Investissements personnels : L’assurance-vie toujours un bon placement ?

Un produit toujours en odeur de sainteté ?
Un produit toujours en odeur de sainteté ?

L’assurance-vie fait de la résistance

La baisse des rendements et l’évolution de la fiscalité menacent-elles vraiment le statut de l’assurance-vie, «placement préféré des Français» ? Non, répondent les spécialistes, pourvu que l’épargnant accepte une dose de risque et n’oublie pas que ce produit à la fiscalité avantageuse reste aussi un formidable outil de transmission.

L’assurance-vie restera-t-elle cette année encore «le placement préféré des Français» ? De prime abord, les maigres performances affichées par la plupart des fonds en euros permettent d’en douter. Selon les dernières projections, le rendement de ces fonds investis en obligations d’États devrait s’établir à 1,5 % en 2017 contre 1,8 % en 2016. Une faiblesse qui s’explique bien sûr par le repli historique des taux longs en Europe. « Dans un contexte de taux bas, les portefeuilles des compagnies d’assurance sont mécaniquement affectés par l’arrivée à échéance des obligations acquises il y a huit ou dix ans offrant un rendement de 5 à 6 % et par l’achat de nouveaux titres en remplacement offrant moins de 1 % », explique Patrick Janet, responsable de la gestion privée chez Equance. Résultat, cet expert s’attend cette année à une nouvelle baisse de la rémunération moyenne des fonds en euros. Ce qui, une fois déduits les prélèvements sociaux (passés cette année de 15,5 % à 17,2 %) et les frais sur primes des contrats, laisse à penser que ce placement générera, dans la plupart des cas, un rendement net d’inflation négatif. Un point de vue partagé par François Jubin. Le président de WiseAM ne s’attend pas non plus à une remontée des rendements cette année ni même les suivantes, et ce malgré la normalisation monétaire progressive des principales banques centrales. « Pour se donner une bonne idée de l’évolution des rendements des fonds en euros, il suffit de regarder l’évolution de la moyenne des taux obligataires européens avec qui elle est fortement corrélée. Or, même en adoptant le scénario central d’une hausse progressive des taux longs, il faudra plusieurs années avant que le rendement moyen des fonds en euros ne revienne à un niveau jugé correct », estime le gestionnaire d’actifs.

Alors, faut-il, comme le conseillent les réseaux bancaires, conseillers en gestion de patrimoine, gestionnaires d’actifs et autres journaux patrimoniaux, abandonner ces supports au capital garanti à tout moment contre des UC (unités de compte) qui, exposées aux marchés financiers qu’elles suivent à la hausse comme à la baisse, sont susceptibles de rapporter beaucoup plus (l’an passé le Cac 40 a bondi de près de 10 %) mais également d’encaisser des pertes sévères ?

Certaines performances tiennent encore la route

Pas si sûr. En premier lieu, le marché est plus hétérogène qu’il n’y paraît et certains contrats parviennent à tirer leur épingle du jeu. Si les gros contrats standards de la bancassurance, manifestement soucieuse de préserver ses marges, affichent de médiocres performances (1,33 % pour Séquoia de Société Générale, 1,7 % pour CNP One de CNP Assurances), des associations d’assurés (Afer, Asac-Fapes, Gaipare, Agipi…) et certaines mutuelles (la MIF, le Conservateur, la Carac, la Macsf, etc.) ont nettement surperformé avec des taux toujours au-dessus de la barre des 2 %, voire des 3 %. Le groupe Monceau Assurances et son contrat Dynavie est même parvenu à servir en 2017 2,8 %, soit un taux en hausse par rapport à l’exercice précédent (2,5 %). Une gageure qui ne s’explique pas seulement par la qualité de l’allocation tactique des gérants. Certaines compagnies font le choix de redistribuer à leurs clients une partie de leurs réserves issues des fruits de la gestion des actifs où sont investies les sommes collectées sur les fonds euros. Ainsi, l’un des produits vedettes du marché, l’assurance-vie Afer (gérée par Aviva), a offert l’an passé 2,4 % et a réussi à mettre à nouveau en réserve 107 millions d’euros. Il affiche désormais 550 millions en réserve de capitalisation et 600 millions en plus-value latente à redistribuer, de quoi largement soutenir sa performance une année de plus dans un contexte difficile.

