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n°29
STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE Business Story - Zodiac Nautic
Retour sur l'histoire d'une entreprise française que les innovations portent vers les marchés internationaux
Retour gonflé des bateaux Zodiac
M Après avoir failli boire le bouillon, Zodiac Nautic compte sur le digital et ses bateaux semi-rigides pour se remettre définitivement à flot en 2016.
odernisme et in- RETOUR À LA de flotteurs pour les bateaux où l’enjeu est de taille pour revendeurs pour conforter en Harley-Davidson : « Beau- novation. Sans CROISSANCE EN 2016 Bombard. En 2017, des pro- la marque tricolore : « Le 2016 sa place de leader sur coup de marques légendaires tourner le dos à C’est ce savoir-faire « made ductions d’annexes gonflables marché américain représente le marché outre-Atlantique, sont très inspirantes. Harley
un glorieux passé qui a contri- in France » qui a fait la ré- feront également leur retour la moitié du marché mondial mais aussi plus largement à Davidson en est une, c’est
bué à la gloire de la marque Zodiac par-delà les frontières tricolores, c’est un nouveau départ qui est négocié en ce début d’année 2016. Les di- rigeants ont changé, la phi- losophie aussi. En 2015, le célèbre concepteur de bateaux pneumatiques, passé près du naufrage, a finalement été repris par un trio d’investis- seurs, constitué de l’industriel Dominique Heber-Suffrin (Energetic Développement) et de deux anciens dirigeants de Converteam (ex-filiale d’Alstom), Pierre Bastid et Florent Battistella. Dominique Heber-Suffrin est ainsi devenu le nouveau capitaine du na- vire, montrant d’emblée le cap à suivre : « Dès la reprise de Zodiac Nautic à la barre du tribunal en juillet 2015, j’ai décidé de porter un œil neuf sur l’entreprise en allant pendant deux mois à la ren- contre de l’ensemble du per- sonnel dans nos différentes implantations en France, en Tunisie et aux USA. » Un constat que fait rapidement le PDG de Zodiac Nautic : « La relance de l’entreprise passe par la reconstruction des fondations pour retrouver la confiance de nos clients et de nos revendeurs. Il s’agit de revenir aux fondamen- taux : remettre en ordre l’or- ganisation et les processus de travail, livrer à l’heure des produits de qualité, re- lancer l’innovation pour ré- pondre aux attentes les plus pressantes du marché. » Dé- cision forte prise par le nou- veau patron : relocaliser en France la production chi- noise. « C’était l’occasion de reprendre la main pour notre site d’Ayguesvives (Haute-Garonne) qui a be- soin d’être alimenté et qui possède un savoir-faire unique à la base de la répu- tation des bateaux Zodiac ou Bombard. »
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putation de la marque, jadis productrice de ballons diri- geables et d’avions mono- plans et biplans, que Domi- nique Heber-Suffrin veut res- taurer. C’était au tout début du siècle dernier. Le déclen- chement de la Première Guerre mondiale détournera Zodiac, par la force des choses, des airs vers la mer. 1920, premières vedettes pour la Marine nationale ; 1934, premières recherches sur les bateaux pneumatiques. Une véritable prouesse technique et technologique à l’époque. « Zodiac, c’est un pionnier, une marque française de lé- gende, un capital sympathie incroyable, des technologies uniques, un leader mondial. Aujourd’hui, j’en suis convaincu, une “belle en- dormie” au fort potentiel de rebond, une marque qui va rayonner de nouveau. » Et pour cela l’ambitieux PDG de Zodiac Nautic a un plan : « 2016 sera l’année du retour à la croissance après des an- nées d’érosion du chiffre d’af- faires (NDLR : Zodiac table sur 32 millions d’euros en 2016 contre 24 l’an dernier) et de perturbations jusqu’à la crise de liquidités de 2015. Il s’agit aussi de restaurer les marges et de maîtriser les frais de structure pour un retour à l’équilibre dès 2017. » Comme un symbole, début février, Zodiac a re- lancé la production de ses célèbres flotteurs PVC sur
à Ayguesvives », annonce
des bateaux de plaisance.
l’échelle mondiale. « Nous
vrai, pour ses produits uniques, la qualité d’anima- tion de son marché, la ri- chesse de son offre ou encore le développement de sa com- munauté de fans. » Si Zodiac peut devenir le « Harley des mers », Dominique Heber- Suffrin ne s’en privera pas : « Nous allons capitaliser sur une marque extrêmement forte comme Zodiac en utili- sant le levier du digital : meilleure proximité avec les consommateurs via les ré- seaux sociaux pour une meil- leure compréhension de l’usage des bateaux, person- nalisation en ligne ou sur les points de vente des ba- teaux, animation du marché tout au long de l’année, etc. » Ce changement de cap aura forcément un impact sur l’or- ganisation industrielle du groupe Zodiac Nautic qui ta- ble sur une production de 7 à 8000 bateaux en 2016, mais Dominique Heber-Suffrin est prêt à retrousser ses manches : «Biensûrqu’àlacléilya beaucoup de transformations radicales à réaliser dans no- tre organisation industrielle, dans la conception de nos produits, ou encore dans nos processus de travail. Mais c’est un défi passionnant ! » L’enjeu est de taille : redresser définitivement un fleuron de l’industrie nautique française. « Une entreprise qui a été pas mal secouée », de l’aveu même de son dirigeant, qui compare « le nouveau Zodiac
« Là je lui sors le grand jeu. Manque plus qu’un groupe de dauphins au loin... »
Dominique Heber-Suffrin, particulièrement « heureux de pouvoir réembaucher des salariés partis auparavant dans un plan social ». Des
C’est un marché très deman- deur d’innovations où les ba- teaux semi-rigides, encore peu répandus, représentent un beau potentiel. » Zodiac
avons également une volonté de conquête en Amérique La- tine et dans la région Asie- Pacifique où nous sommes déjà présents et où les in- vestissements d’infrastructure pour l’industrie de plaisance sont prévus à la hausse. »
start-up
Devenir le Harley-Davidson des mers en développant le digital et capitalisant sur une marque de légende
« DES BATEAUX PERSONNALISABLES EN LIGNE »
Pour cela, Dominique He- ber-Suffrin a des idées bien précises : il entend développer le digital et l’image de Zodiac, comme l’a fait par exemple le fabricant de moto américain
Nautic à une jeune . de huit mois d’existence ». Une jeune start-up, oui, mais qui emploie tout de même près de 300 salariés et qui aura la lourde tâche de re- donner tout son lustre à une marque mythique qui s’ap- prête à fêter son 120ème anni- versaire cette année.
son site haut-garonnais. Et ce n’est qu’un début... « Une deuxième vague suivra en septembre prochain avec le rapatriement de la production
bateaux que le nouveau pa- tron de Zodiac Nautic compte exporter, depuis la France, aux quatre coins du monde, notamment aux Etats-Unis,
Nautic, qui compte une unité de production à Summerville en Caroline du Sud, mise sur son solide ancrage aux Etats- Unis et son vaste réseau de
Cyril Michaud

