Les conseillers en gestion de patrimoine au tournant de la numérisation

Il est encore temps de vous fixer un rendez-vous, celui de Patrimonia, le salon des professionnels de la gestion d’actifs, une référence nationale sur la gestion du patrimoine, les 26 et 27 septembre. C’est bien sûr le paradis des conseillers en gestion patrimoniale et des professionnels du patrimoine, mais les investisseurs privés ont tout à gagner à humer les tendances. Tour d’horizon en avant-première.

1 – Les fintechs séduisent les acteurs traditionnels

La transformation numérique bouleverse les métiers du patrimoine. Des fintechs s’immiscent dans le jeu, entre le conseiller en gestion du patrimoine et le client pour doper leur relation. Mais l’ubérisation du secteur de la gestion du patrimoine n’aura pas lieu. La structuration du secteur des fintechs aboutit à un partenariat entre ces jeunes pousses et les acteurs traditionnels – par faute de niche ? – plutôt qu’à une révolution du marché. Dit autrement, les start-up ont opéré une bascule vers le b to b faute de trouver le bon positionnement ou de convaincre le particulier. Les services de désintermédiation et d’exploitation de la donnée client impliquent les grands acteurs du secteur.

2 – L’aide à la décision à coups de robo-advisors se confirme

Tous les aspects de la gestion d’actifs sont concernés par la transition numérique, de la gestion des données au conseil en gestion de patrimoine automatisé, à l’image du développement des robo-advisors.

LaFinbox, par exemple, offre une application mobile d’agrégation de patrimoine et de produits assurantiels.
Manymore, éditeur de logiciels à destination des conseillers en gestion de patrimoine, s’est spécialisé dans l’optimisation de la relation entre clients finaux et CGP, notamment à travers sa solution Prisme (agrégation, analyse financière et gestion de cabinet).
• Côté partenariat, Wesave, également à l’origine d’un robo-adviser, a construit un partenariat avec Easybourse, site de courtage, ainsi qu’avec des conseillers en patrimoine.
• La fintech Advize a carrément changé de cap. La jeune pousse lancée en 2012 avec une offre de conseil en investissement automatisé sur un contrat d’assurance vie se met désormais au service des professionnels. Elle s’est notamment rapprochée de la Banque Postale pour lui fournir plusieurs briques technologiques de monitorage du client : établissement d’un profil, analyse quotidienne du portefeuille…
Yomoni mise sur l’épargne salariale. La jeune pousse soutenue par Crédit Mutuel Arkéa et la Financière de l’Échiquier œuvre au développement d’une offre d’épargne salariale.
• Enfin, des start-up telles que WeSave, avec le soutien d’Amundi, et Gambit, entreprise dans laquelle BNP Paribas AM a pris une participation majoritaire, cherchent à déployer leurs services auprès des CGP. Gambit et le groupe BPCE ont également construit un partenariat technologique pour la mise en place des technologies d’automatisation de process. Pour BPCE, il s’agit de la première solution d’un robo-advisor intégré aux réseaux de la Banque populaire et de la Caisse d’épargne. Lea, c’est son petit nom, est un outil d’aide à l’investissement pour les conseillers bancaires. Côté conformité, le bot répond aux exigences des directives MIF2, PRIIP et DDA. Un plus. En clair, l’innovation logicielle et les start-up sont aujourd’hui devenues un levier de croissance pour les acteurs traditionnels.

3 – La cybersécurité, enjeu majeur face à la numérisation

L’exposition aux cyberattaques va de pair avec l’essor des fintechs et le mouvement de transition numérique qu’ont opéré les acteurs du marché. Les banques, les assurances et les gestionnaires du patrimoine sont devenus un nouvel eldorado pour les hackers comme le prouve le dernier rapport Cyber Threat Landscape for the Finance Sector publié par F-Secure en août. L’étude démontre que les cyberattaques ciblent plus que jamais les banques, les compagnies d’assurances, les gestionnaires d’actifs. Dans le détail, les motivations des cyberattaquants se classent en trois catégories : le sabotage de données, leur vol et le vol financier. Les attaques les plus courantes demeurent les ransomwares – cryptage de dossiers, débloqués contre rançon – et les attaques DDoS, par déni de service, c’est-à-dire une attaque qui bloque un service.

De nouvelles formes d’attaque ont mis à jour les failles et surtout la vulnérabilité d’une entreprise, quelle que soit sa taille. Face à cet enjeu, le marché français de la cybersécurité connaît un plein essor pour couvrir le risque. L’e-learning et les MOOC – type de formation à distance – se sont emparés du sujet en mode prévention. Certains acteurs bancaires tels que Generali proposent à leur clientèle des solutions de garantie et d’assistance, y compris à destination des CGP et des TPE.

