Page 19 - EcoRéseau n°22
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International - Francophonie PANoRAMA Focus sur un pays ou sur une problématique qui concerne plusieurs pays et interpelle la rédaction,
Parlez-vous français ?
Ala francophonie, avec ses économies fortes et sa démographie dynamique, af- fiche un potentiel considérable, mais pas assez exploité. Comment faire mieux ?
vec 16% du PiB mon- sur la francophonie commandé permettent de dégager des com- des infrastructures, et le secteur dial, 14% des réserves par François Hollande à Jacques plémentarités et des coopéra- minier. Apparemment plus uto- de ressources natu- Attali, et remis en août 2014 tions innovantes ». piste, Jacques Attali propose
choisi en toute subjectivité
relles de la planète, et 20% du au chef de l’etat, « les échanges de se diriger progressivement
commerce international, la fran- cophonie pèse lourd. Cela es- sentiellement grâce aux pays de l’oCde – Belgique, Canada, France, luxembourg, israël, Suisse – qui représentent envi- ron 80% du PiB de l’espace francophone. troisième langue des affaires, derrière l’anglais et le chinois, la langue de Mo- lière est un atout économique considérable dans la manche de l’Hexagone, à l’heure où il se cherche des relais de crois- sance.
commerciaux induits par le partage du français entre une trentaine de pays francophones sont à l’origine de 6% de la ri- chesse par habitant en moyenne pour ces pays et de 0,2 point de taux d’emploi ».
POTENTIEL NÉGLIGÉ
vers une union francophone aussi intégrée que l’union eu- ropéenne. etienne Alingué n’y croit pas : « La francophonie ne sera jamais un espace aussi intégré que l’Union européenne car les disparités entre les pays sont très grandes. Mais on peut bien sûr développer des soli- darités pour affronter les pro-
La langue de Molière, facilitateur de "business" ?
nonçant une expression qui se- rait le dernier avatar du néoco- lonialisme français : « Via le franc CFA, la France s’ingère déjà dans les finances publiques de pays réputés souverains et cette monnaie reste le principal obstacle à l’unification écono- mique du continent africain. Alors que l’Afrique est en train de s’ouvrir à des partenariats diversifiés avec la Chine, le Brésil, la Turquie ou l’Inde, on peut redouter que la franco- phonie économique ne soit que le moyen pour la France de conserver l’Afrique comme sa chasse gardée ». Pour continuer à profiter des avantages éco- nomiques de la francophonie, la France doit apprendre à jouer collectif, car ses objectifs sont
Pour la France, le poids de la francophonie est aussi la ga- rantie de la bonne tenue du
Pour les pays du Sud, en parti- culier ceux d’Afrique sub-sa- harienne, les enjeux sont dif- férents : « Pour eux, la franco- phonie constitue d’abord une opportunité pour développer des stratégies et des politiques de réduction de la pauvreté et de transformation économique et sociale », explique etienne Alingué. l’oiF a d’ailleurs profité de son sommet de dakar de novembre 2014 pour adopter une « Stratégie économique pour la francophonie » qui « promeut une économie au ser- vice du développement humain durable », explique le respon- sable de l’oiF.
Mais la France exploite-t-elle suffisamment le potentiel de la francophonie ? Pas sûr, si l’on en croit le top 10 de ses parte- naires commerciaux, puisque seulement deux pays qui par- tagent sa langue y figurent. la Belgique est deuxième, avec 7,8%, juste derrière l’Allemagne
CRITIQUES
La langue de Molière est un atout économique considérable pour la France
Sans surprise, la proximité lin- guistique a tendance à rappro- cher deux économies : selon une étude du Ferdi (Fondation pour les études et recherches sur le développement interna- tional), « le partage d’une langue commune stimule les flux commerciaux d’environ 33% », car cela abaisse les coûts à l’exportation. les avan- tages économiques ne sont pas négligeables. Selon un rapport
droit continental face au droit (16,8%), et la Suisse est neu- blèmes économiques, sociaux anglo-saxon des affaires et de vième, avec 2,8%. du reste, et environnementaux du siècle l’attractivité de ses universités, ce classement est majoritaire- à venir, qui ne peuvent pas de sa culture et, bien sûr, de ment occupé par des pays eu- avoir de solutions seulement ses produits. etienne Alingué, ropéens, car les principaux fac- locales et nationales ». directeur de la francophonie teurs du développement du
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économique de l’organisation commerce international restent FORUM ÉCONOMIQUE internationale de la francophonie la proximité géographique et DE LA FRANCOPHONIE (oiF), souligne aussi que « la la taille des économies. en décembre 2014 se tenait à diversité de cet espace est une le rapport Attali tente une mise dakar le premier Forum éco- force : les expériences variées en garde : « Négliger cette di- nomique de la francophonie
la francophonie s’attire aussi parfois des critiques. dans un récent article de La Croix, l’his- torien elikia M’Bokolo, direc- teur d’études à l’eHeSS, s’est ainsi montré très offensif, dé-
loin d’être partagés par tous.
