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FévRieR/maRs 2013
Bimestriel - 4,90 €

N°1

L’information économique & stratégique, autrement
PanoRama A la Une

Comprendre, Entreprendre, Innover

ecoreseau.fr

UE : Union des Entrepreneurs ?

L

ongtemps indifférente à leurs appels du pied, l’Union européenne fait aujourd’hui les yeux de Chimène à ses entrepreneurs. Harmonisation fiscale, protection de l’innovation, accès au financement…

Bruxelles semble déterminé à satisfaire les attentes des créateurs pour leur passer la bague au doigt. Reste à convaincre les gouvernements nationaux, plus enclins à jouer les pères la rigueur. p. 12

L’Entretien
“Pour une troisième génération des droits des femmes”
© photo : Razak/MDDF

CLUB entRePRendRe Interview croisée

stRatéGie & innovation nUméRiqUe Haute résolution

Secrets de chefs
Yves Camdeborde (Le Relais Saint-Germain) et augustin Paluel-marmont (Michel et Augustin) dévoilent leurs recettes d'entrepreneurs. savoureux. p. 26

Cybercrim' : Fini de rire
www.plugandstart.com

Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des femmes p. 4

Créer aujourd’hui

L’Analyse

“L'entrepreneur, cet être Grisée par l’auto-entrepreneuriat, la France aux mille se couvre d’un blanc manteau de petits visages” patrons indépendants.
Franck Rouxel, Directeur du Salon des Entrepreneurs p. 18

Independance Day

Réseaux & Influence

La fin de l’entreprise Les frappes se font chirurgicales et stratégiques. aux entreprises de réorganiser leur traditionnelle ? défense. Pas si vite… p. 28 p. 42

RH & FoRmation “Un club : des Carrières & Talents opportunités Tri sélectif
mais aussi des devoirs”
dans la jungle des formations, attrapez la bonne liane ! p. 54

Alain Marty, Président Wine & Business Club p. 52

aRt de vivRe & PatRimoine L’Air du temps Les Français font du ski
Bobo, branché, tête brûlée... à chacun sa glisse. p. 56

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12, 13, 14 Juin 2013

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EDiTORiaL
vent d’optimisme…
out d’abord - et avec une émotion certaine -, permettez-moi de vous présenter EcoRéseau, nouveau media d’information économique et stratégique, vue « autrement ». Cet autrement, il s’incarne dans la place accordée à l’entrepreneuriat, à l’innovation sous toutes ses formes, et notamment numérique. Oui, regardons vers l’horizon, reprenons confiance, ouvrons d’inédites perspectives. Peut-être le moyen le plus subtil de tirer notre épingle du jeu… et de nous (re)mettre à rêver. Cet autrement, il se retrouve dans notre format - ni trop réduit, ni trop grand -; dans notre qualité de papier ; dans notre périodicité qui vous laissera le temps de nous apprécier. Cet autrement, il se caractérise par une publication constructive, singulière dans ses choix et résolument tournée vers l’avenir, plutôt qu’engluée dans le passé. En nous adressant à vous aujourd’hui, nous formulons la promesse d’un journal à l’affût des idées nouvelles, avant tout force de propositions et d’initiatives plutôt que d’inquiétudes. Cet autrement, il se reflète dans le brin de folie qui nous anime et nous pousse à croire en les entreprises les plus audacieuses. Contre vents et marées. au plus fort de la tempête, je remercie donc tous nos lecteurs, actuels et à venir, de l’accueil que vous allez nous réserver, et profite de l’instant pour nous souhaiter, à tous et à EcoRéseau, des lendemains prometteurs.
Jean-Baptiste Leprince Directeur de la publication

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sous les pavés, la plage
es oiseaux n’annoncent plus le printemps. ils sont de mauvais augure et ne précèdent que la tempête. Le tango ne rapproche plus les amoureux. il est funèbre et accompagne les mises en bière. Pour plagier le poète, est assise sur un monde en ruine une France soucieuse. a raison ? Peut-être, car le malade n’est pas imaginaire. Mais qui trop embrase, mal éteint. Première victime du bûcher des sceptiques : la presse papier. Lancer un journal aujourd’hui reviendrait à jeter argent, énergie et quelques restes d’illusions par les fenêtres de la réalité économique. Balivernes. D’abord, parce que « les manuscrits ne brûlent pas ». C’est le Diable lui-même qui l’affirme dans « Le Maître et Marguerite », le roman de Boulgakov.

T

L

Question catastrophe, pourtant, il s’y entend. Ensuite parce que notre périodicité – bimestrielle – nous permet de sortir d’une actualité qu’internet nous sert tellement chaude qu’on s’y brûle les doigts. au « fast-news », nous préférons l’info gastronomique. Enfin, parce que notre positionnement est unique : résolument optimiste. Croire en demain, ça n’est pas embellir la réalité. Comment le pourrions-nous ? Depuis la découverte du virus du siDa, la face hideuse des temps s’invite jusque dans l’alcôve… simplement, nous préférons voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Un parti pris autant qu’une injonction du réel, tant les motifs d’espoir se révèlent nombreux pour peu qu’on ôte ses lunettes noires. Nos grandes métropoles –

Paris, Lille, Lyon… – sont entrées dans le XXie siècle avec des bottes de sept lieues. Les start’up fleurissent comme au printemps les jolies filles. Les entrepreneurs réinventent des formes de travail toujours plus efficientes. Notre modèle social plie mais ne rompt pas. Cet état d’esprit, nous voulons en être relais autant qu’acteurs. Entre nos lignes se cachent autant d’exhortations à créer et innover. De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, disait Danton. L’homme a fini la tête sur une pique, souriront les Cassandre. Qu’elles passent leur chemin. aux optimistes, bienvenue chez nous.
La rédaction

EcoRéseau N°1 - FévRiER/MaRs 2013

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PaNORaMa
Rétrospective

Sommaire
Edito Rétrospective : l’école en noir & blanc 2 3

Dans chaque numéro, EcoRéseau vous propose de revenir sur un événement ou une institution qui fait l’actualité, en les mettant en regard de ce qu’ils étaient ou auraient pu être il y a un demi-siècle. Pas question de comparer l’incomparable, de fustiger ou de glorifier le passé. Simplement de montrer que non, ça n’était pas forcément mieux avant.

L’école en noir & blanc
En novembre dernier, le ministre de l’Education nationale vincent Peillon annonçait les mesures et le calendrier de sa réforme des rythmes scolaires. L’occasion pour les sceptiques d’égratigner l’école, qui, vraiment, n’est plus ce qu’elle était. Pourtant, à y regarder de près, un long chemin a été parcouru en cinquante ans. Et pas forcément dans le mauvais sens.

PaNorama

4-15

L’Entretien : Najat vallaud-Belkacem 4-7 Régions & Territoires : Lyon 8 Hexagone : Nés syndicalistes 10 international : Flexisécurité 11 a la Une : UE, Union des entrepreneurs ? 12-15

Club ENtrEPrENdrE
’école outragée ! L’école brisée ! L’école martyrisée ! Mais l’école modernisée ! N’en déplaise aux tenants du « à mon époque avec Monsieur Renard, ça filait doux et on écrivait sans fautes d’orthographe ! », le cancre de 1963 n’était pas moins cancre que celui de 2013 ; et le premier de classe n’était pas davantage premier de classe. L’un comme l’autre, en revanche, avaient sûrement moins de chances qu’aujourd’hui de viser plus haut que le clocher de leur village. Car avant août 1963 et la création des Collèges d’enseignement secondaire (CEs), trois types d’institutions quasiparallèles se partagent la jeunesse de France : les écoles communales qui assurent le service de six à quatorze ans ; le cours complémentaire que l’on rejoint éventuellement à 11 ans, et que l’on quitte à 15, son Brevet en poche ; et enfin les Collèges et Lycées – le « secondaire long » – qui accueillent les meilleurs dès 11 ans eux aussi, jusqu’au Bac. sur le papier, pourquoi pas ? sauf que dans les faits, « les petites structures avaient tendance à garder leurs bons

16-35
16-23 24 25 26-27 28-31 32 34

L

éléments », sourit Claude Lelièvre, historien de l’éducation. Résultat : des élites locales qui restent locales, et la France qui paye l’addition. C’est le Général de Gaulle qui siffle la fin de la récréation. « Avec l’ouverture du marché commun, il comprend que le pays va avoir besoin de beaucoup de cadres, explique l’historien. Il faut donc augmenter le nombre d’étudiants. Pour ce faire, une seule solution : pousser les bons élèves vers des filières longues. » L’orientation devient une question centrale. C’est aux CEs que revient le rôle de gare de triage : au sein d’un même établissement, trois voies – calquées sur les trois institutions qu’elles remplacent – y accueillent les élèves selon leur niveau. Un modèle qui fonctionne : en 1970, on compte 500 000 étudiants contre 200 000 seulement dix ans plus tôt. L’élitisme républicain sort lentement de la cuisse du grand Charles. Le niveau de l’adolescent des sixties porte les stigmates de ce système en pleine refonte.

D’accord, à treize ans, beaucoup savent que « dysfonctionnement » prend un « y » et que Marignan, ça n’est pas seulement 1515. Rien de plus normal selon le spécialiste : « La finalité de la pédagogie de l’époque se révèle très différente. L’école n’est pas vue

1963 est un sprinter. Celui de 2013 davantage décathlonien.

“L’écolier de ”

comme propédeutique à autre chose. Le but, c’est de réussir l’examen, avec l’idée qu’une fois celui-ci en poche, on quitte les études. Le travail est donc exclusivement orienté sur le type d’épreuves au programme : essentiellement une dictée avec des questions de grammaire, du calcul et une courte rédaction. » L’écolier de 1963 est un sprinter. Celui de 2013 davantage décathlonien. sur 100 mètres, il a quelques secondes de retard.

D’autant qu’aujourd’hui, toute une génération chausse les pointes. Même les moins rapides. Forcément, ils font baisser la moyenne. Le statut des profs, lui aussi, aurait changé. Déconsidérés par la société, mal payés par la Nation, insultés par les élèves, les hussards de la République broient du noir. Peutêtre à raison. Mais qu’ils se rassurent, au milieu du siècle, devenir maître d’école ne fait pas non plus rêver les foules. La preuve, les difficultés éprouvées certaines années à recruter des instituteurs. « Pour les garçons ayant un certain bagage, l’enseignement ne constituait pas automatiquement un premier choix», affirme le spécialiste. Les questions de discipline ? si les problèmes se sont accrus, ils n’étaient pas absents des salles de classe. La preuve, dans son ouvrage Histoires vraies des violences à l’école, Claude Lelièvre évoque des plaintes de professeurs s’étant fait « cambronniser » par leurs élèves. Ce que cela veut dire? Les gens n’ont plus aucune référence historique…
Olivier Faure

Créer aujourd’hui En immersion : Coworking Electron libre : Guillaume de vaudrey interview croisée : secrets de chefs L’analyse : Travailleurs indépendants Leçons de maux : vertaris Prospective : Neiges éphémères

StratégiE & iNNovatioN NumériquE
Décryptage : Dématérialisation Expertises Haute résolution : Cybercriminalité Business story : RsD veille juridique : Preuve électronique

37-51
38-39 40-41 42-49 50 51

rH & FormatioN

52-55

Réseaux & influence : alain Marty 52 Carrières & Talents : Masters, Ms, MBa… 54-55

art dE vivrE & PatrimoiNE
L’air du temps : Chacun sa glisse L’art du temps : Carpe diem La sélection culturelle

56-62
56 58-61 62

Rédaction Courriel : redaction@lmedia.fr Direction de la rédaction Marie Bernard, Matthieu Camozzi, Olivier Faure, Aymeric Marolleau

Marketing, publicité & partenariats Courriel : marketing@lmedia.fr Diffusion, abonnements & vente au numéro LMedia / EcoRéseau 201/203, rue de Vaugirard – 75015 Paris Tél. : +33 (0)1 43 06 23 16 Courriel : abonnement@lmedia.fr Abonnement 1 an : 29,40 €TTC Abonnement 2 ans : 58,80 €TTC Distribution : Presstalis Production & Editing Courriel : production@lmedia.fr Responsable : Frédéric Bergeron Crédits photos : Thinkstock Administration & gestion Jean-Eudes Sanson (jean-eudes.sanson@lmedia.fr)
Toute reproduction, même partielle, des articles ou iconographies publiés dans EcoRéseau sans l’accord écrit de la société éditrice est interdite, conformément à la loi du 11 mars 1957 sur la propriété littéraire et artistique. La rédaction ne retourne pas les documents n’est pas responsable de la perte ou de la détérioration des textes et photos qui lui ont été adressés pour appréciation.

N°1

ecoreseau.fr
201/203, rue de Vaugirard – 75015 Paris Tél. : +33 (0)1 43 06 23 16 Courriel : contact@lmedia.fr Directeur de la publication : Jean-Baptiste Leprince (jbl@lmedia.fr)

Président Comité éditorial Jean-Marc Rietsch Chroniqueurs & éditorialistes Laurent Cucurullo, Bernard Dubs, Michel Kahn, Francis Kuhn, Jean-Louis Pascon, Isabelle Renard, Jean-Laurent Santoni Dessinateur Philippe Geluck Ont collaboré à ce numéro Jean-Marie Benoist, Lisa Mélia, Julie-Chloé Mougeolle, Mathieu Neu Secrétaire de rédaction Anne-Sophie Boulard

Interview de Jean Charroin,
Directeur Audencia Nantes RDV en page 15

Directeur du développement – Associé : Damien Delachaux (damien.delachaux@lmedia.fr)

EcoRéseau est édité par RCS Paris 540 072 139 Actionnaire principal : Jean-Baptiste Leprince Commission paritaire : CPPAP n° en cours - Dépôt légal : à parution Numéro ISSN : en cours

Imprimeur : Léonce Deprez – imprimé en France

EcoRéseau N°1 - FévRiER/MaRs 2013

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PANORAMA
L’Entretien

4

Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des Femmes, porte-parole du gouvernement

« Pour une troisième génération des droits des femmes »
La militante, qui a plongé dans la politique au lendemain du 21 avril 2002, est devenue une ministre engagée. Mieux vaut l’être, devant l’ampleur de la tâche à accomplir.
publique à part entière, cohérente, transversale, intégrée dans l’action gouvernementale. Rien n’est évident dans ce domaine qui pose rien moins que la question du type de société dans laquelle nous voulons vivre. Les illusions sont nombreuses sur l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Quelle est la feuille de route de votre ministère pour les prochains mois ? Il y a encore beaucoup à faire. Le Comité interministériel aux Droits des femmes, réuni le 30 novembre dernier, a posé les jalons d’une politique intégrée en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. Nous avons pris des mesures pour lutter contre les stéréotypes, pour alléger les contraintes de la vie quotidienne des femmes et lever les obstacles à l’égalité au travail, pour décliner l’égalité dans tous les pans de l’action publique : école, sport, santé, justice, médias… Nous passons maintenant à la mise en œuvre de ces décisions sur le terrain. Dans le prolongement de ces mesures, je présenterai en mai 2013 une loicadre sur les Droits des femmes qui viendra combler toutes les failles existantes de notre législation en la matière. Elle abordera différents sujets, comme l’égalité professionnelle, les violences faites aux femmes, la question de la parité dans les instances

© WARTNER/20 MINUTES/SIPA

« Cette question de la 3ème génération des droits des femmes pose la question du type de société dans laquelle nous voulons vivre. » ajat Vallaud-Belkacem n’a pas la langue dans sa poche. Une qualité qui n’a pas échappé à Ségolène Royal puis à François Hollande, qui l’ont tour à tour choisie pour exprimer leurs programmes et leurs pensées lors de leurs campagnes présidentielles respectives. Si la FrancoMarocaine a embrassé les causes de différentes minorités, elle a toujours refusé le rôle d’icône de la diversité, préférant l’étiquette plus sérieuse de pur produit de la méritocratie républicaine, qui sied mieux à son caractère tenace et sa volonté de fer. Des caractéristiques qui lui

N

serviront, l’exposition médiatique décuplée lui valant chausse-trappes et attaques des « snipers » de la droite. Aujourd’hui, la férue de lecture met ses pas dans ceux d’Olympe de Gouges et de Flora Tristan, en s’emparant du combat pour l’égalité des sexes dans la politique, l’entreprise, la société. Il incombe désormais à celle pour qui le 21 avril 2002 a sonné le début de l’engagement en politique de faire preuve de créativité et d’autorité pour imposer un portefeuille ministériel source d’interrogations quant à son périmètre et sa pérennité.

Qu’entendez-vous par « troisième génération des droits des femmes » ? Il faut distinguer une première génération des droits des femmes, qui fut, après la Seconde Guerre mondiale, celle de la suppression des discriminations légales faites aux femmes (pas de droit de vote, pas de droit de travailler ou d’ouvrir un compte sans l’autorisation du mari...) Puis une deuxième dans les années 70-80, qui fut celle de droits spécifiques accordés aux femmes en raison de leur condition de femme (contraception, avortement...). Nous travaillons désormais sur une troisième génération, celle de

l’égalité réelle. Nous regardons pourquoi, concrètement, les lois ne s’appliquent pas sur le terrain. Nous travaillons sur les préjugés qui entre-

toutes les institutions de la société : l’école, la famille, l’administration publique, le Parlement, l’entreprise, les médias, les associations, les

confiance des réseaux, qui du coup leur demandent des garanties supplémentaires pour le financement de leurs entreprises

“Les femmes bénéficient d’une moindre ”

tiennent les inégalités. Il s’agit en fait de porter une nouvelle culture de l’égalité entre les femmes et les hommes dans

mouvements d’éducation populaire, les fédérations sportives... Les droits des femmes redeviennent une politique

électives. Bien sûr, un important travail de consultation sera nécessaire pour mener à bien ce travail législatif.

EcoRéseau N°1 - FéVRIER/MARS 2013

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PANORAMA
L’Entretien

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rimenté dans cinq académies en 2013, puis généralisé en 2014. Le nouveau service public national de l’orientation veillera à ouvrir les mêmes opportunités aux filles et aux garçons. Dans le monde du travail, nous nous attaquons à la surreprésentation du temps partiel subi chez les femmes (80% des salariés concernés) et nous tentons de faciliter une meilleure articulation entre vie personnelle et vie professionnelle. Les femmes comme les hommes doivent pouvoir conduire de front leur carrière et leur vie familiale sans être lésées dans l’accès aux responsabilités. Enfin, la vie professionnelle a évidemment un impact direct sur le montant des retraites, les inégalités entre femmes et hommes en la matière seront au cœur de la prochaine réforme des retraites. Les femmes ne représentent que 30% des créateurs d’entreprise et 12% des chefs d’entreprise. Comment favoriser l’entrepreneuriat féminin ? Il importe d’agir sur plusieurs facteurs, à commencer par la sensibilisation. Développons des actions dans les collèges, lycées et établissements de l’enseignement supérieur pour promouvoir cet entrepreneuriat féminin. En rendant visibles les réussites de créatrices, nous rendons possible la création d’entreprises pour les jeunes filles. Travaillons aussi sur l’accès au financement. Dans un tel contexte économique, l’accès au financement est malaisé pour tout le monde, mais il prend pour les femmes une

« L'école, malgré la neutralité qu’elle aﬃche, ne développe pas les mêmes compétences, appétences et qualités chez les filles que chez les garçons. »

Bio : Des rencontres opportunes
Najat Vallaud-Belkacem est née dans le Rif marocain. A 4 ans, dans le cadre du regroupement familial, elle arrive en France pour rejoindre son père, ouvrier du bâtiment dans la Somme. La deuxième d’une fratrie de sept enfants grandit à Amiens, où elle suit de brillantes études qui la conduisent à faire 3 ans de droit puis à intégrer Sciences-Po Paris. C’est là que Najat rencontre son futur mari, Boris Vallaud, aujourd’hui collaborateur d’Arnaud Montebourg au ministère du redressement productif. A cette époque, elle est aussi repérée par Caroline Collomb, l’épouse du maire socialiste de Lyon, qui en fait l’une de ses chargées de mission en 2003. Depuis, son parcours politique est étroitement lié à la Capitale des Gaules, où la mère de jumeaux commence par s’occuper de politiques de proximité et de démocratie participative
© photo : Razak/MDDF

avant de devenir, en 2004, la benjamine du conseil régional, en charge des affaires culturelles. C'est en 2007 que l'aventure de la future ministre prend une dimension nationale, puisqu’elle s’engage aux côtés de Ségolène Royal, dont elle est l’une des porte-parole pendant la campagne présidentielle. Elle échoue aux législatives, où elle est battue par Dominique Perben. En 2008, la trentenaire s’inscrit pleinement dans le paysage politique lyonnais, en étant élue conseillère régionale du Rhône et conseillère municipale sur la liste de Gérard Collomb. En 2011, Najat Vallaud-Belkacem reprend les routes de France avec le statut de porte-parole de la campagne de François Hollande. En mai 2012, Jean-Marc Ayrault la nomme ministre des Droits des femmes et porte-parole de son gouvernement.

Comment agir concrètement sur les mentalités dès le plus jeune âge ? Il est communément admis que les “grands combats” sont derrière nous, que les lois garantissent, de fait, l’égalité. Or, depuis des décennies, les choses évoluent très peu en la matière : d’abord parce que nous n’avons pas veillé de façon scrupuleuse à l’application des lois. C’est pourquoi j’ai voulu très vite modifier les contrôles et les sanctions qui s’appliquent aux entreprises de plus de 50 salariés qui ne respectent pas l’égalité professionnelle. Mais les habitudes changent lentement aussi parce que rien n’a été fait pour combattre les racines des inégalités en question, à savoir les clichés et représentations qui cantonnent chaque sexe dans des rôles différents et inégalitaires. Ces stéréotypes se construisent dès l’école. Un module de formation à l’égalité et à la

déconstruction des clichés sera obligatoire dans les futures écoles supérieures du professorat, et dans la formation des autres personnels de l’éducation. Toutes les études montrent en effet que

de non-droit. Il n’y a rien de virtuel dans des propos haineux et discriminatoires

“Internet n’est pas une zone ”

l’école, malgré une apparente “neutralité”, ne développe pas les mêmes compétences, appétences et qualités chez les filles et les garçons. Pour les élèves, un apprentissage de l’égalité sera mis en place de la fin de la maternelle à la fin du primaire. Il sera expé-

dimension supplémentaire : dans les faits, toutes choses égales par ailleurs, elles bénéficient d’une moindre confiance des réseaux, qui du coup leur demandent des garanties supplémentaires. Je compte donc travailler avec les grands réseaux pour lutter

EcoRéseau N°1 - FéVRIER/MARS 2013

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PANORAMA
L’Entretien
messages de haine sur son réseau social. Par quoi cela se traduit-il exactement ? Le Premier ministre m’a confié une mission sur la lutte contre l’homophobie, et c’est dans ce cadre que je me suis exprimée. Les réseaux sociaux, quand ils incitent à la haine de cette manière, portent atteinte aux principes qui rassemblent dans notre République. Il faut être particulièrement vigilant sur ce terrain qui est aussi celui du racisme, de l’antisémitisme ou du sexisme, car les répercussions sur les plus jeunes sont très graves. Il n’y a rien de virtuel dans ces propos haineux et discriminatoires. Ma conviction est que ma responsabilité est d’agir, pas de constater les dégâts et de les déplorer : internet n’est pas une zone de non-droit. Les utilisateurs de Twitter sont des citoyens et des justiciables qui ont droit à la protection de la loi, et qui sont responsables de ce qu’ils font. Il ne s’agit pas de censurer, mais d’appliquer la loi, qui d’ailleurs est une bonne la collaboration avec Gérard Collomb à Lyon – dont j’ai rejoint l’équipe sur les questions de démocratie de proximité –, puis mes premières élections comme candidate : conseillère régionale en Rhône-Alpes en 2004 ; municipales et cantonales de 2008, où je suis élue sur mon nom dans un territoire difficile. La campagne présidentielle de 2007 aux côtés de Ségolène Royal reste évidemment une expérience hors du commun qui a sans doute rendu possible la suite. Le fait d’être une femme vous a-t-il aidé ou au contraire freiné ? Etre une femme en politique reste compliqué, même si l’exigence de parité aux élections locales a permis à une génération de jeunes élues d’émerger plus facilement que par le passé. L’égalité doit rester un objectif majeur de la rénovation démocratique. Le poste de ministre et sa capacité à faire bouger les choses sont-ils à la hauteur de ce que vous attendiez ? Obtenir des résultats concrets est le fruit d’un engagement de tous les instants, à tous les échelons de responsabilité, mais ma réponse est oui : il n’y a pas de fatalité, le changement est possible. C’est précisément pour cela que je me suis engagée en politique. Qu’est-ce qui vous fait vous lever le matin ? La sonnerie stridente du réveil! (rires) Non, plus sérieusement, l’envie d’être utile, chaque jour. Avez-vous des mentors, des guides spirituels ? Non, j’ai une très grande capacité d’admiration, mais ce sont plutôt les rencontres et les témoignages du quotidien qui me guident. Je garde simplement un attachement particulier pour la figure de Marie Curie qui m’accompagne depuis l’école.

contre les stéréotypes. Enfin, il faut ancrer la démarche au niveau des territoires, pour créer une réelle dynamique et mobiliser tous les acteurs qui doivent jouer un rôle en la matière : des Conseils régionaux aux chambres consulaires, il importe de coordonner les interventions dans le cadre de plans d’actions territoriaux. Que vous inspire la forte mobilisation contre le « mariage pour tous » de mijanvier ? François Hollande a présenté un programme clair sur ce sujet et nous sommes déterminés. C’est une question de liberté, d’égalité et de fraternité. Liberté de fonder une famille avec qui l’on veut, égalité des droits entre toutes les familles, fraternité entre tous les citoyens, quelles que soient leurs différences. Ce sont les valeurs de la République. Il ne s’agit pas d’une victoire des uns contre les autres, mais d’une victoire des principes qui ont fait la

Propos recueillis par Matthieu Camozzi et Aymeric Marolleau

élections locales a permis à une génération de jeunes élues d’émerger plus facilement que par le passé

“L’exigence de parité aux ”

France et qui la font avancer. Je respecte le droit de chacun de manifester. Cette mobilisation exprime une véritable inquiétude qu’il faut entendre. Elle donne à voir aussi beaucoup d’incompréhension, à laquelle il faut que nous répondions. On gouverne un pays en sachant porter ses valeurs, respecter ses principes, et s’adresser à toutes et à tous dans l’unité. Je crois que les Français restent très attachés à la liberté individuelle et à l’égalité des droits. Je crois qu’ils se sentent collectivement responsables de la sécurité et du bien-être des enfants. Le projet de loi sur le « mariage pour tous » n’est rien d’autre que l’application de ces valeurs et de ces principes. Vous avez appelé l’entreprise Twitter à lutter contre les

loi. Nous resterons déterminés et combatifs afin d’obtenir des résultats. Nous avons engagé un dialogue très encourageant avec Twitter pour trouver des solutions concrètes, dans un travail étroit avec les associations. J’ai d’ailleurs mené une concertation interministérielle avec elles : nous avons reçu plus de mille pages de contributions et élaboré un programme gouvernemental d’actions contre les violences et discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Quels ont été les grands tournants de votre carrière ? Le 21 avril 2002 marque le début de mon engagement en politique. Je n’ai jamais envisagé la suite comme la construction d’une carrière. Très vite se sont enchaînées

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PANORAMA
Régions & Territoires

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Le Lyon chasse en meute
Au jeu des interactions avec son arrière-pays, la cité des Canuts mène la danse vis-à-vis des autres métropoles régionales.
L’ex-capitale des Gaules a décidément de la chance. Son passé historique de carrefour commercial et économique l’a ouverte à sa périphérie, à la différence de Marseille par exemple, sa concurrente méridionale, coupée économiquement de l’arrièrepays provençal depuis le temps des colonies. A Lyon au contraire, au confluent du Rhône et de la Saône, la coopération entre la ville-centre et ses alentours apparaît comme une évidence. Raisonner à l’échelle d’un intra-muros d’une ville a-t-il encore du sens, alors que tout porte à croire en la réalité économique de la métropole, à commencer par les déplacements de travailleurs et les échanges entre communes ? L’aire urbaine lyonnaise, avec ses 2,2 millions d’habitants, est la deuxième de France derrière Paris et ses 12 millions. Cette coopération explique le dynamisme et la richesse de la Cité des Canuts : le revenu annuel par unité de consommation y avoisine les 19 800 euros, contre 19 300 en France métropolitaine et 17 400 Par Matthieu Camozzi à Marseille Provence Métropole.

