Page 56 - EcoRéseau n°8
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n°8
R& F
H ORMATION Carrières & Talents


Voyages, voyages !







Le nomadisme d'affaires prend de l'ampleur. Et dans un souci de performance et de formation, les MBA 

autorisent voire encouragent de nombreuses escales prolongées d'un bout à l'autre de la planète.

Décryptage de ces allées et venues et de leurs vertus pour nos élites.
S 




ouvenez-vous du gnifient pas forcément partir. 
«BrainDrain»!De Du moins pour les Français. 
cette grosse flèche, Le choc des cultures débute
souvent coloriée de rouge, à Fontainebleau, sur les bancs
partant de Paris et à destina- du plateau de Saclay du 
tion de la Californie, sur les Grand Paris (HEC), sur les 
cartes illustrant nos manuels rives de la Loire (Audencia) 
de géographie, utilisée pour ou dans les murs de la Ville 

caractériser « la fuite des cer- Rose (Toulouse BS) : pas 
veaux » français. Effet néfaste moins de 84 nationalités pour 
de la mondialisation, cette l’Executive MBA de l’Insead, 
diaspora des talents expli- une cinquantaine chez HEC, 
querait pourquoi le pays des une trentaine en général pour 
Droits de l’Homme tomberait les autres MBA en région. 
encore plus en décrépitude « Ces rencontres, ces colla- 
pendant les moments sombres borations, confrontent les 
de son histoire économique. participants aux obstacles 
A croire que nos chers diplô- du management international. 
més pensent que l’herbe est Dont l’un des plus délicats 

toujours plus verte hors de demeure la gestion du mul- 
nos frontières. Pourtant, à y ticulturalisme », argue Chan- 
mieux regarder, les grandes "Avant j'étais ingénieur, mais ça c'était avant"
tal Poty, directrice des pro- 
écoles françaises forment au grammes Executive Educa- l’implantation de campus à également ! Et cette culture l’optique de saisir les oppor- langage des affaires en terre 
sein de leur MBA des co- tion à l’EM Lyon. Autrement l’étranger, floqués de marque de la mobilité, cette interna- tunités de business dans cer- inconnue.
hortes de plus en plus inter- dit, comment définir des in- d’établissements hexagonaux tionalisation des compétences, taines régions du monde, de M
nationalisées ! Preuve mani- dicateurs de performance par- prestigieux. La recrudescence demeurent l’apanage des comprendre comment négo- ULTICULTURALISME 
feste de l’attractivité des bu- lants pour tous ? Faut-il pri- des partenariats entre écoles MBA. Il s’agit pour les par- cier et collaborer dans un DANS LES MURS
siness schools et de la qualité vilégier l’individu ou le et universités étrangères, bu- ticipants français comme contexte multiculturel. Bref, « L’homme n’a pas besoin 
de leur enseignement. De groupe ? Comment se com- siness des séminaires à l’ap- étrangers de découvrir le devenir un consultant, un chef de voyager pour s’agrandir, 
même, la bonne réputation porter adéquatement avec la pui, démontrent des flux de monde après plusieurs années d’entreprise, un gestionnaire, il porte en lui l’immensité ! », 

des MBA hexagonaux, signes hiérarchie ? Autant de ques- talents plus complexes qu’une d’expérience professionnelle. apatride et « couteau suisse ». écrivait Lamartine. Et à 
distinctifs de haut vol sur la tions abordées durant ces for- simple fuite hors du pré-carré Sans l’innocence d’un Can- Capable de s’adapter à tous l’échelle du MBA, la richesse 
scène professionnelle mon- mations. Car force est de français. « Brain drain », dide, ni le timing serré d’un les contextes économiques et l’internationalisation du 
diale, a permis de peser sur
constater que les cultures
certes, mais « brain gain »
Phileas Fogg... Mais dans
possibles, et apte à parler le
cursus, effectivement, ne si-
Education à 360°
Et si la bataille du livre n’était pas perdue ?
Œ



par
lier dans l’univers de l’enseignement et du corps de la lecture par les jeunes comme la relation très « si épris de liberté, de refus des contraintes et des pe- 
professoral, ont préféré accuser les nouvelles tech- légère » qu’ils entretiennent à l’orthographe ou à la santeurs sociales parce qu’il a une fonction libéra- 
Marc nologies, dévaloriser Google, se moquer de Wiki- grammaire n’en font pas des ennemis à vaincre ni trice qui, malheureusement, manque d’échos 

