Le verbatim de… Science & Vie sur l’écriture inclusive

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Est-elle un frein aux apprentissages ?

C’est dans son n° de juillet tout juste paru que la revue scientifique analyse la « polémique », comme la nomme la journaliste auteure de l’article, Lise Gougis : « Les débats autour de cette pratique se concentrent souvent sur l’utilisation du point médian. Mais si celui-ci fait polémique, accusé d’entraver la maîtrise de la langue, voire d’exclure certains élèves [on pourrait écrire certain·es élèves, ndlr], d’autres outils pourraient contribuer à lever les ambiguïtés et agir de façon positive sur les représentations liées au genre chez les jeunes. »

Selon [Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale], le recours au point médian dans le cadre de l’enseignement constitue « un obstacle à la lecture et à la compréhension de l’écrit ».
Qu’en est-il vraiment ? peu d’études existent sur la lisibilité du point médian. En 2007, une équipe de recherche a fait lire à 40 volontaires des textes décrivant différentes professions sous 4 formes : au masculin, au féminin et 2 versions en écriture inclusive, à l’aide des doublets [par exemple “les étudiants et les étudiantes”] ou encore des doublets abrégés avec des tirets (comme “mécanicien-ne-s”). […] Résultat : la première rencontre avec une forme inclusive ralentissait bien la lecture. « Reste qu’il suffisait de 3 mentions d’un terme pour que la lecture redevienne normale, les gens s’habituent vite. En revanche, cette étude ne permet pas d’expliquer les mécanismes exacts de ces effets de ralentissement et d’habituation », souligne l’auteur, Pascal Gygax, psycholinguistique à l’université de Fribourg.

[…]

Apprendre un nouveau code peut sembler compliqué, mais, pour Julie Abbou, sociolinguiste au Laboratoire de linguistique formelle, ces difficultés sont surmontables dans le cas de l’écriture inclusive. « L’alphabet catalan utilise le point médian entre deux “l” pour signifier qu’ils se prononcent différemment, ce n’est pas un signe qui pose problème à la lecture. Il faut y voir une abréviation, comme “M.” qui se lit “monsieur”. C’est une question d’habitude. »

Lise Gougis, Science & Vie, juillet 2021.

Il faut lire l’intégralité de cet éclairage qui confirme l’intuition que nous avons mise en œuvre, au sein des publications du groupe LMedia, et qui nous a été, parfois, rarement, reprochée. Non seulement ce point médian est affaire d’habitude que le cerveau décode quasi instantanément (il en a vu d’autres !), mais, ce que n’aborde pas l’article de notre consœur Lise Gougis, il en va de la prise de conscience de l’immense déséquilibre que revêt le choix délibéré de certains grammairiens du XVIIe siècle de donner la primauté au masculin – et non pas à un neutre inexistant – au nom de la « suprématie du masculin sur le féminin » (sic).

L’écriture inclusive s’apprend à l’écrit, chez les jeunes enfants, comme l’apprentissage de la lecture qui, rappelle notre consœur, « repose sur l’association de graphèmes (lettres ou groupes de lettres) et de phonèmes (sons), pour décoder ce qui est écrit ». Seu·les les enfants dyslexiques éprouvent des difficultés à associer les sons et les lettres, et l’écriture inclusive ne leur facilite pas la tâche. Mais l’apparition de nouveaux verres et les techniques de rééducation qui font leurs preuves viendraient facilement à bout de cet obstacle supplémentaire.

Le mouvement est lancé et ne s’arrêtera pas. Les Espagnol·es dont le féminin et le masculin « s’expriment souvent, écrit Lise Gougis, par “a” et “o” en fin de mot » sont remplacés par les tenants d’une écriture inclusive par un “e”, un “x” ou l’arobase. Ce qui exige un sacré effort mental de la part du·de la lecteur·rice hispanophone, privé·e soudain du son. Mais là encore, le cerveau s’habituera. Les Suédois, nous apprend l’article, ont choisi parfois le pronom neutre hen du finnois (langue sans genre) pour désigner un personnage au sexe non défini. Il est entré au dictionnaire suédois en 2015…

OM

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