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n°29
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International - Le réveil de l’Afrique subsaharienne PANOrAMA Focus sur un pays qui étonne par ses caractéristiques, par le prisme de l'investisseur ou entrepreneur français
Terre promise des start-up ?
«L
’Afrique est une terre riche d’innovations
de croissance et d'innovations insoupçonnées...
Afrique comme en diaspora et désireux de prendre des risques pour monter leurs projets innovants ne peu- vent s’appuyer sur ces banque frileuses », constate Philippe Hugon. Pour fi- nancer le développement des start-up, reste alors une seule alternative : « Les fonds de capital-risque, qui investissent certes encore peu sur le continent même si de tels acteurs sont voués à se développer en masse dans les prochaines années, et ce, dans tous les sec- teurs », estime Hervé Schricke, en rappelant que pour ces fonds, « la ga- geure consiste in fine à in- vestir dans des pays afri- cains aux spécificités bu- siness différentes, et ce, pour mieux répartir les risques entre un Nigéria à la croissance cyclique liée aux fluctuations du cours du pétrole, et une Côte d’Ivoire ou un Kenya aux économies a contrario peu dépendantes des matières premières ». Et parmi les acteurs européens du fi- nancement ayant déjà fran- chi un tel cap, impossible de faire l’impasse sur Afri- can internet Group, filiale du groupe allemand rocket affichant d’ores et déjà une douzaine de participations sur le continent, dans la grande distribution, le e- commerce, etc., ou encore Wendel Group présent en Afrique de l’Ouest et à Ma- dagascar. l’autre signe d’un tel dynamisme entrepre- neurial reste encore l’émer- gence d’un marché du
Entre le Maghreb et le géant sud-africain, la diagonale qui s’étend du Ghana au Mozambique affiche un potentiel
de tous genres, en créativité et en ressources naturelles désormais convoitées par le monde entier. » Cette ci- tation tirée du livre d’ibra- hima Théo lam « Entre- prendre en Afrique, les clés de la réussite » (2014, l’Har- mattan) illustre à merveille le réveil d’un continent qui pourrait très vite devenir la nouvelle terre promise des start-up et investisseurs. C’est du moins le pronostic d’un nombre croissant d’ex- perts s’appuyant sur celui de la Banque mondiale elle- même, qui annonçait déjà en 2011 : « L’Afrique devrait connaître un décollage éco- nomique comme la Chine il y a 30 ans ou l’Inde il y a 20 ans ». Ainsi, au-delà du proche Maghreb et de l’émergente Afrique du Sud, une diagonale s’étendant du Ghana à l’ouest au Mozam- bique au sud affiche désor- mais un potentiel de taille dont les entrepreneurs de tout poil auraient tort de se priver. « La croissance moyenne de 5% par an, la forte hausse démographique – 25% de la population mondiale sera africaine en 2050 – tirée par le boom d’une classe moyenne au
A Nairobi, des fleurs, du soleil et de la tech...
