Été 2007 : crise des subprimes. Septembre 2008 : disparition de Lehman Brothers, l’un des mythes de Wall Street. Début 2010 : crise de la dette souveraine. Janvier 2015 : bond inattendu du franc suisse et… Hiver 2020 : crise du coronavirus. Chacun de ces événements a déclenché des mouvements aussi brusques que violents des actifs à risque, c’est-à-dire les actions, les obligations d’État ou privées, les matières premières et les devises. Sur les marchés, quand l’événement survient, deux camps se distinguent très rapidement : les gagnants, minoritaires, et les perdants, plus nombreux. Et pour cause : au moment où une crise éclate, les spécialistes de l’analyse fondamentale, soit ceux qui suivent de très près l’évolution macroéconomique, indicateur par indicateur (emploi aux États-Unis, indice de confiance des consommateurs de l’université du Michigan, indice ISM des directeurs d’achat, etc.) comme microéconomique (bilan et compte de résultat des entreprises, contrats remportés, etc.) sont pris au dépourvu, sauf exception. Pour autant, les thuriféraires de l’analyse technique, qui consiste en l’étude des graphiques de cours de la Bourse et des indicateurs déduits des cours, ne sont pas non plus à l’abri de la Bérézina tant les hausses ou les baisses se dessinent à la vitesse de l’éclair sur les écrans de leurs ordinateurs.

Détection de tendance, aide à la décision

Ces férus de graphiques aux noms aussi exotiques que « chandelier japonais » ou « bandes de Bollinger » (rien à voir avec le champagne) gardent cependant un atout : des outils qui leur montrent quand anticiper une tendance. « Le marché fonctionne par anticipation. Bien sûr, il existe des raisons qui expliquent une baisse ou une hausse d’un actif, mais il faut connaître ces raisons avant. Or, elles sont pléthoriques. Pire, un indicateur qui a fait bouger le marché en janvier, comme l’emploi aux États-Unis, pourra n’avoir aucun impact le mois d’après. En réalité, le point majeur n’est pas de connaître parfaitement l’indicateur, mais de savoir comment le marché réagira à cet indicateur. Si la majorité n’agit pas comme vous l’espériez, alors, quelle que soit la qualité de votre analyse, vous y laisserez des plumes. En somme, le marché a toujours raison », montre André Malpel, fondateur des Salons de l’analyste technique et du trading. En outre, se fier uniquement à l’analyse fondamentale pour prendre des positions risque de causer des déceptions. Comment lutter contre une équipe de Goldman Sachs, Morgan Stanley ou Société Générale, aux compétences éprouvées et aux moyens sans commune mesure avec ceux d’un trader de salon ? C’est impossible, leurs salles de marché auront toujours un temps d’avance. Pas de manichéisme, tempère André Malpel, « l’analyste technique prend aussi en compte les nouvelles qui tombent, mais pas seulement ». L’analyse technique constitue en fait un outil de choix pour « trader » à court terme tandis que l’analyse fondamentale donne, en principe, toute sa mesure, sur le long terme. L’explication est simple : les cours fluctuent en fonction du comportement des investisseurs, lesquels prennent tout en compte (la macro, la micro et la tendance). Certes, mais quels sont les outils d’analyse technique à maîtriser avant de se lancer dans le grand bain ? La Fnac regorge d’ouvrages sur le sujet à donner des sueurs froides à un polytechnicien.

Simplicité rime avec efficacité

« Il est inutile, du moins au début, de chercher la complication. Je recommande aux débutants, comme aux amateurs éclairés, de se concentrer sur les basiques de la discipline que sont la tendance, les supports et les résistances », recommande André Malpel. Un point de vue partagé par Christophe Bert, directeur de développement chez IG France, leader français du trading en ligne : « L’analyse technique offre un visuel sur le marché. Elle détermine si un actif est suracheté ou survendu. L’étude des supports va donner une indication fiable sur la tendance à venir. » Pour Pierre Perrin-Monlouis, analyste marchés chez Admiral Markets, l’analyse technique offre notamment de déterminer une fenêtre afin de prendre position. « Je surveille les supports, les résistances, les cassures, notamment des seuils psychologiques, comme le CAC 40 à 6 000 points. » Lui aussi estime que l’analyse technique est plus aisée à appréhender que l’analyse fondamentale qui requiert des bases économiques robustes et où l’expérience risque de faire toute la différence. Attention, prévient le professionnel, « il ne faut pas tomber dans l’excès. Trois ou quatre indicateurs suffisent pour se faire une opinion. Un trader qui multiplie les indicateurs à surveiller a toutes les chances de se perdre ». Pour se familiariser avec l’analyse technique, les professionnels recommandent d’essuyer les plâtres avec un compte de démonstration, histoire de vérifier que les indicateurs choisis fonctionnent. Après, à vous de jouer !

Pierre-Jean Lepagnot

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.