Gouvernance : future euro-Métropole en « chaMpions leaGue »
otre challenge aujourd’hui, c’est de pouvoir nous comparer à de grandes villes comme Barcelone, Manchester ou Milan. Nous voulons jouer la Champions League ». Le sénateur-maire (PS) de Lyon Gérard Collomb a annoncé la couleur de ses ambitions. Plus grand Etablissement public de coopération intercommunale en France, le Grand Lyon regroupe 58 communes et 1,3 millions d’habitants, soit 80 % de la population du département du Rhône pour à peine 15 % du territoire. D’où la volonté de son président de voler de ses propres ailes en devenant la première « euro-métropole » de France, un statut réservé aux groupements intercommunaux dépassant le million d’habitants. Après avoir plaidé sa cause auprès du Président et du Premier ministre, le maire socialiste s’est dit optimiste : « Pour les grandes villes, Lyon, Lille, Marseille, où l’avenir du pays se joue, le gouvernement est prêt à faire évoluer les choses ». L’enjeu ? Récupérer pour le Grand Lyon les prérogatives dévolues aujourd’hui au département : collèges, routes départementales, RSA… Le mercato hivernal bat son plein.

universités et pôles de coMpétitivités : l’union fait l’innovation

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lyon
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n ce début d’année 2013, le Collège des Hautes études de Lyon-Sciences est né, regroupant l’Ecole Centrale de Lyon, Sciences Po Lyon et VetAgro Sup… Un exemple de plus d’une sphère académique lyonnaise qui a oublié les querelles de chapelles pour la jouer collectif, comme en témoigne aussi le Pôle de recherche et d’enseignement supérieur Lyon Saint-Etienne. En moins de 10 ans, l’agglomération lyonnaise s’est hissée au 8e rang du top 100 des villes mondiales de l’économie innovante, établi depuis 2005 aux EtatsUnis par l’agence spécialisée “2thinknow Innovation Cities”. La vingtaine d’établissements d’enseignement supérieur, les 5 Pôles de compétitivité dont 2 à vocation mondiale – Lyonbiopôle pour la santé, Axelera pour la chimie verte dans le couloir rhodanien – n’y sont pas étrangers. Mais ce sont surtout les relations tissées entre voisins qui font sa force. « La R&D collaborative entre centres de recherche et entreprises est une tradition en RhôneAlpes. Et ce qui aide surtout la région, c’est qu’elle se structure de façon multipolaire, entre Grenoble, Lyon et Saint-Etienne et non dans le schéma capitale/arrière-pays », explique Olivier Exertier, manager innovation et compétitivité des territoires au sein du cabinet Algoé.

infrastructures : terre, air et…Mer !
ais pas de statut de centre névralgique sans l’élaboration d’un grand réseau. Lyon l’a bien compris : créé en janvier 2013, le syndicat métropolitain des transports s’y attelle, visant à rendre plus attractifs les déplacements intermodaux entre Lyon, Saint-Etienne, Bourgoin-Jallieu et Vienne. Mieux valait privilégier certains dispositifs malins – comme les services « smart city » fournis aux entreprises – pour créer un grand espace de mobilité, le nombre de déplacements quotidiens domiciletravail entre ces 4 agglomérations ayant atteint les 40 000 ! La métropole a aussi accentué ses efforts sur l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry, troisième français pour le nombre de passagers après Paris et Nice, deuxième pour le fret. Situé au cœur du réseau autoroutier du Sud-Est de la France et disposant d’une gare TGV, il constitue aujourd’hui un pôle multimodal majeur, avec pour objectif de doubler sa capacité d’accueil d’ici à 2020. Rien que ça. C’est la même ambition qui prévaut à la création du port de Salaise-surSanne, situé 50 kilomètres en aval de son aîné lyonnais, Edouard Herriot. Une enveloppe de 120 millions d’euros – un record dans le fluvial – a d’ores et déjà été dégagée. Too much pour une ville située au milieu des terres ? Pas pour le Grand Lyon, bien décidé à contourner Marseille-Fos, réduit au statut de porte d’entrée. La Catalogne s’intéresse au projet, souhaitant créer côté français des avant-ports secs, afin que le port de Barcelone participe au trafic de conteneurs transitant aujourd’hui uniquement par l’Europe du Nord. Ah, les joies de la Méditerranée !

M

Manifestations culturelles : au-delà du périph’
n janvier 2012 ont eu lieu les premières assises nationales « Culture et Régions » organisées par l’Association des régions de France, afin de se concerter sur les développements artistiques et culturels que peuvent financer les régions. Où s’est-elle tenue ? Surprise : à Lyon. La métropole ne ménage pas ses efforts dans ce domaine, à tel point que Courrier International a regroupé les articles de la presse étrangère faisant l’apologie du « modèle lyonnais ». Helsinki et d’autres capitales européennes s’inspirent de la proximité créée avec la population. Ainsi, la Biennale de la danse met à l’honneur ballets aussi bien que breakdance, la fête des Lumières transforme la ville en tableau vivant, le festival des Nuits de Fourvière jongle entre danse, musique, théâtre et cinéma sur un site Gallo-romain, la gastronomie participe du rayonnement de la ville. C’est précisément sur ce dernier point qu’elle a d’ailleurs su s’appuyer sur son arrière pays pour construire sa renommée. Certes « bouchons », recettes jalousement gardées depuis 8 siècles et abondance de chefs étoilés plaident à eux seuls pour l’obtention du label de « cité de la gastronomie ». Mais la ville a aussi su leur associer l’Ecole du chocolat de Valence, l’institut Paul Bocuse d’Ecully et même la Cité du design de Saint-Etienne... Collectifs on vous dit.

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PANORAMA
Hexagone

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Chat noir - Chat blanc
Début janvier, la France a été tenue en haleine par le feuilleton des accords sur la sécurisation de l’emploi. Portraits intimes de deux représentants syndicaux - Jean-François Roubaud côté patronat avec la Confédération Générale des PME, Laurent Berger côté salariés avec la CFDT - qui ont compté. Par Olivier Faure

Jean-François Roubaud,
président de la CGPME

Le boy-scout
’homme écoute Radio Classique, se dope au concerto pour violon n°3 de Mozart et cite SaintExupéry. Jack Lang ? Non, Jean-François Roubaud, président de la CGPME. Un titre qu’il porte depuis 2002, mais une fonction à laquelle ce Parisien d’origine semble prédestiné depuis toujours. Car comme certains ont retenu de leur passage chez les scouts le goût de la cigarette, lui en a gardé le sens du collectif. « Cette longue expérience, de 7 à 22 ans, est sans doute ce qui a le plus marqué ma vie. J’y ai forgé ma philosophie personnelle, selon laquelle nous sommes avant tout destinés à

L

servir les autres », affirme-til. En filigrane se dessine le catholique fervent. Pratiquant? « Quand j’ai le temps, sourit-il avant d’ajouter, gêné : en revanche, je récite ma prière scoute presque tous les jours ». Dieu, ce presque septuagénaire (68 ans) affirme aussi s’en rapprocher lorsqu’il écoute un morceau de Tchaïkovski. Bref, un mystique au pays des syndicats ? Pas exactement. Car JeanFrançois Roubaud porte un autre gène, plus visible peutêtre, plus terre-à-terre sûrement : le goût d’entreprendre, hérité de son père et de son grand-père, eux-mêmes petits patrons.

Aujourd’hui, l’élève a dépassé les maîtres. La preuve : difficile de se souvenir du nombre exact de sociétés qu’il a montées, seul ou avec l’un de ses quatre frères et sœurs. Pourtant, sur son CV, point de business school et autres MBA ronflants. « Simplement » un BTS de génie climatique. Mais une vraie passion pour « la relation humaine et l’aventure collective ». Moins pour la paperasse et les risques inhérents au métier. Or, à 27 ans, le

jeune Roubaud se retrouve seul et un peu perdu à la tête de sa première société d’isolation. Il s’inscrit alors dans un club de jeunes entrepreneurs et fait ses premiers pas dans la représentation patronale. Le syndicalisme, bon moyen de concilier ses valeurs morales à la volonté d’améliorer le sort du petit chef d’entreprise. Depuis son élection à la tête de la CGPME, sa préoccupation première n’a pas

“Ma philosophie : servir les autres ”
changé : « Donner au petit dirigeant davantage d’oxygène en assouplissant le carcan administratif dans lequel sont enserrées les PME. » Un boulot à plein temps pour celui qui affirme en-

tretenir « des relations saines et constructives avec les syndicats de salariés, hormis la CGT, avec qui le dialogue est un peu plus difficile. » Pourquoi ? « Nous ne sommes pas dans le même monde… » élude-t-il. Avec le gouvernement aussi, le courant passe bien. Surtout depuis le 6 novembre dernier et l’annonce de la création d’un fonds de 500 000 euros destiné aux PME en difficulté. Une victoire qui aurait mérité de prendre un peu de repos. A Courchevel, où ce père de trois grands enfants a des attaches anciennes ? Sur un terrain de golf, qu’il pratique volontiers le week-end ? Ou sur son petit voilier quadragénaire, vieux compagnon de ses sorties en mer ? Rien de tout cela. Car ce ne sont ni la neige, ni les green, ni la houle qui manquent à l’ancien ingénieur d’affaires dans la société de son père. Son rêve, aujourd’hui, est bien

© photo : info-com CFDT

plus original : « Pourquoi ne pas créer une nouvelle entreprise ?… »

ans. L’âge idéal pour commencer une carrière de gym-

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secrétaire général de la CFDT
naste, de ballerine ou de pianiste. Moins de syndicaliste. Risque de s’empêtrer dans les banderoles autant que dans les idées. Mais Laurent Berger provient d’un bois dont on fait les hérauts. Son père, soudeur aux chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire où vit la famille, est représentant CFDT. Sa mère, auxiliaire de puériculture, est déléguée du personnel à la mairie. Le terreau est fertile. Le jeune homme s’inscrit comme militant associatif à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). L’adolescence du futur diplômé d’histoire, ce sont donc les barricades le jour, quelques pages du Capital le soir, et un destin rêvé à la Gavroche la nuit ? Pas du tout. « J’ai vécu une adolescence classique et épanouie, entre plage, musique et sorties entre amis, confie-t-il. L’engagement à cette période de ma vie consistait à essayer d’améliorer notre situation au lycée, ou à organiser des forums d’orientation. Et après, à aller boire un coup tous ensemble. Ça n’était pas du militantisme

Laurent Berger,

Le pur-sang
veillant dans un collège de la région. Un conflit éclate au sujet d’une suppression de poste. C’est un délégué CFDT qui vient jouer les chevaliers blancs – rouges ? – auprès du directeur de l’établissement. « Je me suis dit alors qu’il était temps d’adhérer », se souvient-il. D’autant que le discours de l’organisation lui convient à merveille : « Pas de dogme, mais des valeurs fortes qui constituent la base de notre travail. » Le Nazairien file vers son destin. En 2002, il intègre l’Union régionale des Pays de la Loire. En 2003, il en prend la tête. Cinq ans plus tard, François Chérèque lui propose de rejoindre la Commission exécutive à Paris.

“Pas de dogme,
mais des valeurs fortes
triste. » Exceptionnellement, les syndicalistes en culottes courtes goûtent aussi aux joies de la manif’ politique. Comme en 1986 pour s’opposer au projet de loi Devaquet sur la réforme de l’université.

FDT -com C o : info © phot

”

Pour le futur délégué général de la CFDT, la période est structurante à plus d’un titre. Il adhère définitivement aux valeurs de respect et de solidarité dans lesquelles il a été éduqué. La diversité des profils au sein de la JOC – chômeurs, étudiants, apprentis… – le sensibilise aussi aux questions de réduction des inégalités. « Ce fut une école de militantisme et d’émancipation personnelle pour le timide que j’étais. Tout cela a structuré ma pensée », juge aujourd’hui celui qui a succédé à François Chérèque le 28 novembre dernier. La CFDT arrive naturellement quelques années plus tard, en 1991. Laurent Berger a 23 ans et travaille comme sur-

« Ce qui m’a le plus marqué pendant toutes ces années, ce sont les rencontres, juge ce père de trois enfants. Avec les militants tout d’abord. Puis avec des personnalités comme JeanPaul Leduc, mon prédécesseur à la tête de l’Union régionale. Un vrai responsable de terrain. » Aujourd’hui, l’homme tient un discours en contrepied des clichés sur le syndicalisme. « Je ne me suis pas engagé pour jouer les pompiers. Historiquement, notre rôle est de faire bouger les choses dans la durée. » Un réformiste plus qu’un révolutionnaire. Un comble pour un natif de 1968.

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PANORAMA
International

Flexisécurité : panacée ou aspirine ?
En matière d’emploi, la solution miracle semble venir du nord. La potion « magique » qui semble faire les beaux jours du Danemark, de l’Allemagne et des Pays-Bas, est-elle si imparable ? Et au-delà, est-elle exportable ?
en Espagne ? Les voix qui appellent à ce saut législatif se font de plus en plus nombreuses et de plus en plus pressantes. A l’instar de Laurence Parisot, la patronne du Medef, citée par Libération en septembre 2012 : Le « grand objectif » est de faire un « pas très significatif vers la flexisécurité ». « Nous savons que ce mot parfois fait peur (…) mais ce qui est certain, c’est qu’il faut trouver un équilibre qui permette aux entreprises d’avoir des moyens d’adaptation (…) bien supérieurs à ceux qu’elles ont aujourd’hui. » Ses vœux semblent avoir enfin été exaucés, puisque le 11 janvier dernier, les partenaires sociaux ont fait un pas décisif en ce sens. L’accord, approuvé par plusieurs organisations syndicales, dont la CFDT, la CFECGC et la CFTC, vise à offrir plus de souplesse aux employeurs et davantage de protection aux salariés. Un exemple: « je te concède la déjudiciarisation des licenciements en échange de la limitation des temps partiels ». FO et la CGT ont, eux, refusé de signer le texte, jugeant qu’il renforce la précarité. Mais comment expliquer le retard pris par la France en matière de flexisécurité ? Coupable cécité ? Archaïsme syndical ? Rien de tout cela. C’est qu’à bien y regarder, contrairement à celui de ses voisins nordiques, le terroir français semble incompatible avec le cépage de la flexisécurité. Et pour cause : contrairement aux petits pays scandinaves à l’économie irriguée par les marchés à forte croissance, la France, elle, dépend avant tout des pluies de sa consommation intérieure. Or, comme le rappelle Christophe Ramaux, maître de conférences à l’Université Paris 1, « pour accroître les besoins de recrutement des entreprises, mieux vaut remplir leur carnet de commandes que baisser le prix du travail ». En outre, ce modèle exige un syndicalisme fort, et un dialogue constructif entre syndicats et patronat. Pas vraiment le point fort du modèle français : le taux de syndicalidepuis que le chômage est devenu de masse, les entreprises françaises ont davantage recours aux contrats courts, qu’elles aient ou non la loi pour elles : intérim, contrats à durée déterminée (CDD), temps partiels choisis ou subis, horaires flexibles, sont entrés dans la palette des DRH. Et même si 85 % des actifs qui ont un emploi sont en contrat à durée indéterminée (CDI), la majorité des embauches se fait en CDD. Le CDI lui-même n’est plus une forteresse imprenable, puisque depuis 2008, la rupture conventionnelle permet à un employeur et à un salarié de se quitter d’un commun accord, sans attendre les difficultés économiques de l’un ou la faute de l’autre. Autant de signaux qui font dire à Christophe Ramaux que « le marché du travail français est de plus en plus flexible. Beaucoup de lois l’ont déjà assoupli. Ce qui manque, en revanche, c’est la sécurité ». Contre toute attente, c’est plutôt sur ce point que la France mériterait une mise à niveau. Chez ses voisins nordiques, licencier est certes plus facile, mais contrats classiques et atypiques bénéficient presque des mêmes droits au chômage et à la protection sociale. Dans l’Hexagone en revanche, le fossé ne cesse de se creuser entre les salariés en CDI, très choyés pendant et après l’emploi, et les détenteurs de contrats dits « atypiques », beaucoup moins protégés. Un malheur n’arrivant jamais seul, intérimaires et titulaires de CDD éprouvent aussi les pires difficultés à louer un logement ou à obtenir un prêt, puisque propriétaires et banquiers ne jurent que par le sacro-saint CDI. C’est sûr, la France a du pain sur la planche pour prétendre au label flexisécurité… Surtout côté sécurité. Pour l’épilogue, rendez-vous le 6 mars en Conseil des ministres pour la présentation du projet de loi issu de l’accord entre les partenaires sociaux.
Aymeric Marolleau

travail français est-il si rigide qu’il n’y paraît ?
sation n’y est que de 8 %, contre environ 70 % au Danemark, en Suède et en Finlande. Quant au succès de l’Allemagne sur le front de l’emploi, Christophe Ramaux l’attribue davantage à sa « politique pour prendre des parts de marché à ses voisins européens qu’à la flexisécurité. Mais tout le monde ne peut pas être en excédent en Europe ». A la rigueur, la France aurait pu consentir plus tôt à d’importants efforts si la flexisécurité avait été un incontestable succès. Mais c’est loin d’être le cas, puisque plusieurs zones d’ombres planent au dessus de ce modèle. Primo, la figure de l’employé hyper mobile qui verrait ses changements fréquents d’employeur comme une chance relève davantage du mythe que de la réalité. La mobilité, dans les pays nordiques, est souvent contrainte plutôt que choisie. Deuxio, au Danemark, en Suède et aux Pays-Bas, l’emploi à temps partiel, pas toujours choisi non plus, représente une part plus importante qu’en France – jusqu’à près de 50 % aux PaysBas selon Eurostat. Tertio, la flexisécurité a montré qu’elle n’est pas étanche à la crise, puisqu’en 2010 le chômage a grimpé à 7,8% au Danemark, contre 5,5% en 2005, et qu’il peine à redescendre depuis. Preuve qu’en temps de crise, la panacée serait en fait une aspirine. Et puis après tout, le marché du travail français est-il si rigide qu’il n’y paraît ? Pas vraiment, puisqu’en pratique,

“Le marché du ”

Flexisécurité : le chant des sirènes scandinaves séduit la France lexisécurité, flexicurité, flexécurité… Peu importe le flacon, pourvu qu’il y ait l’ivresse. Cela tombe bien, puisque la flexisécurité fait tourner les têtes d’une bonne partie de l’Europe, séduite par son aptitude à mettre de l’huile dans les rouages du marché du travail, et donc à lutter contre un chômage qui frappe 18,5 millions d’Européens. Le principe ? Côté flexibilité : facilités de licenciement pour les entreprises et code du travail allégé ; côté sécurité : indemnités longues et substantielles pour les salariés licenciés et politique active de l’emploi. Bref, la chèvre et le chou réconciliés sur l’autel de celle qui aurait résolu la quadrature du cercle : réduire le chômage, faciliter la mobilité des individus, permettre aux entreprises une gestion flexible de leurs

F

ressources humaines, et en même temps offrir à tous les actifs, sans distinction de statut, une protection en béton armé contre la précarité. Des promesses si alléchantes qu’entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, de nombreux pays, comme le Danemark, les Pays-Bas ou l’Allemagne s’y sont convertis. 10 ans plus tard, les convertis sont devenus des ayatollahs. Et on les comprend : en octobre 2012, le taux de chômage n’était que de 5,5% aux Pays-Bas et de 5,4% en Allemagne, selon Eurostat. De quoi faire réfléchir les mécréants français et italiens, traînant une croix lourde de 10,7% de chômeurs pour les premiers, 11,1 pour les seconds. L’écart entre les pays ayant adopté la flexisécurité et les autres est

encore plus parlant concernant le chômage des jeunes : alors qu’il n’est « que » de 8,1% en Allemagne et de 9,8% aux Pays-Bas, il frappe 1 jeune français sur 4 et plus d’1 jeune italien sur 3. Et si, en France, on avait tout tenté contre le chômage, sauf

“La flexisécurité ”

semble parée de toutes les vertus

la flexisécurité ? Qu’attendent les forces de l’esprit pour jouer les souffleurs avec nos gouvernants ? Qu’un quart de sa population active pointe à Pôle Emploi, comme en Grèce ou

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PAnORAMA
A la Une

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UE : Union des Entrepreneurs ?
Soixante ans après être née sur les bases d’un accord industriel – la CECA –, l’Union européenne semble à nouveau prête à se pencher sur le berceau de ses entrepreneurs. Longtemps livrés à eux-mêmes, Bruxelles les voit aujourd’hui comme des petits Hercule capables de tordre le cou au serpent de la crise. Harmonisation fiscale, accompagnement et protection de l’innovation, accès aux financements… Les chantiers sont nombreux et titanesques. D’autant que les intérêts nationaux continuent souvent de primer sur ceux de la collectivité. Mais le cœur y est. C’est déjà un début.
2014-2020 sera calqué sur celui de la période 2007-2013. Mais oui, souvenez-vous, avant la crise financière et celle de la dette, quand les pays émergés (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud…) n’étaient encore qu’émergents… Pas la meilleure façon de tenir son rang dans le XXIe siècle ! Le compte à rebours est donc lancé.

R&D en DangeR

Dans les bureaux de la Commission européenne, le dossier du soutien aux entrepreneurs se rapproche tant bien que mal du haut de la pile. a crise sur le Vieux Continent ? Les PME et les entrepreneurs connaissent. Difficultés d’accès au financement, demande en berne, croissance atone… Face aux écueils rencontrés à l’échelle des nations, le salut pourrait-il venir de l’Union européenne (UE) ? L’espoir fleurir de son budget 20142020 ? Les propositions formulées par la Commission sont ambitieuses. Objectif : faire entrer l’ UE dans le XXIe siècle, en misant résolument sur la recherche, les investissements et la croissance. Pour

L

Olivier Pastré, professeur d’économie à l’Université Paris VIII, « les priorités affichées en matière d’innovation, de politique industrielle et d’infrastructures peuvent permettre à l’Europe de trouver un niveau de croissance potentielle sensiblement plus élevé que celui prévu aujourd’hui. » Serait-on à la veille d’une nouvelle Renaissance, économique cette fois ? Pas si simple, puisque les discussions entre Etats autour du budget se révèlent des plus houleuses : « Certains ne déterminent leur position qu’en fonction de leurs

intérêts personnels sur les dossiers qui les concernent, regrette Olivier Pastré. Une cer-

nimum de solidarité et une compréhension des intérêts à long terme de l’UE. » Au lieu

son rôle de bon élève en appelant à l’austérité, et la France consacre son énergie à sauver

“Objectif de la Commission européenne : ”
taine dose d’égoïsme est normale, mais ce réflexe devrait être contrebalancé par un mide cela, le Royaume-Uni ressuscite son « I want my money back », l’Allemagne surjoue

faire entrer l’UE dans le XXIe siècle, en misant résolument sur la recherche, les investissements et la croissance
la PAC. Si les Etats ne parviennent pas à s’entendre avant le 31 décembre 2013, le budget

Si l’innovation est la clé de la croissance dans une économie ouverte, alors il est temps de remettre la main dessus. Là où les Etats-Unis et le Japon lui consacraient respectivement 2,66% et 3,44% de leur PIB en 2007, selon l’Observatoire des sciences et des techniques, l’UE, elle, jouait petit bras, avec seulement 1,77%. Résultat, selon une étude d’Ernst & Young et du Centre d’étude des politiques européennes de mai 2012, 69% des chefs d’entreprise du Vieux Continent jugent que les politiques américaine et nippone sur l’innovation sont plus efficaces que celles appliquées en Europe. Les patrons interrogés dénoncent encore le manque d’harmonisation et d’intégration économiques, incluant la propriété intellectuelle et les industries de réseaux, qui affectent leurs capacités de R&D. Impitoyables, ils pointent aussi le manque de visibilité des aides, puisque seuls 27% déclarent être au courant des dispositifs mis en place pour promouvoir l’innovation. Pourtant, la Commission avait pris les devant, en affichant dès novembre 2011 de grandes ambitions : avec le programme « Horizon 2020 », elle exhortait les gouvernements nationaux à allouer 80 milliards d’euros pour la R&D dans le budget 2014-2020. Malheureusement,

