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n°33
GALAxIe eCoréSeAU Rétrospective - Les « dissipés » de l’Union Européenne
Fortes têtes
Dans chaque numéro, EcoRéseau Business vous propose de revenir sur un événement ou une institution qui fait l’actualité, en les mettant en regard de ce qu’ils étaient ou auraient pu être il y a un demi-siècle. Pas question de comparer l’incomparable, de fustiger ou de glorifier le passé. Simplement de montrer que non, ça n’était pas forcément mieux avant.
Depuis le vote du brexit, on fait du royaume-Uni l’atavique vilain petit canard de l’europe.
Les Anglais se sont certes fait passer au doigt la bague européenne pour le meilleur, et très peu pour le pire, mais d’autres avant eux ont déjà joué les funambules sur la ligne rouge...
Luxembourg s’est dit opposé au brexit, en coulisses, d’au- tres jouaient une toute autre partition. Depuis le vote his- torique des britanniques, le lobby bancaire luxembour- geois ne cache plus ses am- bitions très personnelles. « Nous allons jouer la carte du headquartering » (inviter des grands groupes interna- tionaux à établir leur quartier général européen au Luxem- bourg, NDLr), a récemment expliqué Serge de Cillia, di- recteur général de l’Associa- tion des banques et banquiers luxembourgeois (AbbL). Si les Luxembourgeois visent essentiellement les fonds d’in- vestissement et sociétés de gestion de fortune, la France semble s’être positionnée pour accueillir les banques d’af- faires. Parmi les hyènes à l’affût, un classement se des- sine déjà : « Lorsque l’on in- terroge les financiers à Lon- dres sur l’endroit où ils sou- haiteraient s’implanter, Paris
Communauté européenne, le 30 novembre 1979. Interrogée par un journaliste, le Premier ministre britannique margaret thatcher lance cette phrase qui restera dans l’histoire. Derrière la formule, une équa- tion simple : les Anglais ver- sent à l’europe davantage qu’ils ne reçoivent, et ils sou- haitent récupérer leur mise. L’épisode refroidira durable- ment les relations entre les Anglais et leurs homologues français et allemands. L’épi- logue de l’affaire se jouera à Fontainebleau le 26 juin 1984, où margaret thatcher obtien- dra gain de cause. Pas une surprise pour une femme po- litique dont l’une des phrases favorites était : « there is no alternative ».
breux économistes, cette ban- queroute grecque n’aurait pas eu d’effet dramatique pour l’Ue, c’était un autre enjeu clé, et géopolitique celui-là, qui était alors pointé du doigt : le « Grexit », comprenez la sortie pure et simple de la Grèce de l’Union européenne.
Un continent où, du fait des fortes identités, il se passe toujours quelque chose...
BELGIQUE :
À QUAND LA SCISSION ?
tout a éclaté aux yeux du grand public un soir de dé- cembre 2006. La Une, l’une des grandes chaînes de télé- vision belge, interrompait ses programmes pour une an- nonce fracassante : cette fois, c’était fait, la Flandre se sé- parait de la Wallonie, faisant exploser la belgique. Quelques minutes plus tard, des démentis venant de tout le royaume rassuraient urbi et orbi : il s’agissait là d’un canular de la chaîne (un « do- cufiction » pour cette der- nière). mais qu’importe, le mal était fait. Cette fausse info, et le fait que beaucoup y aient cru, avaient rendu pal- pable une menace récurrente : la partition de la belgique en deux etats. Une situation in- congrue pour le pays abritant la Commission européenne, censéereprésenterl’unitédes etats-membres. La faute à qui ? A l’antagonisme histo- rique entre Flamands et Wal- lons, sur les plans culturels, économiques, linguistiques, territoriaux. Des différends
FRANCE : TOUCHE PAS À MA PAC
La Politique agricole com- mune (PAC) représente l’un des mécanismes de coopéra- tion européenne les plus abou- tis. L’idée ? Chaque état mem- bre, à proportion de ses pos- sibilités, met au pot commun afin, depuis 1999, de supporter deux piliers : le soutien du marché, des prix et des reve- nus agricoles, et l’aide au dé- veloppement rural. Sur la pé- riode 2007-2013, la PAC re- présentait 43% du budget total de l’Ue : 55 milliards d’euros sur un budget total de 129 milliards. extrava- gant ? Peut-être, mais pas pour la France qui a toujours milité pour un maintien du niveau de ces aides. en 1999, c’est Jacques Chirac qui faisait plier le chancelier allemand Gerhard Schröder pour ne pas changer le mode de calcul de la répartition des aides par etat. Plus récemment, en 2013, François Hollande par- venait à son tour à arracher une diminution modique de l’aide à la France (3%) quand le budget total alloué à la PAC se voyait, lui, raboté de
12% sur la période 2014- 2020. La France la jouait alors très perso, en maintenant ainsi son statut de pays le plus aidé en la matière, au détriment d’autres etats eu- ropéens. michel Jacquot, an- cien conseiller de Jacques Delors et directeur du FeoGA (organisme de la Commission gérant la PAC) entre 1987 et 1997 jugeait ainsi cette pra- tique : « Ces aides au revenu distribuées à des gens qui n’en ont pas besoin et qui avouent eux-mêmes qu’ils s’en servent pour acheter un appartement sont un vrai scandale ».
