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n°22
StRAtÉGie & iNNoVAtioN NuMÉRiQue Regard digital - Augustin Rudigoz, dirigeant de Mobeye Entretien avec une figure clé de la transformation numérique
Clics en rafales
Comment est née l’idée de Mobeye ?
Ma formation d’ingénieur dans les nouvelles techno- logies m’a conduit au mar- keting opérationnel de Coca-Cola, en matière d’analyse des données pour les ventes. Puis j’ai suivi à l’eSCP europe un master spécialisé en entreprise, afin d’élargir mes compétences. Ce cycle court de six mois a été l’occasion de parfaire notre concept avec mes fu- turs associés rencontrés sur les bancs de cette école : nous voulions traiter les données comme chez Coca- Cola, utiliser les réseaux sociaux, travailler avec le support photo. les entre- prises analysent de plus en plus le retour client en ou- bliant l’essentiel : leur pro- duit est-il présent et bien placé dans le linéaire ? les recommandations de mer- chandising sont-elles sui- vies ? en réalité dans 30% des magasins la PlV n’est pas mise en place. les in- dustriels ne peuvent dépla- cer à chaque fois un com- mercial pour vérifier la mise en place, cela coûterait en- viron 150 euros par maga- sin. d’où notre idée de re- courir aux particuliers et à leurs photos de smart- phones. un voyage à San Francisco était prévu dans notre master, nous en avons profité pour rencontrer des
évident de faire connaître notre métier. Puis ils sont arrivés. Aujourd’hui nous jouons des coudes dans les appels d’offres. Nous de- vons encore faire de la pé- dagogie, mais surtout com- prendre nos interlocuteurs.
les « top users » gagnent quelques centaines d’euros par mois.
Comment avez-vous pu vous faire connaître auprès des utilisateurs ? Nous avons passé des pu-
gatoire, mais nous n’avons pas de données sur les uti- lisateurs ; nous n’en ven- dons pas, contrairement à d’autres. le but est seule- ment d’obtenir la photo, qui sera monétisée. Nous la vérifions, elle est géolo-
gnant/gagnant/gagnant.
La vie à quatre associés n’est-elle pas compliquée ?
Cela nous a au moins per- mis de progresser plus vite que les autres, chacun dé- tenant une compétence pro- pre. la constitution d’un board nous a aidés. les membres ont envie de trans- mettre, d’aider comme des business angels. on ne vient pas lever de l’argent chez eux, c’est de la « smart no
compagne de jeunes entre- preneurs, je m’aperçois d’ail- leurs que les autres dirigeants ont les mêmes probléma- tiques. Finalement l’incer- titude RH et fiscale reste le point noir. la législation est une épée de damoclès, d’au- tant plus que nombre de start-up, à l’exemple d’uber ou Airbnb, défrichent de nouveaux terrains de mise en relation monétaire entre particuliers, et se frottent au lobbying des acteurs exis- tants. les législateurs atten- dent que le business se dé- veloppe pour prendre leur décision.
Quel avenir imaginez- vous pour Mobeye
à terme ? Aujourd’hui la société em- ploie 20 salariés et vient de lever 1,2 millions d’eu- ros. Mais je ne compte pas la transmettre à mes enfants. la sortie sera envisagée un jour ou l’autre, par une en- trée en Bourse, une re- vente... des instituts d’étude peuvent être inté- ressés, et des acteurs peu- vent vouloir acquérir la communauté, la technolo- gie, le portefeuille client... Peu d’entreprises restent seules, il faudra racheter
la start-up Mobeye, qui mobilise 40000 particuliers pour photographier les produits dans les linéaires, se trouve à la croisée du numérique, des réseaux sociaux et de la photo. Rencontre avec son dirigeant.
acteurs déjà en place.
Les législateurs attendent que le business se développe pour prendre leur décision, c’est une épée de Damoclès au-dessus des start-up
La France n’est-elle pas bien placée en matière d’économie collaborative ? Assurément, mais des flous existent. le statut d’auto- entrepreneur souffre de quelques zones d’ombre, les lobbyings font parfois
Comment avez-vous démarré ?
