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n°36
GaLaxIE EcoRéSEaU Rétrospective - La laborieuse éclosion de l’écologie
D ans l’imaginaire cul- turel, l’image asso- ciée à « l’écolo » comporte encore une bonne trace de hippie. ce n’est pas par hasard : si la notion d’écologie date du milieu du 19ème siècle (par Hegel, en 1866), elle ne s’est vrai- ment imposée dans la conscience commune que dans les années 1970. Il y a bien eu entre-temps Théo- dore Roosevelt, et l’appari- tion de mouvements de pré- servation de la nature, mais c’est à-peu-près tout. L’idée
tection des ressources na- turelles (1957) et sur l’eau (1964) ; il crée par ailleurs les parcs nationaux en 1960 et la DaTaR (Délégation à l’aménagement du Ter- ritoire et à l’action régio- nale) en 1963. En fait, c’est le mélange détonnant de l’arrivée du nucléaire, des premières marées noires, de mai 68 et de la montée des pensées « alternatives » qui va définitivement pro- pulser l’écologie sur le de- vant de la scène. « Les an- nées 70 sont le vrai départ,
DES ACTIONS COLLECTIVES
PLUS EFFICACES
En revanche, la responsa- bilité lui échappe, elle, to- talement. L’écologie à l’époque dénonce – c’était à la mode dans les années 70 – la faute du Grand ca- pital. « Il y a 50 ans, la pol- lution était considérée comme un problème d’en- treprises, souligne Domi- nique Bourg. Les pollueurs, c’était eux, et le particulier, lui, était innocent. » au- jourd’hui, on sait que les
première fois, ce n’est pas une réunion scientifique, mais une conférence diplo- matique et intergouverne- mentale. Et les actions en- treprises ont porté leurs fruits : on a mis des filtres sur les cheminées, instauré de nouvelles normes de pol- lution, par exemple sur la pollution émise par les vé- hicules... L’air des villes
aujourd’hui, cette dernière est presque réparée... Un succès ? oui... et non : cet accord n’a été possible que parce que les industriels de l’époque avaient un produit de remplacement, les HFc, qui se sont – évidemment - révélés depuis être des gaz à effet de serre très puis- sants. En outre les dernières technologies ne sont pas
LE LENT RÉVEIL
DU PUBLIC
Le tableau est sombre, mais malgré tout, nous faisons des progrès. notre connais- sance scientifique des enjeux semble enfin rattraper nos actions. Et si la coP21 re- pose, encore, sur l’émer- gence de solutions techno- logiques, une étape décisive a indéniablement été fran-
Sur un air de tango
Dans chaque numéro, EcoRéseau Business vous propose de revenir sur un événement ou une institution qui fait l’actualité, en les mettant en regard de ce qu’ils étaient ou auraient pu être il y a un demi-siècle. Pas question de comparer l’incomparable, de fustiger ou de glorifier le passé. Simplement de montrer que non, ça n’était pas forcément mieux avant.
Les notions de développement durable et de respect de la nature font partie du vocabulaire. Dans la pratique, du chemin reste à parcourir, ce qui n’a rien d’inédit.
Sous les pavés, la nature...
LA FASCINATION TECHNOLOGIQUE
on pourrait appeler ça le syndrome du gagdet. nous avons tendance, une fois que nous croyons avoir compris un problème, à nous précipiter sur une so- lution impliquant une nou- velle technologie (de pré- férence visuellement im- pressionnante) sans réfléchir aux conséquences. Et nous nous en mordons souvent les doigts. avec le nucléaire, nous avons diminué la dé- pendance envers les com- bustibles fossiles ; mais quelques dizaines d’année plus tard, nous nous retrou- vons avec sur les bras des déchets radioactifs dange- reux pour des millénaires. Par une telle approche les mauvaises surprises peuvent facilement survenir. Té- moin : l’accord de Montréal, en 1987. Il a mis fin à l’uti- lisation des cFc, qui dé- truisaient la couche d’ozone.
PRIME À L’ÉCONOMIE, TOUJOURS
L’accord de Montréal est symptomatique de l’autre problème qui affecte nos pratiques écologiques : l’économie prend toujours le pas sur l’environnement. Tous les accords intergou- vernementaux sur l’écologie portent, en condition limi- naire, que l’économie mon- diale ne doit pas en souffrir (y compris pour la coP21). L’idée, depuis notamment le rapport Brundtland de 1987, est de découpler crois- sance économique et consommation de res- sources. Le problème, c’est que cela ne fonctionne pas, entre autres à cause de l’effet rebond. En fait, nous avons, en trente ans, accompli l’exact inverse : un rapport de l’onU, sorti en juillet dernier, démontre que nous avons surcouplé, autrement dit consommé plus de res- sources naturelles pour une même croissance.
continue à tourner, mais dans des cercles restreints.
estime Dominique Bourg, philosophe français, pro- fesseur à l’université de Lausanne, institut de géo- graphie et durabilité. Les questions environnemen- tales émergent dans le débat public, des mouvements so- ciaux s’en emparent... L’écologie apparaît comme une question réelle pour la société. » Le choc pétrolier de 1973 achèvera d’asseoir le sérieux des enjeux aux yeux du public.
comportements du public joue un rôle particulièrement important : la consommation détermine ce qui rentre dans le cycle économique, et qui, en grande partie, influe sur notre environnement. Mais c’est une idée qui a émergé progressivement.
0 ans après -
L’EXPLOSION
DES SEVENTIES
après la Seconde Guerre, la priorité est, clairement, au développement tech- nique et industriel. En conséquence, on pollue joyeusement les rivières et l’atmosphère. L’empilement de problèmes locaux va pousser le gouvernement à adopter des lois sur la pro-
Les gouvernements, eux, prennent en charge le pro- blème. La conférence de Stockholm, en 1972, s’at- taque ainsi à la pollution de l’eau et de l’air. Et pour la
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bien trop tard pour nous motiver vraiment. Mais grâce à l’appropriation du sujet par des acteurs aussi bien politiques que culturels et à une communication in- cessante, le public trouve, petit à petit, sa motivation.
C’est un problème presque anthropologique : on ne réagit vraiment que confronté à une menace immédiate et accessible à nos sens
serait bien pire que ce qu’il est aujourd’hui sans elles. Mais si ces actions sont ef- ficaces, elles ont plusieurs défauts : elles sont locales, se concentrent sur des symp- tômes visibles et non sur les problèmes sous-jacents, et ont recours à des solutions techniques.
toujours « La » solution, car elles peuvent aussi avoir une fâcheuse conséquence : l’effet rebond. Les gens pol- luent et gaspillent plus de ressources en se disant que l’innovation le permet désor- mais.
chie. Et comme l’économie règne sur l’écologie, nous avons pris des mesures éco- nomiques, à travers la prise en compte des externalités environnementales – l’idée que le pollueur doit payer un droit à polluer. cela a pris du temps : la taxe car- bone a mis 14 ans à s’im- poser. Mais la meilleure nouvelle est que le public commence aussi à se sentir concerné, malgré un obstacle de taille. « C’est un problème presque anthropologique : on ne réagit vraiment que confronté à une menace im- médiate et accessible à nos sens », souligne Dominique Bourg. Les informations scientifiques et techniques sur le climat ne « parlent » pas ; les catastrophes loin- taines inquiètent un moment, puis s’en vont. Le temps de latence du système Terre fait que l’on nous présente
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Déc. Jan. 2017
Jean-Marie Benoist


































































































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