des pays avancés et de ceux en développement, très jeunes,
mension linguistique identitaire, c’est prendre le risque de sortir du jeu de l’économie mondiale, sur les terrains du numérique, de la recherche, des échanges, ou encore du tourisme. Le fran- çais a un gigantesque potentiel et une grande fragilité : il est urgent de prendre conscience de la dimension économique de cet atout linguistique dont la France dispose ». Pour cela, il formule 53 propositions, re- groupées en sept grands axes : promouvoir l’enseignement du français en France et ailleurs dans le monde ; renforcer et étendre l’aire culturelle fran- cophilophone ; utiliser la ca- pacité d’attraction de l’identité française pour mieux exporter les produits français et conquérir de nouveaux francophiles ; fa- voriser la mobilité et structurer les réseaux ; créer une union juridique francophone. il conseille aussi de cibler sept secteurs clés liés à la franco- phonie : le tourisme, les entre- prises de NtiC, la santé, la R&d, le secteur financier, celui
(FeF), organisé par le publici- taire Richard Attias, qui réu- nissait de nombreuses entre- prises commerçant en Afrique. les participants ont mis en avant plusieurs mesures pour renforcer l’efficacité écono- mique de la zone. Par exemple, selon dominique lafont, pré- sident de Bolloré Africa lo- gistics, « les Etats francophones doivent accorder plus de visas et pour des durées plus longues. Cela permettra de travailler sur du long terme ». l’éducation a aussi été évoquée, puisque pour Makhtar diop, vice-pré- sident Afrique de la Banque Mondiale, « les Universités francophones comme Paris VI ou Paris VII doivent créer des campus en Afrique, elles doivent contribuer à la formation d’in- génieurs, de commerciaux, car cela profitera aux entreprises et contribuera au développe- ment de certains pays ». Cer- taines écoles françaises ont déjà fait un pas dans ce sens. HeC devrait ainsi bientôt ouvrir un campus à Casablanca.
Aymeric Marolleau
Pouvoir d’influence
Promotion de la langue
Si le français reste la deuxième langue la plus apprise dans le monde derrière l’anglais, la progression d’autres langues internationales, comme le chinois ou l’arabe, pourrait lui faire de l’ombre. Par exemple, le français a perdu son statut de première langue étrangère en Russie, où l’enseignement de l’allemand et du chinois progresse. A Moscou, le nombre d’écoles françaises est passé de 20 à trois. La langue de Molière recule aussi au Canada, où moins de 10% de la population est aujourd’hui bilingue.
Du coup, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), qui réunit 80 Etats et gouvernements, fait face à un enjeu de taille : faire progresser la scolarisation en français à travers le monde. Pour l’instant, les voyants sont plutôt au vert, puisque 125 millions de personnes apprennent chaque année la langue de Molière auprès de 900000 en- seignants. « Il y a d’importants efforts à faire sur la qualité des systèmes éducatifs et pour changer les habitudes de certaines élites qui préfèrent s’exprimer en anglais plutôt qu’en français », explique Etienne Alingué, directeur de la francophonie économique de l’OIF.
Cette langue bénéficie d’une force de frappe médiatique qui n’a pas à rougir face à la BBC ou Al Jazeera, grâce à plusieurs chaînes internationales, dont France 24, Arte ou Euronews. TV5 Monde couvre 200 pays, revendique 243 millions de foyers raccordés, et 55 millions de téléspectateurs par semaine. Ainsi que des radios internationales, comme Africa N°1, BBC Afrique, et surtout RFI, avec ses 35 millions d’auditeurs hebdomadaires. Si tout va bien, le nombre de locuteurs francophones pourrait atteindre 767 millions en 2060. Une croissance qui serait principalement portée par le boom démographique du continent Africain. En effet, l’Institut national d’études démographiques (INED), prévoit que sa population devrait passer de 800 millions en 2010 à 4,5 milliards en 2100.
Cartographie
Des francophones sur presque tous les continents
Le nombre de francophones dans le monde a beaucoup progressé au cours des dernières décennies, passant de 135 millions en 1990 à 274 millions en 2014. Ce qui en fait la 5e langue la plus parlée.
La place occupée sur cette carte par des pays qui n’ont pas le français comme langue officielle peut surprendre. Cela s’explique par le fait que les chiffres de l’Organisation internationale de la francophonie incluent aussi bien les personnes qui utilisent le français au quotidien que ceux qui l’utilisent comme langue étrangère. Ainsi, avec 11,9 millions de locuteurs, l’Allemagne se place à la troisième position des pays francophones, derrières la République Démocratique du Congo (33,2 millions) et la France, évidemment (65,3 millions). Le top 10 est complété par l’Algérie, le Maroc, le Royaume-Uni, le Canada, l’Italie, le Cameroun et la Belgique.
Un peu plus de la moitié des francophones vivent en Afrique (54,7%) et plus d’un tiers en Europe (36,4%). Ils sont à 7,6% dans la zone Amérique-Caraïbe, 0,9% au Moyen-Orient, et 0,3% en Asie-Océanie.
Juillet - Août 2015
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