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ANORAMA International

Chasse à l’homo touristicus







Depuis les années 60, le tourisme mondial a connu une phase d’expansion et de diversification

galopante. Mais pour espérer exister et attirer, chaque pays a sa recette...

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e luxe, de masse, ou l’île de Saint Domingue, politique payante, commente se développent des formes de conseil en développement ne sont plus l’apanage de Jé- 
solidaire ou reli- persévèrent dans cette voie Didier Arino. En termes d’hé- alternatives, moins consom- durable du tourisme. Les au- rusalem, Lourdes ou la 
gieux... Les décli- au grand bonheur des globe- bergement marchand, il y a matrices et davantage res- torités dirigeantes doivent Mecque. Les Etats-Unis et
naisons de « tourisme » ne trotteurs les plus modestes. aujourd’hui plus de Français pectueuses des populations constamment veiller à pré- le Canada se sont ainsi ré-
manquent pas pour séduire « L, qui se rendent en voyage à et de l’environnement. L’éco- server le fragile équilibre en- cemment lancés dans la créa- 
les voyageurs toujours allé- UXECALME ET »
Dubaï que sur les îles de la tourisme, qui privilégie la tre rentabilité et respect des tion de parcs thématiques 
chés par les nouveautés. Les VOLUPTÉ Guadeloupe et la Martinique découverte de la nature en sites naturels pour éviter les (The Holy Land Experience 
pays soucieux de stimuler Autre tourisme, autres mœurs. réunies. » De nombreuses petits groupes, connaît depuis pièges du tourisme de à Orlando), de spectacles 
leur croissance rivalisent d’in- Très loin des ruées en masse destinations plus nature ont seulement 15 ans une pro- masse. » Des difficultés aux-
(Canadian Badlands Passion 
géniosité pour faire venir à et des formules clé en main, Plays) ou de séjours-confé- 
L’arrivée des pays émergents dans ce é
eux ces visiteurs providen- le tourisme de luxe propose rences. Les grands groupes 
tiels. La bonne santé actuelle aux plus fortunés des offres s’intéressent également à ce secteur pourrait bien encore multiplier les 
du secteur du voyage ne de- haut de gamme personnali- marché en devenir. La pré- 
vrait pas s’arrêter en si bon sées. Une forme de tourisme sence du géant Disney fut 
chemin. Une étude réalisée qui ne connaît pas la crise. d’ailleurs remarquée à la offres. Leur part de marché a augmenté 
par le cabinet Oxford Eco- Le formidable essor touris- conférence sur le tourisme 
nomicsprévoit une crois- tique de Singapour paré de religieux à Montréal en no- de 30 à 47% entre 1980 et 2012
(1) sance annuelle de 5,4% au ses complexes de luxe et ca- vembre 2010. L’Arménie, la 
cours des dix prochaines an- sinos est un modèle qui a Jordanie, Chypre et le Liban 
nées, supérieure à celle du inspiré de nombreux ont également fait de la reli- 
PIB mondial. Des perspec- pays. Portés par le dévelop- gion leur cheval de bataille, également misé sur le luxe. gression constante. Le Costa quelles ne s’exposent pas en- 

tives réjouissantes qui ne lais- pement du secteur du luxe, profitant de la richesse de En privilégiant une seule Rica et la Malaisie, cham- core les formes plus confi- 
sent pas indifférent. Alors à ses voisins indonésien et ma- leur patrimoine religieux pour compagnie aérienne et en pions de la discipline, ont su dentielles que sont le tourisme é
chaque pays sa petite straté- laisien se sont à leur tour proposer des voyages davan- pratiquant des services sur faire de l’écotourisme le mo- solidaire, équitable, le vo- 
gie...
lancés dans de vastes chan-
tage axés sur l’aspect culturel mesure aux tarifs élevés, les
teur de leurs économies res-
lontourisme ou encore l’agri- 
et historique. D’autres encore, T- tourisme. « Ces marchés de 
comme les Bahamas, misent OURISME DE DESniche du tourisme éthique 
sur la foi des habitants de TRUCTION MASSIVE qui ont émergé il y a dix ans 
l’île pour promouvoir une D’une manière générale, le connaissent un fort engoue- 
expérience spirituelle intense tourisme de masse, généralisé ment, constate le consultant. 
basée sur l’échange et l’in- dans les années 60, qui a fait Il n’y a qu’à voir le nombre 
trospection. De nouvelles fa- les beaux jours des destina- de tour-opérateurs spécialisés 