Drillech
pédia, affirmer une prétentieuse détestation des des « âmes à sauver » mais des individus qui ratent médiatiques. Le livre c’est la liberté de déplace- 
réseaux sociaux. Au lieu de créer des ponts entre de formidables occasions de vivre des moments ment. Le livre c’est l’affirmation de son autonomie 
cultures et technologies, ils ont favorisé les condi- forts de découvrir et de se découvrir, de s’émanci- temporelle. Le livre c’est l’individualisme au beau 
tions d’un conflit ouvert dont la fin du récit était per et de s’affirmer.
sens, loin des emprises et des contraintes. Le livre 
évidente. En créant une « guerre des générations » c’est un instrument de libération personnelle dans L’enjeu stratégique et prioritaire consiste à déplacer 
ils ont éloigné plus de jeunes du livre qu’ils en ont un monde numérique qui impose et enferme bien Directeur général de le débat de la rationalité technologique, de la prati- 
retenus. En se positionnant comme supérieurs aux plus qu’il n’y parait.
cité et de l’efficacité vers la valorisation de l’excep- 
autres ils ont stimulé les réflexes d’auto-défense et PIONIS Education Group
tionnelle émotion que peut fournir un livre. Pour Rien ne justifie la fin si vite annoncée du livre 
n’ont rien gagné sur ce terrain.
cela il faut contester également la nature du conflit, (même si son affaiblissement comme objet est pré- 
Mais c’est sans compter sur d’autres combattants cette forme qui oppose lesAnciens aux Modernes, visible et qu’il ne faut pas confondre l’instrument 
qui ont eu pour objectif de dévaloriser l’écrit des les ringards aux branchés.
et sa finalité) et encore moins la joie de la lecture, 

jeunes générations, ces médiocres bloggeurs et ces pourvu que les passionnés ne s’enferment pas dans our nombre d’honorables citoyens et pro- Si chaque passionné du livre passait plus de temps 
stupides amateurs de tweets, ces pseudo-journa- une « tour d’ivoire » ni ne se cantonnent à la facilité fessionnels, le livre est mort, enterré, oublié, à valoriser la lecture, à partager avec des jeunes ly- 
listes qui se racontent sur le Net et qui ne respectent de la critique. C’est en partageant avec les jeunes dévalorisé, rangé au rang des vestiges d’un
céens tout ce que peut leur apporter cette passion, 
plus les règles sacrées de l’investigation... En dé- qui s’éloignent du livre qu’on pourra les amener à s’ils privilégiaient une évangélisation par l’amour passé non numérique, d’une époque dont certains 
crétant une graduation implacable, en vantant la s’interroger, pas en le condamnant d’avance, en- et non par la menace, par la jouissance même de la se demandent chaque jour comment il était possible 
noblesse qui consiste à s’adonner au livre tradition- core moins en les dévalorisant. Et ce qui est sou- lecture et donc par le manque potentiel, au lieu de d’y vivre...
nel tout en décrédibilisant la qualité médiocre de haitable pour chacun oblige davantage celles et jeter des anathèmes stériles, nous serions sans doute Il faut admettre certaines vérités qui ne font pas né- 
ceux qui ne s’adonnent qu’au Net, on a oublié que ceux dont la fonction est d’éduquer, d’écouter et de sur un autre chemin.
cessairement du bien aux défenseurs du livre. 
la fin justifie d’autres moyens. La désertion massive
guider.
D’abord nombre de ses admirateurs, et en particu-
La lecture du livre devrait toucher aussi des jeunes



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