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n°32
GAlAxie eCoRéSeAu Rétrospective - La notion d’espace public en France dans le temps
un pour tous...
Dans chaque numéro, EcoRéseau Business vous propose de revenir sur un événement ou une institution qui fait l’actualité, en les mettant en regard de ce qu’ils étaient ou auraient pu être il y a un demi-siècle. Pas question de comparer l’incomparable, de fustiger ou de glorifier le passé. Simplement de montrer que non, ça n’était pas forcément mieux avant.
D Chacunchercheàpréservercelieude«toutes»leslibertésdesinfluencesidéologiquesoureligieuses. une tentative – vaine – qui ne date pas d’hier.
urant cet euro de soit le mieux adapté pos- football, la France sible aux besoins et at- a rétréci. Nos tentes des habitants.
frontières sont restées les D’où, comme l’explique
mêmes, c’est au cœur de nos territoires, de nos villes même, que nous avons perdu une part de notre souveraineté. Pour satisfaire aux exigences de l’ueFA afin d’accueil- lir l’euro, nous avons ac- cepté que l’instance du foot européen devienne, le temps de l’événement, maître d’une partie de notre espace public. Car dans les Fan Zones, ce sont bien l’ueFA – et ses sponsors ! – les seuls maîtres à bord. Pire, in- terdiction est faite à cer- tains bars trop près des sacro-saintes Zones de diffuser les matchs sur grands écrans. les non- amateurs de foot pour- raient à juste titre mani- fester leur mécontente- ment de voir ainsi piétiner l’espace public au béné- fice d’intérêts très parti- culiers. Heureusement, ils sont minoritaires, et crient moins forts que les supporters.
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très bien le géographe Antoine Fleury, une né- cessaire « réflexion sur l’échelle à laquelle les espaces publics doivent être produits ». Plus ques- tion de produire des barres d’immeubles es- tampillées années 60, au pied desquelles l’espace public est devenu au mieux un no man’s land, au pire une zone de non- droit tenue par des dea- lers. l’espace public, au- jourd’hui, se pense en amont, plus qu’il ne se construit en aval au gré de l’utilisation qui en est faite par les habitants. Ce qui pose un autre pro- blème : ces espaces adap- tés à leurs occupants di- rects ne le sont pas aux habitants du pâté de mai- sons voisin. Ainsi, peut- on encore parler d’espace véritablement public ? Peut-être que oui lorsque les pouvoirs publics of- frent l’espace du même nom comme terrain de jeu aux artistes de tout poil. Quoi de mieux pour rendre ces espaces, d’une certaine manière, univer- sels ? une tendance lar- gement développée en France depuis plusieurs décennies, avec en point d’orgue l’installation des colonnes de Buren dans
Ce débat sur la neutralité de l’espace public n’est pas nouveau. Souvenons- nous de la polémique née, en 2010, des prières de rue, qualifiées « d’occu- pation du territoire » par Marine le Pen. ou des vifs échanges à propos de la loi sur les signes religieux ostentatoires dans les écoles, en 2004. Mais le terrain religieux n’est pas le seul à poser problème. l’occupation de la place de la Répu- blique par le collectif Nuit Debout, par exem- ple, posait la même ques- tion que les exemples pré- cédents : que reste-t-il de l’espace public lorsqu’il est accaparé par des in- térêts ou des revendica-
tions particulières, aussi légitimes et inoffensives soient-elles ?
C’est dans les années 1960 que naît le terme d’espace public, sous l’in- fluence du philosophe al- lemand Jürgen Habermas, qui définit celui-ci
bermas qui annoncera les limites de l’espace public dès lors que celui-ci de- vient la proie des intérêts particuliers.
Bien avant les sixties, et peut-être sans être préci- sément théorisée, la ques- tion de la neutralité de l’espace public avait été posée. le 9 décembre 1905, lorsqu’est promul- guée la loi de séparation des eglises et de l’etat,
comme une déclaration avant l’heure de respect absolu de cette séparation entre espace public et sphère privée. enfin, de quoi est-il question lorsque s’écharpent Pep- pone et Don Camillo dans l’œuvre de Giovannino Guareschi (1964), si ce n’est de savoir lequel des deux parviendra à asseoir son influence sur l’espace public ?
Un concept que les Français ont appris à adapter à leur situation personnelle...
Dans ces mêmes années 60 toutefois, l’espace pu- blic en France n’est pas appréhendé comme ce
Fan Zones, Nuit Debout, signes religieux ostentatoires, œuvres d’art dans la rue... En toile de fond toujours le même débat
comme une sphère – au lieu de dialogue ouvert, de quoi s’agit-il sinon de sens concret du lieu, mais mais plutôt comme un es- l’acte fondateur d’un long aussi au sens abstrait d’un pace à aménager dans un processus de « neutrali- regroupement d’individus but précis : bâtir pour lo- sation » de l’espace pu- en débat – de liberté de ger. D’où un débat sur la blic ? Dans le même re- parole et de critique au- neutralité de celui-ci bien gistre, le « Rendons à tonome du pouvoir en moins exacerbé qu’au- César ce qui est à César » place. C’est ce même Ha- jourd’hui. des evangiles sonne
r d’honneur du Pa-
Aujourd’hui, la question de l’espace public est ap- préhendée par de multi- ples disciplines. les ur- banistes, par exemple. Plus un chantier de trans- formation de l’espace ur- bain sans concertation ni participation des rive- rains. l’objectif ? Que l’espace public ainsi créé
lacou.
lais Royal (1986). ou la construction de la Pyra- mide de verre de leoh Ming Pei dans la cour du musée du louvre (1988). Autant d’installations qui, à leur époque, avaient largement fait consen- sus...
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Juillet-Août 2016
Par Olivier Faure


































































































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