Page 11 - EcoRéseau n°20
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Grand Angle - Les octo-et nonagénaires sur la scène médiatique PaNoRaMa Genres
Où sont les femmes ?
Michel Rocard
homme politique (PS) et conférencier de 85 ans
fâcheries de la nature. Dans ce monde en perte de repères, ils ont besoin de comprendre.
En tant que sage, quel message particulier tenez-vous à faire passer ?
Les journalistes ne s’intéressent pas au long terme car il n’est pas porteur de choc affectif. Et pourtant ce mé- canisme de réduction de la vision nous aveugle. a l’approche de la CoP 21 (Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre 2015, NDLR), j’aimerais que nous ouvrions le débat sur le fond, sur le « comment-faire ? ». avec la crise, nous avons renoncé à parler d’écologie, et quand nous en parlons, nous en parlons mal. Nous manquons d’avis sur l’écologie. Mais pas seulement dans ce domaine. Le ralentissement de la croissance, le dé- vergondage spéculatif financier mé- riteraient aussi que nous écoutions davantage les savants, universitaires
« Cette image de sage m’amuse »
© DR
Jamais la chanson de Patrick Juvet n’a autant sonné juste. Les Marguerite Yourcenar, Fran- çoise Giroud ou Jacqueline de Romilly ont clairement été des exceptions par le passé, et Simone Veil semble bien seule aujourd’hui. « La plupart du temps ce sont des hommes qui ont la vedette dans les medias alors que les femmes vivent plus longtemps ; la sagesse des femmes de cet âge est de s’occuper de leur famille en toute discrétion », déplore Michel Billé, sociologue spécialiste de la
vieillesse et de la transformation des structures familiales. « Nous sommes encore dans les générations de femmes qui n’ont pas toujours eu de vie professionnelle », remarque l’homme de pub Jacques Séguéla, selon qui les hommes vieillissent mieux médiatiquement : « Il existe une forme de cruauté de la société qui attend beaucoup de la beauté des femmes. Or quand celle-ci se fane avec les années, l’attention qui leur est portée décroit ».
Comment percevez-vous cette
aura gagnée avec les années ?
Cette image de sage m’amuse. Elle est principalement due à mon âge et liée au fait que je n’ai plus d’activité politique. Je n’ai pas l’impression pourtant que l’on m’écoute plus qu’avant. D’ailleurs, mon activité d’ambassadeur pour la France aux pôles arctique et antarctique m’éloigne un peu de la scène média- tique. La sagesse que l’on me prête vient aussi du fait que j’ai toujours été libre au cours de ma carrière poli- tique. La position de subversion que j’ai souvent occupée peut apporter, je crois, un éclairage différent.
Ressentez-vous toujours le besoin de transmettre ?
J’ai eu maintes fois l’occasion de le faire. Notamment ces dernières années à travers les cinq ou six livres que j’ai pu écrire en l’espace de cinq ans. Je ne ressens pas particulièrement le besoin de transmettre mais j’ai l’im- pression qu’il y a une importante de- mande de savoir. L’essentiel des êtres humains ne comprend pas le monde dans lequel il vit. Les hommes sont confrontés à la crise économique, au ralentissement de la croissance et aux
et chercheurs.
l’âge moyen de la naissance des petits enfants, 60 ans pour la sécurité sociale, 50 ans pour le marketing qui décrypte les premières mo- difications des comporte- ments de consommation, 45 ans pour l’entreprise... Les plus de 85 ans étaient 600 000 en 1980, ils sont 1,8 million aujourd’hui et seront 4,8 millions en 2050. De par leur nombre crois- sant, les anciens font plus lever les têtes. « Les medias savent qu’ils constituent bien souvent le gros des
bataillons de lecteurs ou d’auditeurs, les politiques comprennent qu’ils se dé- placent plus pour aller voter et que donc leur influence dépasse la réalité de leur part dans la population », remarque Serge Guérin, so- ciologue professeur à Paris School of Business (PSB), auteur de nombreux ou- vrages sur le sujet(4), qui perçoit un changement de regard : « Les sujets qui parlent d’eux ne sont plus seulement noirs comme la dépendance ou la maltrai-
MC
tance, on commence à vrai- ment évoquer les opportu- nités de la silver economy et le dynamisme des octos/nonas ». Et puis cette élite grisonnante fait recette « parce que les vieux veulent voir des vieux », note Jacques Séguéla, cofonda- teur de RSCG devenu Ha- vas. En outre ce quatrième âge est plus en forme que par le passé, et donc plus à même de se manifester. « Si le cœur et les muscles vieil- lissent inexorablement, les neurones non ! », rappelait
(2)
gnez-vous , vendu à près
Chaque année en France nous gagnons un trimestre d’espérance de vie et les progrès de la médecine per- mettent d’entrevoir un vé- ritable bond en avant, comme le rappelait le co- fondateur de Doctissimo et
investissements d’avenir fi-
nancés par le grand emprunt.
