Prêt à tenter le trading algorithmique ?

Aujourd’hui, un logiciel de trading à haute fréquence passe plusieurs milliers d’ordres en quelques millisecondes. Parallèlement, des plates-formes fleurissent qui proposent aux épargnants des outils d’investissement en parfaite autonomie. Sentez-vous le petit trader qui sommeille en vous ?

Dont acte, nous voilà tous et toutes traders sur Internet et smartphone. Nous jouons en Bourse en temps réel. Les plates-formes réservées aux particuliers se sont multipliées. À bord d’Interactive Brokers ou de ProReal Time, des logiciels de Bourse naguère rêves de traders aguerris sont à notre disposition, outils d’aide décisionnelle en prime. Alors que sur les marchés coexistent le trading algorithmique et le trading manuel, le premier a pris l’ascendant. La gamme des offres proposées aux particuliers va du passage d’ordres en Bourse classiques au trading automatique et semi-automatique. Le conseil robotisé gère des actifs, avec un mandat de gestion et une structure de frais.
Fabien Keryell, directeur général de Saxo Banque, constate le bouleversement : « Ces cinq dernières années, des technologies et des outils de plus en plus puissants se sont développés. Les particuliers ont accès à l’univers des possibles, comme un trader en salle de marchés : dérivés listés, non listés, options sur matières premières, actions, obligations… » Certains domaines demeurent pourtant inaccessibles, comme le trading à haute fréquence. « Il fonctionne avec des arbitrages, c’est l’affaire des professionnels, car il faut pour le manier des compétences et des outils très performants et coûteux. » Il n’en reste pas moins que depuis un smartphone, il est possible d’investir en Bourse d’un geste et de suivre ses positions en temps réel. Encore faut-il assurer la formation des clients eux-mêmes, insiste Fabien Keryell. Saxo Banque propose aux débutants des comptes de simulation pour s’entraîner, tester les outils, se sensibiliser aux risques, notamment pour les dérivés, mais en misant de l’argent fictif. Des formations sont assurées dans les locaux mêmes de la banque ou via des webinaires et un site spécial. « Nous cherchons, explique le patron de la banque, à rendre les clients de plus en plus autonomes. Au-delà de la formation, il est aussi important de définir une stratégie : quelle taille de portefeuille, quel objectif de rendement, quel degré de perte supportable, quand coupe-t-on les positions ? » Même insistance de la part Jean-Louis Cussac, trader depuis 1981, fondateur de Perceval Finance, qui intervient sur le salon du Trading. Son entreprise forme d’ailleurs des traders de haut niveau. Mais ne rêvons pas. Le trading algorithmique mobilise des sociétés et leurs équipes de chercheurs, de statisticiens, de physiciens spécialistes des flux. Pour les particuliers, la limite est vite atteinte ! Jean-Louis Cussac : « Les outils à notre disposition, en tant que particuliers, permettent de faire des choses, mais en exploitant des micro-situations. Tout ça restera petit, car les algorithmes brassent d’énormes volumes. »

Le règne du trading à haute fréquence

Il est loin le temps du Palais Brongniart et ses cotations à la craie ! Depuis vingt ans, le trading algorithmique, où les ordres sont passés automatiquement à l’aide d’une intervention humaine limitée ou nulle, a pris le pas sur les autres méthodes. Depuis 1998, il a explosé à la faveur de l’électronification des marchés et d’Internet, surtout pour les dérivés. Pour le patron de Perceval Finance, « les algorithmes sont les plus gros intervenants des marchés. Les prix interagissent, les situations de marchés changent. L’algorithme achète ou vend, il crée un impact sur le marché, qui modifie sa propre intervention ». Le temps s’est rétréci : le trading à haute fréquence, basé sur des algorithmes et traité à très grande vitesse, est déjà majoritaire aux États-Unis et en Europe. À l’échelle de la microseconde, même la longueur des câbles dans les Bourses est soumise à des contrôles. Qui ne peuvent rien contre les abus style layering, une perturbation de cours due au passage d’ordres, annulés au moment d’une vente importante. Explications : « Déjà, les mouvements s’expliquent de moins en moins par des phénomènes fondamentaux. Si l’on y réfléchit, les prix devraient se montrer beaucoup plus stables. Les conditions d’une société ne changent pas d’un jour à l’autre. Et pourtant, les prix bougent beaucoup, à cause des phénomènes de construction de marchés. Il s’agit d’une raison technique, et non fondamentale », s’insurge l’ancien trader. Conséquence : la surchauffe algorithmique risque d’induire les crises elles-mêmes : « Les crises futures seront engendrées par le système lui-même. Elles seront issues de phénomènes endogènes au marché, non plus exogènes, comme des news. Par exemple, le mini krach de février 2018 est dû à des arbitrages. Tout change. Le bon sens qui fait bouger les marchés sera moins fondamental.
Reste le trading intuitif manuel, pour lequel « la notion de plaisir est importante », souligne Jean-Louis Cussac. Plus qu’un trading à deux vitesses, on pourrait parler d’un mélange des genres : les créateurs d’algorithmes s’inspirent des expériences des traders humains.

La réglementation tente de suivre la cadence

Les autorités de régulation sont conscientes de ces métamorphoses. La directive européenne Mifid 2 encadre depuis le 3 janvier 2018 plus strictement le trading algorithmique et à haute fréquence. Elle prévoit un régime harmonisé des pas de cotation minimum. Les exigences organisationnelles imposées aux acteurs sont renforcées (obligation de tester les algorithmes et d’en notifier les autorités), de même que les obligations des personnes qui exercent cette activité. La structure des frais doit être encadrée. Pour Fabien Keryell, « les régulateurs contrôlent et détectent des comportements nocifs ». Mais la hausse à 0,3 % de la taxe française appliquée aux transactions menées par des sociétés qui pèsent plus d’un milliard d’euros ne s’applique qu’aux transactions au comptant, et non à crédit, dès lors favorisé… Les acteurs eux-mêmes mettent des protections en place. Fabien Keryell : « Les acteurs doivent adopter un comportement responsable. Nous refusons assez régulièrement des ouvertures de comptes lorsque la personne n’a pas le profil. Nous prenons en compte son expérience, son niveau de formation, son épargne, son patrimoine, ses connaissances. Il faut évaluer la somme qu’elle peut placer sur un compte de titres sans risque d’impact sur sa vie. » En cas de pertes trop importantes, l’établissement appelle son client, se renseigne sur sa stratégie. Il pourra aller jusqu’à clôturer le compte. Le client dispose d’outils, du suivi en temps réel des cours au paramétrage de plafond de pertes : s’il dort alors que la Bourse dévisse sous un autre fuseau horaire, son compte ne sera pas vide au réveil. La formation reste ainsi la meilleure protection.

Audrey Déjardin

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