Nous avons relancé nos contacts chez Coca-Cola, et noué des relations avec Augustin Paluel-Marmont de chez Michel & Augustin. en collaborant avec un gros et un petit acteur, qui nous ont donné leur perception de l’outil idéal, nous avons évité de perdre temps et ar- gent. Comme bien souvent dans les start-up, nous avions peu de concurrents au début, et il n’était pas
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Nous n’avons pas vocation à créer une communauté trop grande, sinon nous ne pourrons proposer des mis- sions à tout le monde. Nous cherchons plutôt le maillage du territoire, avec quelques publicités ciblées.
Qu’en est-il de l’atteinte à la vie privée souvent décriée ?
la géolocalisation est obli-
moral au propriétaire. les distributeurs sont aussi des clients, car ils ont leurs marques propres et veulent savoir si par exemple leurs cartes fidélité sont mises en avant. ils sont générale- ment satisfaits car les in- dustriels, en voyant les pho- tos, peuvent faire des re- commandations visant à augmenter leur CA, et du coup le leur. C’est du ga-
moindre CA. toutes les deux semaines nous avons béné- ficié du retour d’expérience d’entrepreneurs. l’informa- tion circule très vite dans l’écosystème, l’un cherche un bon avocat, l’autre des conseils sur les business plans, et les endroits ne man- quent pas pour se rencontrer en Île-de-France : Numa, theFamily... dans le Ré- seau entreprendre où j’ac-
C ou les voi-
Simone n’a encore rien gagné, car elle met toujours le doigt devant...
Quels obstacles avez- vous rencontrés ?
ils n’ont pas été financiers dans un premier temps. Nous sommes passés par l’incu- bateur Startup42 de l’ePitA (groupe ionis) durant quatre mois, qui a été gratuit. Puis par l’incubateur de télécom Paristech durant 18 mois, à un coût de 1000 euros par mois, mais nous avons bé- néficié d’un prêt d’amorçage de 30000 euros. Nous avons donc bénéficié de 12000 eu- ros supplémentaires pour investir. Nous ne risquions finalement pas grand-chose ! le développement est plus compliqué. Nous avons em- bauché deux salariés et les urssaf se sont rappelées à notre bon souvenir avant que nous ne fassions le
d’expérience, mieux vaut entrer par deux portes dans les grands groupes : l’opé- rationnel qui comprend vite les bénéfices qu’il peut en tirer, et la hiérarchie qui prendra la décision.
Quelle est concrètement la procédure pour l’utilisateur ?
la personne prend les pho- tos et vérifie que le soda, par exemple, est présent dans les linéaires. elle choi- sit sa mission, et le prix dépend du temps passé pour s’y rendre. Soit le « user » est un jeune urbain non motorisé, soit il est plus âgé, motorisé, et couvre les zones périurbaines et ru- rales. Nous avons même des retraités. en moyenne les gens gagnent de 50 à 100 euros par mois, rem- plissant une mission par se- maine. 20% des utilisateurs réalisent 80% des missions.
blicités pour faire naître une première communauté. le bouche-à-oreille a en- suite fait son effet. il s’agit de convaincre les gens que cela fonctionne, qu’ils ne vont pas se faire violenter par le vigile et qu’ils sont bien payés par la suite.
calisée, datée, et la qualité est validée.
Les distributeurs peu- vent-ils être réticents ? Nous avons le droit de pren- dre des photos dans les ma- gasins, à condition que cela ne cause pas un préjudice
ou être racheté.
money ».
effet, les Vt.
tures à double commande l’ont appris à leurs dépens. ilyaenFranceunventli- béral, porté sur l’innovation et la collaboration, mais paradoxalement l’influence des corporatismes et des acteurs en place se fait beau- coup sentir.
Julien Tarby


































































































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