Page 12 - EcoRéseau n°13
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ANORAMA Régions & Territoires
Métamorpho
La ville des « Verts » – passée à
(1) droite aux dernières municipales –
cherche à gommer son image de vieille
Saint-E
cité industrielle en misant, pêle-mêle, u
sur le numérique, le design... et la French Tech, le Graal si convoité Ce label – auquel vient de candidater la ville –
sera décerné fin 2014 à une dizaine de métro-
mécanique haut de gamme. poles françaises. À la clé, rappelle le site d’in-
formations locales zoomdici.fr, « des millions
Effets d’annonce ?
d’euros pour développer l’économie numérique
et booster l’emploi dans ce secteur en plein dé-
veloppement ». Ce projet « s’appuie sur un éco-
« Sainté » – pilotée depuis mars dernier par le jeune système structuré depuis plusieurs années
(41 ans) maire UMP Gaël Perdriau (que l’on dit autour de compétences croisées numériques-
proche de Jean-François Copé) – négocie son virage design, fait-on par ailleurs savoir à Saint-
à droite. Pas simple pour une ville historiquement ou- Étienne Métropole. Il capitalise sur trois pôles
vrière, longtemps portée par le PS. « C’est une nou- industriels en développement : l’optique, l’in-
velle génération, plus jeune, plus dynamique, qui est génierie des procédés et l’ingénierie santé-pré-
aux commandes », tacle gentiment Daniel Jacquemet, vention. » Le positionnement combine « le
design, le numérique et le manufacturing ». Si
nouveau conseiller communautaire en charge de l’at- ce label lui est accordé, la ville ambitionne de
tractivité de la ville. Une génération qui entend re- devenir dans les dix prochaines années « une
nouveler l’image – « très mauvaise », dixit – d’un plateforme de référence numérique-design et de
territoire violemment secoué par le déclin industriel créer 4000 emplois – directs ou indirects – liés
depuis les années 1970-80. Depuis, la ville est restée
en retrait de la dynamique économique régionale. à l’économie numérique dans les services et
l’industrie », souligne son maire.
L’édile à peine élu et ses équipes entendent « renfor-
cer le marketing territorial » pour « vendre » les
terres stéphanoises que les plus chauvins sur place ju-
gent évidemment... « exceptionnelles ». « Nous
avons toujours été innovants », insiste ainsi André
Mounier, président de la CCI locale. Et de rappeler
l’implantation sur l’ensemble de l’agglomération de
huit clusters (parmi lesquels Numélink et Mécaloire)
et de plusieurs plateformes de recherche, dont le pôle
optique Rhône-Alpes (près de 200 membres). « Le
territoire compte par ailleurs une cinquantaine d’en-
treprises leaders sur leur secteur au niveau mondial
ou national » : le groupe Casino, l’extracteur pétrolier u
SNF Floerger ou encore la célèbre boule de pétanque Capitale du design
« Sainté » et le design... Un mariage – sur le papier au moins – pas si naturel tant l’image
Obut « made in » Sainté...
de cité ouvrière colle à la ville. Son agglomération est pourtant aujourd’hui avec sa Cité du
design – entité créée en 2005 qui organise sur place une Biennale internationale dédiée et Pourtant, rien n’y fait : le déficit d’image de la pré-
abrite l’école supérieure d’art et de design de Saint-Étienne (ESADSE) – une des terres de fecture de la Loire – qui a perdu selon l’Insee près de
création les plus fertiles en France. « D’être ainsi adossé à une structure comme celle de la Nous avons
Cité du design – ce qui est unique au niveau national et même européen nous permet de 30000 habitants en 20 ans – pèse lourd. «
– un réel problème d’attractivité », relève volontiers
créer des synergies très fortes et d’être particulièrement innovants », explique Yann Fadès, Yann Fadès, directeur de l’école supérieure d’art et
directeur de l’ESADSE de laquelle sortent chaque année une dizaine d’étudiants en post- de design (voir ci-contre). Symbole de ce problème,
diplôme « Design & Recherche » (pour un total de 360 diplômés). L’école entend renforcer les prix de l’immobilier figurent parmi « les plus bas
ses liens avec les entreprises – des projets sont d’ailleurs en cours avec Casino, Picard, etc. de France » : 1100 euros/mètre carré dans les appar-
– et favoriser l’entrepreneuriat au sein des promotions. Point faible néanmoins : le recrute-
ment à l’international : seuls 10% des effectifs globaux de l’école sont étrangers.
tements anciens (-9% en un an). « C’est une ville de
second niveau », tranche quant à lui un (sévère) en-
trepreneur lyonnais. Ville qui est, de fait, à la re-
cherche d’un nouveau souffle. « Nous ne méritons
pas cette réputation, cette image... Nous devons tra-
duire nos forces en arguments commerciaux, c’est ur-
gent », explique alors Daniel Jacquemet.
L’A45, serpent de mer stéphanois
Suffisant ? C’est aussi par le vecteur de l’enseigne- Stratégie
ment supérieur que la cité ligérienne – qui compte au-
jourd’hui 22000 étudiants – entend marquer sa
métamorphose. Un campus abritant l’Institut supé-
la performance et l’Institut ré- rieur des techniques de
Ce tronçon autoroutier de 40 kilomètres, censé désengorger l’axe Saint-Étienne-Lyon,
gional universitaire polytechnique vient d’être .
est à l’étude depuis 1993.
inauguré sur un ancien site industriel. La ville
cherche par ailleurs à accueillir une école de l’entre-
preneuriat, qui permettrait, selon Fleur Pellerin, « aux Le trajet Saint-Étienne-Lyon... « On sait à quelle heure on pour les seules entreprises du bassin stéphanois. » Le projet
publics largement mis à l’écart de la création d’en- part... mais on ne sait jamais quand on arrive ! », s’amuse est, lui, tout aussi ruineux : 1,2 milliard d’euros pour une
treprise (jeunes, seniors, habitants des quartiers po- André Mounier. Car aujourd’hui seule l’A47/RN88 – et ses quarantaine de kilomètres asphaltés. Mais alors que les pro
dizaines de milliers de véhicules par jour – permet de relier et les contre s’affrontent depuis plus de 20 ans, le projet
pulaires, etc.) de se lancer eux aussi dans
« en express » les deux villes. Une liaison qui ne répond a récemment « fait un grand bond en avant », selon la
l’aventure ». A suivre.
plus, selon la Commission Mobilité 21, aux normes auto- presse locale. La procédure d’attribution a ainsi été lancée,
routières actuelles. « On perd un temps fou », jure en usager mettant en lice Vinci, Bouygues et Eiffage qui doivent com-
régulier le président de la CCI de Saint-Étienne. « L’impact muniquer – avant l’automne, promet-on – leurs offres tech-
Pierre Tiessen
économique lié à ces difficultés de transport entre les deux
Equipe de football locale sacrée dix fois Champion
niques et financières.
(1) de France entre 1958 et 1981.
agglomérations est estimé à 500 millions d’euros par an
S2014
EPTEMBRE

