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n°28
GaLaxIE ECOrésEaU Rétrospective - Le moral des Français dans le temps
«M
ieux vaut un tien que deux tu
C’est une époque où l’on grave sur les plaques com- mémoratives des cimetières
gain” par exemple (1930), l’écrivain fait montre d’une grande confiance en l’ave-
68 et la décennie qui sui- vra. « C’est un renverse- ment total de valeurs, ex-
valeurs traditionnelles. » Une période heureuse, car remplie d’idéaux.
après cette phase, selon le philosophe, s’installent les idées de la post-mo- dernité. « Le balancier re- part dans l’autre sens. Cette fois, ce sont les idées de mai 68 qui sont ba- layées et remplacées par leurs exacts opposés : adhésion à la consomma- tion, à la publicité. A défaut de parvenir à changer le monde, on se dit qu’on va essayer d’en profiter un maximum. Malheureuse- ment, on s’aperçoit au- jourd’hui que les valeurs de cette post-modernité ne permettent pas d’accéder au bonheur, pour une rai- son simple : elles n’ap- portent pas de sens. »
tan. La vie, c’est purement personnel, c’est le sens qu’on lui donne. Les condi- tions de vie, c’est la ma- nière dont s’organise le monde autour de nous. Or, le sens qu’on donne à sa vie ne dépend pas du temps, d’une époque ou d’une quelconque réussite matérielle. La preuve, toutes ces célébrités ma- tériellement comblées qui se suicident. Ce qui im- porte, quelles que soient les contingences, ce n’est pas d’occuper sa vie, c’est de l’investir. Et c’est là que se jouent l’optimisme ou le pessimisme. »
Faites l’amour, pas la gueule
Dans chaque numéro, EcoRéseau Business vous propose de revenir sur un événement ou une institution qui fait l’actualité, en les mettant en regard de ce qu’ils étaient ou auraient pu être il y a un demi-siècle. Pas question de comparer l’incomparable, de fustiger ou de glorifier le passé. Simplement de montrer que non, ça n’était pas forcément mieux avant.
On dit les Français râleurs et pessimistes. L’ont-ils toujours été ? Non. s’ils craignent aujourd’hui l’avenir, c’est qu’ils trouvent moins de sens dans un certain mode de vie post-moderne.
l’auras », « pierre qui roule n’amasse pas mousse », « le mieux est l’ennemi du bien ». Jusque dans ses expressions, la France est pessimiste, craintive, fri- leuse. Peur de l’avenir dans la première, du voyage – donc de l’autre ? – dans la deuxième, du risque dans la troisième. Immobilisme à tous les étages, peur de perdre gros. Jusque dans ses dictons climatiques, le Français est défaitiste : « Noël au balcon, Pâques au tison ! » Même d’un bien innocent rayon de so- leil hivernal, il fait le signe annonciateur d’un prin- temps pourri. au pays du vin, paradoxalement, le verre est toujours à moitié vide. Le fût-il d’un Château Latour...
Le sens donné à la vie, à sa vie, voilà la clé. Bien au-delà des conditions so- ciales ou géopolitiques. Car dans les années 50, guerre froide oblige, le monde ne tourne pas da- vantage rond qu’au- jourd’hui. Le Français voit briller en permanence au- dessus de sa tête l’épée de Damoclès du conflit ato- mique mondial. au moins aussi angoissant que l’ac- tuelle menace terroriste. Et pourtant, le pessimisme est alors moins vigoureux. Pourquoi ? Car le travail vu comme valeur fonda- mentale donne du sens à la vie de chacun. Même
La chute du mur de Berlin a sonné le glas des idéo- logies. avec lui est tombée la croyance, pour beau- coup, qu’un autre monde était possible. ajoutez à cela la perte de vitesse des religions, et vous obtenez une époque en quête de sens. L’homo post-moder- nicus est un poulet sans tête qui court au gré du vent. Incapable de trouver son chemin, il se replie sur lui-même. « Cette at- titude culmine dans des pratiques très narcissiques, comme le selfie par exem- ple », illustre serge Car- fantan.
Bien sûr, tout cela ne date pas d’aujourd’hui. Les ex- pressions citées plus haut ont été forgées il y a bien longtemps, du temps où « quand même, on ne voyait pas tout ce qu’on voit aujourd’hui ». alors, notre « çavapétisme » est- il un héritage ?
Pas tout à fait, répond serge Carfantan, profes- seur de philosophie, ancien enseignant à la faculté de Bayonne, et auteur d’une série d’ouvrages sur le thème « philosophie et spi- ritualité ». « Depuis 1945, j’observe trois phases. La première s’étend de l’après-guerre jusqu’à la fin des années 60. C’est une période où les menta- lités sont encore héritées du siècle précédent, avec en point d’orgue l’éloge de la valeur travail. Cela rejoint la vieille idée pro- testante selon laquelle nous sommes sur Terre pour tra- vailler. Donc si je travaille dur, j’ai une bonne vie.
Chaque moment de vie peut être regardé de différentes manières, selon les époques...
des inscriptions comme “il a donné sa vie au tra- vail”. » Cela permet de voir l’avenir sous un prisme simplifié. Et comme, en ces temps de reconstruction, le travail ne manque pas, cela passe. Pour autant, tout n’est pas rose, et la guerre a pour ainsi dire désenchanté la France. Ce désenchante- ment, on le retrouve dans l’œuvre d’un auteur majeur de l’époque : Jean Giono. avant la guerre, dans “re-
Peut-être les mouvements altermondialistes ou éco- logistes, les tenants de la décroissance, sont-ils les signes annonciateurs d’un changement de paradigme.
nir et en l’être humain. plique serge Carfantan.
après le conflit, c’est un Révolution marxiste, so-
Giono amer et contestant cialisme, libération chose dans les années 70
onsom-
le progrès qui transparaît sexuelle, éloge du plaisir
Dans l’après-guerre le travail donne du sens à la vie de chacun, dans les années 70 ce sont les idéologies et les utopies qui s’en chargent
Fini le règne de la c. mation, place à une vie moins matérielle et plus spirituelle. Une vie moins dominée par ses désirs de gloire, de pouvoir ou de richesse. Des désirs qui, comme l’a dit schope- nauer, « ne tiennent jamais leurs promesses ».
où ce sont les idéologies
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Mars 2016
dans son œuvre, comme dans “Un roi sans diver- tissement” (1947). Deuxième période : mai
guident les mentalités quand, en contrepoint, on conteste violemment l’au- torité, le militarisme et les
et les utopies qui s’en char- gent. « Il faut distinguer la vie et les conditions de vie, éclaire serge Carfan-
Olivier Faure