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PAnORAMA
A la Une
les PME, car « le problème sur le continent, c’est que la recherche fondamentale peine à déboucher sur des produits commercialisés, pointe Anne Macey. Il manque les politiques publiques qui permettraient aux petites et moyennes entreprises de s’approprier les fruits de programmes de recherche tel que Galileo. »
le gRanD BonD en avant Une touche de couleur, toutefois, dans ce tableau en clairobscur : le brevet unique européen, négocié de haute lutte et dont l’accord a été signé en décembre 2012 par 25 pays. « C’est une avancée substantielle, qui permet aux entreprises de protéger leurs innovations dans toute l’Union pour un coût bien moins élevé qu’auparavant », salue Carole Ulmer, directrice des relations institutionnelles de Confrontations Europe. Malheureusement, l’Espagne et l’Italie ont refusé d’y souscrire, regrettant que les brevets ne soient traduits qu’en anglais, allemand et français… Reste aujourd’hui à jouer le coup d’après, à savoir la capacité à défendre son copyright. « Si une multinationale décide de me piquer mon innovation, je suis incapable financièrement de la poursuivre en justice, explique Jean-Marc Barki, président de la société Sealock et membre de l’association d’entrepreneurs Croissance Plus. Il faudrait mettre en place un système qui dissuaderait les fraudeurs. Pourquoi pas imaginer que cela

le sursaut espéré semble trop ambitieux pour des pays alourdis par leur dette. L’Allemagne, le Royaume-Uni et la Suède demandent par exemple que le budget de l’UE soit allégé de 200 milliards d’euros par rapport au précédent, qui était de 1 000 milliards. Et pour la période 2007-2013 déjà, les Etats membres avaient réduit de 30% le volet recherche par rapport aux demandes de la Commission. La même histoire risque de se répéter. « En novembre 2012, les Etats membres ont été reçus individuellement par Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, raconte Anne Macey, économiste du think tank Confrontations Europe. A cette occasion, chacun s’est arcbouté sur ses intérêts, mais il ne s’est trouvé personne pour défendre le financement de la recherche. » Déçu par l’attitude des Etats, le président de la Commission José Manuel Barroso a alors tiré la sirène d’alarme : « Chaque milliard retranché du programme Horizon 2020 privera 4 000 PME de financements en matière d’innovation, qui permettraient de créer des emplois et de la croissance ; 600 chercheurs et leurs équipes ne seront plus en mesure de mener à bien leurs travaux – dont dépend pourtant notre prospérité future. » Malgré la pertinence de son propos, alors qu’un vent de rigueur souffle sur les gouvernements nationaux, l’ex-Premier ministre portugais risque bien d’avoir prêché dans le désert. Une mauvaise nouvelle pour

BRevet euRopéen,

Start'up à la française soit non plus l’entreprise attaquée qui porte l’affaire devant les tribunaux, mais l’UE avec tout son poids financier ? » puisqu’elles doivent affronter des concurrents au bénéfice moins taxé, mais qui jouissent des mêmes droits d’accès au marché commun. En novembre 2012, Jacques-Antoine Grantérieur sur le plan fiscal est en effet un obstacle majeur pour les petites et moyennes entreprises », concède la Commission, interrogée par EcoRéseau. ces sujets sont lents en raison de la nécessité d’adopter les actes législatifs à l’unanimité du Conseil. »

HaRmonie vs

Vu ailleurs

L’entrepreneuriat aux Etats-Unis.
Stuart Haugen, ancien PDG de Pepsi-Cola et ancien représentant des Républicains en France « Le rêve aux Etats-Unis, c’est de monter son business. Et l’entrepreneur qui réussit est considéré comme un vrai héros ! Partout, il existe des centres dédiés à la création d’entreprise – le plus connu étant la Silicon Valley – ou des incubateurs pour aider les jeunes pousses. Mais il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg. 15 ou 20% seulement des boîtes qui voient le jour sortent de ce type de structure. Les petites entreprises poussent de façon très naturelle et très peu formalisée. Ce sont des jeunes qui ont une idée et qui foncent. Paradoxalement, l’absence d’implication du gouvernement sur le sujet permet de créer un climat propice à la création. Peu de réglementation, voilà ce qui offre une grande liberté d’entreprendre ! Enfin, aux USA, les sociétés dépendent des Etats, et certains, comme le Delaware ou le nevada, sont régis par une législation extrêmement simple en matière de création. En quelques clics sur leur site, et pour 270 dollars, vous montez votre business. Et il s’agit d’une vraie société, pas d’une auto-entreprise comme cela se fait beaucoup en France. »

cacopHonie Dans une classe de 27 élèves d’âge, de niveau et d’origine différents, difficile de faire régner l’harmonie. Mais pour que chacun progresse, celleci se révèle indispensable. Droit et coût du travail, délais de règlement des fournisseurs, niveaux d’imposition… autant de dossiers où il est urgent de mettre fin à la cacophonie ambiante. Pas facile, comme le montre l’exemple – peut-être le plus parlant – de la fiscalité. 10% à Chypre, 12,5% en Irlande, 15% en Lituanie et en Lettonie, mais 30% en Allemagne et en Espagne et 33,3% en France. Les écarts entre l’impôt sur les sociétés pratiqués par les différents pays de l’Union européenne sont une aubaine pour les multinationales, qui peuvent tranquillement choisir de s’installer dans le pays où il est le plus faible. Pour les PME et les entreprises nationales, difficile de lutter

français, l'harmonisation fiscale se révélait primordiale

“Pour 73% des patrons ”

jon, le fondateur de Ventesprivées.com, dénonçait cette situation en pointant du doigt son rival américain, le géant Amazon : « Il n’y a aucune raison pour [qu’il] paie zéro impôt parce que son siège est au Luxembourg ». En 2007, une étude commandée par la CGPME signalait que pour 73% des patrons français, « l’harmonisation fiscale » se révélait primordiale. Cette cacophonie freine aussi l’internationalisation des entreprises au sein de l’UE, confrontées à 27 systèmes d’imposition différents. « La fragmentation du marché in-

Y a-t-il des raisons d’espérer des progrès rapides sur ce dossier ? Oui et non. non, parce qu’une réforme fiscale européenne n’est pas prévue avant 2019. Oui, parce que la Commission tente, depuis quelques années, de mettre en place une Assiette commune consolidée pour l’impôt des sociétés (Accis). Objectif : « permettre notamment aux entreprises d’opter pour un jeu unique de règles fiscales applicables à l’ensemble de l’Union Européenne », explique la Commission, interrogée par EcoRéseau Qui concède néanmoins que « les progrès sur

à conseRveR L’Europe demeure la première puissance industrielle mondiale. Très bien. Mais il s’agirait de le rester. Or sa production est aujourd’hui 10% inférieure à ce qu’elle était avant la crise et 3 millions d’emplois ont été perdus ces 4 dernières années dans le secteur secondaire. La part de ce dernier dans le PIB européen est passée de 19% en 2000 à 16% en 2012. Ce recul était-il prévisible ? Peut-être : « Les rivalités nationales sont souvent destructrices en Europe. La politique de la concurrence doit être revue pour favoriser la constitution de grands groupes à vocation mondiale. Alors que les Etats-Unis et la Chine ont soutenu l’émergence de grands champions, ici, leur éclosion a été contrariée », déplore Anne Macey. Pourtant, depuis le début des années 2000, l’Union a mis de l’eau dans son vin, et tente de mettre sur pieds une politique industrielle

inDustRie, une méDaille D’oR

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PAnORAMA
A la Une
cohérente. La Stratégie de Lisbonne, le Small business act et les clusters sont autant d’indices de cette prise de conscience. Antonio Tajani, commissaire européen aux Industries et à l’Entrepreneuriat, a fixé le cap : faire en sorte que le secteur secondaire représente 20% du PIB européen en 2020. « La Commission n’a pas les moyens de ses ambitions », tranche Carole Ulmer. Espérons qu’elle se trompe. énergétiques, des oléoducs, et des réseaux à large bande importants pour les entreprises et les citoyens européens. » En clair, réunir physiquement et numériquement un continent encore très fragmenté. Pour y parvenir, il demandait aux gouvernements nationaux d’investir 50 milliards d’euros, et d’autoriser l’émission d’emprunts obligataires par la Banque européenne d’investissement (BEI). Vœu à moitié réalisé : en mai 2012, le Parlement a donné son accord pour affecter 230 millions d’euros du budget communautaire à des project bonds, destinés à garantir des emprunts émis par des opérateurs privés pour financer des projets d’infrastructures de transport, d’énergie et de réseaux numériques. Mais il ne s’agit encore que d’une phase pilote, loin de répondre aux

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Vu d’ailleurs

L’entrepreneuriat en France vu des Etats-Unis
Stuart Haugen, ancien PDG de Pepsi-Cola et ancien représentant des Républicains en France « L’entrepreneuriat n’est pas ancré dans la culture française. Le rêve, ici, c’est de devenir un bureaucrate avec une belle maison de fonction ! Par ailleurs, ceux qui voudraient créer ont un réflexe à mes yeux détestable : se tourner vers les pouvoirs publics pour leur demander de l’aide. Et puis, les Français n’aiment pas vendre. On préfère passer du temps à réfléchir autour d’un café à l’élaboration d’un concept. Pourtant, savoir le commercialiser se révèle primordial. Au-delà de ça, rien n’est fait pour donner envie aux gens de monter leur boîte : cela coûte très cher et s’avère extrêmement long et complexe sur le plan administratif. Quant au patron qui réussit, il se voit aujourd’hui menacé d’un tel matraquage fiscal que cela peut ôter l’envie à quiconque de sauter le pas. La création du statut d’auto-entrepreneur, en revanche, constitue une vraie avancée dans la bonne direction. C’est le type d’initiatives qu’il faut multiplier. »

européennes paient leur électricité 30% plus cher que les entreprises américaines. »

un « plan FReycinet » euRopéen ?

Dans le budget 2007-2013, la politique d’infrastructures était pour le moins négligée. Dotée de moyens bien en deçà des nécessités – 12,9 milliards d’euros, auxquels il faut ajouter des fonds de cohésion – elle manquait aussi cruellement de cohérence, puisqu’elle se par-

Des Financements Facilités L’Union a adopté en juin 2008 un Small Business Act (SBA), censé mettre en place des conditions plus favorables à l’éclosion et au développement des petites et moyennes entreprises. Le texte, qui suit l’exemple de celui mis en place aux Etats-Unis en 1953, dit vouloir « reconnaître le rôle essentiel joué par les PME dans l’économie ». Toutefois, le SBA mis en place à Bruxelles diffère sensiblement de son aîné américain. En particulier parce que, contrairement à lui, il ne réserve aucune part de la commande publique aux PME.

à l’amélioration de l’accès des PME aux financements et aux marchés, à la promotion de l’esprit d’entreprise et à l’amélioration des conditionscadres ». Quid du capital-risque, vital pour les sociétés innovantes ? Force est de constater qu’il n’existe pas, en la matière, de marché européen intégré. La Commission assure vouloir y remédier, et fait valoir qu’elle a d’ores et déjà « proposé un nouveau régime de fonctionnement des fonds de capitalrisque, qui leur permettra de mobiliser des capitaux dans l’ensemble de l’Union ». Pour certains, comme Anne Macey, de Confrontations Europe, le mal pourrait bien être plus profond que les discussions autour du budget ne le laissent paraître. « Il y a un

2008 un Small Business Act censé mettre en place des conditions plus favorables aux PME

“L’Union a adopté en juin ”

La solitude du créateur européen, bientôt un mauvais souvenir ? tageait entre plusieurs lignes budgétaires. En octobre 2011, en présentant son Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE), José Manuel Barroso faisait un rêve : « L’UE doit aider à bâtir des routes, des voies de chemin de fer, des réseaux besoins de l’Union : 1 500 milliards d’euros – le chiffre est invérifiable – d’investissement seraient nécessaires d’ici 2020 pour combler leurs lacunes. Si les project bonds semblent faire consensus, l’avenir du MIE est plus incertain. Là où la Commission demande une importante rallonge budgétaire – plus 200% par rapport à 2007-2013 ! – les gouvernements répondent austérité. En octobre 2012, la Présidence chypriote de l’UE a ainsi fixé à 36,3 milliards d’euros le maximum acceptable pour le MIE sur 7 ans. « Sur ce point encore, on constate qu’il y a une vraie pression des Etats membres à la baisse, au lieu d’utiliser l’Union pour réaliser des économies d’échelle, regrette Carole Ulmer. Le constat vaut aussi pour la politique énergétique, si bien que les entreprises

Alors que la Commission prépare un livre vert sur le financement de l’économie, Anne Macey prévoit qu’un volet sur les PME y figurera : « Dans le contexte actuel de régulation financière et de difficultés à l’accès au crédit bancaire, il faut étudier la question de la palette d’outils dont les PME disposent pour se financer » : intermédiation financière, plateformes boursières pour les PME, ou encore renforcement des investisseurs de private equity. « Les PME ont une place de premier plan dans la proposition de la Commission pour le prochain Cadre financier pluriannuel (CFP), assure Carlo Corazza, porte-parole du commissaire européen à l’Industrie et à l’entrepreneuriat. Le CFP est conçu pour faciliter la participation des PME aux programmes de financement, en simplifiant les règles et en réduisant les coûts de participation, ainsi qu’en accélérant les procédures de passation et en fournissant des « guichets uniques ». C’est en particulier l’objet du programme pour la compétitivité des entreprises et des PME (COSME), doté d’un budget de 2,5 milliards d’euros, qui « sera consacré

phénomène de polarisation industrielle dans certains Etats, et de désindustrialisation dans d’autres. Cela crée une divergence de croissance et de compétitivité, et constitue une vraie menace pour l’existence de l’Union. » Selon cette logique, les besoins des uns s’éloignent en effet toujours davantage de ceux des autres. Alors que le Royaume-Uni veut préserver ses services financiers, l’Allemagne entend soutenir son industrie, l’Irlande souhaite rester accueillante pour les compagnies numériques, et la France désire sauvegarder son agriculture… Le tricot européen ne tiendrait alors plus qu’à un fil. Pour la défense des Etats, l’économiste Olivier Pastré évoque la crise, qui réduit leurs marges de manœuvre. Lui se montre optimiste pour l’avenir : « Par la politique des petits pas, les 27 sont déjà parvenus à prendre des décisions qui font qu’aujourd’hui, la crise européenne est moins intense qu’elle ne l’était. A mon sens, le pessimisme budgétaire est injustifié ». Il ne coûte rien d’y croire.
Aymeric Marolleau et Olivier Faure

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PAnORAMA
Communiqué

Audencia Nantes, la visionnaire
Af chant un positionnement résolument tourné vers l’international, la pluridisciplinarité et le développement durable, Audencia Nantes prend le contre-pied de ses consœurs. À moins qu’il ne s’agisse plutôt de quelques longueurs d’avance ? Lieu d’excellence reconnu, l’école est quoi qu’il en soit la plus demandée par les étudiants. Décryptage des recettes de son attractivité.

Former de futurs professionnels responsables
Jean Charroin, le Directeur d’Audencia Nantes en est convaincu : la culture générale est indispensable à la formation d’un dirigeant ou d’un cadre accompli (voir interview). De cette vision quasi-holistique résulte un enseignement pluridisciplinaire, qui donne une belle place à l’ouverture internationale, mais également au développement de double- compétences. L’École multiplie ainsi les passerelles et partenariats : 150 environ sont effectifs à ce jour, avec des établissements situés sur les 5 continents, aussi divers que l’École Centrale de Nantes, l’IEP de Lille, la Boston University, l’École du Louvre, le Politecnico de Milan… Fleuron de cette politique d’ouverture, le programme Grande École accueille 650 étudiants, dont 150 en cursus parallèle, 80 élèves ingénieurs et 20 à 30 élèves étrangers, tous en double diplôme. Une logique qui permet l’émergence de pro ls originaux, capables d’intervenir aux interfaces de nombreux métiers, grâce à des ouvertures vers des champs disciplinaires aussi variés que l’art, l’architecture, le droit, l’ingénierie… Également sensibilisés aux enjeux de long terme, et à une vision de l’entreprise qui n’exclut pas une prise en compte de son environnement social et humain, les futurs professionnels formés par Audencia Nantes ont en outre la particularité d’être d’emblée orientés « Responsabilité Globale ». Résultat : avec une dimension « cognitive » généraliste dans sa culture, une dimension professionnelle axée sur la double compétence, et une dimension comportementale ancrée dans des valeurs de responsabilité globale, les professionnels formés par Audencia Nantes intègrent le marché du travail avec une rémunération de 15 à 20 % supérieure à celle de leurs pairs.

L’excellence en quatre pôles
Outre l’ouverture, Audencia Nantes prône l’excellence, à commencer par celle de son propre corps professoral. L’école est ainsi forte de ses accréditations EQUIS et AACSB, et de la note A attribuée à son laboratoire de recherche. Un enseignement de haute qualité qu’elle met au service de ses quatre pôles : le parcours Grande École, les MBAs – proposés en temps plein ou partagé –, les Mastères spécialisés et les Masters internationaux. Dans ces deux derniers cas, l’accent est là encore particulièrement mis sur la transversalité des approches, particulièrement recherchée par les entreprises. Audencia propose ainsi par exemple des Mastères en Management et compétences internationales, Finance risques et contrôle, ou encore Marketing, design et création. Mais la plus forte croissance de ces dernières années (25 %) reste celle des Masters internationaux, qui sont passés de 25 étudiants en septembre 2010 à 70 deux ans plus tard, et le double d’ici 2016. Pour accompagner ce développement, Audencia Nantes prévoit le recrutement dans les deux années à venir de 30 enseignants chercheurs supplémentaires, notamment pour mettre en place davantage de formations basées sur les technologies digitales. L’école propose d’ailleurs déjà un parcours très original, « Your MBA », dispensé complètement en e-learning avec des séminaires dans 6 établissements partenaires en Europe. Ouverte sur le monde et sur l’avenir, Audencia Nantes n’a probablement pas ni de collectionner les succès…

D’abord école municipale, puis École supérieure de commerce et d’administration des entreprises (ESCAE), devenue ESC Nantes Atlantique dans les années 90 – Audencia Nantes, pourtant forte de 112 ans d’existence, n’a manifestement pas ni sa croissance. 60 % de ses diplômés l’ont en effet été dans les 20 dernières années. Le positionnement de l’école, résolument novateur, voire visionnaire, n’est

probablement pas étranger à cet engouement des étudiants pour l’établissement nantais. Axés sur trois piliers stratégiques fortement différenciants – culture générale, doublecompétence, et développement durable – l’enseignement d’Audencia Nantes se fait fort non seulement d’accompagner les besoins d’aujourd’hui, mais également d’anticiper ceux des entreprises de demain.

Trois questions à Jean Charroin, Directeur d’Audencia Nantes
que se résolvent les problèmes stratégiques. Les écoles de management sont souvent fustigées pour leur manque d’approche critique : nous avons choisi d’en prendre résolument le contre-pied. des cinq continents, toujours avec l’ambition de multiplier les échanges et occasions d’ouverture sur un monde globalisé.

Pourquoi tant de culture générale dans les cursus d’Audencia Nantes ? Nous sommes certes une école de management, mais nous restons persuadés que l’avenir de l’enseignement des sciences de gestion passe par autre chose. La compréhension sociétale doit aller au-delà des techniques commerciales : elle doit permettre de former des dirigeants, des cadres, des managers, qui sachent évoluer aux interfaces. Et qui soient aussi à même de re-contextualiser les entreprises et leurs enjeux dans une approche large, car c’est ainsi

Tout à fait. Outre la culture générale, nous insistons sur l’apprentissage des langues, et notamment d’une troisième langue vivante. Non que les 4 heures de cours hebdomadaires obligatoires en première année soient à elles seules un gage de culture ou permettent de maîtriser complètement une langue. Mais elles sont l’occasion de découvrir un pays, une culture, un contexte globalisé, et vont donc dans le sens de l’ensemble de nos enseignements : ouverts sur le monde. Nous avons également développé de nombreux partenariats avec des établissements étrangers, et accueillons une forte proportion d’étudiants

Votre engagement à l’international est également très prononcé…

Audencia Nantes oriente ses enseignements sur la responsabilité sociale des entreprises. Pourquoi ?
Je suis convaincu que l’avenir d’une entreprise passe à un moment ou un autre par sa responsabilité globale. Un dirigeant doit rendre des comptes sur son action, tout autant à son Conseil d’administration qu’à ses clients, salariés, fournisseurs, et à la société tout entière. C’est pourquoi il est important de pouvoir se focaliser sur des enjeux de long terme, et nous souhaitons donc que nos étudiants puissent percevoir tous les enjeux du développement durable et de la responsabilité sociale d’une entreprise. Les enseignements sont ainsi systématiquement enrichis en ce sens, et souvent transversaux.

en quelques chiffres
Création en 1900 4 pôles : Grande École, MBA, Mastères spécialisés, Masters internationaux 3 000 étudiants toutes promotions confondues, dont 650 étudiants étrangers 65 nationalités représentées parmi les étudiants 13 000 diplômés, dont 60 % ces vingt dernières années 90 enseignants-chercheurs, dont 40 % étrangers ou bi-culturels 300 intervenants professionnels 150 accords de partenariats universitaires sur 5 continents
www.audencia.com

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CLUb ENtREPRENDRE
Créer aujourd’hui

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Créer son entreprise en 2013…
… Une idée approuvée par Joseph Schumpeter
Robinets du financement à sec, consommation en berne, fiscalité en hausse… En ce début d’année 2013, des nuages noirs s’amoncellent au dessus de la tête des entrepreneurs. Dans un contexte aussi déprimé, créer sa boîte semble avoir tout d’une idée folle. Alors, on reste au chaud et on attend 2014 ?
SyStème D
En outre, la crise économique peut être l’occasion de saisir quelques opportunités intéressantes. Par exemple, compte tenu de la hausse du chômage, des collaborateurs de qualité sont disponibles à au départ. Ensuite, si l’on sait convaincre et peaufiner son modèle économique, il est toujours possible de trouver des investisseurs. Mais on ne doit pas se focaliser entièrement sur le financement, car l’idée et l’équipe

entrepreneurs se connectent au réseau

“Désormais, les ”

La crise ? Même pas peur !

P

our faire de bonnes affaires, les boursicoteurs ont une maxime : « Acheter au son du canon, vendre au son du clairon. » Pourrait-elle s’appliquer à la création d’entreprise ? « Bien sur, se lancer en temps de crise est une excellente idée, assure Joachim Massias, pré-

sident de Cerialis, spécialisé dans la création et le développement de sites internet. Pourquoi un tel optimisme ? Celui qui est aussi le créateur des Samedis de l’entrepreneur fait valoir ses arguments : « Cela permet de préparer le redémarrage de l’économie, oblige à mieux réfléchir à son projet,

à mieux se vendre et à mieux dimensionner son affaire ». Et si celle-ci parvient à tenir le cap malgré la tempête, elle a toutes les raisons de croire en son succès sitôt la croissance revenue. Ce n’est pas parce que des secteurs périclitent que de nouvelles activités économiques ne peuvent pas voir

le jour. La « destruction créatrice » est un concept théorisé par l’économiste Joseph Schumpeter (1883-1950) au début du XXe siècle. L’idée ? En innovant, les entrepreneurs détruisent de la valeur dans les entreprises établies, mais ils sont le moteur de la croissance sur le long terme.

moindre coût, les faillites permettent d’acquérir des équipements au rabais, et le « love money », c’est à dire l’investissement par les proches, est favorisé. Votre banquier traîne les pieds pour vous accorder un crédit ? Ce n’est pas un souci pour Jacques Arlotto, professeur à Audencia Nantes : « En période de crise, on développe des modèles de lancement originaux, en particulier en matière de financement. Outre faire le fond de ses poches, on fait davantage appel aux fondations, à sa famille, on négocie avec ses fournisseurs… Sans forcément faire appel aux investisseurs

ont aussi leur importance. » Michel Coster, professeur à l’EM Lyon, partage cet avis : « L’un des fondamentaux de l’entrepreneuriat, c’est de disposer de son cash pour prendre son propre risque. Certains créateurs attendent trop des aides. En mobilisant sa propre épargne et le love money comme point de départ, il n’est pas impossible de lever d’importants fonds complémentaires. »

terrain D’ententeS Quelques conseils avisés : « Pour entreprendre en temps de crise, il faut savoir s’en-

Conseils

Créer sous franchise, le bon compromis
La franchise est réputée pour être une méthode de création d’entreprise plus sûre que l’aventure en solo. Utile, par les temps qui courent. Voici trois conseils pour se lancer dans les meilleures conditions. n Trouvez chaussure à votre pied Choisir le réseau que l’on veut intégrer est la première étape, décisive, de l’entrée en franchise. Il en existe 1 500 en France. Pour trouver chaussure à son pied, il convient de prendre en compte nombre de critères, car à chaque réseau

ses spécificités. Faites d’abord le point sur vos qualités personnelles : êtes-vous bon manager, bon gestionnaire, bon commerçant ? Quels secteurs d’activité avez-vous exploré par le passé ? Quels sont vos moyens financiers et vos goûts ? Après cette séance d’introspection, vous pouvez vous tourner vers les réseaux. La Fédération française de la franchise (FFF) et le salon Franchise Expo peuvent vous fournir de précieuses informations. Sans oublier d’interroger les franchisés déjà installés. Posez-vous les bonnes questions : le concept est-il novateur et séduisant ? Le marché est-il en expansion ? L’enseigne est-elle bien positionnée et sa stratégie cohérente ? Sa santé financière est-elle bonne ? Quelles relations la tête de réseau entretient-elle avec ses franchisés ? Quels services leur apporte-t-elle ?

n Ne vous trompez pas d’emplacement Vous connaissez les 3 critères de réussite dans le commerce : d’abord l’emplacement, ensuite l’emplacement, et enfin l’emplacement. Alors après avoir trouvé le réseau idoine, et si celuici vous a sélectionné, parfois parmi plusieurs candidats, il vous reste à trouver le bon endroit pour installer votre affaire, si vous ne l’avez pas déjà et si votre franchiseur ne vous le fournit pas, bien sûr. Votre choix dépend de la nature de votre enseigne : opterez-vous pour un centre commercial, un centre ville ou une zone commerciale périphérique ? De quelle surface avez-vous besoin ? La population où votre local est implanté, et le pouvoir d’achat, sont déterminants. Ne négligez pas non plus la concurrence alentours. Prenez garde à l’aspect financier : les loyers des locaux commerciaux ont flambé ces dernières années. Fonds de commerce, pas-de-porte et droit au

