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Carrières & Talents - Pourquoi les ingénieurs français ont la cote à l’étranger RH & FORMATION
écoles. A l’issue de l’Université technolo- gique de Compiègne (UTC), l’Europe capte les trois quarts des jeunes globe-trotters. A
mathématiques finan- cières la City de Londres – même en période de crise. L’aéronautique mène facilement en Al- lemagne, dans les ser- vices d’EADS. Sa spé- cialité en transport fer- roviaire a conduit Va- lentin Dorigny, chez Bu- reau Veritas, à la Chine.
les « Frenchies » peu- vent se vanter d’avoir mis en place tel point... Et c’est sans compter l’implication de profes- sionnels dans les cursus. A l’Ecole d’ingénieurs en génie des systèmes industriels (EIGSI), ils assurent 70% des ensei- gnements des domi- nantes. Deuxio, l’hyper- spécialisation n’est pas de mise. Classe prépa- ratoire intégrée ou non, quelle que soit l’orga- nisation des cinq années d’études, les pro- grammes généralistes balaient toutes les dis- ciplines scientifiques. Le socle est solide, avant d’attaquer une colora- tion, voire une domi- nante. La capacité à avoir une vision trans- versale est inscrite dans l’ADN de l’ingénieur français. « Et l’innova- tion est au cœur de leurs savoir-faire, note Pas- cale Ribon, à la tête de l’ESTACA. Ils savent partir d’une page blanche et conceptuali- ser. A la différence de l’ingénieur allemand, plus fort pour améliorer une technique exis- tante. » Mais surtout pour parvenir à ce ré- sultat, les écoles d’in- génieurs ont procédé à une mutation génétique du cursus, rendant in- contournable l’ouverture internationale. Avec des doubles diplômes – l’INSA Strasbourg en compte 12 ; un tiers des diplômés de Centrale Marseille en ont ; ceux de Centrale Paris ont eu
DES POINTS
FORTS INDÉNIA- BLES
« Les diplômés chinois sont excellents en calcul, souligne Etienne Ar- noult, directeur de la for- mation et de la pédago- gie de l’Université tech- nologique de Compiègne (UTC). Cela ne fait pas d’eux de bons éléments en entreprise. Les situa- tions vécues sur le ter- rain n’ont rien à voir avec les cas d’école. » Quels sont donc les in- grédients qui font la dif- férence ? Trois atouts sont dans les mains des jeunes ingénieurs trico- lores. En chœur, les res- ponsables de filière ré- pondent : la pratique, et encore la pratique. « 20% du cursus est dé- dié à la dimension pro- fessionnelle, avec des stages obligatoires, dé- taille Jean-Michel Ni- colle, directeur de l’Ecole Polytechnique féminine (EPF). Partout ailleurs, la porosité en- tre les études et le monde économique est bien moins développée. Notre modèle est assez atypique sur la scène mondiale. » Au lieu de dire « j’ai eu un cours
journer trois voire six mois à l’étranger depuis 2007. L’inter-culturalité est d’office au pro- gramme, et n’est pas une découverte une fois le jeune diplômé sur le marché de l’emploi.
baisse à venir. Nombre de pays cherchent en ef- fet à dupliquer le modèle français. Déjà, il y a dix ans, la Chine a demandé aux écoles centrales de France de développer une réplique, locale- ment, à Pékin. On parle de politique off shore. L’Australie s’en inspire, prenant de la distance avec le schéma d’exper- tise (mono)disciplinaire en vigueur dans le
monde anglo-saxon. Ma-
Polytechnique, Amé-
rique du Nord, Europe
et Asie arrivent à égalité,
chaque zone pour un
tiers. Tout dépend des
spécialités. Un focus sur
les nouvelles technolo-
gies intéresse les entre-
prises californiennes, les sur tel ou tel point », pour obligation de sé-
DES INTERROGA- TIONS SUR L’AVE- NIR
Qu’en sera-t-il de l’at- tractivité future ? A l’EPF, on parie sur une
Quelle que soit l’organisation des cinq ans d’études, les programmes généralistes balaient toutes les disciplines scientifiques
thieu Le Traon, d. des relations internatio- nales de Polytechnique, temporise. Pour lui, il s’agit plus « d’effets d’annonce », sans rien de réellement concret à la clé... pour une concurrence frontale. A vos passeports.
Murielle Wolski
irecteur
AVRIL 2016
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