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n°29
RH & FORMATION Réseaux et influence - Cercles nautique
Décryptage d'un groupement ou cercle en particulier, de son dynamisme et de sa capacité à favoriser le networking
Les voiles se lèvent
Pour la plupart centenaires, ils sont en voie de démocratisation, prenant la forme de repères de passionnés
L ’air pur, l’écume, le bruit des vagues sur la coque d’un bateau, et l’impression de liberté que cela confère... Comme il en existe pour les amateurs de whisky ou de foie gras, l’océan compte lui aussi son lot de cercles et associations d’initiés, qui n’aiment rien tant que se réunir pour ajouter une dimension d’échange et de partage à leur passion personnelle. Une pratique qui ne date pas d’hier. Le Yacht Club de France a par exemple été fondé en 1867 par Na- poléon III, dans le but de contribuer au développe- ment de la navigation de plaisance et de la construc- tion navale. Son rôle est notamment de participer à la définition et à la mise en œuvre de la politique globale de la plaisance. A cet égard, il est l’interface de ses membres et de ses 30 clubs alliés installés sur les façades maritimes fran- çaises. Ce repère de pas- sionnés, qui a connu son heure de gloire lors de l’en- tre-deux-guerres, a compté parmi ses membres plu- sieurs artistes impression- nistes. « Aujourd’hui, il compte 500 adhérents, qui partagent la même ap- proche de la mer : sans l’envisager de manière consumériste, mais plutôt comme une école de vie », explique Yves Lagane, son président. En plus de pro- mouvoir la pratique du yachting et de former à la navigation de plaisance, le- dit club s’imagine comme une structure permettant d’animer la vie de ses mem- bres, y compris lorsqu’ils ont le pied hors de l’eau. « Nous recevons réguliè- rement des acteurs du monde maritime pour des conférences. Nous organi- sons également un cocktail mensuel destiné à présenter les nouveaux membres »,
qui se trouvent des points communs.
sident de la Société des Ré- gates du Havre a fait évoluer le système de parrainage. « Il ne sert plus de “frein”. Lorsque vous êtes nouvel adhérent, vos parrains sont là pour assurer la visite des installations et vous intégrer à leur cercle de connais- sances. » Pour Yves Lagane, « la relation des Français avec la mer évolue. Les clubs sont de loin perçus comme un monde inacces- sible, composé de gens ai- sés. Mais il y a chez nous un tas de gens passionnés sans être riches, et la moyenne d’âge est en train de se rajeunir. Notre objectif est de démocratiser l’accès à la mer. Lors des analyses de dossiers de candidature pour intégrer le club, c’est l’authenticité de la passion pour la mer qui est le fac- teur déterminant. Plus que les relations ou le statut so- cial. » Une manière comme une autre de dire qu’on n’entre pas dans ce genre de club uniquement avec la perspective de faire du business ou d’étendre son réseau. Bien qu’il puisse être tentant, lorsque l’on est un jeune cadre ou commer- cial ambitieux, de nouer des contacts afin de tirer sa car- rière vers le haut, ces clubs ne peuvent être envisagés comme des loges maçon- niques ou des salons pro- fessionnels. « Ce qui ne m’empêche pas d’inviter des clients au restaurant du club pour des déjeuners professionnels, note Stanis- las Vannier, entrepreneur dans le BTP et membre de
note Yves Lagane.
DÉMOCRATISATION ET OUVERTURE AUX PASSIONNÉS
Mais ce côté élitiste n’en- traverait en rien ce désir d’ouverture, bien au contraire. « Contrairement aux idées reçues, nous en- registrons un turnover de
Marc Hervez
Petite virée entre membres du club...
LA TRADITION AVANT TOUT
Outre le Yacht Club de France, les structures asso- ciatives en relation avec la mer sont nombreuses : en vrac, le Cercle de la Mer, le Cercle de la Voile de Pa- ris, sans oublier la Société des Régates du Havre (SRH), club doyen d’Europe continentale, puisque fondé
milles sont sociétaires de- puis des générations. Je connais une dame de 85 ans qui était déjà membre du club en étant enfant », appuie Sylvain Dupray. Un constat partagé par Jean- Philippe Taconnet, agent maritime et membre depuis sa plus tendre enfance. « J’y ai donc logiquement inscrit mes enfants. » D’après lui,
Toutefois, se détacher de cette image de club cloi- sonné réservé aux notables des grandes villes est jus- tement l’un des principaux chevaux de bataille des dif- férentes structures. Certes, entre la nécessaire coopta- tion – intégrer la SRH, le Yacht Club de France ou le Cercle de la Mer impose de se faire parrainer par
près d’un tiers de nos mem- bres chaque année, révèle Sylvain Dupray, qui a mis en place une réduction du tarif de 30% pour les nou- veaux adhérents. Et nous sommes à la recherche de nouveaux sociétaires pour amortir les coûts relatifs à la structure : l’entretien des bâtiments, les employés, etc. » L’une des raisons de
en 1838, dont le Prince Jé- rôme Bonaparte, frère de Napoléon 1er, a assumé la présidence d’honneur en 1853. « En 1924, c’est éga- lement à la SRH qu’a in- combé la tâche d’organiser les épreuves de voile des JO de Paris », rappelle son actuel président Sylvain Du- pray. Un patrimoine histo- rique qui ne sert qu’à faire joli ? Pas vraiment, si l’on en juge à quel point la tra- dition occupe une place im- portante dans ce genre de clubs. « Beaucoup de fa-
la voile est un vecteur de socialisation : « C’est cer- tainement moins le cas qu’il ya30ans,maislaSRHre- vêt une importance capitale dans la vie des locaux. J’aime le fait de me rendre au club sans savoir qui je vais trouver, tout en sachant pertinemment que je vais tomber sur une connais- sance avec qui échanger. » Peu surprenant quand on sait que dans ces cercles de thématique marine, certaines familles prennent leur coti- sation depuis un demi-siècle.
deux sociétaires –, la coti- sation relativement élevée – compter environ 900 euros à l’année pour intégrer le YCF –, l’offre ne semble pas destinée aux classes po- pulaires.
ce changement de politique serait d’ordre fiscal : afin que ses membres puissent déduire leur cotisation de leur déclaration de revenus, comme il est possible de le faire lorsque l’on adhère à une association de type loi 1901, l’administration fis- cale a signifié au dirigeants de la SRH la nécessité de se rendre plus accessible. S’il reconnaît volontiers qu’ouvrir le cercle à toute la population havraise serait mal perçu de la part des membres historiques, le pré-
la Société des rég. Havre depuis plusieurs dé- cennies. La vue sur l’entrée du port est telle qu’elle per- met d’épater la galerie, no- tamment lorsque le client n’est pas de la région. Et indirectement, un beau ca- dre est toujours propice à la négociation... »
L’authenticité de la passion pour la mer des candidats est déterminante. Plus que les relations ou le statut social
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AVRIL 2016

