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n°29
GAlAxiE ECOréSEAU Rétrospective - La mer dans l’histoire de France
l’appel du large ?
Dans chaque numéro, EcoRéseau Business vous propose de revenir sur un événement ou une institution qui fait l’actualité, en les mettant en regard de ce qu’ils étaient ou auraient pu être il y a un demi-siècle. Pas question de comparer l’incomparable, de fustiger ou de glorifier le passé. Simplement de montrer que non, ça n’était pas forcément mieux avant.
lObtenir de l’ONU l’extension de son territoire maritime pour devenir le deuxième de la planète. la revanche d’un atavique pays terrien ou le destin logique d’une grande puissance maritime ? les deux mon capitaine...
a France, dans son essaye. En août dernier, rapport à la mer, cul- Ségolène royal présentait tive les paradoxes. ainsi ses dix pistes d’action
Pays des châteaux-forts pour soutenir la « crois-
derrière lesquels elle se claquemure pour défendre ses terres. Nation agricole recouverte de champs de céréales à perte de vue. Sully n’affirmait-il pas que « labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France », scellant ainsi la vocation terrienne du pays ? Pour plagier Chur- chill, on pourrait affirmer qu’à l’inverse du royaume- Uni, jamais la France n’a semblé vouloir faire le choix du grand large. Pourtant, de façon quasi- ment symétrique, l’Hexa- gone baigne autant dans l’eau qu’il est arrimé à la terre ferme. Beaucoup de ses grands hommes ont souhaité développer la vo- cation maritime du pays. Colbert voulut donner en matière commerciale la priorité à l’outre-mer en créant plusieurs compa- gnies – indes orientales et occidentales, compagnies du Nord, du levant et du Sénégal. Napoléon, qui tenta d’égaler – sans succès – la puissance de la royal Navy britannique. Et le ro- mantisme à la française ne trouva-t-il pas autant d’écho dans les exploits maritimes des corsaires Jean Bart, robert Surcouf et duguay Trouin que dans l’héroïsme terrien de d’Ar- tagnan ?
Désormais, la méfiance hexagonale à l’égard de la Grande Bleue semble s’estomper
sance bleue ». Parmi celles- ci, un appel à projets pour le développement de l’aquaculture ; le lancement d’une initiative européenne sur les pertes de conteneurs en mer, et d’une autre contre le dumping social entre marins ; la mise en place d’une planification spatiale des activités ma- ritimes (avec expérimen- tation en Manche et Mer du Nord) ; la mise en place d’un schéma pour le dé- ploiement du gaz naturel comme carburant marin avec appels à projets en soutien, ou encore le dé- veloppement des aires ma- rines pour qu’elles couvrent plus de 20% des eaux fran- çaises d’ici 2017. Par ail- leurs, le gouvernement est doté d’un Secrétariat gé- néral à la mer, directement rattaché au Premier minis- tre, ayant pour vocation de porter de façon transver- sale, dans chaque ministère, les enjeux liés à la mer. la France semble donc vouloir faire le choix du large. Une nouvelle de- mande d’extension de sa ZEE – concernant la Poly- nésie française – reste même à soumettre à la Commission des limites du plateau continental (ClPC). Si celle-ci venait à aboutir, la France éten- drait son territoire maritime d’au moins 1 million de km2, selon les experts. de quoi passer devant les Etats-Unis. Et de quoi faire mentir Eric Tabarly, qui ironisait sur notre rapport àlamer:«Lamer,pour les Français, c’est ce qu’ils ont dans le dos quand ils
extension de son domaine maritime de 580000 km2. Comment ? En parvenant à convaincre l’ONU que la logique de la géographie sous-marine des zones cô- tières françaises justifiait d’aller au-delà des fameux 200 miles marins, limite habituelle des ZEE. Une
ploitables insoupçonnées. En 2011, l’ifremer (institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) publiait une étude sur les ressources minérales ma- rines profondes à l’horizon 2030. dans celle-ci, plu- sieurs phrases laissent son- geur : « Dans les 30 ans
la France comme pour l’Europe, d’engager des politiques de long terme afin de ne pas se laisser distancer sur un plan scien- tifique comme écono- mique. » Ou encore : « La connaissance des fonds ma- rins fondée sur l’explora- tion scientifique est indis-
trielles qui sauront antici- per et maîtriser les tech- nologies d’exploration, d’extraction et de remontée des minerais pourront tirer des bénéfices de leur sa- voir-faire au niveau inter- national. » Sans oublier qu’en 2016, 85% des échanges commerciaux se font par voie maritime. l’eau, donc, semble le prin- cipal agent de la mondia- lisation.
Jamais la France n’a semblé vouloir faire le choix du grand large d’après Churchill ?
Aussi, la mer joue-t-elle depuis toujours un rôle im- portant dans l’équilibre so- cio-économique du pays. Bon an mal an, notamment grâce aux vestiges de son empire colonial, la France possède l’une des Zones économiques exclusives (ZEE) les plus importantes du monde. Mieux : depuis septembre 2015, la France a obtenu de l’ONU une
Plus si sûr...
En d’autres termes, la mer regorge de trésors qu’il ne tient qu’à nous, Corsaires d’un autre temps, d’aller conquérir. « la mer est l’avenir de la France », va même jusqu’à intituler dans son dernier ouvrage Jean- Marie Biette, secrétaire gé- néral du pôle mer du groupe Ouest-France. Mais la France s’en donne-t-elle les moyens ?
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Avril 2016
derrière ces chiffres se ca- chent des ressources ex-
Oui. Ou en tout cas, elle
broutille ? Certainement pas. Cette décision permet à la France de jouir au- jourd’hui de 11 millions de km2 de territoire mari- time, ce qui en fait le 2e pays le mieux doté au monde, derrière les Etats- Unis.
qui viennent, l’humanité s’appropriera de plus en plus les grands fonds, du point de vue scientifique, économique, écologique et éducatif. Une stratégie sur le long terme devient ur- gente ; elle se place sur le plan de la géopolitique et des enjeux économiques mondiaux. Il s’agit, pour
pensable pour trouver les zones de minerais les plus riches et comprendre les processus de transfert et de concentration des mé- taux. Cette exploration per- met aussi de déterminer la biodiversité et comprendre le fonctionnement des éco- systèmes. » Ou enfin : « Les pays et les sociétés indus-
regardent la plage ». Olivier Faure