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CLUb ENtREPRENDRE
Créer aujourd’hui
salariés avec leurs projets ». Le fondateur des Samedis de l’entrepreneur observe aussi que « la tendance à privilégier l’usage plutôt que la propriété peut créer des opportunités de business dans la location temporaire ». Même si des services du genre existent déjà dans bon nombre de secteurs, des voitures aux œuvres d’art en passant par l’électroménager, de nombreuses pistes restent inexplorées, « à condition toutefois de bénéficier de fonds de départ importants», prévient Joachim Massias. En 2013-2014, le salut peut aussi, en dépit de la crise, encore provenir de la recherche du haut de gamme, du désir de qualité des produits et de la quête de sens : « Certains consommateurs sont prêts à dépenser un peu plus sur un nombre de produits restreint, afin de privilégier la qualité, le sens, ou l’expérience ». et « crowdsourcing », ou l’innovation par le plus grand nombre, peuvent faire des heureux dans l’entrepreneuriat. Autre tendance porteuse : la associés qu’à une petite partie de très vastes projets. Le care, c’est redonner du sens au travail, explique Joachim Massias. Des consultants dotés Développement des entreprises, a aussi été réformé. Laure thiébault, juriste à l’Agence pour la création d’entreprise (APCE), détaille ce qui a changé : « A partir de janvier 2013, les taux majorés de 2e et 3e années ont été supprimés et remplacés par un taux de 30% pour la fraction des dépenses inférieures à 100 millions d’euros, et de 5% pour la fraction supérieure à ce montant. » Avant la réforme, le crédit d’impôt était de 40% la première année et 35% la deuxième année. Le gouvernement a aussi institué un nouveau Crédit impôt recherche : le Crédit innovation, « qui concerne la conception de prototypes ou d’installations pilotes », précise Laure thiébault. Ce crédit d’impôt, au taux de 20%, est plafonné à 400 000 euros par an et bénéficie aux entreprises de moins de 250 personnes qui ont un chiffre d’affaires annuel inférieur à 50 millions d’euros, ou dont le total du bilan est inférieur à 43 millions d’euros. Autre nouveauté : le Crédit d’impôt compétitivité et emploi (CiCE), issu du rapport Gallois, qui représente 4% de la masse salariale brute en 2013. En outre, « la réduction d’impôt pour souscription au capital des PME, qui devait disparaître au 31 décembre 2012, a finalement été prorogée », note Laure thiébault. L’exonération de cotisations sociales pour les salariés qui créent leur entreprise a elle, en revanche, été supprimée, car « elle était rarement demandée, les salariés lui préférant le régime de l’autoentrepreneur », explique la juriste de l’APCE.
Aymeric Marolleau

tourer, ne pas hésiter à demander de l’aide », suggère Jacques Arlotto. Les créateurs peuvent ainsi taper à la porte des Chambres de commerce et d’industrie (CCi), participer à des concours, assister aux réunions et autres week-end thématiques « entrepreneuriat » et « start-up ». Pour le professeur nantais, « il est aussi judicieux de se lancer au bon endroit », c’est à dire profiter des spécialités régionales : le numérique en Îlede-France, à Marseille, en bretagne et dans le Nord, les biotechnologies à Paris et Lyon, l’aéronautique à toulouse, le tourisme à Nice… Ainsi, les créateurs pourront intégrer plus facilement des réseaux de pairs de leur secteur et viser les clusters dédiés, ou intégrer l’un des 400 incubateurs français. Le mythe de la multinationale que l’on crée dans un garage ? De l’histoire ancienne. Désormais, les entrepreneurs se connectent au réseau. Mais que vaudrait une innovation sans clients ? Pas grand chose, certainement. Problème : la consommation est en berne. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras, les entrepreneurs peuvent miser sur les tendances porteuses de 2013-2014. Ce n’est d’ailleurs pas ce qui manque, si l’on en croit Joachim Massias, qui en a identifié près d’une dizaine. Premièrement, la simplification des produits et des services : « Pendant longtemps, on a développé des technologies et des produits lourds, revendiquant une grande complexité. Aujourd’hui, il y a une volonté évidente de simplification. Les produits de consommation globale doivent avoir plusieurs

En 2013, il sait qu'il va y passer

SecteurS porteurS

fonctions, avec une réflexion sur l’utilisation et l’ergonomie. » Le créateur observe aussi un besoin de projets à taille humaine et multi-activités : « Cette tendance est bien illustrée par le succès des petits points de vente multitâches en centre ville, alors que les grandes surfaces souffrent ». Le concept de business participatif, où le client est acteur du produit qu’il achète, a aussi de beaux jours devant lui. il peut s’exprimer de bien des manières, depuis le financement d’artistes par les internautes, à la façon de My Major Company, jusqu’à l’automatisation des caisses dans les grandes surfaces, où le client scanne lui-même ses produits. Des termes comme « crowdfunding », ou financement de projets par la foule,

evolution

de nombreuses lois qui intéressent de près les créateurs d’entreprise ont évolué

“Entre 2012 et 2013, ”

solidarité, ou le care. « Dans les grandes entreprises, certains salariés peinent à savoir pourquoi ils travaillent, notamment parce qu’ils ne sont

de compétences en psychologie d’entreprise ou médecine du travail seront valorisés pour changer les modes d’organisation et réconcilier les

légiSlative Entre 2012 et 2013, de nombreuses lois qui intéressent de près les créateurs ont évolué. il en est ainsi du statut d’auto-entrepreneur, qui concerne une grande partie des créations d’entreprises depuis 2009. il a été un temps question d’en limiter la durée, voire de le supprimer purement et simplement. Au final, rien de tel, mais, austérité oblige, un rapprochement avec le statut d’entrepreneur individuel est prévu. La loi de financement de la Sécurité Sociale 2013 prévoit en effet un relèvement compris entre 2 et 3,3 points du taux de cotisations sociales appliqué au chiffre d’affaires. Le Crédit impôt recherche (CiR), aide fiscale dédiée au soutien de la Recherche &

Conseils
bail seront des postes importants de votre plan de financement. N’ayez pas les yeux plus gros que le ventre, car chiffre d’affaires et rentabilité sont deux éléments bien distincts. n Ficelez bien le financement Le coût d’une création sous franchise est très variable selon le secteur d’activité ou la notoriété de l’enseigne. Comme pour toute création d’entreprise, celle-ci implique le coût de l’implantation, donc, l’aménagement du local ou encore le budget de lancement. Souvent, les franchisés doivent aussi verser un droit d’entrée à leur franchiseur, pour les investissements réalisés et les services rendus avant leur installation. Puis, chaque année, ils lui verseront des royalties, équivalentes à un pourcentage de leur chiffre d’affaires, pour rémunérer les services fournis pendant le contrat : formation, communication, droit d’usage de la marque… Pour aider le futur franchisé à ficeler son projet, la tête de réseau doit lui remettre, au moins 20 jours avant la signature du contrat, un Document d’information précontractuelle (DIP), qui comprend notamment le montant des dépenses et investissements spécifiques à l’enseigne qu’il devra engager. vraient chercher preneur dans les prochaines années. Voici 4 étapes charnières de cet exercice. n La préparation Avant d’entamer vos recherches, prenez le temps de définir le type d’entreprise que vous voulez reprendre. Quelles sont vos compétences, quel secteur d’activité vous sierra le mieux, quels fonds êtes-vous prêt à investir, dans quelle région souhaitez-vous prospecter ? Pour Jacques Raymond, de l’association Cédants et repreneurs d’affaires (CRA), « on crée à un âge compris entre 20 et 35 ans, et on reprend plutôt entre 35 et 45 ans, quand on a accumulé de l’expérience, des capacités de manager, et bien sûr mis de l’argent de côté ». Assurez-vous aussi que votre entourage soutient votre projet et que vous avez bien l’âme d’un patron.

Reprendre une entreprise : l’aventure
Avec son cortège de cadres supérieurs licenciés qui cherchent à rebondir, la crise est favorable à la reprise d’entreprise. Cela tombe bien, puisqu’avec le papy boom, on évalue à 500 000 le nombre de sociétés, de toutes tailles, qui de-

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Créer aujourd’hui

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« Certains voient la crise comme une opportunité »
Jeunes diplômés créateurs, cession et reprise d’entreprise, psychologie de l’entrepreneur, business angels. Le regard critique de Franck Rouxel, directeur du Salon des entrepreneurs*.
se démarque par son ambition de développement. Mais ce profil est en réalité minoritaire, il ne représente qu’un cinquième de la population des créateurs d’entreprise, ce qui est relativement faible par rapport à l’Allemagne ou au Royaume-Uni par exemple. pourquoi l’entrepreneuriat n’est-il pas plus développé en France ? Cela tient surtout à un frein culturel et psychologique. il n’est pas encore suffisamment ancré dans l’esprit des Français comme un parcours professionnel comme un autre, vis-à-vis de soi-même d’abord, mais surtout pour l’entourage. Mais il n’y a pas de fatalité, on pourrait lever ce frein, par exemple en parlant très tôt de ce parcours à l’école. la crise favorise-t-elle ou décourage-t-elle les vocations ? Si l’on se fie aux chiffres, on constate qu’elle ne freine pas la création d’entreprise. En réalité, les créateurs adoptent plusieurs attitudes face aux difficultés de l’époque. Pour certains, on est bien obligé de constater que c’est un choix par défaut, parce qu’ils perdent leur emploi et se trouvent obligés, pour poursuivre leur carrière, d’aller vers la création. Mais d’autres vivent la crise comme une opportunité, car le risque de perdre leur emploi est le facteur déclencheur d’un projet qu’ils avaient déjà envisagé, voire mûri. La crise change aussi l’attitude des créateurs, puisque nous observons que les pré-inscriptions à nos salons sont supérieures de quasiment 10% à l’année dernière. Cela nous laisse penser que les créateurs tiennent compte du contexte et souhaitent se préparer et réunir des informations plus en amont. existe-t-il de véritables alternatives aux banques en France ? Certes, les banquiers sont beaucoup plus regardants aujourd’hui qu’hier sur les dossiers qui leur sont présentés. Mais j’estime que le problème vient aussi, parfois, du manque de préparation de ces dossiers, pas toujours suffisamment ficelés. Heureusement, il existe des sources de financement alternatives, notamment au sein de réseaux d’accompagnement, qui proposent des garanties bancaires ou des prêts d’honneur, pouvant représenter de 5 000 à 40 000 euros, ce qui n’est pas négligeable. Depuis 5 ou 6 ans, on a aussi observé un développement assez fort de l’activité des business angels en France, soutenus par une politique fiscale intéressante. Mais ces investisseurs ne sont pas moins regardants que les banques. Ce qu’il faut surtout, c’est présenter un bon projet, avec des ambitions en termes de chiffre d’affaires et de rentabilité. les conditions de cession et de reprise d’entreprise sontelles satisfaisantes ? On estime que 500 000 à 700 000 entreprises seront cédées dans les prochaines années en France. Le nombre d’emplois concernés est considérable. Malheureusement, la fiscalité qui entoure la transmission est toujours trop lourde, et ne la favorise pas. Une bonne transmission est une transmission préparée, pour assurer la continuité de l’activité de l’entreprise et en optimiser la valeur. Or, à cause de cette lourde fiscalité, bon nombre de chefs d’entreprise y vont à reculons. Quelles thématiques émergent en 2013 ? Dans le cadre de cette édition 2013 du Salon des entrepreneurs, nous voulons porter deux thématiques principales: un programme spécial pour les jeunes diplômés et les étudiants porteurs de projets; le développement commercial de la jeune entreprise, qui peut s’appuyer sur de nouveaux canaux de prospection et les nouvelles technologies notamment. Nous accueillerons aussi 150 modèles de réussites d’entrepreneurs, qui viendront témoigner et donner l’envie d’entreprendre aux nouvelles générations et porteurs de projets actuels.
* 20ème Salon des Entrepreneurs, les 6 et 7 février 2013 au Palais des Congrès de Paris.

existe-t-il un profil type d’entrepreneur ? En France, les créateurs d’entreprise sont à 60-65% des hommes, et leur moyenne

d’âge tourne autour de 3538 ans. 55% d’entre eux créent en auto-entrepreneur, 45% en société. il n’y a pas une seule motivation, loin de

là : certains optent pour l’entrepreneuriat solidaire, d’autres se lancent sans volonté de se développer. Parmi tout les créateurs, l’entrepreneur

Entretien réalisé par Aymeric Marolleau

Conseils
n La recherche de cibles Votre entourage est le premier filon à creuser : famille, amis, relations professionnelles peuvent vous apporter une aide précieuse. Le passage de flambeau requiert parfois une très courte distance, comme lorsque la transmission se fait de parent à enfant, ou de patron à employé. Cela peut être un cadre de l’entreprise, qui a recourt à un LMBO (Leverage Management Buy Out), ou par l’ensemble des salariés, réunis dans une SCOP (Société coopérative et participative). Si le réseau proche ne suffit pas, il n’est pas difficile de l’étendre. La reprise est l’affaire de bon nombre d’associations, comme CRA, qui proposait 546 entreprises à reprendre en janvier 2013, mais aussi des salons, des formations et des réunions où le candidat peut faire d’utiles rencontres. n Le diagnostic et la négociation Une fois la cible identifiée, reste à en définir la valeur exacte. Pour cela, rien de tel qu’une batterie d’audits, plus ou moins nombreux selon la somme engagée et le secteur d’activité. Audit financier, analyse des stocks, audit écologique ou encore informatique… Cela implique de faire appel à des experts spécialisés. Pour se prémunir contre de mauvaises surprise, Jacques Raymond conseille d’inclure une garantie de passif dans le contrat : « Si l’entreprise subit un redressement fiscal pour une période antérieure à la reprise, ou si elle perd un important client dans les 12 mois qui suivent l’opération, ce sera au cédant de rembourser les frais ou la moins-value de l’entreprise ». Une fois les informations clés réunies, les négociations peuvent s’engager. « Pour les sujets qui fâchent, il ne faut pas être en pre-

mière ligne, et plutôt laisser les experts comptables des deux parties les aborder » prévient le vice-président de CRA.
n La prise en main de l’entreprise Ça y est, l’affaire est à vous, vous êtes aux commandes. Mais gare à l’excès de confiance, car les 100 premiers jours seront décisifs. Pour s’assurer que les hommes clés de l’entreprise y resteront, vous les avez rencontré avant d’en prendre les rênes et leur avez par exemple proposé 10% des parts contre leur engagement à rester au moins 3 ans à vos côtés. « Dès le début, le cédant doit vous présenter au personnel, que vous devez rassurer collectivement et personnellement. Lorsqu’une personne physique reprend une entreprise, c’est pour la développer, pas pour délocaliser » explique Jacques Raymond.

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Franchise & Partenariat
par Michel Kahn
Consultant expert en franchise et partenariat, Président de l’IREF - Fédération des Réseaux Européens de Partenariat et de Franchise, Auteur de « Franchise et Partenariat » (Dunod. Paris, 2009)

Le partenariat, alternative au contrat de franchise

F

ranchise et partenariat sont des formules du commerce organisé indépendant. La franchise est un contrat d'adhésion, le partenariat est un contrat d'intérêt commun. La franchise se distingue par la communication au franchisé du savoir-faire du franchiseur, soit un ensemble d'informations dont le caractère secret et substantiel doit être démontré dans un document afin que le savoir-faire soit clairement identifié. C'est le point fondamental de différenciation qui place le contrat de franchise dans une insécurité juridique, en référence aux dernières jurisprudences. Le contrat de partenariat est un accord qui met à disposition une marque, une assistance, des produits et/ou services, dans le cadre d'un échange d'expérience et de compétence. La forme du partenariat est celle qui répond aux tendances avant-gardistes du commerce organisé indépendant. Les têtes de réseau intègrent l'organisation de dialogue avec leurs partenaires ainsi qu'avec le client final, ce qui apporte une plus grande sérénité au réseau, tout en renforçant sa cohésion. Le système managérial correspond aux attentes et aux exigences des candidats à l'entrée dans un réseau. Enfin, le partenariat a modernisé les techniques économico-financières, contractuelles, marketing et managériales. Il est un modèle plus proche de la franchise au plan financier, plus proche de la nouvelle concession au plan marketing, plus proche de la coopérative au plan managérial. Le partenariat est ainsi un contrat "gagnant-gagnant", dans le respect des valeurs de conquête et de partage.

Conseils

La chek-list de la création d’entreprise
n Le dossier - Réaliser l’étude de marché pour identifier et mieux connaître les acheteurs potentiels, identifier les concurrents, les contraintes et opportunités de l’environnement. - Choisir un statut juridique : Entreprise individuelle, EURL, SARL, SA, SAS, SNC, Association. Ce choix dépend de la nature de l’activité, du nombre d’associés, de l’organisation patrimoniale, des besoins de financement, du fonctionnement de l’entreprise, du régime social de l’entrepreneur ou encore du régime fiscal de l’entreprise. - Alternative au choix du statut : se faire porter juridiquement par

une autre structure, comme une couveuse, une société de portage salarial ou une coopérative d’activité. - Etablir les prévisions financières : compte de résultat prévisionnel, plan de financement, budget mensuel de trésorerie. n Les démarches - Trouver les financements : épargne personnelle ; aides de l’Etat, de collectivités locales ou de fondations ; prêt d’honneur ; participation au capital (capital-risque, clubs d’investisseurs, investisseurs individuels…) ; prêt à moyen et long terme auprès des banques ; crédit-bail. - Trouver un nom, faire une recherche d’antériorité et déposer sa marque auprès de l’Institut national de la propriété intellectuelle (INPI). - Déclarer l’activité et demander son immatriculation (Registre du

commerce et des sociétés (RCS), répertoire des métiers…) auprès du Centre de formalité des entreprises (CFE) ou sur www.guichetentreprises.fr. - Souscrire une assurance chômage des chefs d’entreprise, comme la Garantie sociale des chefs d’entreprise (GSC, www.gsc.asso.fr), ou l’Association pour la protection des patrons indépendants (APPI, www.appi-asso.fr) - Adhérer à une caisse de retraite de salariés. n Le lancement - Trouver un local (en s’appuyant sur l’étude de marché), l’aménager, ouvrir une ligne téléphonique professionnelle. - Assurer l’entreprise. - Etablir les documents commerciaux (cartes de visites, prospectus publicitaires…). - Recruter ses collaborateurs et choisir ses prestataires.

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Il n’y a pas que les banques !
Le robinet bancaire est réduit au goutte-à-goutte. Il n’en faut pas plus pour que d’autres sources de financement augmentent leurs débits.

C

hefs d’entreprise, votre patrimoine intéresse les banques. Votre projet professionnel, franchement moins. Pour faire décoller une bonne idée en germe, chaque dirigeant de PME ou presque a pu remarquer à quel point il est hasardeux d’obtenir auprès de son conseiller bancaire un indubitable « OK, on vous suit ! ». En ces temps de diète économique, il est toujours pertinent de sonder en parallèle d’autres univers, comme celui du business angel (BA). Son implication relève parfois de l’intervention divine. Mais il s’agit bien d’une personne physique, généralement un ancien dirigeant ou cadre sup, capable de débourser entre 5 000 et 200 000 euros par an. Certains BA, après avoir revendu leur société, ouvrent un portefeuille encore plus épais, jusqu’à 500 000 euros.

La génération d’entrepreneurs du Net qui a réussi au début des années 2000 – Pierre Kosciusko-Morizet, Marc Simoncini, Xavier Niel... – donne le ton en la matière. Et en plus, ce sont eux qui prennent à leur charge tout le risque de l’investissement. Aucun remboursement n’est à envisager en cas d’échec. Mais attention à ne pas se laisser berner par la démarche angélique de ces financeurs atypiques. S’ils sont soucieux de faire voler l’entreprise vers les hauteurs du succès, le seul plaisir de faire le bien autour d’eux ne leur suffit pas. Un BA veut sa part du gâteau. En investissant en capital, il acquiert des parts de la société, gagne lorsque celle-ci gagne, avec en toile de fond l’objectif d’une plus-value lors d’une revente ultérieure de ses parts. A chacun de négocier le degré d’implication du messie for-

tuné. Ticket Surf International, une entreprise créée en 2003 dans le domaine des cartes prépayées sur Internet, est un exemple de success story forgée sur ce modèle. Après une première levée de fonds en 2004, puis une deuxième en 2006, une dizaine de BA ont pris la société sous leur aile. Aujourd’hui, Ticket Surf International est sur un nuage. « Pour certains des BA impliqués, l’affaire se résume à un multiple de 20 à 30 par rapport à l’argent investi », se réjouit Didier Tranchier, président du réseau IT Angels et un des anges gagnants de l’opération.

Partenaires Particuliers Outre la capacité à fournir du cash, le BA dispose d’autres auréoles. Il investit généralement dans un domaine qu’il connaît, fournissant donc ex-

Juste une mise au point

Et à part les business angels…
Même si leurs apparitions sont de plus en plus fréquentes, les BA restent trop rares pour exaucer les vœux de toute la population entrepreneuriale. Le nombre de sociétés en France s’élève à 550 000, celui des BA à 8 000. Les dirigeants qui n’ont pas trouvé chaussure à leur pied ne sont pas obligés d’attendre une hypothétique indulgence de leur banquier. Les prêts d’honneur, qui s’adressent à tous les repreneurs ou créateurs d’entreprises, forment une gigantesque bouffée d’oxygène pour répondre aux besoins durables. Il s’agit d’un crédit à moyen terme, de 2 à 5 ans, sans exigence de garantie (d’où le terme « honneur »). Les montants oscillent généralement entre 2 000 et 30 000 euros. Quant au taux en vigueur, il est tout simplement de 0%. De quoi concurrencer les offres angéliques des BA. Pour tenter de gagner les faveurs de ces bienfaiteurs de l’économie, les réseaux Initiative France, Réseau Entreprendre, ou encore France Active, figurent parmi les premiers interlocuteurs à contacter. A noter que certains rares organismes proposent malheureusement des prêts d’honneur à un taux d’intérêt supérieur à 0%, mais celui-ci sera toujours inférieur aux conditions du marché bancaire. Autre solution de financement : le crowdfunding qui, plutôt que de se tourner vers quelques financeurs, consiste à faire appel à une foule de petits investisseurs. La plateforme française Anaxago propose de soutenir des projets à partir de 1 000 euros. Du côté de sa concurrente Wiseed, 100 euros suffisent pour devenir l’actionnaire d’un projet innovant. Enfin, Oséo fournit une aide plus indirecte mais tout aussi précieuse. L’organisme public facilite grandement l’accès au crédit bancaire, en co-investissement avec l’établissement financier en question, ou en apportant les garanties de solvabilité requises.

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clients, la conclusion des organisations traditionnelles se borne plutôt au « Revenez plus tard ». Les investisseurs classiques ont aussi tendance à se tourner vers les sociétés technologiques innovantes et leur altour de table et de faciliter les refinancements. En 2011, sur les 45 millions d’euros investis par les membres de France Angels, 20% provenaient des SIBA. Les BA foisonnent, pour le plus grand bonheur des jeunes entrepreneurs. « La crise est pour nous une bonne période. Elle ne diminue pas le nombre de projets à soutenir et nous observons une croissance de 20% de nos investissements entre 2011 et 2012 », témoigne le réseau Paris Business Angels. Une conséquence directe de la frilosité des banques. Pour les « gourmands » qui estiment la taille de portefeuille des BA insuffisantes, restent bien sûr les sociétés de capital-risque pour lesquelles un million d’euros est souvent une mise minimale. Mais dans ce cas mieux vaut avoir fait ses preuves et caresser de grands projets de développement, car ils invitent à boxer dans une autre catégorie.
Mathieu Neu

périence, expertise et carnet d’adresses. Des compétences qui se cumulent avec son rôle de financeur et qui en font un véritable partenaire de travail. Les BA se penchent très facilement sur des projets encore

Business Angels une bonne période. Nous observons une croissance de 20 % de nos investissements entre 2011 et 2012

“La crise est pour les

”

L’union fait la force d’une personnalité, d’un coup de cœur. Un peu aléatoire ? Sans doute. Mais vu le nombre croissant de ces anges du business qui déploient leurs ailes sur le marché, il faut tenter sa chance. financeur ne relève pas du miracle. La fédération France Angels est un premier interlocuteur pertinent pour être guidé. Elle rassemble plus de 80 réseaux et quelques 4 000 anges. La Semaine des BA, qui se tient chaque année vers la fin novembre partout en France, apporte aussi son concentré d’informations concrètes sur la question. Les choix se portent également vers un autre outil qui rayonne un peu plus chaque année : les Société d’investissements des business angels (SIBA). Ces dernières permettent d’ouvrir plus largement le portefeuille des anges lors d’un

dans l’œuf. Ainsi en 2011 ont-ils accompagné à 68% des entreprises de moins de 3 ans, alors que les banques et fonds de capital investissement mettent plutôt la main à la poche lorsque l’activité a déjà prouvé qu’elle est un pari gagnant. Sans premier bilan, brevet ou portefeuille de

léchant potentiel. Intéressant, mais qu’en est-il des 95% de nouvelles entreprises qui oeuvrent loin de cette catégorie ? Là encore, les BA représentent une belle alternative. Pas de critère sectoriel. Dans les faits, les TIC restent sur-représentées. Mais les décisions dépendent surtout d’un projet,

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Arrière-cuisine
Plongée dans " La Cantine", l'un de ces nouveaux espaces collaboratifs dédiés au travail. Ou coworking pour les intimes.
0 heures 30, passage des Panoramas, dans le deuxième arrondissement de Paris. Sous les verrières, les passants flânent entre les restaurants, les ateliers d’artistes et les vendeurs d’autographes. Au numéro 12, ils ralentissent l’allure ou marquent une halte devant une vitrine d’une quinzaine de mètres de long sur quatre mètres de haut, pour admirer les peintures qui la recouvrent : sapins, cadeaux, “Joyeux Noël” et cœurs rouges, jaunes, verts. Mais ce qui les intrigue surtout, derrière les dessins, c’est la vingtaine de jeunes gens de 20 à 35 ans, installés autour de grandes tables de travail, le visage éclairé par des écrans d’ordinateur. Le regard des passants trahit leur perplexité : ni cybercafé, ni entreprise, le lieu a de quoi étonner. Et le nom gravé sur la porte – « La Cantine » – ne leur est d’aucun secours. Pour savoir ce qui se trame ici, pas d’autre choix que de pousser la porte. Bienvenue à La Cantine, le premier espace de « coworking » ouvert en France, qui a soufflé ses cinq bougies en janvier 2013. Vous avez aimé la colocation ? Vous avez succombé au covoiturage ? Vous adorerez le « coworking », l’un des “buzz words” du moment. Ni bureau, ni domicile, c’est un espace collaboratif dédié au travail. « Le coworking, c’est la création d’une communauté basée sur des valeurs d’ouverture, d’accessibilité, de collaboration et de coopération », définit Nathanaël Sorin-Richez, le responsable de La Cantine. Le premier espace du genre, Hat Factory, a été créé en 2005 en Californie par Brad Neuberg, le programmeur informatique. Le modèle a vite fait des émules. Avec le développement des outils numériques, du travail indépendant et nomade, nombre de freelances, programmeurs informatiques et autres entrepreneurs se sont retrouvés isolés, avec souvent pour seule alternative à la solitude de leur domicile les désagréments de cafés bondés. Pour créer des conditions plus favorables au travail et à la motivation, ils ont mis en commun leurs ressources pour financer locaux,