C’est aussi lui qui a co-
créé en mars 2012, avec de
nombreux intellectuels et
personnalités publiques de
la société civile et politique,
le collectif Roosevelt qui
présente des propositions ciologue, spécialiste de la président de DNavision
philosophe et écrivain de 94 ans
de 200 000 exemplaires en moins de deux mois. « Ils font figure de référence dans leur domaine, ils n’ont plus besoin d’“avoir” de l’auto- rité, ils “font” autorité », précise Michel Billé, so-
L’hyperactif
Gare à ceux qui voudraient le suivre. Car Edgar Morin, de son vrai nom Edgar Nahoum, est partout à la fois. il n’y a qu’à taper son nom dans un moteur de recherche pour s’en laisser convaincre. a l’aube de ses 94 printemps, le philosophe, sociologue, anthropologue et directeur de recherche émérite au CNRS, n’en finit plus de répondre aux nombreuses sollicitations. Entre deux conférences, un article de blog sur Médiapart et une tribune dans Le Monde, ce twittos compulsif prend encore le temps de délivrer chaque jour une pensée en 140 signes à ses quelque 32564 abonnés. Mise en garde, maxime, cri d’alarme, pensée philosophique, l’ancien résistant se soucie peu du support, pourvu qu’il y ait la sagesse. Pacifiste et humaniste, l’intellectuel ancré à gauche a arpenté le monde dans tous les sens, et surtout en amérique latine, pour y enseigner la pensée complexe, un concept philosophique sur la connaissance dont il est à l’origine. Récemment, le théoricien de la connaissance a même donné son nom au lycée d’excellence de Douai. Et l’actualité de cette figure française ne s’arrête pas là. « Cinéphile et cinéphage », comme il le rappelle avec amusement, celui qui a passé sa vie à observer l’humain dans la vie et les films sera bientôt le héros du sien. Dans le documentaire, « Edgar Morin, Chronique d’un regard », sorti en salles le 29 avril, l’auteur de La Méthode se livre avec bonheur sur son œuvre. Le sourire rieur du vieux sage français n’a pas fini d’enchanter la philosophie...
A. A-M
Ce quatrième âge est plus en forme que par le passé, et donc plus à même de se manifester
Propos recueillis par Aude Abback-Mazoué
© DR
Edgar Morin,
visant à lutter contre le chô- mage endémique et élaborer une nouvelle société. Mais le meilleur exemple reste Stéphane Hessel, résistant de la première heure pen- dant la Seconde Guerre mondiale et ancien ambas- sadeur de France auprès des Nations unies, qui a connu un succès d’édition phéno- ménal en 2010 avec Indi-
vieillesse et de la transfor- mation des structures fami- liales(3).
Laurent alexandre dans EcoRéseau n°18. La notion d’âge devient toute relative. aujourd’hui il est même difficile de dire à quel âge on devient senior : 70 ans pour la médecine puisque c’est l’âge moyen du pre- mier accident de santé sé- rieux, 65 ans pour air France, la Caisse de retraite ou la famille puisque c’est
CATÉGORIE TOUJOURS PLUS
« VOYANTE »
La doyenne de l’humanité, la Japonaise Misao okawa, vient de décéder à l’âge de 117 ans, et laisse derrière elle un fils de... 91 ans.
Mai 2015
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