Page 47 - EcoRéseau n°29
P. 47
n°29
www.ecoreseau.fr
La rupture du mois
Le baromètre de l’innovation STrATéGiE & iNNOvATiON NUMériQUE Les innovations en bref...
L’intelligence artificielle : quel avenir ?
4 Les animaux parlent !
A quoi pensent les animaux ? La question
éternelle de l'être humain aura-t-elle
bientôt une réponse ? Une entreprise
scandinave, The Nordic Society for
Invention and Discovery, a trouvé un
moyen de communiquer avec nos amis
poilus, le No More Woof. Muni de capteurs électro-encéphalogrammes, le casque se pose sur la tête du chien et capte les signaux électriques émis par son cerveau, pour ensuite les traduire par ordinateur. Pour l’instant, le casque est en campagne de financement participatif sur Indiegogo.
4 Un tee-shirt intelligent : fini le mal de dos
Les jeunes ingénieurs lyonnais ont créé un tee-shirt connecté qui réagit aux mauvaises postures et stimule le dos. Percko agit comme une seconde peau, stimule le dos et la colonne vertébrale tout au long de la journée et exerce une action indolore en cas de mauvaise posture pour inciter l'utilisateur à se redresser. Une belle innovation qui aidera tous ceux qui souffrent du dos.
4 Un vernis anti-viol
Touchés par le phénomène de la « drogue du violeur » – indétectable et sans saveur – souvent utilisée par les malfaiteurs lors d’une soirée, quatre étudiants de l’université de Caroline du Nord ont inventé un vernis à ongles dont le coloris change au contact de ce type de stupéfiant. Le vernis comporte un composé chimique réagissant en présence des substances illicites. Pour vérifier la fiabilité de la boisson il suffit de tremper le doigt dans le verre.
Au mois de mars Alpha Go, le programme d’intelli- gence artificielle développé par Deepmind (Google), a battu Lee Seedol, le champion du monde de go et légende vivante du milieu. Une victoire historique dont tout le monde se réjouit. Cependant, cet exploit amène à se poser une question fatidique : quelle conséquence a-t-il réellement sur notre monde ?
Ainsi une vraie problématique philosophique se pose entre les adeptes de la philosophie kantienne et les utili- taristes. Pour les derniers, seul le résultat compte (Google). « En Europe, nous préférons la philosophie kantienne. Nous voulons comprendre comment fonctionne le logi- ciel. Nous sommes plus prudents », précise Hugues Bersini. Cependant, le consommateur veut que l’objet marche et il n’ira pas chercher plus loin. Ainsi, les utili- taristes remportent la manche et font avancer le marché de l’iA. Jusqu’où pouvons-nous alors faire confiance à l’iA ? « Il serait difficile d’accepter que les drones
« Le jeu de go était le dernier dans lequel l’homme conservait un avantage sur la machine. Mais pour nous, les chercheurs de l’IA, cette victoire n’est pas une surprise. Nous savions qu’à un moment
prennent une décision pour tuer quelqu’un. S’ils font une erreur, personne ne pourra comprendre : pourquoi l’ont- ils faite ? », illustre Hugues Bersini. l’iA pourra-t-elle dépasser l’intelligence humaine ? Elle le fait déjà. Cependant, « il ne faut pas oublier que c’est l’homme qui lui met des objectifs, et en dehors de ces derniers elle est inca-
donné le robot l’emporterait », explique
Hugues Bersini, co-directeur de l’institut
de recherches dédié à la thématique
(iridiA) de l’UlB. Pour arriver à ce
moment historique les chercheurs ont
demandé à deux ordinateurs de s’af-
fronter. « En faisant des erreurs, ils ont
réussi à s’améliorer. C’est une preuve
de l’évolution vers les machines “learning”. Le seul hic est qu’elles ne peuvent pas expliquer comment elles ont fait ces avancées techniques », observe le spécialiste de l’iA. Un point qui peut être contraignant. les stratégies mises en place par l’iA échappent ainsi aux programmeurs. les boîtes se comportent bien mais sont incapables de rendre des comptes sur leur fonctionnement. Une réalité que les scientifiques ont oublié d’imaginer dans les années 50. « Auparavant, nous accordions beaucoup d’importance à la transparence du système, aujourd’hui, nous privilégions la qualité », déplore Hugues Bersini.
pable de le dépasser », précise Hugues Bersini. En effet, si vous mettez l’Alpha Go devant un jeu d’échecs, il ne comprendra rien du tout car il n’a pas été programmé pour ce jeu. Quant à l’avenir de l’économie dans le futur, des emplois vont certainement disparaître mais d’autres vont naître, notamment dans le secteur du trai- tement numérique. « Il va falloir réinventer le circuit économique et surtout ne pas oublier que les grands groupes à l’origine de l’IA actuelle (comme Google) concentreront grâce à elle la richesse du monde... », conclut Hugues Bersini.
