Pendant que Hans Christian Andersen envoutait les petits Européens avec ses contes imagés, le modèle économique des pays Scandinaves a fait rêver les grands. Et les entreprises ?

 

Le Fjord n'est pas qu'un yaourt, c'est aussi l'entrée du pays du Père Noël. On ne connaît pas assez la Scandinavie...
Le Fjord n’est pas qu’un yaourt, c’est aussi l’entrée du pays du Père Noël. On ne connaît pas assez la Scandinavie…

Ombre et lumière, toujours. « La Norvège, la Suède, la Finlande et le Danemark sont géographiquement placés loin des turbulences de l’Union Européenne. De ce fait, ils ont aussi peu d’immigration et la main d’œuvre n’est pas facile à trouver », nuance Philippe Moreau Defarges, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI), spécialiste des questions européennes. Les pays scandinaves ont toujours été dépendants du commerce international. Certains secteurs sont cependant restés véritablement nationaux. En Scandinavie, il y a eu la volonté politique de soumettre certaines activités au contrôle de l’État. Le secteur financier, par exemple, a longtemps été très réglementé. Devant l’impossibilité de sortir des fonds de leur pays, les entreprises ont dû trouver d’autres moyens pour se développer à l’étranger, comme par exemple la cotation sur une place étrangère. Elles ont aussi réalisé un nombre important d’acquisitions en Europe et aux États-Unis dans les années 80. Ce qui leur a permis d’avoir accès à ces marchés plus facilement. Lorsque par la suite les marchés financiers ont été dérèglementés, les capitaux étrangers ont afflué dans ces pays et sont même devenus prédominants dans certaines entreprises. Pour finir, ces pays ont une stratégie de niches. Par exemple, Ikea et Lego ont su trouver des produits dont nous aurons toujours besoin (les meubles et les jouets éducatifs). En choisissant des secteurs en plein développement, ils ont su s’adapter à la mondialisation tout en continuant d’innover. Mais tout n’est pas rose. « La Finlande connaît par exemple actuellement des difficultés, avec une croissance presque nulle depuis quatre ans. La Commission européenne l’a placée sous surveillance pour son déficit budgétaire », rappelle le chercheur.

 

La flexisécurité danoise au sommet

Le Danemark ouvre ses bras aux autres pays et se présente depuis peu comme le premier de la classe (selon le classement Doing Business, il est le troisième pays où il est le plus facile de faire des affaires en 2015). Son modèle économique reste flexible. La main d’œuvre est toujours prête à bouger. Une mobilité rendue possible par de nombreuses formations qui facilitent la recherche d’emploi. En effet, contrairement à un Français, un Danois change de travail en moyenne sept fois. « Nous comme un pays pragmatique, déclare Anders Torbøl, président de la Chambre de commerce Franco-Danoise. Les procédures administratives sont simples et rapides et les règles du licenciement collectif sont très limitées en comparaison de la France. Notre législation sociale est plus libérale qu’en Europe et nous n’avons qu’un seul syndicat. » Le modèle danois fonctionne aussi grâce à une particularité culturelle. Si dans certains pays la délégation du pouvoir peut être très poussée, ici l’identification avec l’entreprise reste importante. « La culture de tribu existe au Danemark depuis longtemps. Nous sommes tous chefs et par ce fait une véritable considération réciproque et une solidarité dans la vie de tous les jours existe. » Ajoutons des secteurs informatique et de construction plus ouverts sur l’international qu’auparavant – « la construction du tunnel vers l’Allemagne n’y est pas étrangère », rappelle le président de la Chambre de commerce.

 

La Norvège énerg(ét)ique

Le pays a réussi à tirer profit de ses ressources naturelles au maximum. C’est l’histoire d’un pays tourné vers la mer et vivant de la pêche, qui vers 1960 découvre le Graal : du pétrole et du gaz. Il devient donc l’un des rares pays qui a su construire son modèle social et économique grâce à ses richesses et surtout, à s’inscrire dans la durée. En effet, 75% de taxe pèsent sur toutes les entreprises pour que l’Etat puisse les placer dans son fonds souverain pour les générations suivantes. « Cette culture tournée vers les générations futures pousse les Norvégiens à innover dans l’industrie : sous-marine, pétrolière, et celle de la technologie et de l’énergie qu’ils peuvent utiliser partout », souligne Ludovic Caubet, directeur de la Chambre de commerce Franco-Norvégienne. Mais aujourd’hui, les montagnes russes des prix du pétrole ont considérablement remis en question le modèle. « Le pays se pose la question : devons-nous investir sur le pétrole et le gaz ou nous tourner vers d’autre énergies nouvelles ? Dans le dernier cas : comment utiliser les technologies dans d’autres secteurs (la défense, la médecine…) ? » C’est donc le moment pour les entreprises étrangères, et notamment françaises, d’entrer dans le jeu. « Le digital, la santé et l’énergie sont autant d’opportunités à venir dans un marché qui est désormais plus ouvert et abordable. »

 

Le caractère de la Suède

Pendant très longtemps, la Suède a été prisonnière d’un modèle social lourd et coûteux. Mais vers 1990, de profondes réformes de la politique économique ont été effectuées : réduction des déficits publics, changement de la politique monétaire, poursuite des réformes libérales dans le secteur public et restauration d’accords collectifs négociés au niveau national. Ainsi, le nouveau régime permet à la Suède de bénéficier d’une accélération des gains de productivité qui se prolonge jusqu’en 2007. Le pays attire par ses performances et son esprit compétitif. « Du fait qu’il y a beaucoup d’interaction entre le monde académique, professionnel et celui des investisseurs, l’environnement devient plus intéressant pour les start-up. C’est le cas à Stockholm. De plus l’administratif est efficace : tout se fait en une journée et de façon digitale », affirme Victor Millien de la Chambre de commerce Franco-Suédoise. Portée sur les secteurs de la biotechnologie, l’industrie des transports, les infrastructures, les TIC et tout ce qui touche au développement durable, la Suède reste le laboratoire de l’Europe. Ainsi, elle est ouverte aux start-up innovantes du monde entier. Or, il semblerait que celles-ci ne se précipitent pas sur son marché. « Il faut au préalable comprendre l’état d’esprit suédois qui se base sur la patience et la confiance. »

 

Les entrepreneurs français boudent-ils ces européens « polaires » ?

Si les entreprises françaises sont très peu présentes dans les pays scandinaves, c’est tout simplement parce qu’ils n’apparaissent pas sur leurs radars. Il est vrai qu’en matière d’international, les Français ciblent les pays de l’UE et notamment l’Allemagne, le Royaume-Unis et la Belgique. Quant à l’exportation, ils visent plus les Etats-Unis, et les grands émergents comme la Russies, la Chine et l’Inde. « Les besoins des pays nordiques, pourtant toujours cités en exemple pour leur stabilité et leur intelligence de développement, ne sont pas assez bien identifiés. Mais c’est en train de changer, investissements hexagonaux et partenariats se multiplient », remarque Dominique Brunin, délégué Général de CCI France International.

 

Anna Ashkova

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