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n°34
GALAxIe ecOréSeAU Rétrospective - Le rôle de l’armée française dans le temps
La grande Muette mue...
Dans chaque numéro, EcoRéseau Business vous propose de revenir sur un événement ou une institution qui fait l’actualité, en les mettant en regard de ce qu’ils étaient ou auraient pu être il y a un demi-siècle. Pas question de comparer l’incomparable, de fustiger ou de glorifier le passé. Simplement de montrer que non, ça n’était pas forcément mieux avant.
L’image des soldats belliqueux qui prennent le train pour rejoindre les garnisons de l’est appartient au passé. Leur profil est différent, et ils ne font plus que combattre...
militaires, soit quasiment 10%) et l’on voit jouer l’armée dans un vrai rôle de composition.
de Gaulle. Durant tout ce long siècle, les trains de permissionnaires desser- virent les gares de l’Est. » Deuxième rôle essentiel pour l’historien, à partir des années 1960 : se dé- ployer sur les conflits co- loniaux : « Au lendemain de la Seconde Guerre mon- diale, et pour faire oublier le traumatisme de 1940, le modèle culturel domi- nant au sein de l’armée française va être celui de troupes légères, incarnées par le « para ». Plus que jamais, c’est l’armée du grand large, avec la guerre d’Indochine – illustrée par les livres de Jean Larté- guyet, les films de Pierre Schoendoerffer –, celle de Corée et la bande d’aven- turiers du Bataillon fran- çais, et surtout celle d’Al- gérie. Là-bas, cette armée, qui s’est progressivement éloignée depuis 1940 de l’univers mental de la France métropolitaine, va basculer dans l’aventu- risme pour se briser lors du putsch des généraux d’avril 1961. » bref, une armée d’aventuriers com- battants il y a 50 ans, contre une armée de gratte- papiers et de gendarmes en 2016 ? Pas si sûr.
«C
aime à pleurnicher Syl- vester Stallone, alias rambo, dans le film épo- nyme consacré à la guerre du Vietnam. Où l’on a en- vie de lui répondre : « Eh bien, mon ami, il ne fallait pas t’engager dans l’ar- mée ». On ne le fait pas, de peur qu’il sorte de l’écran nous faire tâter de son biceps galbé, mais on n’en pense pas moins. car oui, au moins dans l’image d’epinal, c’est à cela que sert l’armée : faire la guerre sur des théâtres d’opération souvent loin- tains, souvent violents, souvent, là encore au moins en apparence, dé- connectés des préoccupa- tions immédiates des ci- toyens. Mais est-ce tou- jours vrai ? Pas si sûr.
L’armée surveillante, l’ar- mée éducatrice, l’armée exemple, mais l’armée tou- jours combattante ? Oui, évidemment. Mais plus de la même manière, ni sur les mêmes théâtres d’opération. Selon les propos de Jean- Dominique Merchet, parus dans la revue Hérodote en 2015, l’armée au siècle dernier eut essentiellement deux rôles. Le premier d’entre eux, défendre le territoire sur ses frontières. « Depuis les lendemains de la guerre de 1870, l’ar- mée française regardait vers l’Est, d’où venait le danger allemand puis so- viétique (...) Le quart nord-est de la France ac- cueillait l’essentiel des forces, créant ce paysage urbain si particulier des villes de garnison. Aux ca- sernes, s’ajoutaient les grands camps de manœu- vres (Mourmelon, Suippes, Sissone) et les fortifications de Seré de Rivières puis de la ligne Maginot. » Une situation qui, d’après l’his- torien, se poursuivra en- core plusieurs décennies durant : « Qu’aux lende- mains de la Seconde
L’armée surveillante, l’armée éducatrice, l’armée exemple, et l’armée... combattante
« Allez les gars, nous sommes en retard pour notre mission vigie-pirate à la gare... d’Austerlitz »
’était pas ma guerre, Colonel »,
Aujourd’hui, en France, le rôle de l’armée a consi- dérablement évolué. Une tendance qui ne date pas d’hier, mais très largement accentuée ces derniers mois par l’importance de la menace terroriste. Pre- mière transformation, le déploiement de l’armée sur l’ensemble du territoire national, suite à la mise en place de l’opération Sentinelle. concrètement, ce sont 7000 militaires qui resteront affectés à cette mission « de manière du- rable », annonçait François Hollande à l’issue d’un conseil de Défense en avril 2015. evidemment, l’un des rôles principaux de l’armée était déjà la dé- fense du territoire national, via le corps de la Gendar- merie. Sauf qu’ici, ce sont des unités appartenant aux autres corps de l’armée
créés depuis 2005 18 eta- blissements publics d’in- sertion de la défense (ePIDe) et François Hol- lande annonçait en février 2015 la création en mé- tropole de trois centres inspirés du SMA, rebapti-
qui sont déployés. Pour
ceux-là, exit le rêve d’une
« Opex » – comprenez
« Opération extérieure » –
en Afrique ou au Moyen-
Orient. ce sera la sécuri-
sation de la Gare du Nord.
« C’était pas ma guerre... »
Mais ce n’est pas tout : sés Service militaire vo-
en effet, la construction européenne et l’engage- ment de la France aux Na- tion-Unies ont maintenu ce rôle de l’armée française hors de son territoire. Si les militaires français pa-
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après la défense du métro et des hypermarchés, l’éducation des jeunes en difficulté. Depuis 1961 en effet, existe dans sept ter- ritoires d’Outre-mer un dispositif d’insertion pro- fessionnelle des jeunes en grande difficulté : le Ser- vice militaire adapté (SMA). Devant le succès de ces dispositifs, ont été
lontaire (SMV). Le prin- cipe ? Une « ré-éducation » selon les principes mili- taires, avec discipline, vie en internat et port de l’uni- forme. « C’était pas ma guerre... »
Guerre mondiale l’adver- saire potentiel changeât de nationalité et reculât un peu vers l’Est ne chan- gea pas la donne. De 1871 à 1914, l’ennemi était sur la crête des Vosges. De 1918 à 1940 sur le Rhin. De 1947 à 1989, dans la trouée de Fulda, « à deux étapes du Tour de France » selon le mot du général
trouillent .
Gare du Nord, ils agissent tout autant en Syrie, en Irak, dans le Sahel ou au Liban. Le rôle de l’armée rejoint alors les impératifs de politique et de sécurité contemporains : prévenir loin de France, guérir sur notre sol.
arme au poing
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OctObre 2016
Ajoutons à ces deux exem- ples la notion de repré- sentation (37 sportifs pré- sents aux Jeux Olympiques de rio sur 396 étaient des
Olivier Faure


































































































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