tant l’Afrique noire offre des contrastes multiples. « En effet, il n’existe pas une seule Afrique mais plu- sieurs, lance Philippe Hu- gon. En Afrique de l’Ouest, les côtes –surtout autour de Dakar et d’Abidjan – restent bien plus dévelop- pées que les zones sahé- liennes enclavées, tandis que l’Afrique de l’Est connaît un dynamisme glo- bal plus important. » A l’instar du Kenya, de la Tan- zanie, et même de l’Ethio- pie, véritable atelier agricole
françaises. Un constat par- tagé par Hervé Schricke : « Les acteurs français du capital-investissement sont encore peu présents en Afrique, notamment par rapport aux Anglo-Saxons très mobilisés en Afrique de l’Est où les pays sont anglophones. C’est d’ail- leurs pour combler un tel retard, que nous avons créé en 2015 un club Afrique au sein de l’Afic. » de quoi concurrencer à terme les pays émergents, à l’instar de la Chine, de l’inde ou encore du Brésil, qui se tail- lent la part du lion, depuis une bonne quinzaine d’an- nées déjà, sur ce vaste mar- ché. « D’autant que la plu- part de ces pays, Chine en tête, sont davantage spé- cialistes du land grabbing en s’accaparant les terres africaines, que dans l’in- vestissement dans l’industrie manufacturière locale. Une démarche court-termiste sy- nonyme d’exploitation des ressources sur place et non pas de développement des infrastructures et de trans- ferts de compétences », dé- plore Philippe Hugon. Et d’ajouter : « Aussi, le grand défi de l’Afrique en termes d’investissements est le dé- veloppement de PME et start-up dans des filières industrielles, notamment au sein d’incubateurs et de pé- pinières existant au Ghana, en Ouganda, au Nigeria ou au Kenya, ou encore leur plus grande intégration dans les réseaux de sous- traitance de grands comptes comme Total ou Areva. »
: « Le dynamisme de l’Afrique réside dans le dé- veloppement d’une popu- lation urbaine dont le niveau de vie augmente rapide- ment. Les consommateurs de type “occidental” seront environ 250 millions d’ici 2050 et le PIB de l’Afrique atteindra alors celui de la Chine aujourd’hui. »
aux mains des terroristes de Boko Haram... C’est dire si beaucoup reste à faire sur ce continent fragi- lisé par la corruption, les inégalités et les conflits. les récents évènements d’Abidjan ne vont rien ar- ranger. « C’est le grand pa- radoxe de ce territoire qui offre certes des opportunités de business non négligea- bles, tout en souffrant d’une image négative, fruit d’une vision désuète et coloniale le résumant aux guerres, épidémies et famines », ana-
DES MARCHÉS FOISONNANTS
On l’aura compris, de nou- veaux marchés en pleine expansion et aux rende-
African Internet Group, filiale du groupe allemand Rocket, a 12 participations dans la grande distribution,
le e-commerce... Wendel Group est aussi présent
pouvoir d’achat de deux à dix dollars par jour sont autant de bons arguments », indique Philippe Hugon, di- recteur de recherche à l’ins- titut de relations internatio- nales et stratégiques (iriS), en charge de l’Afrique. Ana- lyse similaire de Hervé Schricke, président du club Afrique de l’Afic, Associa- tion française des investis- seurs pour la croissance
ments élevés caractérisent désormais le continent. Comme celui du mobile avec plus de 70 millions de smartphones déjà en circu- lation (près de 360 millions le seront en 2025) d’après une étude MacKinsey de 2014, mais aussi les services financiers, la santé, l’édu- cation, l’agriculture, l’én- ergie solaire... Un constat qui doit certes être nuancé
et industriel de la région, forte d’une industrie textile et de ressources hydrau- liques colossales. Ces dis- parités se retrouvent aussi à l’intérieur des frontières. Exemple probant : le Nigé- ria, plus gros producteur africain de pétrole, dont la capitale économique, lagos, entend s’imposer comme le “dubaï de l’Afrique” tandis que le nord-est du pays est
lyse Philippe Hugon, pour qui « la perception du risque chez de nombreux investis- seurs tentés par l’Afrique s’avère finalement plus éle- vée que le risque en lui- même ».
ing avec, par
CONCURRENCER
LA CHINE
résultat : le continent reste, à tort, délaissé par les in- vestisseurs, start-up et PME
DES BANQUES ENCORE FRILEUSES ? la bancarisation du conti- nent constitue un autre en- jeu clé. Et pour cause : « La plupart des banques africaines sont rentières, leur objectif est donc plus de vendre des services que de prêter aux investisseurs. Résultat : les jeunes entre- preneurs formés, vivant en
crowdfund.
exemple, le lancement de JumpStartAfrica se présen- tant comme la première plateforme de financement de projets d’innovations en Afrique. Alors, chers en- trepreneurs, prêts à mettre, vous aussi, votre pierre à l’édifice ?
Charles Cohen
Avril 2016
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