Page 4 - EcoRéseau n°23
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n°23
PANORAMA Rétrospective - La réforme de l’école dans le temps
Cas d’école
Dans chaque numéro, EcoRéseau vous propose de revenir sur un événement ou une institution qui fait l’actualité, en les mettant en regard de ce qu’ils étaient ou auraient pu être il y a un demi-siècle. Pas question de comparer l’incomparable, de fustiger ou de glorifier le passé. Simplement de montrer que non, ça n’était pas forcément mieux avant.
SLa rentrée des classes est souvent synonyme d’angoisse, de craintes et d’incertitudes. Pour les enfants, mais aussi pour les ministres de l’Education lorsque leur réforme entre en application, comme c’est le cas pour Najat Vallaud-Belkacem cette année. Rien de nouveau : transformer l’école a toujours été source de profondes controverses.
ans le savoir, dans tive, les écoles « libres » une sécularisation de l’en- éventuellement à 11 ans, et où sévissent des professeurs tion-pratique en marge de leurs cartables déjà peuvent demander que seignement privé. Par ail- que l’on quitte à 15 son certifiés et agrégés, divisée cette filière générale qui se bien lourds, les col- l’Etat salarie leurs ensei- leurs, on n’a pas constaté Brevet en poche ; et enfin en une « section classique » dessine.
légiens porteront cette année gnants. De plus, ces éta- de marchandisation de ce les collèges et lycées – le –latindèsla6e eten4e C’est le but de la célèbre
un poids supplémentaire : celui de la polémique qui enfle naturellement chaque fois que l’on touche à un cheveu de l’école. Car cette rentrée est marquée par la mise en application de la réforme des collèges portée par Najat Vallaud-Belka- cem. Les « anti » y voient un abandon des langues mères – latin et grec –, la fin de l’enseignement de l’allemand et un apprentis- sage des Lumières réduit à peau de chagrin. Les « pro », eux, se félicitent d’un texte qui promeut l’en- seignement personnalisé et le travail en groupe, sans ébranler le socle des ma- tières fondamentales. Bref, rien de nouveau sous le soleil. En effet, depuis que l’école représente une institution en forme de clé de voûte de notre société, y toucher revient à violer la statue d’une idole. Pourtant, en 50 ans, la struc- ture de l’école a changé en profondeur. Et pas forcé- ment en mal.
blissements s’engagent à accepter tout élève qui frappe à leur grille, quelle
secteur. A part quelques ex- ceptions, rarissimes, de boîtes à Bac ou de soutien
« secondaire long » – qui accueillent les meilleurs dès 11 ans eux aussi, jusqu’au
choix entre une deuxième langue vivante ou le grec ancien –, et une « section
et – toujours – controversée réforme Haby, du nom du ministre de l’Education qui la porte en 1975. Celle-ci instaure un collège unique où la troisième voie dispa- raît, où CES et CEG sont unifiés, et où les filières sont supprimées au profit d’un socle général enrichi d’enseignements option- nels. Le but est louable : donner à chaque enfant le même enseignement quelle que soit son origine sociale ou géographique. Revers de la médaille, le collège unique est au moment de sa mise en place – mais encore aujourd’hui – sus- pecté de favoriser un ni- vellement par le bas du ni- veau scolaire. Dans une in- terview donnée au Figaro en juin dernier, Valéry Gis- card d’Estaing, Président à l’époque, s’en défendait en- core : « J’étais partisan de tirer le niveau vers le haut (...). Le collège unique tel que je l’ai pensé (...) n’a pas été conçu, quoi qu’on en dise aujourd’hui, comme une annexe du premier de- gré, mais bien comme l’an- tichambre du lycée. La même antichambre pour tous. » Et l’ancien chef de l’Etat de poursuivre dans ce même entretien, à propos de la réforme actuelle : « Mettre les élèves en dif- ficulté au centre de ce sys- tème me semble une erreur capitale ! Le convoi doit être guidé par les meilleurs, les plus talentueux, pas par ceux qui sont à la peine, même s’il ne faut en aucun cas renoncer à les faire progresser. » Une critique qu’il aurait pu essuyer, mot
Premier moment charnière, 1959. C’est cette année-là, via la réforme Berthoin – dont l’application complète ne sera achevée qu’en 1971 –, la scolarité obligatoire passe à 16 ans. Mais l’es- sentiel est ailleurs. Depuis longtemps en France, un débat divise le pays : celui concernant la place de l’en- seignement privé. C’est Mi- chel Debré qui va y mettre de l’ordre en 1959. La « loi Debré » instaure en effet des contrats entre les écoles privées – catholiques – et l’Etat. En échange du res- pect des programmes sco- laires nationaux, et du « dé- classement » du catéchisme au rang de matière faculta-
scolaire, il n’y a pas d’en- seignement privé lucratif. » C’est quatre ans plus tard qu’intervient un nouveau bouleversement avec la création des CES, les col-
LE CHAT by Philippe Geluck
que soit sa confession. Si le débat public/privé n’a plus cours aujourd’hui, cette réforme marque à l’époque un vrai tournant. Interrogé par Libération en décembre
Bac. Problème, cette orga- nisation ne « produit » que peu d’étudiants, et la France se sent guettée par une pé- nurie d’élites.
moderne long » comportant l’étude de deux langues vi- vantes. Au milieu, le mo- derne court regroupé dans les collèges d’enseignement général (CEG). Et enfin, la voie dite « transition-pra- tique » gérée par des insti- tuteurs spécialisés, et qui après une classe de transi- tion préparait les élèves à des métiers d’ouvriers spé- cialisés, ou à un temps d’ap- prentissage. Bref, trois voies distinctes pour trois niveaux et trois types d’enseigne- ment.
En 1959, 40% des enseignants étaient des prêtres et des religieuses
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Aussi, le rôle des CES sera-
4 SEPTEMBRE 2015
2009, Bernard Toulemonde, lèges d’enseignement su- t-il de « pousser les bons inspecteur général, affirmait périeur. Ceux-ci viennent élèves vers des filières qu’il s’agissait « d’une loi remplacer un système com- longues », expliquait l’his- profondément républi- plexe qui voit cohabiter torien Claude Lelièvre à caine (...). En 1959, 40% trois types d’institutions : EcoRéseau en 2014. Pour des enseignants étaient des les écoles communales qui ce faire, le système est re- prêtres et des religieuses, assurent le service de 6 à fondu afin de fonctionner aujourd’hui, il n’y en a plus 14 ans ; le cours complé- par niveaux. Pour les meil- un seul. Cette loi a permis mentaire que l’on rejoint leurs, la « classe longue »,
Très vite toutefois, CES et CEG voient leurs pro- grammes confondus. Reste alors la classe de transi-
pour mot, en 1975...
Olivier Faure

