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Patrimoine - Asset Management ART DE VIVRE & PATRIMOINE Focus sur un placement ou investissement, afin d'analyser les tendances et évolutions
Les gérants tirent les leçons de 2014
2Risques géopolitiques, dégringolade du pétrole ou encore tendance déflationniste en Europe : après un cru 2014 moins bon qu'anticipé, les gérants de fonds envisagent les mois à venir avec optimisme, mais sont conscients des risques.
014 a été une année Salins, directeur des gestions blanche pour les de Groupama AM
marchés actions, là où
les analystes prédisaient une L’ŒIL SUR L’ACTION
nette hausse des cours dans la lancée de 2013. Si les premiers mois ont été à la hauteur des attentes, le CAC 40 a finalement reculé de 0,54%. Une série de facteurs inattendus ont provoqué ce résultat moins bon que prévu. Après l’injection massive de liquidités en début d’année, l’annonce en octobre de l’arrêt du programme de rachats d’actifs par la Fed a suscité la défiance des investisseurs. Un phénomène auquel s’est ajouté l’effondrement des prix du baril qui a entraîné dans sa chute l’ensemble du secteur pétrolier et parapétrolier. « Jusqu’à l’été, les actions ont eu un trend haussier très fort, analyse Frédéric Lejeune, directeur général délégué France d’Aberdeen. Les marchés ont préféré le style value, particulièrement toutes les valeurs décotées. En deuxième partie d’année, les perspectives de croissance n’ont pas été à la hauteur des attentes et les marchés se sont orientés à la baisse, ce qui explique ce retour à la case départ. » Les marchés risqués, eux aussi, ont enregistré des performances moindres qu’anticipé. « Cette tendance peut s’expliquer en partie par le fait que les investisseurs ont été dissuadés par les prix élevés atteints par ces marchés en 2014 », estime Eric Bourguignon, directeur de la gestion de taux et crédit de Swiss Life AM. Pour 2015, les gérants font montre d’un optimisme mesuré. Groupama AM attend ainsi une hausse de 7% en Europe et de 12% aux Etats- Unis, et estime que le marché américain reste attractif car porté par une dynamique bénéficiaire positive des entreprises. Dans ce contexte, les asset managers tentent d’anticiper au mieux les risques qui pourraient peser
Baisse des prix pétroliers ? Une bonne nouvelle qui va soutenir le consommateur américain et l’entreprise européenne
DES BANQUES CENTRALES
Alors que le risque déflationniste en Europe est très présent dans les esprits et que les taux sont au plus bas, les politiques monétaires opérées par les banques centrales sont scrutées attentivement par les gérants. Des responsables européens ont affiché leur espoir que la BCE entame une action visant à relancer la croissance et éviter tout dérapage des prix. En clair : lancer une politique monétaire accommodante. « La BCE a pris conscience des risques déflationnistes et a décidé d’utiliser tous les moyens pour relancer les crédits à l’économie », estime pour sa part Eric Bourguignon. Une bonne nouvelle. « Elle a pris les mesures classiques consistant à augmenter le refinancement bancaire à des taux défiant toute concurrence et envisage très sérieusement d’élargir la gamme des actifs qu’elle s’apprête à acheter. » Pour Antoine de Salins, la BCE est confrontée à un « lourd défi de crédibilité », à savoir l’entrée dans une politique non conventionnelle « à l’américaine ». Aux Etats- Unis, c’est la situation inverse : les asset managers s’attendent à un resserrement progressif de la politique monétaire sur le volet quantitatif comme sur celui des taux de la part de la Réserve fédérale. « Le débat est dans le timing : on peut penser que la Fed ne sera pas pressée d’agir dans la
sur leur stratégie de gestion dans les mois à venir. Pour Aberdeen, le risque le plus important est géopolitique. « On a vu l’an dernier l’impact que la situation dans l’est de l’Europe a eu sur les marchés ; nous ne sommes pas à l’abri d’un tel scénario en 2015 », estime Frédéric Lejeune, tout en soulignant que ces passages à vide peuvent également être l’occasion de se positionner.
la baisse des prix pourrait entraîner l’Europe dans un cercle vicieux déflationniste, ce qui serait catastro- phique », avertit-il, rappelant que le Japon a mis plus de 15 ans à enrayer cette tendance. Il est vrai que la
dollars à l’été dernier, a dégringolé à moins de 45 dollars début 2015. Une tendance qui pourrait bien s’accentuer, alors que le ministre de l’Energie des Emirats arabes unis, Suhaïl Mazroui, a déclaré que
pensent au contraire qu’un tel scénario viendrait soutenir les pays développés, et notamment le consommateur américain et les entreprises européennes. « Cette baisse du prix du pétrole est incontestablement une bonne
BAISSE DU PÉTROLE : RISQUE OU OPPORTUNITÉ ?
La BCE a pris conscience des risques déflationnistes et a décidé d'utiliser tous les moyens pour relancer les crédits
à l'économie.
nflation
Selon Eric Bourguignon, « outre les risques géopolitiques qui ne sont pas forcément maîtrisés, la menace de la déflation reste présente. Si le prix du pétrole devait continuer de diminuer,
montée en puissance de la production de pétrole à base de schiste, notamment aux Etats-Unis, a entraîné un rééquilibrage de l’offre et de la demande. Conséquence : le baril de brut, qui s’échangeait à plus de 115
l’Opep ne pouvait plus protéger les cours. Mais une éventuelle chute des cours du pétrole et des matières premières n’est pas perçue de façon négative par tous les asset managers. Certains, comme Groupama AM,
nouvelle pour les économies développées (notamment les Etats-Unis et le Japon) et une mauvaise nouvelle pour les pays émergents exportateurs de matières premières (notamment la Russie) », estime Antoine de
mesure où l’i. maintiendra les taux à des niveaux relativement bas. Dans ce contexte, on voit mal les prix déraper à court terme aux Etats-Unis », analyse Eric Bourguignon. Selon lui, la Fed pourrait attendre le second semestre pour normaliser sa politique monétaire.
Antoine Pietri
FÉVRIER 2015
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