Par ailleurs, la faiblesse de certains contrats, et a contrario la résistance d’autres, s’explique par les frais prélevés. A titre d’exemple, l’Afer ne prélève que 0,475 % du rendement du portefeuille alors que beaucoup de ses concurrents ponctionnent 0,9 %. A noter également que de nombreux assureurs prennent 2 à 3 % du capital à la signature, parfois plus, ce qui revient à précompter au final l’équivalent d’un ou deux ans de rendement. Alors que les courtiers en ligne (Linxea, assurancevie.com, Fortuneo, Yomoni, Nalo…) sont, eux, à 0 %.

Pour les épargnants à la recherche d’une alternative aux fonds en euros sans pour autant prendre le moindre risque, certaines sociétés de gestion ont mis au point de nouveaux produits à capitaux garantis. « Avec le fonds Target + de Primonial, l’épargnant profite de la hausse des marchés actions sans peur de perdre son capital. En 2017, il a offert un rendement de 4,05 % nets, ce qui reste attractif dans l’environnement actuel », indique Sabine Jiskra, responsable de la gestion de fortune à l’Institut du Patrimoine. Seul bémol, dans ce genre de contrats, le gestionnaire d’actifs prélève des frais de gestion même s’il ne fait rien gagner à son client en cas de retournement des marchés.

Des risques calculés

« Pour retrouver davantage de performance au sein de leur assurance-vie dans un contexte de taux bas, les épargnants n’ont en réalité d’autres choix que de tourner vers les unités de compte », constate Antoine Dadvisard, président du directoire de Matignon Finances. A cet égard, il recommande de jouer la diversification. En effet rappelle-t-il, « la palette d’options en fonction de votre «profil d’épargnant», en termes de niveau de risque accepté et d’horizon de placement, est très large ». Certains contrats ne sont en effet exposés qu’à 20 % aux fluctuations du marché, d’autres à 30 %, à 40 %, etc.

Les professionnels se veulent donc rassurants concernant les unités de compte. « Pour réussir son placement en assurance-vie, trois éléments majeurs sont à définir en amont : quel projet derrière l’épargne ? Quelle durée d’investissement et quelle appétence au risque ? », explique Christian Pruvost, directeur du développement et ingénierie assurance-vie chez Natixis Assurances. « L’épargnant peut placer 40 % de son capital sur le fonds en euros de son assurance-vie, puis diversifier le reste sur des unités de comptes, qui sont plus volatiles mais aussi plus dynamiques : des fonds sur des zones géographiques précises, des fonds sectoriels… », conseille Christian Pruvost. Ce dernier souligne l’intérêt des fonds flexibles, qui adaptent l’exposition actions au climat boursier. « Grâce à une gestion très réactive, ces fonds supportent mieux les baisses et répercutent un peu moins les hausses. Sur le long terme, ça paie ! », assure-t-il. Pour preuve, le fonds flexible Dorval Convictions a affiché un rendement net de 13,3 % l’an dernier. Certains contrats Internet proposent ainsi gratuitement une «gestion pilotée», c’est-à-dire une gestion confiée à des professionnels de renom (Rothschild à Boursorama, Lazard Frères à Altaprofits…) en fonction du profil du client.

Dans le maquis des offres en unités de compte, la nouvelle fintech Nalo se distingue en offrant un service sur-mesure à chacun de ses couiolients. « Notre principal atout, c’est de permettre un arbitrage précis en fonction du projet visé par l’épargnant. Que l’on épargne pour sa retraite ou pour se constituer un capital en vue d’un achat immobilier, la typologie précise de l’investissement ne sera pas la même. Nalo propose donc un arbitrage personnalisé à l’utilisateur en fonction de son profil de risque – prudent ou aventureux –, de son capital de départ, des versements éventuels et de son horizon de placement », explique l’un de ses fondateurs, Hugo Bompard. Cet investissement par objectif se traduit dans une gestion multi-poches qui permet de gérer plusieurs projets de front dans le même contrat d’assurance-vie. Et de sécuriser l’investissement au fur et à mesure que l’échéance d’un projet se rapproche, comme dans les contrats proposés aux clients haut de gamme mais pour un tarif moyen de 1,65 %.