çons de voyager voient ré- tions ensoleillées, connaît un dans le tourisme éthique ! » 
gulièrement le jour pour déclin progressif. Depuis une Si le Cambodge, le Burkina 
s’adapter aux nouvelles en- trentaine d’années, le visiteur Faso ou encore Madagascar 
vies des consommateurs. Et a peu à peu délaissé ces mo- profitent, entre autres desti- 
l’arrivée des pays émergents
dèles de vacances uniformisés nations, de cette alternative, 
au profit d’expériences plus on ne peut pas dire qu’elle r pourrait bien
dans ce secteu
variées. Les impacts négatifs soit le fruit d’une politique encore diversifier les offres. 
de ce « méga-tourisme »touristique affichée de la part .
La part de marché qu’ils dé- 
(2) n’ont d’ailleurs guère de leurs dirigeants. Difficile tiennent a augmenté de 30 à 
convaincu les politiques gou- en effet pour un Etat de com- 47% entre 1980 et 2012, et 

vernementales à en faire le muniquer sur sa pauvreté devrait atteindre 57% d’ici 
choix. Bali en est un bien pour faire venir les voyageurs. 2030, selon l’OMT. Le 
triste exemple. Ce petit coin Ce sont avant tout les tour- voyage forme certes la jeu- 
de paradis au milieu de opérateurs et des associations nesse, mais aussi la richesse 
l’Océan Indien est au- qui en assurent la visibilité. et les idées...
jourd’hui victime de nom- Avec un risque de dérive : 
breux problèmes sociaux et celui de transformer des réa- 
environnementaux. « L’île lités préoccupantes en argu- Aude Abback-Mazoué
meurt petit à petit de son ment commercial.
tourisme effréné, regrette Di- Tourisme se conjugue aussi (1) Une étude réalisée par le 
dier Arino, directeur du ca- avec religion. Une tendance cabinet Oxford Economics et 

binet de conseil Protourisme. "Pardon, c'est bien ici la rintroduction des tortues gantes ? Nous avons nos billets..."
en constante progression qui commanditée par Amadeus 
L’écrin aux plages de sable s’observe dans les pays dé- “Shaping the Future of Travel 
fin est devenu une décharge veloppés aussi bien qu’émer- : Macro trends driving industry tiers immobiliers. Mais c’est Seychelles, l’île Maurice ou pectives. S’ils sont réguliè- 
à ciel ouvert, rongé par la gents. Il suffit pour s’en growth over the next decade”.
encore la ville de Dubaï qui les Maldives ont pu maîtriser rement cités en exemple de 
pollution, les embouteillages convaincre de constater la offre au monde entier le mo- le flux de visiteurs et ainsi réussite, quelques nuages 
et les constructions anar- récente apparition des guides (2) Cécile Pavot, Du méga dèle le plus saisissant du tou- tenter de préserver leur pa- viennent tout de même as- 
chiques. Les Balinais en ont touristiques dédiés aux sé- tourisme au tourisme durable, risme de luxe. Avec très peu trimoine naturel.
sombrir le tableau. « Les 
même perdu leur identité. » jours spirituels dans nos li- Communication au colloque de propositions culturelles à parcs naturels du Costa Rica 
Le tourisme de masse n’est LA NOUVELLE INVI- brairies. Un paradoxe lorsque international organisé par offrir, les autorités émiraties et la jungle de Bornéo sont 
pas mort pour autant. Certains TATION AU VOYAGE l’on sait que la pratique reli- l’Université de Aix-Marseille ont su valoriser leur territoire souvent surfréquentés, vic- 
pays comme l’Espagne et sa RESPONSABLE
gieuse est en perte de vitesse sur Le développement et l’en- en misant sur leurs buildings times de leur succès, observe 

célèbre Costa Del Sol, le En réaction aux excès du dans nos contrées. Et pour- vironnement dans les régions au design futuriste et leurs Benjamin Malaterre, consul- 
Mexique et sa Riviera Maya
tourisme de masse et de luxe,
tant. Les voyages religieux
méditerranéennes, Juin 1997.
services d’exception. « Une
tant pour ID-Tourism, cabinet

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