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équipements et connexions internet. En octobre 2012, Deskmag recensait plus de 1 000 espaces de ce genre dans le monde, dont 531 en Amérique du Nord et 467 en Europe. La France en revendique une cinquantaine. A La Cantine, chacun peut réserver une place pour une demi-journée, une journée ou un mois. Pour 10 euros par jour, le coworker bénéficie d’une connexion internet, de prises électriques pour brancher ses équipements et d’un café gratuit pour booster ses neurones. Pour observer le travail collaboratif à l’œuvre, EcoRéseau a donc posé, le temps d’une journée, son dictaphone et ses carnets dans cet espace de 350 mètres carrés, divisé en trois étages desservis par un étroit escalier tournant. Au rez-dechaussée, l’entrée se fait par le café, où chacun peut s’installer gratuitement. Sur un tableau noir, « Happy digital New Year » écrit en grandes lettres à la craie révèle l’orientation numérique de La Cantine. On aurait aussi bien pu écrire « repère de geeks ». Quelques canapés gris et taupe, des tables basses noires, un comptoir et des tabourets orange en plas-

pesant. Alors j’ai essayé les bars, mais ils étaient très bruyants. Enfin, j’ai découvert La Cantine. Le premier jour, je me suis senti comme lors de mon entrée au lycée, intimidé et sans savoir à quoi m’attendre. Mais très vite, j’ai découvert toutes les opportunités du lieu

murmure des écouteurs que la plupart des forçats ont enfoncé dans leurs oreilles. Matthieu Catillon, la trentaine, coworker depuis six mois, dirige le réseau publicitaire SOAR media. Il délaisse un instant son Mac pour clamer son amour de la formule : « Les collaborations

explique l’animatrice. La Cantine ne porte jamais aussi bien son nom que le vendredi, quand, dans le café au rez-de-chaussée, les occupants partagent un déjeuner avec une règle simple : chacun apporte un plat cuisiné par ses soins, et gare aux piqueassiettes. Ce jour-là, une ving-

EcosystèmE

A "La Cantine", on attend sagement le dessert. et j’ai fait des rencontres très enrichissantes. » Le CEO de Konkrete 8 apprécie tellement la formule qu’il projette d’ouvrir un espace du même genre à Amsterdam. que l’on peut provoquer en entreprise sont limitées à son périmètre, tandis qu’ici, comme de nombreuses disciplines du numérique se mêlent, les synergies peuvent s’étendre à un écosystème beaucoup plus vaste. » Mais pour que cette ruche bourdonnante fonctionne de façon optimale, les interactions entre ses agents doivent être stimulées. C’est le rôle dévolu à Valérie, alias « La brune au bar » pour les nouveaux. Profession : community manager IRL (In real life), ou « entremetteuse numérique », selon son profil sur le site wearecoworkers.net. Pour provoquer de fructueuses rencontres au sein de cette communauté disparate, elle organise des évènements, comme « La cocotte minute des coworkers » : une fois par mois, une poignée d’entre eux pitchent en cinq minutes leur projet et leur vision du coworking devant l’assistance. « C’est l’occasion d’être challengé sur son projet, de partager un apéro et de mettre des noms sur des visages »,

© Photo : Jessica Checkroun - Silicon Maniacs

création d’une communauté basée sur des valeurs d’ouverture, d’accessibilité, de collaboration et de coopération

“Le coworking, c’est la

cocottE minutE

”

tique meublent la pièce où les coworkers viennent échanger autour d’un café. Vers 11 heures, Jelle Peters, programmeur informatique hollandais, vient d’ailleurs prendre sa dose de caféine quotidienne. Installé en France depuis quelques années, le Batave a découvert le coworking à Paris pendant ses études. « Au départ, je travaillais de chez moi, mais c’était plutôt

Passé le café, sur la droite, on pénètre dans l’espace de coworking à proprement parler : de grandes chaises de bureau encadrent trois tables de huit places ; au milieu de la salle, quelques poufs verts et blancs pour se délasser, une rangée de cactus pour la verdure. L’atmosphère est studieuse, l’endroit silencieux, si ce n’est le cliquetis des claviers et le

taine de personnes se retrouvent autour de fougasses, pizzas, salades et autres carottes bio pour discuter gastronomie, business model, spécialités locales et appels d’offres. Perrine Musset et Marine Lafont viennent à La Cantine pour la deuxième fois, après avoir déjà fréquenté La Mutinerie, autre espace de coworking parisien. Les deux jeunes diplômées d’école de commerce, entrepreneures sociales, portent un projet qui a pour but l’insertion de femmes immigrées par la valorisation de leurs talents culinaires. « Ces espaces sont très stimulants. Chaque jour, nous faisons des rencontres inspirantes qui nous permettent de faire évoluer notre projet, de trouver de nouvelles pistes. » Au sommet de l’escalier tournant, au deuxième étage du bâtiment, se trouve un bureau mansardé, réservé à la dizaine de coworkers qui louent leur place au mois, moyennant 300 euros. L’espace est plus intime et davantage fonctionnel, avec coin cuisine, photocopieuse et

sérEndipité

étagères. En bout de table est assis David Biscarrat, président de RichAnalysis, une société qui réalise des applications métier d’analyse spatiale. Outre ses locaux à Issy les Moulineaux, il laisse à ses cinq collaborateurs le choix de travailler depuis chez eux ou dans cet espace de coworking, qu’il a investi dès 2008 et dont il ne peut plus se passer : « La Cantine est une mine d’informations, un formidable outil de veille. On y rencontre des collaborateurs, des partenaires, des clients. C’est un carrefour et un endroit idéal pour la sérendipité : on ne sait pas ce qu’on vient y chercher, mais on sait toujours ce que l’on trouve. » De fait, l’espace est comme une scène ouverte dédiée aux nouvelles technologies, qui organise régulièrement des événements, des présentations et des séminaires, au rythme de 400 par an. La programmation est éclectique : rien qu’en janvier se sont tenus des ateliers sur le financement des start-ups et la programmation, une soirée littéraire et un petit déjeuner du Cercle marketing direct. C’est au premier étage, dans les bureaux de Silicon Sentier, l’association qui gère l’endroit, que sont organisés ces rendez-vous qui font le piment de La Cantine. Financée à 50% par des fonds publics, Silicon Sentier monte des collectifs autour de thématiques telles que l’open data, la gestion de crise, le crowdfunding ou encore la typographie, en réunissant des communautés d’intérêt : utilisateurs, entreprises, institutions, freelances… « Son savoir-faire réside avant tout dans sa capacité à mobiliser autour d’un même sujet de petites constellations d’organisations et d’individus qui ne se seraient pas forcément rencontrées autrement », explique Dilara Trupia, chercheuse en sociologie des sciences et chargée du laboratoire Silicon Xperience. Mais pour y prendre part, encore fallait-il oser pousser la porte de La Cantine, plutôt que d’en longer la vitrine sous les verrières du passage des Panoramas.
Aymeric Marolleau

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Electron libre

Pyongyang, deux minutes d’arrêt
EcoRéseau va à la rencontre d’entrepreneurs, d’entreprises ou de secteurs atypiques. Cela tombe bien, Guillaume de Vaudrey, dirigeant de Cosmopolis, rempli ces trois critères.
uillaume de Vaudrey épuise trois passeports tous les deux ans, au rythme d’un voyage en moyenne chaque mois. Sur sa mappemonde, il a déjà coché un paquet de pays, dont une belle brochette de « l’axe du mal » : Irak, Afghanistan, Pakistan... L’idéologie nord-coréenne n’a plus de secrets pour lui et il a croisé la route d’un Vice-Premier ministre irakien et d’anciens Khmers rouges. Son job ? Non, le grand blond n’est ni agent secret, ni porteur de mallettes, mais organisateur de voyages géopolitiques aux quatre coins du monde, même les plus chauds, via Cosmopolis, l’entreprise qu’il dirige. « Notre slogan est “Voyager pour comprendre”, explique Guillaume de Vaudrey. Nous offrons un accès direct à l’information, avec une solide préparation préalable, pour permettre aux participants de se forger leur propre opinion en allant au cœur de la réalité du pouvoir ». Et même si, pour cela, il faut rencontrer des personnages controversés, comme Tarek Aziz. Peu avant la deuxième guerre du Golfe, le Vice-Premier ministre de Saddam Hussein a reçu pendant deux heures, dans son bureau, la délégation de Cosmopolis en voyage en Irak. Ou encore, au Cambodge, des survivants de la junte Khmer, parmi lesquels la famille de Pol Pot et d’anciens ministres du génocidaire. Depuis, certains d’entre eux, rattrapés par la justice, ont fini derrière les barreaux. Parfois, les entrevues sont plus heureuses, comme ce jour de 1998 où Cosmopolis va à la rencontre d’Aung San Suu Kyi au Myanmar. Hissée sur une échelle, la prix Nobel de la paix s’adresse à la délégation par dessus le mur d’enceinte de la maison familiale, où elle demeurera en résidence surveillée jusqu’en 2010. Le virus du voyage a été inoculé très tôt à Guillaume de Vaudrey. Sa mère l’inscrit à un programme international qui lui permet d’entrer en contact

G

avec des enfants nés le même jour que lui. « Je recevais régulièrement des lettres d’Afrique, d’Asie, d’Amérique. Au final, mes parents ont dépensé une jolie somme en timbres ». A 13 ans, à l’âge où les enfants commencent à peine à aller seuls à l’école, l’apprenti globetrotteur réalise son premier trip en solo à travers l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche. Depuis, il n’a plus vraiment posé ses valises : « J’ai appris à vivre toujours en mouvement et n’ai jamais souhaité une vie sédentaire ». Le quadragénaire se sent d’ailleurs très attaché à la ville de Niamey, au Niger, où il retrouve régulièrement les peuples nomades Peulhs et Touaregs. Il poursuit ensuite des études en sciences politiques et en droit public à la Sorbonne, où il s’intéresse particulièrement aux régimes militaires et aux totalitarismes afin de « comprendre les ressorts des coups d’Etat, et la mise en place sur le terrain d’idéologies totalitaires avec les conséquences collatérales sur la société ». Lors de son 3e cycle, un responsable Nord-coréen en visite à Paris rencontre l’un de ses professeurs et lui fait savoir qu’un étudiant français pourrait avoir la chance de poursuivre ses recherches au nord du 38e

Sympathy for the devil isolé du monde, point d’interrogation planté au milieu de la mappemonde. Pendant deux ans, le passionné de géopolitique enseigne la science pode néoconfucianisme et comment elle s’appliquait à la mise en marche d’une société. » En 1989, après deux ans sans liens avec le monde extérieur, le jeune diplômé rentre en France au moment où éclate le bloc soviétique, où la Chine connaît son Printemps et où le monde oriental rejoint l’occidental. Il croise alors la route du styliste Thierry Mugler, qui le recrute comme mannequin et lui permet de voyager, pendant deux ans, pour présenter ses collections, notamment en Corée du Nord. A croire que tous les chemins mènent à Pyongyang. En 1998, Cosmopolis est d’abord créée, à deux pas de l’Assemblée nationale, pour organiser des voyages d’information à destination des élus et du personnel politique. Guillaume de Vaudrey est engagé pour développer l’offre auprès du public. La formule séduit et il dirige désormais seul l’entreprise, qui compte un bureau à Manille, aux Philippines, et a noué un partenariat en France avec Explorator pour le marketing. Aux voyages récurrents et standardisés à la façon des tours opérateurs classiques, Cosmopolis préfère le ponctuel surmesure autour d’une question géopolitique porteuse. A l’été 2011, il propose ainsi à 8 voyageurs une immersion dans l’univers des Roms, entre la Transylvanie roumaine et la Bulgarie : « Nous vivions parmi ces communautés qui nous ont fait découvrir leur cosmologie, leurs danses, leurs musiques… », se souvient le dirigeant de Cosmopolis. En 2012, c’est à Fukushima qu’il a emmené ses clients. Le tour opérateur compte quelques centaines de voyageurs habitués, intellectuels jeunes ou moins jeunes, professeurs, historiens, journalistes en poste à l’étranger qui « res-

enfants commencent à peine à aller seuls à l’école, l’apprenti globetrotteur réalise son premier trip en solo à travers l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche
parallèle. Plutôt que d’aller au bout de sa préparation au concours d’entrée à l’ENA, Guillaume de Vaudrey reprend sa valise, direction Pyongyang. Après 12 jours de train, il pose le pied dans le pays le plus litique occidentale et passe son diplôme de Djoutche, l’idéologie fondée par le président Kim Il Sung, qui règle le destin de chaque citoyen. « Je voulais comprendre comment était née cette forme de marxisme teintée

“A 13 ans, à l’âge où les

pompéi soviétiquE

”

djoutchE

sentent l’attrait du large, veulent découvrir des pays qui ne leur seraient pas accessibles en temps normal ». Après leurs séjours, ils éprouvent souvent le besoin de se retrouver à Paris pour échanger livres et analyses et se remémorer leurs aventures. Comme ce voyage en Afghanistan, après la chute des Talibans en 2001. « Ce pays est comme une île au cœur de l’Asie centrale, avec une beauté omniprésente. Ses coutumes ont traversé les siècles sans être marquées par des influences extérieures, mais après la chute des Talibans, sa société et ses infrastructures étaient complètement sinistrées », explique le baroudeur. Dès l’atterrissage à Kaboul, le ton est donné : autour de la piste, des carcasses d’avions, abattus ou crashés, jonchent le sol. Le reste du séjour est à l’avenant : routes défoncées, ponts détruits… « C’est une expérience âpre mais intense ». Guillaume de Vaudrey a aussi été marqué par son séjour à Tchernobyl, où il a pu approcher l’immense sarcophage de béton où les liquidateurs ont enseveli le réacteur numéro 4. Et par la cité voisine de Pripiat, évacuée dans les jours qui ont suivi la catastrophe et qui ne sera plus occupée avant des siècles. Dans cette ville autrefois peuplée de 50 000 habitants, figée un jour d’avril 1986 telle une Pompéi soviétique, il a déambulé dans des appartements vides où les horloges se sont arrêtées, dans des rues où poussent les herbes folles, sur la place où les nacelles de la grande roue se balancent au vent. « Avec l’incapacité de l’URSS à gagner la guerre en Afghanistan, cet accident a fait prendre conscience à Gorbatchev que le pays courait à la catastrophe. Indirectement, cela a confirmé la Glasnost et provoqué l’effondrement de l’Union soviétique. » Mais puisqu’on vous dit qu’il n’est pas agent secret, n’insistez plus…

Aymeric Marolleau

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Interview

Secrets
Yves Camdeborde (Le Relais Saint-Germain) et Augustin Paluel-Marmont
Comment vous est venue l’idée de créer votre entreprise ? Y.C : Je souhaitais monter un restaurant pour des gens de mon âge – 22 ans à l’époque – qui me ressemblaient, avec les mêmes envies, les mêmes plaisirs et le même niveau de vie que moi. Et puis, je voulais un établissement du bon-vivre, où l’on rigole, où l’on discute. Bref, un côté rieur et jouissif très éloigné de l’aspect toujours plus guindé des grandes maisons. A.P-M : L’idée m’est venue en faisant mes courses dans un Franprix du XVIIIe arrondissement de Paris. J’ai réalisé deux choses : qu’il était très difficile de trouver des produits des biscuits dans ma cuisine et celle de sa belle-mère, que nous vendions aux traiteurs, commerçants et épiciers du XVIIIe, puis du XVe arrondissement. Durant les six mois suivants, des amis nous ont prêté leur boulangerie, que nous investissions les mardi et mercredi quand eux n’y étaient pas. Puis, pendant deux ans, nous avons loué une biscuiterie, que nous occupions du vendredi 13h au dimanche soir 20h. C’est seulement après que nous sommes passés à une production industrielle. Aujourd’hui, tout est sous-traité, sauf la partie conception des produits. Y.C : Ce que je proposais à La Régalade – comme aujourd’hui au Comptoir du Relais, d’ailYves Camdeborde, 49 ans, propriétaire du restaurant La Régalade de 1992 à 2003, de l’hôtel-restaurant Le Relais SaintGermain depuis 2005. L’établissement emploie, selon la saison, entre 45 et 50 salariés.

“Le monde de l’entreprise a ”

jours. En 2001 déjà, j’avais créé une société de nouvelles technologies. Cette expérience s’était avérée être un joli coup financier mais un désastre humain puisque nous nous étions déchirés entre associés. L’humain, justement. Quelle place tient-il dans vos entreprises respectives ? A.P-M : Cela peut sembler un peu naïf, mais tout ce que je souhaite, c’est que les gens avec qui je travaille soient heureux et s’épanouissent. Bien sûr, on ne peut pas satisfaire tout le monde, et nous avons connu des problèmes avec certains salariés. Mais je suis persuadé d’une chose : que le bonheur de chacun ne dépend que de lui-même. Si quelqu’un ne trouve pas chez nous les conditions qui le satisfont, libre à lui de partir, c’est la vie ! Mais je ne peux pas concevoir que l’on soit malheureux dans son job. Y.C : C’est un peu paradoxal. D’un côté, il règne chez nous une ambiance très familiale. Et d’un autre, quand on bosse, je prône une discipline quasimilitaire. Mon leitmotiv, c’est « faites comme moi parce que je le fais ». Cela peut sembler dur mais en tant que patron, je considère qu’ici, c’est moi le meilleur, donc c’est moi qui décide. Après le service, en revanche, nous discutons beaucoup, je suis à l’écoute des analyses et des avis de chacun pour corriger ce qui a péché ou améliorer ce qui fonctionne déjà. Cette vision des choses se ressent-elle dans l’organisation de vos sociétés ? A.P-M : Oui, nous travaillons

trop tendance à infantiliser les gens. Chez nous, ça ne se passe pas comme ça
Augustin Paluel-Marmont
leurs – c’est ce que j’ai toujours aimé trouver quand j’allais au restaurant : un apéritif, un amuse-bouche, une entrée, un plat, un fromage, un dessert, un digestif, un café et une bouteille de vin pour deux. Le tout pour un « Pascal » (un billet de 500 francs, ndlr) sur lequel on me rendait un peu de monnaie. Et puis, pour mettre de la vie dans mon restaurant, deux critères se révélaient primordiaux à mes yeux. Avoir une cuisine de plain-pied, pour pouvoir être en prise directe avec la salle. Et posséder un appartement au dessus de l’affaire. Pour une raison simple : mon restaurant, c’est ma vie. Créer votre boîte, qu’est-ce que cela représentait ? Y.C : La liberté ! De 14 à 22 ans, j’ai appris mon métier dans de grandes maisons. Après tout ce temps, j’avais envie de faire ce que je voulais, avec qui je voulais et comme je le voulais. A.P-M : Quelque chose de parfaitement naturel. C’était ce que je voulais faire depuis tou-

fabriqués à partir d’ingrédients sains et de qualité. La preuve, j’avais l’impression qu’il fallait être prix Nobel de chimie pour comprendre les étiquettes ! Et puis je ne ressentais aucune affinité pour les marques existantes, qui racontaient toutes des histoires inventées. J’ai voulu en créer une qui reflète la réalité. L’une de nos caractéristiques principales, c’est l’authenticité. Tout ce que nous racontons, nous le vivons en temps réel. Par exemple, lorsque nous lançons une nouvelle recette, nous le relayons immédiatement sur les réseaux sociaux. Le début de vos activités est emblématique de vos états d’esprit respectifs. A.P-M : J’avais 28 ans, et je voulais trouver un associé. Un ami, si possible. J’ai proposé à Michel, qui avait le choix entre intégrer le groupe Bain&Company et venir faire des sablés avec moi. Il a opté pour la seconde solution. Pendant six mois, nous avons confectionné

© Photo : Stéphane de Bourgies

avec des structures hiérarchiques très courtes. Concrètement, la société est divisée en dix départements. A leur tête, un chef qui est le vrai patron de son secteur. Le monde de l’entreprise a trop tendance à infantiliser les gens. Chez nous, ça ne se passe pas comme ça. Y.C : L’objectif ultime d’un patron, c’est d’embaucher des gens meilleurs que soi, et c’est ce que je m’évertue à faire. Car lorsqu’on est chef d’entreprise, il faut en permanence se

ultime d’un patron, c’est d’embaucher des gens meilleurs que soi

“L’objectif

” Yves Camdeborde

remettre en question. Or, aujourd’hui, les jeunes voyagent

beaucoup, connaissent d’autres cultures, d’autres produits. Ils ont une ouverture d’esprit que je n’ai pas. Je suis très demandeur de leur vision des choses. Par ailleurs, je crois beaucoup aux compétences de chacun. Je suis allergique aux chiffres : j’ai dès le début fait appel à un comptable. Je suis nul en déco : c’est mon épouse qui s’en occupe, très bien d’ailleurs. Mon métier premier n’est pas de faire du pain : je travaille avec des boulangers. Il faut aussi prendre garde à ce que ces collaborateurs, humainement, vous ressemblent.

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croisée

de chefs
(Michel et Augustin) dévoilent leurs recettes d'entrepreneurs. Savoureux.
Augustin Paluel-Marmont, 37 ans, co-fondateur en 2004 avec Michel de Rovira de la société Michel et Augustin, qui emploie aujourd’hui 45 salariés. Et, au moins pour se lancer, une aide financière ? Y.C : Je n’ai jamais entrepris aucune démarche pour me faire aider. Pour une raison simple : à mes yeux, l’Etat ne me doit rien. A l’inverse, c’est moi qui lui dois beaucoup. Les banques, en revanche, ont largement déçu mes attentes. La première affaire que j’ai reprise coûtait 800 000 francs, ma femme et moi en possédions 400 000. J’ai dû m’adresser à une vingtaine d’agences pour enfin en trouver une qui accepte de me suivre, malgré un CV très solide. Et encore, ce fut un gros coup de chance : le conseiller de la BNP Alesia, en entendant mon nom, m’a demandé si j’étais de la famille de Pierrot Camdeborde. Bien sûr, c’était un de mes oncles qui vivait alors au Canada ! Il s’est avéré que c’était un ami de sa famille… Cela a largement facilité les choses. Aujourd’hui, quel plaisir lorsqu’un de ces mêmes banquiers vient me démarcher… A.P-M : Tout à fait d’accord. Je pars du principe que rechercher des aides coûte souvent plus que cela ne rapporte. J’ai toujours été très soutenu par ma femme et mes proches. Cela suffit. Même une fois l’activité sur les bons rails, notre évolution s’est poursuivie sans points de rupture, de façon très linéaire. Nous n’avons pas cherché à brûler les étapes. jamais eu peur car je connaissais mes qualités. La trouille, c’est après que je l’ai ressentie, et je la ressens toujours. C’est la crainte que tout s’arrête. De retomber aussi vite que je suis monté. Ou vous voyez-vous dans quelques années ? A.P-M : Nous sommes déjà présents à Tokyo, Singapour, Hong-Kong, Shanghai, Moscou, en Belgique ou encore en Suisse. Mais notre objectif est plus vaste : devenir LA marque de food premium et citadine en France et à l’étranger à l’horizon 2018. Jusqu’ici, notre notoriété dépasse largement notre poids économique réel, et les acteurs que nous

dients… Nous ne lançons une nouveauté que lorsqu’elle présente une innovation sur chaque maillon de cette chaîne. Notre yaourt à la vanille, par exemple, c’est un nouveau format de distribution au kilo et sous la forme d’un seau pour le côté convivial. Et un produit réalisé grâce à l’infusion de vraies gousses de vanille de Madagascar, et non pas d’arômes artificiels. Et puis, vous avez chacun une manière de communiquer très efficace… Y.C : Nous ne faisons aucune com’ ! Je n’ai même pas d’attaché de presse. Ce sont les chaînes de télévision qui sont venues me chercher, alors que mon restaurant était déjà plein à craquer. Je n’avais donc pas besoin de ça. Mais j’ai accepté un peu par fierté, un peu pour montrer que nous, les cuisiniers, pouvions réaliser de très belles choses, un peu aussi pour apprendre et m’enrichir auprès des gens que j’allais rencontrer. A.P-M : Elle n’est que le reflet de ce que nous sommes. Comme la marque est différente des autres, la communication suit. Mais elle est avant tout fondée sur des idées spontanées qui viennent des uns et des autres, bien plus que sur de savantes études. Comme souvent, c’est notre ressenti de consommateurs qui est le déclencheur et l’inspirateur de nos actions de com’. Tout cela est très empirique, et se base sur une croyance simple : pour réussir, seules trois choses sont indispensables. De l’énergie, bien s’entourer et faire preuve de bon sens.

“Pour créer son

entreprise, il faut une dose d’inconscience

” Yves Camdeborde

© Photo : Benoit Decout/REA

C’est ce qui vous différencie de vos concurrents ? Y.C : Peut-être, mais pas seulement. Je crois aussi en quelques valeurs importantes. La première, se mettre toujours à la place du client, et considérer qu’il a toujours raison. Même quand, parfois, après une grosse journée de travail, une remarque désobligeante peut être un peu dure à admettre. Ensuite, je suis partisan d’un certain patriotisme. J’utilise exclusivement des matières premières d’origine française, fais appel à des producteurs du cru, et essaie dans la mesure du possible de faire

choses sont indispensables : de l’énergie, bien s’entourer et faire preuve de bon sens
Augustin Paluel-Marmont
vivre les commerçants de mon quartier, même si cela revient un peu plus cher. Cela crée un dynamisme local bénéfique à tout le monde. A.P-M : Le consommateur qui achète un produit Michel et Augustin est séduit par un tout : la marque, le packaging, la nature du produit, les ingré-

“Pour réussir, seules trois ”

Vous semblez ne jamais avoir envisagé l’échec. Est-ce le cas ? A.P-M : Je n’ai jamais éprouvé de craintes pour une raison très simple : si cela n’avait pas marché, j’aurais fait autre chose. Par ailleurs, je m’intéresse à la PNL (programmation neurolinguistique, ndlr) et lis beaucoup de livres de management, ce qui me donne une vision de l’échec assez anglo-saxonne : je considère que toute expérience intelligemment vécue, même si elle se termine mal, est positive. Y.C : Pour créer son entreprise, il faut une dose d’inconscience. Mais celle-ci, chez moi en tout cas, émanait aussi d’une certaine confiance en moi. Je n’ai

gênons vraiment sur les linéaires se comptent sur les doigts d’une main. Mais nous avons toujours réussi à pénétrer le marché sans problème, je ne vois pas pourquoi ça changerait. Tant que nous proposerons quelque chose de différenciant, la concurrence sera saine. Y.C : Il me reste encore des crédits à rembourser sur cinq ans, donc d’ici là, rien de nouveau. Mais je commence à trouver les enjeux financiers trop lourds ici : cinquante employés à (bien) payer, cela implique de faire un gros chiffre d’affaires. Psychologiquement aussi, c’est assez pesant de se dire que le sort de tous ces gens est, d’une certaine manière, lié à votre succès. Donc après ce délai, pourquoi ne pas vendre et ouvrir un tout petit local, avec six ou sept tables et ma cuisine ? Avec comme philosophie d’accepter qui je veux et quand je veux.
Entretien réalisé par Olivier Faure

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L’Analyse

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Independance Day
Grisée par l’auto-entrepreneuriat, la France se couvre depuis 4 ans d’un blanc manteau de petits patrons indépendants. La fin programmée de l’entreprise traditionnelle, et par ricochet les prémices d’une transformation sociétale majeure ? Pas si vite…
e dites pas à mon père que j’ai créé ma boîte, il croit que je travaille chez EDF »… Les plaisanteries qui ont longtemps couru sur la prétendue aversion des Français vis-à-vis de l’entrepreneuriat sont obsolètes, tant les mutations économiques et sociales les ont encouragés à sauter le pas. « Les jeunes diplômés quittent les grands groupes pour monter leur société après 2 ou 3 ans, contre 5 à 7 ans autrefois », constate Jacques Arlotto, professeur d’entrepreneuriat, responsable de l’incubateur d’Audencia. Le dernier baromètre Ernst & Young classe pourtant l’Hexagone bon dernier du G20 pour l’esprit d’entreprise car subsiste un paradoxe : les Français ne franchissent qu’une partie du gué, créant des business à foison, mais n’embauchant pas. En 2010, 95% des nouvelles entités ne comptaient aucun salarié selon l’Insee. Dans le même temps, selon l’APCE, la création de sociétés pluripersonnelles (SARL, SAS et autres) chutait de 10%. Et si l’ère des indépendants était arrivée ? L’autoentrepreneuriat est en quelques années passé de simple statut intermédiaire – « mettant le pied à l’étrier à des porteurs de projets », selon Adnan Maalaoui, professeur à l’ESG Management School – à celui de phénomène de société. « Depuis le 1er janvier 2009, 1,2 millions de Français se sont lancés, dont 30% de salariés actifs et 20% de seniors ; les inscriptions ont été particulièrement soutenues durant les deux derniers mois de 2012 », se réjouit Grégoire Leclercq, président de la Fédération des auto-entrepreneurs. A travers cette envolée de chiffres, ce sont les mentalités et le sens même de la création qui évoluent. La « boîte » devient « un levier d’accomplissement d’un projet de vie personnel »,

«N

les micropaiements… permettent à quiconque de devenir autonome, toutes les fonctions nécessaires au lancement d’une affaire étant réunies en un bloc », résume Alain Bosetti, organisateur du Salon des micro-entreprises.

eLectrons, oui. Libres, pas si sûr.