Une fiscalité attractive

En somme, l’assurance-vie, pourvu que l’on assume un certain degré de risque, n’est pas encore has been. D’autant que ce placement présente un autre avantage : sa fiscalité. « L’assurance-vie échappe désormais à l’impôt sur la fortune, excepté pour les fonds immobiliers de type Société civile de placement immobilier (SCPI) ou Organisme de placement collectif en immobilier (OPCI) », souligne Sabine Jiskra. Autre avantage, l’assurance-vie permet de faire fructifier son argent sans «frottement fiscal». C’est-à-dire sans impôt en cas d’arbitrage d’un fonds d’investissement pour un autre. « Par ailleurs, la mise en place cette année de la fameuse flat tax est globalement positive pour environ 80 % des épargnants propriétaires d’un contrat d’assurance-vie », ajoute Patrick Janet. Le prélèvement forfaitaire unique s’applique en effet depuis le 1er janvier 2018 pour les versements effectués à compter du 27 septembre 2017. Il permet aux assurés ayant un contrat de moins de huit ans de bénéficier sur leurs revenus de l’assurance-vie du taux de 30 % en lieu et place des taux précédents (35 % et 15 % auxquels il fallait ajouter les prélèvements sociaux dont le taux est de 17,2 % depuis le 1er janvier 2018). Au-delà de huit ans, le taux du prélèvement fiscal reste fixé à 7,5 %, soit au final 24,7 % sur le gain réalisé. Seuls les contribuables dont l’encours en contrats d’assurance vie dépasse 150 000 euros, soit environ 20 % des épargnants sont pénalisés. Dans ce cas, le taux de 30 % s’applique au prorata du montant supérieur à 150 000 euros.

Un outil de transmission imbattable

Ce placement reste enfin à privilégier dans une optique de transmission. Avec l’assurance-vie, les sommes transmises après un décès le sont en dehors des règles légales de succession. Ce placement reste donc un outil efficace pour donner plus à ses enfants, sans alourdir leurs droits, ou transmettre à un tiers (concubin notamment) qui paierait sinon 60 % de droits de donation. Aux termes de l’article L 132-12 du Code des assurances en effet, les sommes reçues par le bénéficiaire d’un contrat d’assurance-vie ne font pas partie de la succession du souscripteur ; le capital n’est donc pas traité comme une donation : il échappe aux héritiers, et n’est pas soumis aux règles de la réduction pour atteinte à la réserve des descendants. En clair, la liberté est totale pour le souscripteur – ou presque – puisqu’il peut donner à qui il souhaite, sans bien sûr spolier ses héritiers. De plus, « l’incidence fiscale peut être très importante dans certains cas où, lorsque les conditions sont remplies, tous les bénéficiaires sont exonérés de taxes jusqu’à 152 500 euros, quels que soient leurs liens de parenté avec le défunt », rappelle Antoine Dadvisard. Un point de vue partagé par Gérald-Henri Vuillien, associé-gérant de la Compagnie française de gestion de patrimoine (CFGP) : « Quand on étudie le tableau des taux de droits de succession appliqués en France on ne peut pas nier le bonus que constitue pour l’assurance-vie l’avantage successoral, appréciable et unique en son genre. » Dans ce cadre, l’assurance-vie reste plus que jamais un outil solide pour la transmission, et ce malgré la baisse des rendements, comme le confirme le professionnel : « La baisse des rendements est une chose et la transmission une autre. Il se trouve que dans le cas de l’assurance-vie, le couple rendement/avantages fiscaux est un couple gagnant. En effet, même si les rendements sont en baisse, l’assurance-vie reste parmi les meilleurs outils de placement. L’avantage indéniable que constitue l’allègement des droits de succession en fait un placement de choix jusqu’à un certain montant. Pour des fortunes importantes dont l’objectif principal est l’avantage successoral on complètera le dispositif assurance-vie par d’autres placements comme les groupements fonciers forestiers, ou viticoles. »

En conclusion, contrairement à ce que voudraient faire croire certaines Cassandre, l’assurance-vie semble bien partie pour rester le placement vedette des Français quelque temps encore !

Pierre Jean-Lepagnot

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