4 – Le client au cœur des stratégies business

Big data oblige, les données clients deviennent un actif de premier ordre au modèle d’exploitation en pleine mutation. Les données d’abord utilisées à des fins de suivi commercial et de consolidation de portefeuille et/ou de relation client sont aujourd’hui devenues le pilier majeur du développement business des assureurs. Le big data calcule la prédictibilité des comportements clients. D’où une plus grande réactivité et proactivité par les professionnels du secteur. L’analyse prédictive des données va construire de nouveaux parcours clients et de créer de nouvelles offres qui réduisent l’incertitude (pas forcément à l’avantage du client final). Sous l’angle positif, ce business model présente l’avantage d’œuvrer vers une relation client de plus en plus personnalisée avec une offre presque taillée sur mesure, ce qui n’est pas sans renforcer le sentiment de proximité entre l’assuré et l’assureur.

5 – Vers une fièvre du crowdfunding immobilier

La numérisation transforme en profondeur la nature même du métier de CGP. « Une nouvelle clientèle recherche de la nouveauté. Les atouts du crowdfunding, de la tokénisation de certains produits et le recours à la blockchain ouvrent aujourd’hui à de nouveaux placements qui se rapprochent de la pierre papier », explique Céline Mahinc, fondatrice et gérante d’Eden Finances, coauteure de l’étude sur le crowdfunding immobilier. Selon l’experte, le marché immobilier du financement participatif s’est structuré. « Les plates-formes ont mis les mains dans le cambouis depuis 5 ou 6 ans. Elles ont essuyé les plâtres et acquis des méthodes d’analyse fiables. Entre autres, des critères de sélection éprouvés. Institutionnels, acteurs de la banque comme compagnies d’assurances sont à même aujourd’hui bénéficier de leur aide. »

En attestent par exemple les rapprochements entre WeeSeed et Crédit Mutuel, entre Proximéa, Crédit Agricole et Banque Postale. Le crowdfunding immobilier affiche clairement ses avantages avec un ticket d’entrée plus faible que dans la pierre papier classique. Et un risque, à l’image des SCPI et des OPCI, limité par la mutualisation/diversification des montages. Pas de frais à prévoir non plus, contrairement à la pierre papier où la fourchette tourne entre 8 et 12 %. Le rendement est également jugé meilleur avec une moyenne à
9 points. Sans oublier que l’un des cousins du crowdfunding immobilier, l’equity crowdfunding, n’est pas soumis à l’IFI… Pour autant, le risque n’est pas à zéro. « Gare au time to invest. La règle d’or est de ne pas investir dans un produit qu’on ne comprend pas, met en garde Céline Mahinc. Certaines offres ouvrent leur projet sur un slot de deux heures qui ne laissent pas le temps de comprendre la complexité du montage… »

6 – La blockchain, nouvelle arme du CGP

En matière d’innovation de rupture, la blockchain vient s’immiscer dans les rouages transactionnels de la relation entre client et CGP. « La SCPI 3.0 insère des smart contracts pour la certification des données et l’automatisation de certains process », crypte la fondatrice d’Eden Finances. En clair, la blockchain participe à une simplification des échanges. « Et c’est pour cette raison que les sociétés de gestion s’y intéressent. Il s’agira d’un véritable levier de croissance qui va laisser sur le quai ceux qui n’embrasseront pas ces nouvelles technologies  », prévient Céline Mahinc. À l’aune des robo-advisors, de la prédictibilité client et de la blockchain, le métier de CGP évolue. La logique transactionnelle de son cœur de métier se recentre vers une logique de services.

7 – Les SCPI, toujours dans l’air du temps

Autre sujet phare de Patrimonia, les sociétés civiles en placement immobilier – SCPI – seront l’occasion d’un débat d’experts. Investir dans ce type d’actifs, rappelons-le, connaît plusieurs modes : à crédit, au comptant, en démembrement temporaire de propriété ou par le biais d’une assurance vie. Il peut s’agir de programme en vefa (vente en l’état futur d’achèvement), d’investissement dans des immeubles de bureaux ou dans le domaine de la santé, en France comme à l’étranger. Les combinaisons sont infinies mais l’objectif demeure : proposer un rendement optimal avec un risque minimisé par la diversité des investissements. Les SCPI européennes présentent une fiscalité avantageuse car les revenus ne sont pas soumis aux prélèvements sociaux français. Les SCPI demeurent bien un placement à envisager en 2019 ! On comptait au 30 juin 2018, 177 SCPI gérées par une trentaine de sociétés de gestion. Les derniers chiffres de l’Aspim (Association française des sociétés de placement immobilier) démontrent d’ailleurs le succès du placement.

Quelques exemples : Corum XL, qui revendique plus de 7 000 épargnants, se spécialise en investissements en zone euro et au-delà, et corrèle ces investissements aux cycles des devises avec un objectif de 10 % de rendement annuel moyen sur dix ans en taux de rendement interne. Dans un autre registre, Fiducial Gérance propose six SCPI spécialisées dans le commerce de proximité et d’autres secteurs. Les rendements annoncés sont de 7,54  % à 14,60 % sur 15 ans en taux de rendement interne.

Geoffroy Framery

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