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n°29
GAlAxiE ECOréSEAU Prospective - La mer en 2050
Compte-tenu des innovations en cours dans le domaine, EcoRéseau Business imagine dans une fiction ce à quoi il ressemblera en 2050,
Mer Neuve
Elle sera toujours bleue. Mais le regard qu’on lui portera sera vraisemblablement plus éclairé et reconnaissant.
puis demande l'avis d'un expert du secteur. De quoi révéler des potentiels insoupçonnés
récupérant l’énergie de la houle, puis les immenses éoliennes offshore. la so- ciété japonaise Shimizu Corporation, qui a la pre- mière imaginé un tel concept avec son projet «GreenFloat»ilyabien
luxuriante, les potagers ma- rins qui nourrissent les pois- sons et les jolies surfeuses en pleine action. lui qui est très attaché à Utopia aura au moins la chance de prendre le SMGv (sous- marin à grande vitesse) qui
puis 30 ans grâce à son an- tibiotique de la mer, la Se- tubicine. C’est plus fort que lui, et même les bambins qui courent sur la terrasse, vêtus simplement de leurs couches-culottes Cine’al – cette entreprise qui utilise
« Alors ma p’tite dame, on se noie ? Mettez une pièce dans le drone si vous voulez bénéficier d’une bouée »
Il prendra le SMGV (sous-marin à grande vitesse) qui avance par une technique de propulsion élaborée grâce à l’observation de la crevette mante religieuse
r
Des solutions à nos problèmes clima- tiques, comme évoquées dans cette fiction, sont-elles à rechercher dans l’océan ?
Les algues ont un potentiel incroyable. La culture des macro-algues est répandue en Asie du Sud-Est, il y en a un peu en Bretagne mais l’espace manque, en concurrence avec la navigation de plaisance et l’ostréiculture. Il faut de véritables appuis politiques pour parvenir à monopoliser 200 hectares. Ce sont plutôt les micro-algues qui sont développées, car ces organismes unicellulaires peuvent se développer en quatre heures. Cette matière organique intéressante peut par exemple être « dopée » en huile pour créer des bio- carburants de 2ème ou 3ème génération (la
longtemps, en 2010, n’avait pas imaginé une île à éner- gie positive. il a quand même du mal à oublier ce diagnostic sinistre, ce qui le conduit au bord d’un bassin à vague artificielle mis au point par l’entreprise française Wave riding So- lution. là-bas, en sirotant un cocktail à base d’algue concocté il y a bien long- temps, en 2012, par la so- ciété malouine Tête en mer, et en ingurgitant des chips de même composition du géant agroalimentaire amé- ricain New Frontier Foods, il se change les idées en observant la végétation
avance par surcavitation, une technique de propulsion élaborée grâce à l’obser- vation de la crevette mante religieuse. décidément ce petit animal lui rend moult services en ce moment, puisque c’est grâce à lui qu’une caméra a été capable de repérer les cellules can- céreuses lors d’une biopsie. les Américains se sont ins- pirés des propriétés de ses yeux pour mettre la ma- chine au point dans les an- nées 2010. ryan a toujours eu peur de l’hôpital et de ses souches microbiennes résistantes. Pourtant, la bio- tech Setubio y remédie de-
depuis 30 ans la chair ul- tra-absorbante des méduses, faites à 90% d’eau – ne parviennent pas à le faire sourire. il se dirige finale- ment d’un air décidé vers
yan ne s’attendait pas à une telle an- nonce directe du
faudra quitter pour quelques semaines sa chère île flot- tante d’Utopia – ce cercle artificiel de trois kilomètres de diamètre dérivant sur l’Atlantique, où vivent dés- ormais 40000 personnes venues de tous les horizons du monde terrestre – afin de prendre un traitement à base de champignons ma- rins en Bretagne. le grand Ouest hexagonal s’est de- puis quelques décennies
imposé comme un pôle ma- jeur dans la lutte contre le crabe grâce à ses centres de r&d. ryan est tiré de ses songes par la voix suave de l’ordinateur de bord de sa voiture lui annonçant que sa jauge de biocarbu- rant quatrième génération à base d’algues OGM est bientôt vide, et qu’il repasse en moteur électrique. rou- lant sur les bords de l’île, il observe au loin les balises
sa voiture.
lestement sur son siège de voiture Algopack, constitué de billes de plastique à base d’algue biodégradable en 12 semaines. il ne va pas se laisser abattre par cette broutille, qui n’en n’aurait pas été une il y a quelques années...
, puis se glisse
médecin. Ce cancer du pan- créas détecté va l’obliger à cesser pendant un temps son activité d’aquaculture de micro-algues nutritives en bassins abrités, une ac- tivité qui a fait la fortune de sociétés comme Spiru- line de Bretagne qui n’étaient encore qu’une start-up il y a 35 ans. il lui
Julien Tarby
Michel Hignette, ancien directeur de l’aquarium de la Porte Dorée à Paris, président de l'Union des conservateurs d'aquariums de France :
« Le pétrole à 30$ le baril fait mal aux start-up »
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Avril 2016
première, avec le maïs par exemple, avait un coût énergétique trop important, NDLR). Et la productivité pourrait encore être augmentée grâce aux OGM, mais il s’agit d’un autre débat. Des gens le comprennent et multiplient les efforts d’investissement, mais pour l’heure les start-up souffrent de la concurrence du pétrole à 30 dollars le baril.
En quoi cette fameuse biodiversité per- mettra la croissance bleue de demain ? Les start-up qui ont le plus d’avenir selon moi sont celles qui valorisent les molécules d’intérêt. La vie est apparue il y a des milliards d’années dans ces eaux et les organismes, soumis à une compétition pour l’espace, ont franchi la sélection darwinienne grâce à certaines ca-
ractéristiques, notamment chimiques. Les subs- tances « rebellantes » pour éloigner les pré- dateurs par exemple. De fait beaucoup d’anti- cancéreux sont d’origine marine. Prenons donc le maximum d’organismes marins, faisons en de la bouillie, puis par un système de screening repérons les molécules actives, toxiques. Il est ensuite possible d’analyser les composants et d’enlever les effets secondaires, et de voir s’il est possible de synthétiser la molécule.
Avez-vous en tête des exemples concrets ?
En début de carrière j’ai travaillé à la station biologique de Roscoff, d’où deux start-up in- croyables sont nées. Hemarina a travaillé sur l’hémoglobine des vers marins, découvrant
une compatibilité avec tous les groupes san- guins et une molécule qui transporte 50 fois plus d’oxygène. Trois utilisations sont donc explorées pour les hommes : un substitut sanguin, un pansement cicatrisant et un sys- tème d’oxygénation des greffons avant trans- plantation. L’autre exemple est ManRos The- rapeutics, qui a découvert une molécule in- téressante sur les ovocytes d’étoiles de mer, la rendant non toxique et parvenant à la synthétiser. Le CNRS a breveté la Roscovitine et l’a vendue aux Etats-Unis, où un anti-can- céreux est en phase d’expérimentation. D’au- tres utilisations sont explorées par ManRos Therapeutics pour la lutte contre la mucovis- cidose.
Propos recueillis par JT


































































































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