sera membre de l’otAN en 1999, soit cinq ans avant de rentrer dans l’Union euro- péenne (2004). Plus récem- ment, les Polonais se sont engagés dans la guerre en Irak aux côtés des Américains
GRÈCE : LA FILLE PRODIGUE
2008. La crise financière mon- diale, amorcée aux etats- Unis, s’étend comme une tache d’huile. L’un des pays
POLOGNE : L’AUTRE CHEVAL DE TROIE AMÉRICAIN
Depuis la chute du mur de berlin, le cœur de la Pologne penche davantage du côté américain que du côté de ses alliés européens. en cause, la rancœur des Polonais vis- à-vis des européens, jugés responsables de leur « aban- don » aux mains des Sovié- tiques lors de la Conférence de Yalta (1945). Preuve de cet état de fait, la Pologne
en faisant fi de la position des principaux etats euro- péens. Ils en récolteront la charge d’une province ira- kienne.
n’arrive qu’en cinquième po- sition, derrière Dublin, Luxembourg, Amsterdam et Francfort », a déclaré récem- ment Kyril Courboin, le PDG en France et au be- nelux de JP morgan, au cours d’un forum organisé par Paris europlace.
qui frôlera la banqueroute sera européen : la Grèce. L’ensemble des partenaires européens va alors découvrir l’ampleur du désastre éco- nomique grec, entre endette- ment surréaliste et déficit bud- gétaire bien au-delà des cri- tères de convergence. Pire, les européens découvrent également certaines limites structurelles, indignes d’un etat-membre, comme l’inca- pacité du gouvernement grec à prélever l’impôt. résultat, des milliards d’euros versés par le FmI et les partenaires européens pour éviter la ban- queroute du pays et la conta- mination à d’autres économies européennes. Si, pour de nom-
Depuis le vote historique des Britanniques, le lobby bancaire luxembourgeois ne cache plus ses ambitions très personnelles...
LUXEMBOURG :
LE CHAROGNARD FINANCIER
Le malheur des uns, dit-on, fait le bonheur des autres. Si l’on considère le brexit comme une mauvaise nou- velle pour les britanniques, elle pourrait représenter une excellente opportunité pour le Luxembourg qui vise à ré- cupérer au sein du Grand- duché de nombreuses insti- tutions financières exilées de Londres. Si officiellement le
ersonne, au « pays du
ROYAUME-UNI :
“I WANT MY MONEY BACK!”
“Coupables” du brexit en 2016, les Anglais n’en sont pas à leur coup d’essai en matière de mauvais esprit collectif. La scène se déroule à la sortie du sommet des chefs d’etat et de gouverne- ment des neuf pays de la
quep.
consensus », n’a jusqu’ici été en mesure d’apaiser, faisant planer au cœur de l’europe un risque d’éclatement – ré- gulièrement remis sur le de- vant de la scène par des hommes politiques flamands – d’un de ses pays fonda- teurs.
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SePtembre 2016
Olivier Faure

