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n°22
PANoRAMA Rétrospective - Expositions universelles
think tank planétaire
Dans chaque numéro, EcoRéseau vous propose de revenir sur un événement ou une institution qui fait l’actualité, en les mettant en regard de ce qu’ils étaient ou auraient pu être il y a un demi-siècle. Pas question de comparer l’incomparable, de fustiger ou de glorifier le passé. Simplement de montrer que non, ça n’était pas forcément mieux avant.
ldepuis le 1er mai 2015 s’est ouverte dans l’indifférence générale - ou presque – l’exposition universelle de Milan. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. dans les années 60, les « expos » jouaient un rôle clé :
’exposition univer- celui de lieu de rencontre mondial où l’Homme réfléchissait à l’avenir de l’Homme. loques aux plans imposés,
selle est une très poursuit l’historien, l’Expo
vieille dame. elle universelle permet une ré- voit le jour en 1851 à lon- flexion très libre, d’où les
dres et son rôle est défini plus tard, en 1928, par le Bureau international des ex- positions : « un but principal d’enseignement pour le pu- blic, faisant l’inventaire des moyens dont dispose l’homme pour satisfaire les besoins d’une civilisation, et faisant ressortir dans une ou plusieurs branches de l’activité humaine les pro- grès réalisés ou les pers- pectives d’avenir. » Vaste programme. Malheureusement, cet ob- jectif initial a très vite été galvaudé. dès le départ, en fait. « Les premières expo- sitions, c’était un jeu de ping-pong entre Paris et Londres qui exposaient tout à tour leur puissance, ex- plique Gérard denizeau*, professeur d’histoire de l’art à l’Université Paris Sor- bonne. Sont ensuite entrées dans le jeu Vienne, Phila- delphie ou Chicago, toujours dans le même esprit : mon- trer ses muscles. »
idées peuvent jaillir sans contrainte. Et puis, tous les pays, même les plus petits, y trouvent leur place. Le taux de fréquentation de leurs pavillons est d’ailleurs souvent très élevé, car ils attisent la curiosité. Mais une curiosité saine, dans un vrai esprit de découverte et de dignité. »
le premier tournant inter- vient en 1940, à New-York. Alors que l’europe s’enfonce dans le chaos, les Américains intitulent « leur » exposition « la construction du Monde de demain ». Pour la pre- mière fois apparaît une idée de prospective et d’univer- salité. Malheureusement, cet élan sera brisé dans l’œuf par le conflit mondial et il faudra attendre 1958 pour qu’une expo universelle soit à nouveau organisée. Ce sera à Bruxelles, pour une exposition qui restera dans les mémoires comme le dé- but d’une nouvelle ère. les Belges proposent un « Bilan du monde pour un monde plus humain », avec comme sculpture emblématique le désormais célèbre Atomium.
« Cela représentait à la fois la grande espérance et la grande terreur, rappelle Gé- rard denizeau. La terreur atomique car Hiroshima n’est alors pas si loin et de nombreux pays se dotent de l’arme nucléaire. Et la grande espérance, au travers de la guérison de certaines maladies, de la possibilité
pavillon reste aujourd’hui encore un symbole de ce que doit être l’expo univer- selle : un dialogue entre per- sonnalités de tous horizons pour faire émerger une œu- vre, un projet, une idée qui fasse grandir l’Humanité. les années 60 resteront mar- quées par cet état d’esprit, et elles constituent même
1964, c’est « la Paix à tra- vers la compréhension ». en 1967, Montréal propose « terre des Hommes ». trois ans plus tard, c’est « Progrès humain pour l’harmonie » qui est choisi à osaka. Rap- pelons que ces événements se tiennent en pleine Guerre froide et que l’aspiration à la paix est alors générale.
et à plus forte raison la ré- volution apportée par inter- net, ont accéléré l’obsoles- cence de l’événement. Pour- quoi prendre un avion depuis Shanghai jusqu’à Milan pour découvrir le travail de tel ou tel confrère, quand je peux lui parler par Skype à toute heure du jour et de la nuit ? Pour Gérard denizeau, « l’exposition universelle est devenue une sorte d’énorme forum où l’on réfléchit sur les grands sujets du mo- ment. » la preuve, avec les thématiques choisies ces der- nières années : « Nourrir la planète » pour Milan ac- tuellement, « les océans, un patrimoine pour l’avenir » en 1998 à lisbonne, ou en- core « l’Homme, la Nature, la technologie » à Hanovre en 2000. Autant de sujets traités avec, il faut le souli- gner, un véritable esprit d’ou- verture et d’universalité, qui permet de dépasser les cli- vages politiques. « Contrai- rement à de nombreux col-
Mais de ces extraordinaires lieux de rencontre que sont les expositions universelles naissent aussi de formidables inventions. « C’est en visitant l’Expo de 1889 que Claude Debussy découvre le game-
6 Juillet - Août 2015
villon Philips, signé par Le Corbusier, dessiné par Iannis Xenakis, et mis en musique par Edgard Varèse et son Poème électronique, diffusé par 400 haut-parleurs. » Ce
l’Humanité ensemble. la preuve avec les thématiques choisies pour les expos de la décennie, qui rappellent les enjeux prioritaires du moment. A New-York en
semblables venus du monde entier.
Aujourd’hui, le visage des expos a changé. l’extraor- dinaire amélioration des moyens de communication,
La Biosphère de Montréal, construite à l'occasion de l'Expo 1967.
et ça marche ? Pas certain. Bien sûr, les intellectuels, artistes, architectes, agro- nomes, géographes se ren- contrent librement et des projets s’élaborent. « Mais in fine, ce sont toujours les hommes politiques qui ont le dernier mot... Dans le cadre de l’Expo de 1889, par exemple, alors que la France propose au Royaume-Uni un principe de prophylaxie commun dans certains territoires orientaux, et la mise en place d’un cordon sanitaire, l’Angle- terre refuse pour des raisons politiques. »
Dans les années 60, finie l’expression des nationalismes, place à l’ouverture sur le monde et à la prospective.
lan javanais,. denizeau. Il en est boule- versé et s’en inspire pour ses propres compositions. Ce qui aboutit à une vérita- ble révolution musicale. » espérons qu’à Milan, les compositeurs étrangers ne tombent pas sur une chanson de Kaaris...
de faire reculer la faim dans l’âge d’or des expositions les expositions universelles le monde... Et puis, l’Expo universelles. Finie l’expres- ont à cette époque un reten- de 58 restera aussi comme sion des nationalismes, place tissement énorme dans l’opi- l’une des plus grandes ex- à l’ouverture sur le monde, nion. C’est un moment où périences artistico-musicales à la prospective et aux l’on peut découvrir le monde, du siècle au travers du Pa- moyens de faire avancer rencontrer physiquement ses
*Auteur en 2009 chez La- rousse de « Les plus beaux sites du monde ».
Olivier Faure
raconte Gérard


































































































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