L’innovation autrement
Le management cellulaire : quand la productivité est associée au plaisir
Autodidacte, passionné d’informatique depuis l’enfance, Christophe Baillon a créé Sogilis en 2008. « Pendant une courte période, j’étais salarié mais très vite je me suis rendu compte de nombreux gaspillages dans l’informatique. J’ai voulu développer des logiciels robustes et sur-mesure qui tendent vers le zéro défaut et dont on réduit le coût de maintenance sur le long terme », explique Christophe Baillon. il commence son aventure avec deux salariés doués dans les logiciels. Un an plus tard (cinq salariés à l’époque), Sogilis se fait remarquer par un grand groupe aéronautique qui se montre intéressé
rurgiens-dentistes. Active dans l’écosystème grenoblois (membre de digital Grenoble, lauréate du réseau Entre- prendre isère, etc.), Sogilis est depuis l’an dernier également présente à lyon et même à l’international, avec une équipe en Australie. Mais Sogilis ne serait certainement pas là sans son management atypique qui attire les passionnés d’informatique et divers clients. « La presse parle de l’en- treprise libérée, je définis notre fonctionnement de mana- gement cellulaire », souligne Christophe Baillon. il n’a jamais aimé les sociétés qui considèrent les employés
n’existent pas. les équipes ont même leur mot à dire concernant les contrats signés avec les clients. « Ils peuvent accepter ou refuser les projets. Nous ne perdons pas d’argent, au contraire. Comme ils choisissent eux-mêmes les projets, ces derniers sont toujours bien faits. Si jamais ils voient que la société va mal, par solidarité, ils vont prendre un contrat même peu intéressant et le feront tout aussi bien », rassure Christophe Baillon. l’autonomie et la prise de décision rendent ainsi les salariés acteurs de l’entreprise. C’est d’ailleurs eux qui recrutent leurs collègues, détectent des profils intéressants, rencontrent les candidats et les mettent en situation réelle de collaboration autour de la résolution d’un problème technique. C’est uniquement après cette immersion que la personne rencontre l’équipe dirigeante pour son embauche. Quant au rôle du dirigeant, il se limite à donner les conditions d’autonomie et rendre concrètes les initiatives des salariés. « Nous consacrons 70% de notre temps à l’activité de service et le reste est donné aux gens pour créer différentes opportunités en matière d’innovation ou autres, ajoute le dirigeant. Nous donnons la chance à tout le monde et contrairement aux autres entreprises, je fais des entretiens d’évaluation tous les quatre mois ! » les augmentations sont donc régulières et personne ne s’en plaint. Aujourd’hui, Sogilis compte 35 salariés passionnés qui visent l’excellence technique dans une culture d’amélioration continue et de grande transpa- rence.
par les méthodes de travail mises
en place par l’entreprise. la pre-
mière commande est un succès.
« Personne ne croyait qu’une petite
entreprise pouvait être capable de
travailler avec un grand groupe.
Et pourtant... », sourit Christophe
Baillon. les contrats se multiplient.
Très vite, Sogilis est reconnue en
tant qu’acteur dans le domaine du
logiciel en région rhône-Alpes.
« Nous avons réussi à augmenter notre visibilité. A ce jour, nous sommes sollicités dans des domaines de plus en plus variés », raconte Christophe Baillon. En effet, la société travaille dans de nombreux secteurs d’activité (web, aéronautique, médical, bancaire, etc.) avec des petites structures (start-up, PME) mais aussi de grands groupes comme STMicroelectronics. Elle a, par exemple, piloté un projet de logiciel pour une start-up du secteur médical, aujourd’hui utilisé et commercialisé par les chi-
comme de simples salariés à qui les dirigeants imposent des tâches. « Je voulais faire rimer management avec liberté et confiance », affirme Christophe Baillon. Après quelques lectures et discussions avec ses col- laborateurs, il a mis en place son propre mode de fonctionnement où chaque membre de l’équipe est au- tonome et autogéré, autour d’une vision globale et partagée de l’en- treprise, et où le manager n’a pas
sa place. Cependant trois commandements sont à suivre. Tout d’abord, il faut enthousiasmer et surprendre le client, au-delà de sa seule satisfaction. Puis, être rentable en ayant conscience des contraintes économiques de l’entreprise. Pour finir, prendre du plaisir en faisant en sorte que chaque membre de l’équipe s’épanouisse au quotidien. « En dehors de ces missions, nous n’avons pas de règles », énonce Christophe Baillon. Effectivement, les plages horaires, les plannings, les outils et les processus imposés
Avril 2016 47