Multinationale, attaché-case, costume-cravate. Le triptyque qui ravit belle-maman a du plomb dans l’aile. expliquent Marie Gomez Breysse et Annabelle Jaouen dans un récent ouvrage sur le sujet (1). Ce que la littérature anglo-saxonne nomme l’entrepreneur « lifestyle ». « La liberté dont je bénéficie aujourd’hui dans mon emploi du temps n’a pas de prix », témoigne Hervé Guillot, créateur de sites web. Les velléités gouvernementales d’augmenter les taxes à leur encontre sont donc désormais prises comme des atteintes à la liberté de ces milliers de nouveaux mini-DG, susceptibles de se regrouper en mouvements contestataires tels les « Pigeons ». Un bémol, toutefois, dans ce concerto pour auto-entrepreneurs : seuls 50% d’entre eux réalisent un chiffre d’affaires, et ils ne sont que 58% à affirmer qu’il s’agit de leur activité principale (2). La « freelance economy » n’est en outre pas franco-française. En Californie, toujours en avance sur l’Hexagone en matière de mutations économiques, 50 % des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur passent par la case « travailleurs indépendants » dans les 4 ans qui suivent leur diplôme. « De plus en plus de gens se demandent pourquoi ils n’utilisent leurs compétences que pour un seul employeur », explique Frédéric Fréry, professeur de stratégie à ESCP Europe. Et si fessionnelle autrement, en fondant leur micro-business. pas étrangère à ce bouleversement : un tiers des Américains n’auraient plus de mutuelle, d’épargne retraite ou d’assurance chômage. En France, « nombre de précaires tentent l’aventure », souligne Grégoire Leclercq. « Pour certains, selon leurs propres termes, il s’agit même d’une question de survie », abonde François Hurel, fondateur de l’Union des Auto-entrepreneurs et président du Forum de l’Entrepreneuriat de l’OCDE. Rien n’aurait été possible sans l’apport des technologies qui ont ouvert une ère d’empowerment, cette capacité à grandir par soi-même. La numérisation, les laptops, smartphones et leurs gigas de mémoire donnent toujours plus de pouvoir à l’individu désormais capable de communiquer, stocker, payer… Grâce à ces « couteaux suisses » ultrapuissants, il est désormais possible de raisonner à l’échelle de l’individu. « Trois mètres carrés, un ordinateur et une connexion suffisent : Skype, les réseaux sociaux,

freeLance nation ?

Lame de fond

Les prémices de cette nouvelle société s’observent dans les places de marchés en ligne pour travailleurs freelance,

d’études supérieures californiens passent par la case travailleur indépendant dans les 4 ans qui suivent leur diplôme

“50% des jeunes diplômés

”

Richard Florida, qui a écrit « The Rise of the Creative Class », était un visionnaire ? Depuis la parution de son livre en 2005, un tiers des travailleurs américains ont quitté le bureau traditionnel pour construire leur vie pro-

telles Elance ou oDesk, proposant aux grands groupes de traiter avec des travailleurs individuels, ou Innocentive, qui permet de faire appel à des chercheurs indépendants. L’insécurité croissante des emplois traditionnels n’est

L’évolution ne semble donc pas anecdotique, conduisant Frédéric Fréry à s’interroger, un brin provocateur : « Et si l’entreprise n’avait été qu’une “parenthèse de l’histoire” » ? Cette entité ne finira-t-elle pas par se déliter à force d’externaliser toujours plus de tâches à des indépendants ? Ronald Coase, prix Nobel d’économie en 1991, avait justifié ainsi, dans son article « The Nature of the Firm » en 1937, l’existence de l’entreprise : le fait de créer un marché, de mettre en place les règles, les contrats entre indépendants, coûtait de l’argent ; mieux valait donc réunir tout le monde en une entité pour réduire les coûts de transaction. Mais aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies, ces derniers chutent, le marché redevient plus efficient que la grosse entité. L’offre cumulée de tous ces électrons libres pourrait bien un jour dépasser celle des multinationales, selon le concept de « Longue Traîne » (3), popularisé par Chris Anderson, ex-rédacteur en chef du magazine « Wired » : les indépendants qui peuvent écouler leur produit en ligne, non soumis à des contraintes de stockage ou de distribution, peuvent se spécialiser sur des niches, pouvant ainsi étirer la longue traîne à l’infini. « Les micromarchés agrégés pourraient ainsi surpasser les blockbusters des grands groupes », résume le conférencier américain. Bien évidemment Taylor, Ford, Fayol et leur grande entreprise rationnelle ne sont pas encore des dinosaures du passé. Mais les géants coexistent mainte-

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sociaux. « Nous manquons encore d’enquêtes et de recul en ce qui concerne ces nouvelles formes de travail », regrette Didier Demazière. Une certitude, cependant, et pas des moindres : le verrou psychologique lié à la création a définitivement sauté. Mieux, « l’entrepreneuriat constitue aujourd’hui une vertu cardinale de notre société », s’enflamme François Hurel. Par ricochet, la manière dont les Français imaginaient leur revenu a elle aussi évolué. Désormais, chacun sait qu’il existe un monde au-delà, ou plutôt en parallèle, du salariat classique. Pour autant, la société d’indépendants, à tous les sens du terme, n’est pas pour tout de suite. Qui dit entreprise individuelle ne dit-il pas nécessairement individualisme ? Non. Entre l’employé en bout de chaîne de montage et l’entrepreneur individuel en recherche de clients et de partenaires, qui apparaît le plus seul ? Et puis n’oublions pas que 91% de l’emploi en France sont encore le fait de l’entreprise classique. Le grand soir attendra.
(1) « L’entrepreneur du XXIe siècle », Marie Gomez Breysse et Annabelle Jaouen, Dunod, 2012 (2) Enquête Sine (système d’information sur les nouvelles entreprises) 2010 de l’Insee (3) Chris Anderson, « La longue Traîne : la nouvelle économie est là!», Pearson Education, 2007 (4) “What do small business do ?”, Erik Hurst & Benjamin Wild Pugsley, Université de Chicago, août 2011

BULLETIN BULLETIN D’AB D’ABONNEMENT BONNEMENT
« L’information L’ n L’information économique & stratégique, économique stratégique, r autrement » autrement
In & tr té ie Innova tratégie tion Nu ti mériqu ri e
L’informa L’inform ation éco tio éc onomiqu no iqu e stratég stratégiq ique, a ue, aut utreme re ent nt

S

Depuis 2005, un tiers des travailleurs américains ont quitté le bureau traditionnel pour construire leur vie professionnelle autrement. nant avec les travailleurs indépendants, parfois mieux à même de répondre à l’hyperpersonnalisation des produits et des services. Une révolution ? Evidemment, puisque l’indépendant s’avère être, c’est bien connu, inventif, novateur, et à l’écoute des tendances. Grâce à sa flexibilité légendaire, il se révèle de surcroît capable en un temps record de proposer une offre répondant à un besoin que lui seul aura su cibler. voilà pour le mythe. Car selon un article de l’Université de Chicago (4), il n’en est rien. Le plus souvent, le créateur serait tristement suiveur. Son objectif ? Proposer un service déjà existant. Ses motivations ? La liberté d’être son propre patron. Un élément qui constitue souvent un leurre. « L’entrepreneur individuel n’a généralement qu’un seul donneur d’ordre qui lui garantit un chiffre d’affaires pendant quelques années », affirme Didier De-

Compr endre, Entrep rendre , Innov er

evoLution pLus

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psychologique lié à la création a définitivement sauté
mazière, professeur de sociologie à Sciences-Po Paris. « 30% des auto-entrepreneurs ne vivent que grâce aux commandes des grands groupes », abonde Grégoire Leclercq. Des « salariés-indépendants » davantage que de vrais électrons libres, donc.

“Le verrou

”

que révoLution L’avènement de ces « poor lonesome workers » devrait aussi changer la donne parce qu’ils brouillent les cadres traditionnels. « On observe davantage de plasticité dans les statuts sociaux. Aujourd’hui, on peut être à la fois retraité et avoir une activité annexe, salarié et autoentrepreneur. De plus, hors CDI, les gens circulent de plus en plus entre les différentes situations juridiques. » Difficile, en revanche, de savoir si la tendance doit être vue d’un bon œil ou avec défiance. Dans certains cas, l’auto-entrepreneur supporte les risques liés à son statut tout en subissant le bon vouloir de son commanditaire. Dans d’autres, celui de retraités reprenant une activité par exemple, la formule permet d’arrondir les fins de mois et de continuer d’entretenir des liens

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Marc R ietsch

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Des funambules sans filet, jour de grands vents
Comme nombre de salariés se plongent dans l’entrepreneuriat en parallèle, certains dirigeants les poussent dans le dos. Mais s’éviter le contrat de travail pour privilégier la souplesse de la prestation peut donner lieu à un méchant effet boomerang à l’addition des plus salée. Les droits et les devoirs de chacun en la matière sont précisément encadrés. Ainsi l’employé doitil avertir son patron lorsqu’il se lance dans une activité parallèle si son contrat de travail comporte une clause d’exclusivité de service, bien que celle-ci soit assez rare. C’est un motif de licenciement pour faute, voire pour faute lourde s’il y a eu réelle intention de nuire de la part du salarié. Le couperet est encore plus tranchant de l’autre côté. L’employeur qui fait miroiter une rémunération supérieure à son subalterne naïf – devenant prestataire avec comme seul client son ancienne entreprise – n’a pas bien évalué les risques. L’Urssaf veille, et l’ex-collaborateur lésé aura beau jeu de faire valoir ses droits devant les Prud’hommes pour rupture abusive de contrat. L’existence d’un lien de subordination, même passé, de l’un envers l’autre, est facile à prouver. Le premier risque est pénal pour le chef d’entreprise, accusé de travail dissimulé, passible de sanctions pouvant aller jusqu’à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende. Le deuxième est civil, avec une requalification de la collaboration en contrat de travail, qui signifie le versement d’indemnités et de dommages et intérêts pour le manque de cause réelle et sérieuse. Cerise sur le gâteau, un rappel de toutes les cotisations Urssaf jamais versées. Autre pratique, l’emploi pour partie à temps partiel, pour partie en tant qu’auto-entrepreneur. D’autres encore payent les heures supplémentaires en missions d’auto-entrepreneurs. Des pratiques illégales, le double statut dans une entreprise étant interdit. Le vent de liberté que cette nouvelle habitude a insufflé ne doit pas faire oublier quelques principes immuables.
M.C
O re valable jusqu’au 30 juin 2013 en France Métropolitaine. Dom-Tom al T et étranger : nous consulter à abonnement@lmedia.fr. Délai de réception f p d moyen du premier numéro : 6 semaines environ. Les informations ci-dessus f sont indispensables à l’installation de votre abonnement. A défaut, votre au abonnement ne pourra pas être mis en place. Par notre intermédiaire, vous pouvez être amenés à recevoir des propo tions de partenaires commerciaux osi d’EcoRéseau. Si vous ne le souhaitez pas, cochez la case ci-contre. ❏ Conformément à la loi Informatique & Libertés du 6 janvier 1978, le droit f f q d’accès et la recti cation des données concernant les abonnés peut s’exercer t auprès du service abonnement d’EcoRéseau. Sauf oppositi n expresse, ab auf pp io p les données peuvent être communiqués à des organismes exté ieures, éri i d notamment ààdes ns commerciales.

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EcoRéseau N°1 - FévRIER/MARS 2013

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CLUB ENTREPRENDRE
L’Analyse

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Oeil d’expert
Hervé Novelli, créateur de l’auto-entreprise, Stéphane Hugon, sociologue, et Bernard van Craeynest, président de la CFE-CGC, commentent la montée en puissance des indépendants.
Propos recueillis par Aymeric Marolleau

Selon vous, cette tendance devrait-elle être encouragée d’un point de vue sociétal ?
« Alors que dans bien des pays, ce sont les entreprises individuelles qui se développaient les premières, je regrette qu’en France le statut d’indépendant ait été contrecarré pendant de longues années au profit de l’organisation du travail sous la forme de société. La faute en revient à une couverture sociale inHervé Novelli, maire de Richelieu, suffisante, à un risque ancien Secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites de faillite et de ruine trop grands, et à une et Moyennes entreprises, du Tourisme, des Services et de la complexité administraConsommation. tive trop lourde. Lorsque je fus Ministre en charge des entreprises (de 2007 à 2010, ndlr), j’ai créé un statut très protecteur de l’entrepreneur individuel, l’EIRL (Entreprise indépendante à responsabilité limitée, ndlr), qui lui permet de ne plus risquer l’ensemble de ses biens et de « La relation au travail a considérablement changé par rapport à ce qu’elle a pu être du XvIIIe siècle à la fin du XXe siècle. Pendant longtemps, il était un legs qui recouvrait toute l’identité de la personne. Mais le rapport au temps n’était pas le même qu’aujourd’hui, et il y avait un mythe du progrès : par l’effort, Stéphane Hugon, sociologue, le sacrifice ici et mainchargé de cours à la tenant, on pensait que Sorbonne, fondateur d’Eranos les temps futurs seraient (société d’études qualitatives) meilleurs. Ce discours judéo-chrétien est passé dans le discours libéral et marxiste. Par la suite, toutes les cultures managériales se sont également fondées sur ce mythe du progrès : « Tu t’investis maintenant pour avoir les fruits de ton travail plus tard ». Las, ce mythe n’a pas tenu ses promesses, ni dans la science, ni dans l’entreprise, ni dans le politique. Le slogan “No Future” est entré dans l’imaginaire collectif et est devenu une valeur de masse. On ne croit plus que l’avenir sera meilleur que le présent. Or, cela a un impact concret sur l’imaginaire du travail : à quoi bon se sacrifier aujourd’hui ? Résultat, beaucoup, notamment parmi les jeunes actifs, prennent leurs distances avec la notion de CDI et de carrière, qui impliquent long terme et sacrifice. Du coup, ils sont de plus en plus nombreux à préférer pour métier des activités beaucoup plus intenses et passionnantes, où la création ne s’oppose plus à la production, et où le relationnel et l’ambiance de travail deviennent essentiels plutôt qu’annexes. Ils préfèrent une suite d’expériences courtes, parfois risquées, aux garanties incertaines du long terme. De nouvelles formes de travail collectif apparaissent aussi, en réseau ou en coopération, avec des relations horizontales, dans des communautés de pratique et de création. D’ailleurs, « La croissance du nombre d'indépendants est une tendance en partie liée à la création du statut de l'auto-entrepreneur en 2009. Sur les 150 000 entreprises créées en 2011 et 2012, près de la moitié l’ont été sous ce statut. L’idée originale était excellente, puisqu’il s’agissait d’offrir la possibilité à tout © Photo : valérie Jacob un chacun de se lancer Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC (Confédéra- dans une activité pour compléter ses revenus. tion française de l’encadrementConfédération générale des cadres) Cette activité pouvait éventuellement déboucher sur la création de véritables entreprises. Malheureusement, comme souvent dans notre pays, il y a des effets pervers. Profitant de la crise, certains ont dénaturé ce système, par

d’indépendant a été contrecarré pendant de longues années

“En France le statut ”

sociale, il faut absolument que nous tendions vers un système universel
exemple dans des secteurs comme le bâtiment et la restauration, où l’on a licencié des salariés en leur proposant de se mettre sous le statut d’auto-entrepreneur pour continuer à exercer les mêmes fonctions. En outre, pour faire face à la crise et à l’augmentation du chômage, un nombre croissant de personnes décident de développer leur activité à titre personnel au travers du statut d’indépendant. Mais ils ne sont pas toujours dotés de la préparation ou de l’équipement nécessaires pour réussir ce type d’aventure dans les meilleures conditions. Mi-janvier, la ministre chargée des PME Fleur Pellerin a donné le coup d’envoi aux Assises de l’entrepreneuriat. Nous espérons que l’on y prendra conscience des carences de notre système actuel, et que seront formulées des propositions pour travailler de manière plus efficace, à la fois au niveau de la formation initiale pour développer l’esprit d’entreprise, mais aussi, tout au long de la vie, pour permettre que des personnes potentiellement intéressées puissent se lancer avec tous les atouts et outils nécessaires. Cette tendance nous interpelle aussi sur la manière de représenter le monde du travail dans sa diversité et ses évolutions. Non seulement une carrière ne se fera plus entièrement dans la même entreprise, mais les travailleurs seront même appelés à passer de la fonction publique au privé, d’un statut de salarié à celui de mandataire social, travailleur indépendant, profession libérale… Parmi les réformes indispensables d'architecture de nos systèmes de protection sociale et de nos systèmes de formation professionnelle tout au long de la vie, il faut absolument que nous tendions vers un système universel, harmonisé, qui s'adresse à tout le monde du travail. »

“En matière de protection ”

protéger son patrimoine en cas de faillite, puisque les dettes sont exigibles à partir du patrimoine de l’entreprise. Quant au statut de l’auto-entreprise, créé en 2008, il est aujourd’hui la forme de création d’entreprise privilégiée en France. L’entrepreneuriat indépendant est parfaitement en phase avec l’ère du temps et avec notre société. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication développent l’initiative individuelle. Par exemple, la plupart des 100 000 sites de e-commerce français sont animés par des entrepreneurs individuels. Il y a une adéquation indéniable entre la modernité portée par les nouvelles technologies, et le statut d’entrepreneur individuel. Le travail indépendant ne constitue pas une menace pour l’entreprise traditionnelle. Il favorise au contraire la dynamique entrepreneuriale, puisque si on enlevait l’auto-entreprise des statistiques, il y aurait un effondrement de la création d’entreprise dans notre pays. La considérer comme une menace est un archaïsme, c’est comme si on refusait l’implantation d’un deuxième coiffeur dans une commune au prétexte qu’il perturberait l’activité du premier. La concurrence et l’émulation sont nécessaires au dynamisme de l’économie. Quant à la proposition de limiter le statut de l’auto-entreprise dans le temps, à 18 mois par exemple, ce serait un contresens économique majeur, puisque cela reviendrait à empêcher des retraités de compléter leur retraite et à des femmes au foyer d’avoir un complément de revenu. Chômeur, étudiants, retraités, la moitié des auto-entrepreneurs souscrivent à ce statut pour arrondir leurs fins de mois. »

les jeunes actifs, prennent leurs distances avec la notion de CDI et de carrière, qui impliquent long terme et sacrifice

“Beaucoup, notamment parmi ”

les cultures managériales d’aujourd’hui sont menacées, et beaucoup de DRH ne savent pas recruter, manager et garder ces profils. Attention, ce n’est pas une simple question de génération, Y ou Z, mais une question de société. Leur parler de carrière n’a plus de sens et ils préfèrent l’accompagnement, le coaching et les feedbacks à une hiérarchie verticale et à un management paternaliste. »

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CLUb ENtREPRENDRE
Leçons de maux

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Papier glacé
Le papetier Vertaris avait tout pour réussir : expérience, marché, technologie. Mais sous-estimer malchance et frilosité bancaire peut noircir le plus beau des tableaux.
du Pays Voironnais et le Conseil général de l’Isère ont aussi mis la main à la pâte en fournissant terrains et bâtiments, la Région en versant 400 000 euros. Autant de coups de pouce qui ont décidé François Vessière à se lancer malgré la voilure réduite. Mais au début de 2010, alors que les premières commandes tombaient, EDF a refusé le tarif vert avantageux habituellement accordé aux nouvelles entreprises, l’usine ayant par le passé appartenu à un autre propriétaire. « C’était un peu le pot de terre contre le pot de fer », ironise François Vessière. Mais à petit incident grands effets. La négociation ayant retardé la mise en activité, la société n’a pas figuré au 1er janvier 2010 dans le catalogue qui conditionne les ventes de l’année. Les pertes se sont donc accumulées malgré un CA de 25 millions d’euros en 2010. Début 2011, alors que la barre était en passe d’être redressée – les ventes atteignant les 4 millions d’euros mensuels – Vertaris a connu des tensions de trésorerie. Avec l’envolée de dette avec les banques et demandes de « rallonges » fin juin n’ont pas abouti. « Niet, alors que chacune avait jusque là prêté seulement 600 000 euros garantis à 50% par Oséo! » La situation a viré au rouge écarlate durant l’été avec la chute des commandes due aux vacances. Les deux fonds qui avaient remis au paquet 6 millions d’euros ont à leur tour jeté l’éponge, entraînant le redressement judiciaire en septembre 2011. « Les banques ont eu beau jeu de dire qu’elles étaient inspirées de ne pas y croire au début. Mais en limitant le prêt à la portion congrue, n’ont-elles pas justement causé la perte de l’entreprise ?, s’interroge François Vessière. C’est un peu la poule et l’œuf. » L’exDG d’Arjowiggins, leader mondial de la fabrication de papiers techniques et de création, ne s’appesantit pas pour cliné, vexé d’avoir été mis en attente. » De même au printemps 2012, un grand groupe papetier a avancé 200 puis 300 000 euros à titre conservatoire, avant de rebrousser chemin faute de temps. Malheureux concours de circonstances ? Selon François Vessière 4 ou 5 millions supplémentaires manquaient pour

Les vestiges immobiles d'une activité jadis frénétique.

es hangars désolés de Vertaris, à Voreppe près de Grenoble, où quelques balles de papiers jouxtent encore d’imposantes machines prenant la poussière, les 130 salariés laissés sur le carreau, et les millions d’euros partis en fumée, donnent l’impression d’un rendez-vous manqué, tant les atouts dans le jeu du papetier étaient nombreux. « 12 mois après le lancement nous étions sur le point

L

papiers issus de la collecte sélective en papier haut de gamme, en matériaux d’isolation écologiques, et, plus rare, en pâte de cellulose pouvant être revendue à d’autres sociétés. Un pool de huit banques avait suivi le diplômé de Grenoble INP, qui a passé 30 ans dans le secteur, pour financer l’installation de désencrage et de blanchiment : l’une des plus performantes d’Europe et le seul pôle français intégré de traite-

QuelQues Biffures sur la feuille de départ Le hic classique – commun à nombre de jeunes entreprises – a été le manque de capitaux au départ pour passer de pertes à profits, alors que la société rhônalpine en avait largement le potentiel. Comptant réunir 10 millions d’euros et en lever 10 autres auprès des banques, la direction a dû revoir ses ambitions à la baisse. L’Etat a

donne l’impression d’un rendez-vous manqué, tant les atouts dans le jeu du papetier étaient nombreux
passer la zone de turbulence. Un diagnostic optimiste qu’il n’est apparemment plus le seul à formuler. « Les offres portant sur les appareils de fabrication de pâte, plus rentables et peutêtre viables, sont mises en attente car le juge commissaire attend de voir comment les choses vont évoluer sur place », indique maître Dominique Masselon, liquidateur judiciaire. L’outil industriel est donc préservé et l’éventualité d’une réorientation stratégique vers la fabrication de pâte à papier recyclable et non de papier semble encore possible. « Je discute souvent avec des financiers et des industriels, qui savent que dans ce domaine le nombre de clients serait limité, pour des commandes annuelles voire pluriannuelles. Le marché mondial est estimé à 200 millions de tonnes de pâte, dont 1 million seulement provient du recyclage », détaille l’entrepreneur. Après deux ans de déveine, le temps semble s’être arrêté chez Vertaris. Les machines ne ronronnent plus que dans les souvenirs. Mais peut-être plus pour très longtemps...
Matthieu Camozzi

“La tableau

”

“En 12 mois nous étions sur le point de
résoudre nos problèmes d’exploitation, les pertes étaient minimisées, nous arrivions à l’équilibre

”

Une usine en sommeil...

de résoudre nos soucis d’exploitation, les pertes étaient minimisées, nous arrivions à l’équilibre », se remémore amèrement François Vessière, associé fondateur et président du Directoire.
papier L’outil industriel était pourtant à même de transformer de vieux

Belle idée sur le

ment et de valorisation de la fibre recyclée à partir de papiers usagés. De quoi aboutir sur un produit immaculé de qualité supérieure au non-recyclé, le tout en respectant l’environnement – la pâte produite étant transformée sur place sans avoir besoin d’être séchée – et avec une gouvernance participative associant les syndicats. Presque trop parfait.

octroyé un prêt d’un million via Oséo, deux fonds d’investissement spécialisés dans le développement durable, Aloé et Demeter, ont fourni 4,8 millions d’euros et huit banques ont prêté le même montant, d’ailleurs contraintes par le médiateur du crédit. Au total 10,6 millions, soit la moitié de ce qui était prévu ! La Communauté d’agglomération

du cours des matières premières, le prix des vieux papiers a bondi de 80% sur la période !

dernière impression fatale Dès lors le « struggle for life », bien connu des dirigeants aux abois, a débuté. Renégociations

autant sur son sort. Mais il a joué de malchance dans sa quête de chevalier blanc. « Un investisseur potentiel brésilien s’est manifesté, puis un deuxième, néerlandais et plus généreux. L’affaire n’a pu se conclure avec le Batave, et quand nous sommes revenus vers le premier celui-ci a dé-

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Club ENtREpRENdRE
Prospective

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Neiges éphémères
Février 2070. les prévisions les plus alarmistes se sont avérées exactes : la France a gagné 6 degrés par rapport aux températures de 2013. dans les alpes, les stations de sport d’hiver sont condamnées à innover. Ou à mourir.

