit foncier non utilisé une année, sur ces revenus globaux, se reporte les 6 années suivantes. L’un des atouts de ce dispositif est que la déduction du déficit foncier n’entre pas dans le plafond des niches fiscales. « Un contribuable imposé à 30 % profitera d’un impact positif de 25,5 %, celui à 41 % de 31,4 % et celui à 45 %, de 34,5 %. En revanche, la rentabilité de ces SCPI est plutôt faible, de l’ordre de 2 %, et il faut les conserver entre 15 et 16 ans, sachant que le marché secondaire est très faible », souligne Morgane Mathot. Pour optimiser ces investissements locatifs, il est toujours préférable de bénéficier de l’effet de levier procuré par l’endettement, d’autant que les taux restent très faibles. Pour autant, décrocher un crédit est depuis le début de l’année un chemin de croix pour de plus en plus d’épargnants. Les professionnels attendent donc avec intérêt les prochaines recommandations du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF). Ils espèrent des améliorations, des aménagements, afin que les banques desserrent davantage les vannes du crédit. « Lever des fonds reste plus compliqué pour l’investissement locatif lorsque l’investisseur est déjà endetté pour sa résidence principale. Les banques, là aussi, s’adaptent pour atteindre le taux d’effort recommandé de 33 % dans la perspective des futurs revenus fonciers qui viendront gonfler le reste à vivre. Malgré tout, certains dossiers risquent d’être rejetés alors qu’ils passaient facilement l’an dernier », regrette Ludovic Huzieux, cofondateur, Artémis courtage. On reste en alerte.

Pierre-Jean Lepagnot

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