E

n Maurienne comme en tarentaise, le désastre écologique se poursuit. sur les six derniers mois de l’année 2069, les carcasses d’un peu plus de 5000 marmottes, 2500 chamois et autant de bouquetins ont été retrouvées par les autorités. une hécatombe due à l’incapacité de ces espèces à s’adapter au nouveau climat local, qualifié de « post-mondialisé» par les scientifiques. « C’est une honte pour la Savoie, mais aussi pour la France, que de

projet d’implantation de tulipes sur le sol communal sous le slogan « la tulipe de tignes, la tulipe qui gagne ! ». Objectif: atteindre 25% en volume de la production hollandaise d’ici dix ans. Malheureusement, les autres villes de la région n’ont pas fait preuve de la même capacité de résilience, loin s’en faut. a la plagne, par exemple, le pari de la multiplication des canons à neige pour arroser tout le domaine a

voisin grenoblois face au psG, son maire a laissé échapper un « ils ont dû soudoyer l’arbitre » du plus mauvais goût. Résultat, des chiffres désastreux: moins 84% en moyenne

Harilaos Loukos, président et directeur scientifique de Climpact.
Leader européen de la business intelligence climatique, Climpact propose du conseil aux entreprises et aux collectivités afin d’anticiper les caprices de la météo et, à plus long terme, le réchauffement climatique.

Tignes, la tulipe qui gagne !

“La tulipe de ”

« Politiquement, anticiper les changements climatiques ne paie pas. »
Sur quelles certitudes scientifiques basez-vous votre conseil ? Sur la seule qui existe réellement : que le climat dans cinen ce qui concerne le cycle de l’eau. Globalement, les experts pensent que l’Europe du Nord sera soumise à davantage de précipitations liquides, et que l’inverse se produira dans les pays plus méridionaux. La France devrait connaître ces deux évolutions. En quoi cela intéresse-t-il les entreprises ? Elles réfléchissent sur des échéances plus courtes. Avec elles, nous essayons davantage de quantifier l’impact de la météo sur leur activité, qui peut jouer sur trois niveaux : le comportement des consommateurs, le fonctionnement de l’entreprise – les nuisances liées au gel dans le BTP par exemple – et les achats, notamment en ce qui concerne les matières premières. Les collectivités, elles, raisonnent sur un temps plus long. Oui. Depuis la loi Grenelle II, celles de plus de 50 000 habitants doivent être dotées idée, c’est de les aider à réduire leur vulnérabilité au climat actuel, avec la conviction que savoir mieux résister aux aléas d’aujourd’hui revient à être mieux préparé à ceux de demain. Concrètement, quelles mesures peuvent être prises à l’échelle d’une commune ? Nous en envisageons de trois types. D’abord, l’amélioration des connaissances, qui implique la mobilisation de chercheurs. Ensuite la gouvernance : qu’est-il possible de mettre en place aujourd’hui pour récolter de l’information au niveau local ? Il s’agit ensuite de la faire circuler. Enfin, des choses plus concrètes comme la construction de digues ou la mise en place de zones tampons dans les secteurs inondables, ou la création de parcs à l’extérieur des villes afin de faire baisser la température au cœur de ces métropoles. Dans certains cas – les stations de sports d’hiver par exemple – on s’attendrait à des décisions de plus grande ampleur. Les acteurs y réfléchissent, mais les ressources financières sont limitées. Or, politiquement, affirmer que l’on va dépenser quelques millions d’euros pour se préparer aux changements climatiques dans cinquante ans ne s’avère pas très vendeur. C’est regrettable car une action de prévention planifiée coûte moins cher qu’une politique de réaction à une catastrophe.
Entretien réalisé par Olivier Faure

Quand vous reverrais-je, paysages neigeux ? n’avoir pas su protéger ces animaux des transformations de leur environnement ! », s’est emporté dernièrement le leader d’En avant l’Ecologie. une critique qui fait grincer des dents au moment où l’urgence est avant tout à la reconstruction économique de la région. aujourd’hui, seul tignes a parfaitement réussi sa mue en devenant la capitale mondiale du rhododendron, dont les cultures couvrent à perte de vue les alpages autrefois enneigés. En octobre dernier, afin de diversifier l’activité de l’ancienne station, le maire a même lancé un vaste tourné au fiasco, obligeant la municipalité à des rationnements d’eau potable de ses habitants pendant trois mois. les communes qui avaient tourné la page du tourisme n’ont pas connu davantage de réussite, faute de préparation suffisamment en amont. a avoriaz, le projet de recyclage des remontées mécaniques en chaînes de montage automobile n’a pas vu le jour, par manque d’investisseurs. Chambéry a quant à elle définitivement perdu toute chance d’accueillir la fondation du Qatar pour l’art contemporain lorsqu’à l’issue de la défaite 3-0 du de fréquentation touristique dans la région et un manque à gagner estimé à 4 milliards d’euros cette année, nullement compensé. Rien d’étonnant à cette absence de clairvoyance lorsqu’on se souvient des mots prononcés dans son style inimitable par l’ancien président de la région, il y a exactement dix ans, à l’occasion des assises des sports d’hiver : « Le ski doit rester à la Savoie ce que la tomme est à l’aligot : son âme. » Gouverner, c’est prévoir, dit-on…
Olivier Faure

“Savoir mieux résister aux
quante ans ne sera plus le même qu’aujourd’hui. Toutes les projections l’indiquent : nous allons vers un réchauffement global. Dans quelle mesure ? Les estimations varient entre plus un et plus six degrés. Les prévisions se révèlent plus difficiles encore

aléas d’aujourd’hui revient à être mieux préparé à ceux de demain
d’un Plan climat énergie territorial (PCET), dont le but est de réduire, à l’horizon 2020, les émissions de CO2 par 4 par rapport à 1990. Nous les conseillons pour mettre en place les stratégies adéquates dans ce cadre, mais pas seulement. L’autre

”

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Club ENtREpRENdRE
Communiqué

GRANDLYON : façonner la ville de demain
Karine dognin-sauze, vice-présidente en charge de l’innovation et des nouvelles technologies du Grand lyon, revient sur la transformation de la ville en véritable métropole intelligente du 21ème siècle.
omment peut-on décrire le Grand Lyon actuel et ses principales forces ? Le Grand Lyon est une communauté de 58 communes qui existe depuis près de 40 ans. Cette ancienneté est un premier critère important ; elle donne le bénéfice d’une culture partenariale particulièrement bien établie et d’un territoire qui prend corps en réponse aux défis de son temps. La mise en place des pôles de compétitivité en 2005 a montré à quel point ce territoire avait les capacités de faire converger différentes communautés, scientifiques, industrielles en transformant des domaines historiques en secteurs d’avenir tels que les sciences de la vie, les clean technologies, les industries numériques et créatives. Ce sont aujourd’hui des pôles d’excellence constitués qui contribuent fortement à faire émerger la métropole sur la scène internationale et à rendre lisible nos atouts au-delà des frontières. Cette puissance économique, issue d’un patrimoine industriel, d’une culture de l’inventivité, soutenue par une politique volontariste et nourrie par un dynamisme entrepreneurial, est une condition nécessaire pour construire une ville équilibrée, durable. L’agglomération lyonnaise est un bassin de population d’environ 1,2 million d’habitants qui bénéficie d’une position naturelle très favorable aux confluents de l’Europe du Sud et du Nord. Nous sommes cependant encore loin de la masse critique de certaines grandes métropoles européennes. Nous avons l’enjeu d’accélérer la tendance naturellement positive de notre croissance démographique et d’attirer de nouveaux talents. Cette démarche d’ouverture se traduit par la création de nouveaux projets urbains ambitieux, exemplaires à l’image de notre vision de la ville de demain. Lyon Confluence, Carré de Soie, la rénovation de la Part-Dieu, le Grand Stade, l’aménagement des Rives de Saône sont autant d’exemples qui traduisent cette volonté de rendre la métropole de plus en plus désirable tout en ouvrant le territoire à l’expérimentation de grands projets industriels et en favorisant la création de nouveaux emplois.

C

Cette métropole, qui s’ouvre aujourd’hui sur un pôle métropolitain élargi et qui va devenir prochainement Métropole Européenne dispose d’atouts, d’un patrimoine historique, d’un mouvement qui indéniablement feront sa différence pour faire face aux défis du XXI ème siècle. En quoi consiste votre stratégie de développement appelée Métropole Intelligente ? C’est le résultat d’une réflexion engagée depuis 4 à 5 ans. Elle consiste à avoir une lecture et une compréhension des grandes tendances actuelles et à les appréhender à partir de nos atouts de territoire pour en faire un programme de construction de la ville du XXIème siècle. L’objectif est de développer un modèle qui soit propre à notre agglomération car s’inscrivant dans une continuité évidente. Le fait urbain, la contrainte énergétique, le développement accéléré des nouvelles technologiques sont aussi des défis qui ouvrent des perspectives et peuvent devenir des moteurs de développement : ouvrir la ville à l’expérimentation de vastes projets dans le champs de l’énergie intelligente , des nouvelles mobilités et de services urbains innovants donne un coup de fouet à l’innovation et doit permettre aux acteurs du territoire au sein de consortium d’envergure d’associer des savoir-faire et briques technologiques multiples et de se positionner sur des secteurs industriels d’avenir. Dans cette démarche de construction de la ville de demain, nous faisons valoir l’ambition de ne pas être seulement un « marché à prendre » par des acteurs industriels mondiaux mais de faire en sorte que l’ensemble des acteurs du tissu économique local puissent se saisir de cette dynamique pour contribuer à une nouvelle croissance et devenir en tant que territoire « fournisseur» de modèles et de solutions qui vient alimenter le marché international.

Cela consiste aussi à partir de cette qualité de vie qui nous est reconnue, de faire émerger un véritable « style de vie à la lyonnaise » en faisant de la ville un vaste espace de services innovants et en initiant de nouveaux modes de vie. Le tout technologique n’a pas de sens en soit. Cependant, associées à une vision politique, les nouvelles technologies permettent d’éveiller des logiques coopératives et une approche systémique de la ville source d’intelligence et de créativité collective. Qu’est ce qui vous paraît le plus important pour parvenir à ce but ? Nous avons fixé 3 grands axes de travail. Le premier concerne l’innovation dans les réseaux quels qu’ils soient, des transports aux télécommunications en passant par le réseau électrique. Le deuxième axe se focalise sur l’innovation dans les services, de

ne vise pas à faire la ville, mais plutôt à faire faire la ville. Notre priorité est de créer les « conditions de l’innovation ». L’ouverture des chantiers urbains à l’expérimentation de vastes projets industriels tels qu’évoqués précédemment en fait partie. Mais il faut ajouter que cela suppose pour la collectivité d’être en capacité de mettre en place un mode de gouvernance efficace, de sécuriser des partenariats publics-privés avec une complexité et dimension internationale inédites. L’accès aux données est aussi au cœur des nouvelles dynamiques d’innovation. Elle fait l’objet d’une stratégie d’ouverture des données détenues par le Grand Lyon avec une plateforme en ligne lancée depuis cet été et d’un projet qui verra le jour fin 2013 dans le quartier PartDieu : un espace de conception et d’expérimentation des services urbains de demain à partir de données publiques / privées mutualisées. Concrètement quels projets sont mis en place, quelles sont les filières concernées par cette évolution vers la métropole de demain ? De cette stratégie Métropole intelligente découle un ensemble de projets dans trois domaines : l’énergie, les nouvelles mobilités et les services de la ville. Nombre d’entre eux entrent dans une phase opérationnelle. L’agglomération choisie comme territoire pilote pour le déploiement des compteurs Linky bénéficie d’une longueur d’avance qui se traduit par la plus forte concentration de projets Smart Grid. Lyon Smart Community, issus d’une collaboration avec le Japon est probablement le plus complexe et le plus complet. Le développement des nouvelles mobilités est une préoccupation forte depuis plusieurs années. Ce volet rassemble prés d’une dizaine de projets : au-delà de nouvelles infrastructures en faveur des modes doux telles que les pistes cyclables, l’offre Velo V, la priorité est d’optimiser l’information avec la mise en place de nouveaux

services aux usagers qui centralisent et traitent l’ensemble des données de mobilité. Le projet Optimod est exemplaire en la matière. Il rassemble un consortium de 16 acteurs dont des laboratoires de recherche, divers industriels. Cette nouvelle centrale de mobilité va permettre à l’usager de choisir le trajet le plus optimisé pour aller d’un point A à un point B à partir de données en temps réel sur une palette large de modes possibles, mais aussi de faire des prévisions de trafic et de générer de multiples services. Nous prévoyons également prochainement un bouquet de services sans contact qui donnera entre autre accès à une offre culturelle. Le projet Lyon Smart Community reflète en quelque sorte ces différentes mutations ? Très juste. Lyon Smart Community est un outil de management énergétique appliqué au nouveau quartier Lyon Confluence. Cet outil regroupe trois projets : le premier est un ensemble de bâtiments à énergie positive, constitués de panneaux photovoltaïques en toiture et en façade, et d’équipements permettant d’optimiser la gestion énergétique. La première pierre de ces constructions atypiques sera posée dès mars 2013. Le second concerne le déploiement d’une flotte de véhicules électriques en auto-partage dès septembre 2013. Ceux-ci utiliseront de l’énergie produite par des systèmes photovoltaïques. Le dernier volet est la rénovation de bâtiments existants : 275 habitations résidentielles seront dotés de boitiers énergétiques qui rassembleront les données de consommation d’eau, de gaz et d’électricité et engageront l’usager à une meilleure gestion de sa consommation. Lyon Smart Community va fournir des retours d’expérience technologiques, comportementaux sur les nouveaux modèles économiques du secteur énergétique. Plus de 30 acteurs privés et publics, nationaux et internationaux, sont impliqués. Ce projet fait de Lyon une vitrine technologique de premier plan et permet de faire valoir une certaine vision de la ville de demain.

la manière d’administrer la ville aux modes de vie des habitants au quotidien. Enfin, le troisième pilier consiste à développer des segments industriels d’avenir, comme les technologies propres, le numérique et de disposer d’un socle technologique local solide. En tant que collectivité, notre approche

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Innovation Numérique
L’information économique & stratégique, autrement
Décryptage

&

Stratégie

FéVRIER/MARS 2013
Bimestriel

N°1

Comprendre, Entreprendre, Innover

ecoreseau.fr

L’Arlésienne

O
P

n en a parlé, on a légiféré il y a 12 ans, mais la facture dématérialisée est encore bien souvent une fiction dans les TPE-PME. La transposition de la directive européenne en droit

français reste une merveille de complexité comme seuls les technocrates savent en créer. La nouvelle loi en préparation génère à nouveau son lot d'espoirs... et d'inquiétudes. p. 38

EDITORIAL
Dématique, de l’importance des mots
lutôt que d’utiliser le terme « dématérialisation», source de nombreuses confusions voire d’incompréhensions à cause d’une vision souvent incomplète du domaine – à noter également que nos amis anglo-saxons voient dans la « dematerialization » plutôt la notion de désintégration, ce qui n’est pas forcément le but recherché ! – nous proposons d’utiliser le mot « dématique » : celui-ci correspond à l’action de dématérialiser dans son sens le plus large. La dématique va ainsi concerner à la fois la numérisation de documents, la dématérialisation des échanges et la dématérialisation des processus, sans oublier la prise en compte des aspects juridiques et réglementaires. La première compréhension que l’on a en général de la dématérialisation est celle de la transformation du papier en électronique par le biais d’une opération classique de numérisation. Le document, une fois numérisé, sera ainsi accessible beaucoup plus facilement par un grand nombre d’utilisateurs. Il s’agit ici de la véritable origine et de l’objectif de la gestion électronique de documents (GED), à ne pas confondre avec l’archivage électronique qui dans la majorité des cas concerne des documents sur lesquels pèsent des obligations légales et/ou réglementaires, nécessitant un niveau de sécurité élevé. La dématique s’intéresse également à la dématérialisation des échanges, avec par exemple les e-mails ou encore les recommandés électroniques, le télétravail, les télé-procédures, en particulier administratives (déclarations d’impôts, de TVA). Ce dernier point introduit naturellement le troisième aspect de la dématique qui concerne les processus, pour lesquels le papier est totalement exclu. À titre d’exemple nous citerons la dématérialisation des factures, des contrats, des bulletins de salaires, etc. Ce dernier volet de la dématique est celui qui présente le plus d’enjeux et correspond en fait à l’évolution naturelle de la démarche d’informatisation, à laquelle s’ajoute une dimension légale. La dématique doit ainsi permettre, en plus des procédures déjà connues et adaptées à l’électronique, d’envisager de nouveaux processus « tout numérique », qui vont permettre de pleinement profiter de l’électronique, gagnant en efficacité tant au niveau de la réduction des temps de traitement que de l’image de toute organisation, tant publique que privée, au regard de ses clients. Sans oublier la réduction de certains coûts. Enfin la dématique génère nécessairement un grand nombre de données/documents numériques et débouche naturellement sur la notion de conservation de ces mêmes données, posant un nouveau problème, celui de leur sécurité et surtout de leur pérennité. Jean-Marc Rietsch

Expertises Dématique Analyste
Déjà la fin de la notion d’archivage électronique ?

Haute résolution

Cybercrim' : Fini de rire

La dématérialisation ou mieux la dématique, moteur de l’entreprise numérique La mutualisation, plus qu’un enjeu dans le secteur public, une nécessité dans bien des cas Une première en assurance : dématique et garantie de bonne fin

Domaine public

Assurance risque

Les frappes se font chirurgicales et stratégiques. Aux entreprises de réorganiser leur défense. p. 42

Normes

La norme AFNOR NF Z 42-020 sur le coffrefort numérique, seulement une première étape Pour faire face au tsunami numérique, rien p. 40 de tel que l’archivage managérial. p. 46

Record mania

Business story
L’information, pétrole du XXIe siècle
En filigrane de l’évolution de RSD, éditeur de logiciels suisse, c’est toute la montée en puissance des données immatérielles pour les entreprises qui est décrite. Cas d’école.

p. 50

Veille juridique
Peut-on faire confiance aux contrats 100% numériques ?
p. 51

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STRATéGIE & INNOVATION NUMéRIQUE
Décryptage

38

L’Arlésienne
On en a parlé, on a légiféré il y a 12 ans, mais la facture dématérialisée est encore bien souvent une fiction dans les TPE- PME. Un gâchis à oublier.
rend toute tentative en ce sens quasiment inutile », précise Etienne Pruvost, président de Gesway. Donc, pas de format standard… Mais ce n’est pas tout : la facture est le seul document dont le statut est régi par le Code général des Impôts : elle sert à récupérer la TVA, une opération vitale pour les entreprises de petite taille. « La directive TVA de 2006, qui devait être appliquée avant la fin de l’année 2012, visait à simplifier ce système, et faire en sorte que la facture rejoigne le rang des autres documents comptables et juridiques », explique Olivier Iteanu, avocat et vice-président de l’Aproged. Les textes sont-ils sortis ? Que nenni. Surtout, le vocabulaire employé prête à confusion. Trop de fournisseurs ont joué sur les mots, vendant en tant que dématérialisation ce qui n’était que de la gestion électronique de document avec de la numérisation. La dématérialisation va plus loin : elle vise la transmission directe des informations, de système informatique à système informatique. D’où le nom de « dématique » : l’emploi d’un nouveau vocable veut éviter ce genre de confusion à l’avenir. D’autant que le terme de dématérialisation n’est pas clair à l’international, et on n’a vraiment pas besoin de rendre le sujet plus embrouillé qu’il ne l’est déjà !

Innovation

Dématique en ébullition
Si l’esprit d’ouverture de la directive européenne de 2010 se retrouve transposé – on peut encore l’espérer –, les entreprises auront l’embarras du choix quant à leur méthode d’émission et de réception de factures numériques. En effet, les acteurs du marché développent des solutions variées, tous essayant d’une façon ou d’une autre de simplifier l’embrouillamini légal. Par exemple, Lex Persona travaille sur une solution, LP2DDoc, intégrant un QR-Code sécurisé, appelé 2D Doc, qui contient les données de la facture. « Au total, il existe une demi-douzaine de données sur une facture qui doivent être partagées, notamment le SIREN de l’émetteur – pour pouvoir le retrouver –, la raison sociale du destinataire, pour ne pas que l’on puisse s’approprier la facture, et le montant », précise Stéphane Gasch, directeur des études informatiques de la Chambre des ExpertsComptables. Grâce à une clé de cryptage, le QR code est infalsifiable ; le document ainsi obtenu est une facture papier sécurisée dont les informations sont rapidement disponibles grâce à un simple scan. Un autre exemple, qui s’inscrit plus dans l’esprit de la mystérieuse troisième voie, est une idée actuellement développée par Sage. « Afin d’apporter une meilleure traçabilité de l’échange au fournisseur qui émet une facture électronique et en complément d’un accusé de réception technique, nous travaillons – chez Sage uniquement – sur un compterendu de rapprochement, qui permettra à l’acheteur d’informer son fournisseur si la facture est correcte ou s’il y a un litige », explique Magali Kolnik, chef de marché dématérialisation chez Sage. Si tout cela ressemble furieusement à un avis de réception, c’est parce que c’en est un. En un sens, il est logique de voir arriver des solutions qui rappellent

Une facture salée ’entreprise a tout à gagner de la dématérialisation des documents, et en particulier des factures : des économies sur le long terme et des gains d’efficacité et de sécurité notables en comparaison du support papier. PME et TPE se sont donc jetées à corps perdu dans l’aventure ? Non. La complexité règlementaire n’a pas aidé, bien au contraire. Une nouvelle directive européenne de 2010 cherche à simplifier l’émission de factures électroniques, mais sa traduction en droit français se fait attendre, et pourrait avoir des effets aussi bien positifs que négatifs selon le résultat final. Quoi qu’il en soit le passage aux factures numériques se fera un jour ou l’autre… le jeu en vaut trop la chandelle. Trop de dirigeants envisagent encore la dématérialisation de document sous l’unique angle du retour sur investissement. C’est une vision incomplète. « Pour nous, la GED (Gestion électronique de document, ndlr) est un formidable outil d’organisation et de management, explique Martine Joulia-Cubizolles, Directrice Novaxel, filiale du groupe VISIATIV, partenaire stratégique des en-

L

treprises 2.0. La GED permet aussi de fabuleux gains de productivité. » Le document devient portable, et la réactivité client est améliorée, la transmission étant quasi-instantanée. Les données étant directement présentes dans le système de

pratique qui permet également de retrouver une vision globale de ses documents, qui sinon sont répartis entre plusieurs lieux de classement. Parmi tous les documents qui circulent entre les entreprises, la facture est l’un des premiers

de l’offre évoquent la notion d’une domiciliation électronique

“ Des acteurs

”

“La dématérialisation va plus ”

loin : elle vise la transmission directe des informations, de système informatique à système informatique
qui a été visé par la dématérialisation. Il s’agit après tout du nerf de la guerre. Pourtant, malgré des dispositions légales datant d’il y a 12 ans, la facture numérique ne s’est pas répandue aussi vite que ce qu’on aurait espéré.

traitement, toutes les étapes de saisies sont éliminées. Couplée à une solution d’archivage, elle s’avère encore plus positive. Avec des règles logicielles de classement, tout reste à sa place en permanence. « Les documents deviennent immédiatement disponibles ! Il n’y a plus de stress liés aux risques de perte, de déplacement, de duplication et de confidentialité, explique Martine Joulia-Cubizolles. A cela s’ajoute la traçabilité sur les documents largement plus fiable que tous les systèmes papiers. » Une

Icebergs en vue

Tout d’abord, la facture est loin d’être le document le plus simple à dématérialiser. « Il n’existe pas de standard universel pour une facture, et la diversité des secteurs et des données à prendre en compte

La nouveLLe dIrectIve, une feuILLe de pLus au mILLefeuILLe La Commission européenne avait pourtant émis en 1999 une directive, transposée en 2001 dans le droit français, qui régulait la dématérialisation totale de l’émission des factures sous format numérique en indiquant deux méthodes : l’EDI, un système point-à-point qui existait déjà, lourd à installer, mais fonctionnel ; ou l’utilisation d’une facture numérique, avec signature électronique, qui garantit l’origine et l’intégrité du document. Une idée curieuse : qui signait à la main les factures papier ? L’idée

celles qui ont été développées à l’époque pour le papier. Un certain nombre d’acteurs du marché évoquent la notion d’une domiciliation électronique, équivalent numérique de l’adresse physique. « Si j’envoie une facture à un grand distributeur, que faut-il prendre comme date de réception ? Est-ce que le fait d’envoyer le pdf vaut dépôt ? », interroge Stéphane Gasch. Avec un courrier physique, il y a le cachet de la Poste, des lettres suivies, et des recommandés avec avis de réception. Mais avec un mail, que se passet-il si le destinataire est en vacances ? Sans oublier que la facture s’adresse à une entreprise, pas à une personne physique… Une adresse numérique fixe, unique à chaque entreprise, et opposable, pourrait bien éviter des confusions et des complications inutiles.

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était de garantir l’intégrité et la traçabilité. La Direction générale des impôts (DGI) a suivi le plan, à un (gros) détail près : il fallait, pour la signature électronique, une convention signée entre les parties (du moins pour le BtoB). Un peu comme si on demandait aux PME de se servir d’un rouleau-compresseur ou d’une en question sont différentes en droit européen et en droit français. « Les notions de “certificat qualifié” et de “dispositif sécurisé de création de signature” n’ont pas le même niveau d’exigence en droit européen et en droit français. Pour avoir droit à ces “labels” en droit français, il faut passer par de lourds processus de qualifi-

STRATéGIE & INNOVATION NUMéRIQUE
bler. Les seuls termes que l’on a pour se guider sont « la piste d’audit », sans aucune autre précision. Mais quelques conséquences pratiques peuvent déjà être déduites de cette troisième voie. « Un simple pdf envoyé par mail peut constituer une facture légale, tant qu’il existe une piste d’audit la rattachant à l’émetteur », explique Jean-Marc Rietsch. Autrement dit, ce que font déjà la plupart des entreprises sera légal. Toute la question est de savoir quels seront ces liens d’audit : un rapprochement entre le bon de commande ou de livraison et la facture ? Oui, mais dans ce cas « la troisième voie ne serait facile à appliquer que pour l’achat de bien matériels, estime Stéphane Gasch. Pour le service, ce serait plus délicat. » Et encore, facile est exagéré. Car il y a encore beaucoup de PME et de TPE qui n’ont pas de GED, et où les bons de commande et de livraison sont encore sur support papier… Cela voudrait donc dire une quasi-obligation de passer à la gestion électronique de document, car faire coexister papier et numérique annule les avantages de chaque support. On peut également envisager une autre possibilité, qui serait d’assimiler la piste d’audit à sa définition comptable. « La piste d’audit comptable existe de facto dans toutes les grandes entreprises, du fait de l’application de la réglementation comptable et de la loi de Sécurité Financière », remarque Isabelle Renard. Mais là encore, ce n’est pas le cas de la majorité des PME et TPE, qui sont les entreprises qui ont le plus besoin d’un assouplissement des règles d’émission de factures numériques.

“ Chaque pays a interprété ”
boule de démolition pour enfoncer un clou : la disproportion était de mise. Après une dizaine d’années, la Commission a décidé d’ouvrir encore sa directive d’origine. « Elle en a proposé une nouvelle en 2010, raconte JeanMarc Rietsch, président de la Fédération de la dématique, du stockage et de l’archivage (FedISA). Les dispositions de 2001 restent, mais on y rajoute ce que tout le monde appelle la troisième voie. » L’idée est de simplifier la signature électronique, et d’ouvrir une autre piste qui ne demanderait qu’une « piste d’audit ». Tout le problème vient du fait que cette directive n’a pas encore été traduite dans le droit français : les textes sont en attente et les discussions se poursuivent. L’interprétation de certains points pourrait complètement changer la donne. Et il semblerait, pour l’instant, que l’on se dirige vers des exigences légales plus contraignantes qu’auparavant...
éLectronIque en danger A l’origine, c’est un problème de vocabulaire. La nouvelle directive européenne fait référence à la même signature électronique que l’on connaît actuellement. Mais le texte de loi français semble opérer quelques choix de traduction curieux. « Les rédacteurs de la loi ont parlé de signature électronique avancée, reposant sur un certificat qualifié et un dispositif sécurisé de création de signature, ainsi que le mentionne la directive ; mais alors qu’il s’agit dans la directive d’une simple possibilité pour sécuriser une facture envoyée par voie électronique, cela devient en droit français une obligation », souligne Isabelle Renard, avocat associé au cabinet Racine. En plus, les notions recouvertes par les termes

à sa façon la directive d’origine de 1999
cation et, en pratique, l’offre revêtant lesdits labels est totalement marginale », poursuit Isabelle Renard. Cela aurait un impact considérable sur les coûts. « Un certificat non qualifié sur clé USB coûte 300 euros pour 3 ans ; un certificat qualifié nécessite l’acquisition d’un boîtier chiffrant de l’ordre de 15 000 euros, compare Magali Kolnik, chef de marché dématérialisation chez Sage. Et encore, si l’on est prudent et que l’on duplique le système, il faut en acheter un deuxième… » Aujourd’hui, une facture électronique signée coûte entre 30 et 40 centimes. Inutile de dire que ces prix ne seront qu’un lointain souvenir si son coût grimpe en flèche. De plus, les certificats qualifiés fonctionnent avec une carte à puce, dont le code PIN doit être renseigné à chaque signature, qui doit être effectuée par une personne physique. La solution devient alors totalement ubuesque car on annule de fait le gain de temps et de productivité qu’est censée apporter la dématérialisation, et le coût devient prohibitif. La solution qui ne bouge pas, l’EDI, est éprouvée. « Mais elle pose beaucoup de contraintes juridiques et d’ingénierie, explique Stéphane Gasch. Cela réserve le procédé à des partenaires ayant entre eux un flux de données important. » Elle est de fait inadaptée à la grande majorité des PME et TPE. Ce qui fait que si la signature électronique telle qu’on la connaît cesse d’être utile, ces dernières n’auront pas vraiment le choix de la méthode de dématérialisation : il leur faudra emprunter la troisième voie.

cap sur La maturIté A cause de ces complexités, « les PME-TPE ne dématérialisent pas, sauf quand elles y sont obligées légalement ou parce qu’elles travaillent avec un client ou un donneur d’ordre qui l’impose », estime Jean Saphorès, président de la commission informatique du Conseil supérieur de l’ordre des experts comptables. Le problème n’est pas culturel. On a franchi un cap important : la dématérialisation n’est pas un gadget électronique. Mais « il y a un manque de connaissance de l’existant, et en ce moment, le temps manque pour prendre du recul », estime Jean-Marc Rietsch. Il apparaît aussi une certaine résistance au changement, qui vient entre autres des départements comptables des entreprises – ce alors qu’il y a toujours un besoin de vérification. Et si l’idée du document numérique a fait son chemin, les préoccupations liées à la sécurité et à la notion de preuve sont toujours aussi fortes. « Les premières ques-

Dirigeant de PME qui a tenté de comprendre la règlementation en vigueur... tions que posent les entreprises concernent la notion de valeur probante. Quels sont les risques de falsification ? Avec un papier falsifié en face, que vaut l’électronique ? Cela provient encore beaucoup de la peur du support physique », précise Isabelle Renard. Il y a encore très peu de jurisprudence sur les documents numériques, et personne ne veut véritablement être le premier à prendre le risque. Mais tous ces écueils peuvent être contournés, pour peu que l’on informe les entreprises, à la fois des nouvelles évolutions législatives et des offres existantes. Il serait possible de créer, dans les Chambres de commerce et des métiers, des conseillers informatiques, avec pour but l’information des TPE et PME, comme lors de l’informatisation des entreprises ; cela avait plutôt bien fonctionné. Car le marché de la dématique arrive à maturité, et il existe pléthore d’offres abordables pour les PME, notamment grâce à l’essor du cloud computing. La tendance de fond est irréversible, et la pause provoquée par l’incertitude qui entoure la version française de la directive de 2010 n’est que cela – une pause.
Jean-Marie Benoist

Guerre des supports

Papier vs digital
Lorsqu’elle a publié sa première directive, en 1999, l’intention de la Commission européenne était on ne peut plus louable : donner au document numérique le même statut qu’à son équivalent papier. Un esprit qui a été, en théorie, bien compris. En France, « la loi de mars 2000 a mis en place un double principe : neutralité et non discrimination par rapport au support », explique Olivier Iteanu, avocat et vice-président de l’association pour les professionnels de l’économie numérique (Aproged). Autrement dit, le document papier est égal au document électronique, et ce dernier ne peut pas être rejeté par un juge au seul motif qu’il est électronique. Mais la pratique n’a pas vraiment suivi : l’EDI est un système lourd à mettre en place, et la signature électronique n’est pas pratique. En 1980, les factures papier sont en couleur, avec des logos, un papier un peu épais, des cadres décorés… « Le support papier, et sa qualité apparente, servait en quelque sorte de garantie, décrit Stéphane Gasch, directeur des études informatiques de la Chambre des Experts-Comptables. Faire un faux demandait un effort. » Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le papier a perdu son statut de support de document. Et en électronique, c’est pire : faire des faux est à la portée de tous. C’est pour cela que la signature électronique a été introduite, qui garantie l’intégrité et la traçabilité du document. Et pourtant, la facture papier est loin d’être contrainte à un tel niveau de sécurisation : l’expéditeur n’est identifié confiance. De plus, si l’on pousse la logique jusqu’au bout, et que l’on considère que ce qui s’applique au numérique devrait également valoir pour le papier, la troisième voie de la nouvelle directive européenne entérine le fait que le document papier n’est pas suffisant. En effet, elle demande une piste d’audit ; ce qui revient à dire que la facture papier, qui n’est pas signée et pas spécialement traçable, n’est plus suffisante car pas assez sécurisée… « Il y a également un problème d’usage, signale Magali Kolnik, chef de marché dématérialisation chez Sage. Les contrôleurs fiscaux ont encore peu l’habitude des documents électroniques. » Du coup, ils ont tendance à s’en méfier ; et vérifier sa validité suppose d’utiliser des outils qu’ils ne maîtrisent pas nécessairement.

La sIgnature

est loin d’être contrainte au même niveau de sécurisation que la facture numérique

“ La facture papier

”

une troIsIème voIe source d’InterrogatIons Le problème, c’est que pour l’instant, personne ne sait exactement à quoi elle va ressem-

que par un numéro SIREN, l’intégrité du document n’est assurée que par le fait que l’achemineur – la Poste ou autre – est un tiers de

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sTRATéGiE & iNNOVATiON NUMéRiqUE
Expertises

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Dématique
par Jean-Marc Rietsch, Président de FedisA

La fin de la notion d’archivage électronique ?

L

’archivage des documents a d’abord principalement été organisé et encadré juridiquement autour du papier, en distinguant ses trois âges : courant, intermédiaire et définitif. Puis, à la fin du siècle dernier, est arrivé l’archivage électronique. Pendant presque dix ans, l’évolution de l’archivage électronique s’est faite en parallèle de l’archivage papier, avant que l’on assiste finalement à une forme de réconciliation du numérique avec le papier. Cela a permis à l’utilisateur d’accéder aux documents archivés d’une seule voie, qu’il s’agisse de documents papiers ou numériques. Les Anglos-saxons défendent plutôt la notion de records management, mieux adaptée à

l’électronique et surtout qui prend en compte la logique d’archivage très en amont. il existe d’autres notions, comme la Gestion électronique de documents (GED) - destinée à l’origine à mettre à disposition des utilisateurs des documents numérisés - l’archivage à valeur probante, l’archivage sécurisé, l’archivage légal, l’archivage technique, etc. De plus, pourquoi limiter les exigences liées à la valeur probante aux seuls données/documents sur lesquels pèsent des obligations légales et réglementaires ? En effet, les exigences en matière de garantie d’origine et d’intégrité sont les mêmes pour toute donnée ou tout document conservé, pour peu que leur usage le justifie, en parti-

culier les données historiques ou patrimoniales. En effet, que faire d’un document interrogé

part. On assiste en effet à la fin de la rupture existant dans le monde papier, au moment de

“ Qu’est-ce qui intéresse
au final l’utilisateur ? retrouver l’information

”

au bout de plusieurs années si l’on est incapable de garantir qu’il n’a pas été modifié ? Mais revenons à l’utilisateur et précisons que l’archivage électronique fait aujourd’hui partie intégrante du système d’information et n’est pas à traiter à

l’archivage, qui malgré une belle organisation théorique est déclenché souvent à cause d’un manque de place. il nous faut désormais raisonner sur le cycle de vie des données/documents et prendre en compte la notion de durée de conservation des documents dès leur origine.

Notre besoin, en tant qu’utilisateur, consiste à trouver la bonne information au bon moment à travers le systèmes d’information, et peu importe que les données/documents y soient conservé(e)s depuis quelques minutes, plusieurs mois ou plusieurs années. On peut ici se permettre un parallèle avec le cloud où peu importe l’endroit où se trouvent physiquement les données/documents, l’objectif est finalement d’y accéder lorsque l’on en a besoin. Un tel raisonnement a le mérite de simplifier considérablement le discours vis-à-vis de l’utilisateur mais implique de conserver avec la sécurité adaptée les données/documents en ajoutant la notion de pérennité aux critères sécuritaires classiques (Dis-

ponibilité, intégrité, Confidentialité, Preuve). La véritable difficulté consiste néanmoins à gérer la transition avec le monde papier pour lequel l’archivage vient après. il y a donc lieu de repenser le si de telle sorte que l’information soit conservée une seule fois dans les conditions de sécurité optimum. Cependant pour des raisons économiques et sécuritaires il peut s’avérer pertinent de gérer par exemple en parallèle un système de type GED, destiné aux accès multiples et rapides, avec un autre système plus sécurisé respectant les exigences de l’archivage.

Analyste
par Bernard Dubs
Fondateur et directeur du cabinet Business & information Technology (BiT) Group

La dématérialisation, ou mieux la dématique, moteur de l’entreprise numérique
la fin des 30 glorieuses, les pays industrialisés ont basculé d’une économie d’équipement à une économie de remplacement, amenant les entreprises à s’adapter pour suivre un usager devenu client, puis client cible mouvante. Leur organisation s’est ‘transversalisée’ (au sens Michael Porter du terme) pour passer d’un modèle basé sur les 3 silos-fonctions (Produire – Vendre - Gérer) vers un modèle matriciel de ‘silos processés’ faisant un premier levier des TiCs pour donner le modèle ‘e-company’ de l’an 2000. A ce stade, malgré 20 ans de transformation, nous consi-

A

dérons que l’entreprise n’avait fait que la 1ère mi-temps de sa transformation numérique et la période 2000-2020/2025 est la 2ème mi-temps, qui va l’amener au stade d’entreprise

du développement des autres est l’agilité. L’entreprise agile recouvre 3 notions : l’amélioration de l’intelligence dans les produits,

associée, et ce qu’on englobe sous le terme de ‘dématérialisation’ ou mieux de ‘dématique’. La dématérialisation est biface : • d’un côté, il y a tout ce qui concerne les données, les documents et les Big Data qu’il va falloir nettoyer, traiter, stocker et conserver, dans un data center qui évolue vers une véritable centrale d’énergie numérique, • l’autre face est la dématique, elle-même fusée à 3 étages avec la ‘dématérialisation documents’ (numérisation, LAD/RAD), la ‘dématérialisation des échanges’ (emails, télétravail) et la ‘dématérialisation des processus’ (factures, administrations, souscriptions

et contrats en ligne, mandats sEPA). Les organisations les plus avancées (20% des cas) ont recours à l’externalisation via des tiers de confiance : tiers certificateurs, archiveurs, horodateurs. Ce sont en général celles qui ont aussi mis en place une gouvernance de l’information structurée. La proposition de valeur inclut la réduction des coûts liés aux consommables associés à l’impression, différents gains de temps (distribution des documents, préparation, …), l’amélioration de la traçabilité et du suivi des documents émis, l’image de modernité / innovation de

l’entreprise et la réduction de la fraude client / conseiller. Le marché français de la dématérialisation est estimé à 4 milliards d’euros en 2012 et devrait connaître une croissance à deux chiffres sur les 5 ans à venir. Cette rubrique est une introduction pour les prochaines éditions du journal, où nous développerons les différents aspects de la dématique et de la gouvernance de l’information, toujours en cohérence avec notre vision de la construction de l’entreprise numérique.

son énergie aujourd’hui dans des data centers

“ L’entreprise puise ”
services et processus par création de logiciels avec les méthodes agiles sur base d’architectures orientées services, l’externalisation et la variabilité qui y est (en théorie)

numérique. Cette transformation continue est multidimensionnelle : collaboratif et social, mobilité, … mais la première de ces dimensions qui détermine en partie la vitesse

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sTRATéGiE & iNNOVATiON NUMéRiqUE
Expertises

Domaine public
par Francis Kuhn
Directeur du syndicat mixte siCTiAM

Assurance risque
par Jean-Laurent Santoni
Président Clever Courtage

La mutualisation, plus qu’un enjeu dans le secteur public
évision générale des politiques publiques, rationalisation des dépenses et meilleure efficacité d’emploi des ressources fiscales, simplification technique, mais aussi meilleure solidarité entre les territoires, telles sont, en règle générale, les motivations et avantages attendus des processus de mutualisations qui commencent à être fortement encouragés par le législateur. La loi de réforme des collectivités territoriales (dite loi RCT) du 16 décembre 2010 a introduit un chapitre consacré à la mutualisation, pour définir des schémas de mutualisation entre communes et intercommunalités, et entre région et départements, puis évaluer leur mise en œuvre dans le temps. Le coup d’envoie est prévu au prochain renouvellement des assemblées (2014 pour les communes, 2015 pour les départements). Le projet de loi dit « acte iii de la décentralisation », qui devrait être arrêté en conseil des ministres début mars, prévoit d’aller beaucoup plus loin. En effet, son article 64 permettra d’accroître l’intégration communautaire des services, en faisant en sorte que les mutualisations ascendantes, c’est à dire des communes vers leurs intercommunalités, se traduisent, « dans un délai de deux ans après l’adoption du premier schéma de mutualisation des services, par un transfert pur et simple à l’EPCI concerné ». La mutualisation est facilement « rentable » pour toutes les fonctions support, appelées aussi services fonctionnels : ressources humaines, contrôle de gestion, services juridiques, services techniques, et surtout, système d’information (si). Dans les si justement, il existe de nombreuses structures de mutualisation qui, le plus souvent avec le statut de syndicat mixte, œuvrent au bénéfice d’un nombre important d’acteurs publics locaux. Ce faisant, ces structures sont aussi des interlocuteurs efficaces de l’Etat quand il s’agit de mettre en œuvre sur le terrain certains dispositifs. Les processus d’administration électronique initiés depuis quelques années dans le secteur public, mais aussi entre secteur public et privé (dématérialisation des processus de commande publique, en particulier) sont non seulement coûteux, mais aussi et surtout complexes à mettre en œuvre. La mutualisation des plateformes d’échanges dématérialisés et de mise à disposition de ressources informatiques, dont les applications de gestion en mode saas (software as a service) ou encore les plateformes d’archivage électronique, nécessite le recours à des experts de ces domaines qui restent en devenir, bien que de plus en plus évidents et nécessaires, et, surtout, demande des moyens techniques considérables. Nul doute que, sans mutualisation, le secteur public (administration centrale, collectivités territoriales, établissements publics locaux) ne saurait faire face aux enjeux multiples de l’administration électronique, dont la vocation est d’élargir l’accès aux services publics pour le citoyen, tout en garantissant qualité et sécurité des dispositifs proposés.

Dématique et garantie de bonne fin
n l’état actuel de la législation, aucune disposition légale de souscription de garanties d’assurances obligatoires ne pèse dans le domaine de l’informatisation, ni sur les maîtres d’ouvrage en garantie de préfinancement, ni même sur les maîtres d’œuvre en terme de responsabilité civile professionnelle. Or s’il y a aujourd’hui un domaine dans lequel le risque d’atteinte au patrimoine informationnel de l’entreprise ou de la collectivité publique est présent, c’est bien la dématique. Rappelons que cette discipline correspond à l’action de dématérialiser au sens large : elle concerne à la fois la numérisation de documents papiers, la dématérialisation des échanges et des processus en y incluant la composante légale. Les experts de la FEDisA se sont donc penchés sur une approche de gestion et de financement du risque liée à un projet dématique, afin d’apporter une solution sous forme de garantie d’assurance de bonne fin. Pour résumer, les faits générateurs assurables sont ceux frappant le maître d’œuvre dans l’exécution du projet de numérisation de

E

R

documents papiers ou de dématérialisation des échanges et des processus, résultant soit d’un événement technique, soit d’une circonstance humaine, soit d’une conjoncture économique. L’incapacité technique du maître d’œuvre, objectivement constatée par le tiers neutre que constitue le contrôleur technique, ne distingue pas selon que cette incapacité technique trouve son origine dans une faute (le maître d’œuvre a « présumé de ses forces ») ou dans un événement extérieur. il convient de noter que la garantie peut prendre en charge le fait générateur constitué par l’inadéquation des produits livrés et mis en place par rapport à ceux définis au cahier des charges. La proximité de ce fait générateur avec l’obligation de conformité consécutive à la délivrance illustre ici le rapprochement des notions d’assurance de choses et de responsabilité. L’incapacité physique des responsables du projet se rapproche quant à elle de l’assurance des personnes, étant fait observer qu’en assurance de personne dite « homme-clefs »,

la déductibilité des primes d’assurances et l’imposition des indemnités afférentes au risque de décès, invalidité, incapacité temporaire ou définitive, partielle ou totale des personnes garanties sont soumises à des règles fiscales particulières lorsque le souscripteur bénéficiaire du contrat est l’entreprise exposée au risque découlant des dites personnes assurées. La cessation d’activité du maître d’œuvre pour une cause économique est un fait générateur qui est traditionnellement exclu des garanties d’assurances, compte tenu de sa nature économique. Ce qui est visé ici, ce n’est pas le versement d’une indemnité d’assurance au maître d’œuvre en situation de cessation de paiements (ou au représentant de la masse des créanciers), mais le financement de la réversibilité ou des moyens d’achever le projet avec un autre maître d’œuvre, en quelque sorte le financement d’un marché de secours. Ce financement évolue en fonction de l’état d’avancement du projet et de la faisabilité de la réversibilité.

Normes
par Jean-Louis Pascon
Consultant chez Hénon Conseil

Déjà des évolutions pour la norme AFNOR NF Z 42-020

E

n juillet 2012, l’AFNOR a publié la norme NF Z 42-020 « spécifications fonctionnelles d'un composant Coffre-Fort Numérique destiné à la conservation d'informations numériques dans des conditions de nature à en garantir leur intégrité dans le temps ». Le but de cette norme est de définir les fonctions minimales que doit posséder un système informatique destiné à la conservation d'objets numériques dans le temps et ce, de façon intègre. Le texte définit les fonctions obligatoires (« déposer », « lire », « vérifier », « lister »…) dont doit disposer un tel système, ainsi que les exigences en matière de conception, d’intégration et de documentation qu’il doit respecter. Un processus de production d’un référentiel reposant sur cette norme, piloté par infocert (www.infocert.org), est en cours et devrait déboucher, au deuxième trimestre 2013, afin d’offrir aux éditeurs de ce type d’outils la possibilité de les faire certifier. Dès l’origine des travaux, il avait été décidé de limiter son domaine d’application à seulement certains aspects fonctionnels, afin de

pouvoir réaliser cette norme dans un temps raisonnable. Parmi les aspects qui avaient été écartés initialement, on peut citer : • La définition d’un protocole formel permettant l’interopérabilité entre deux coffres forts ; • La robustesse du code de ces outils face à des codes malicieux, virus et autres ; • La gestion de la confidentialité des documents stockés. Ainsi, dans le domaine de la confidentialité, la première version du texte ne répond pas à des questions telles que : • Comment transférer des informations confidentielles d’un coffre-fort à un autre ? • Comment faire en sorte que les administrateurs ne puissent, en aucun cas, lire des documents contenus dans un coffre-fort ? • que faire en cas de perte d’un secret, par exemple des codes d’accès ? Pour répondre à ces problématiques, il a donc été décidé, en décembre dernier, au sein de la Commission Nationale 171 de l’AFNOR, de lancer de nouveaux travaux pour étendre la couverture fonctionnelle de la NF Z 42-020 et de confier à FEDisA

l’animation de ces travaux. Ces derniers suivront une démarche un peu semblable à celle d’un projet informatique : • Définir des cas d'utilisation (« uses cases » au sens de la méthode de conception Unified Modeling Language) et définir les besoins fonctionnels associés ; • Hiérarchiser ces besoins et éventuellement en rejeter ; • Valider ces besoins auprès des éditeurs de coffres forts pour s’assurer de la faisabilité technique des fonctions correspondantes ; • Rédiger les extensions de la norme et vérifier que ces extensions ne sont pas contradictoires avec l’actuelle version ; • Retourner vers les métiers (juristes, administrations, archivistes, etc.) pour s’assurer que les extensions proposées correspondent bien à leurs besoins ; • Produire la version du projet pour l’enquête publique de l’AFNOR ; • Finaliser le texte après enquête. L’objectif de ces travaux est d’aboutir à une publication officielle des extensions de la norme NF Z 42-020 début 2014.

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Cybercrim' : fini de rire
Les frappes se font chirurgicales et stratégiques. Aux entreprises de réorganiser leur défense.
Profiling

Les cyberpirates sont-ils les mêmes qu’il y a 10 ans ?
Selon la Fondation pour la recherche stratégique, trois grandes périodes peuvent être distinguées sur la courte histoire des attaques virtuelles. Premier acte : de 1990 à 2000, elles consistent avant tout en des actes « pour la gloire » de geeks cherchant à montrer leur compétence en piratant des sites ou des serveurs protégés, appartenant aux agences de sécurité ou de défense. Deuxième acte : de 2000 à 2008, les faits d’arme de hackers isolés cèdent la place à une véritable criminalité numérique orchestrée par des organisations profession-

capables de trouver de nouvelles failles se comptent sur les doigts de la main », révèle Jonathan Brossard, hacker spécialiste de la sécurité. En revanche, exploiter des failles connues est une activité de plus en plus répandue. « Le vernis du hacker est facile à obtenir. Celui qui dépense du temps et de l’énergie et se documente sur Internet saute des étapes », affirme Jonathan Brossard. Ici réside la grande différence avec le hacker autodidacte du passé : celui de 2013 dispose d’un univers virtuel dévolu à son apprentissage. « Il se perfectionne en

“ Dans l’ère du C to C,

« criminal to criminal », le cybertruand peut désormais compter sur le commerce de vulnérabilités
continu car il communique en ligne, se renseigne, assiste à des conférences et des forums, récupère des outils tous azimuts », décrit Michel Van den Berghe, PDG d’Atheos qui aide les grands groupes à appliquer leur stratégie de sécurité informatique. Dans l’ère du CtoC, « Criminal to Criminal », comme la nomme l’éditeur de logiciels antivirus Eugène Kaspersky, le cybertruand peut désormais compter sur le commerce de vulnérabilités. Les sites Web d’enchères de marché noir continuent de se développer. Des kits de phishing sont vendus avec un support technique en ligne ! Avis aux amateurs…

Se métamorphoser ou mourir lus de dématérialisation, plus de numérisation... Mais à grandes innovations, grands risques à venir. La cybercriminalité s’est constamment sophistiquée depuis 15 ans, obligeant Etats et entreprises à repenser de fond en comble leurs politiques de sécurité informatique. Le Daily Telegraph a publié en octobre une enquête montrant que les sites d’établissements publics en Grande Bretagne sont victime de 1000 attaques par heure. « Difficile pour autant de connaître les chiffres exacts », déplore Christian Aghroum,

P

président de la Commission sécurité numérique du Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE). De 2006 à 2010 il fut commissaire à la PJ et directeur de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux TIC (OCLCTIC) : « L’omerta des entreprises s’explique par la peur de la mauvaise publicité, mais aussi la crainte d’attirer d’autres cybermalfrats ». Pour vivre heureux vivons cachés. Aux EtatsUnis, les lois antiterroristes de 2001 ont obligé les entreprises à rendre publiques les intrusions. « 20 à 30% d’entre elles portent

plainte », note Lionel Mourer, membre du Clusif, dont l’étude auprès d’entreprises françaises de plus de 200 salariés révèle un taux de 6%. La relative faiblesse des chiffres masque une réalité moins heureuse. Quelques indices permettent d’entrevoir l’ampleur des dégâts, à l’instar de ceux rassemblés par le rapport de la fondation pour la recherche stratégique à l’occasion de 23 entretiens avec des directeurs de sécurité de grands groupes français industriels. Tous ont affirmé être victimes de plus de 100 attaques par semaine ! La plupart sont

peu importantes et se composent de phishing, malware, ou virus de moindre ampleur. Le public, lui, n’a entendu parler que des affaires Areva et Direction générale des Impôts en 2011. C’est l’arbre qui cache la forêt.

« Imaginez Réseau ferré de France, qui gère 30 milliards de dettes et dispose donc de sa propre salle de marché. Un arrêt pendant 24 heures, et c’est la mort annoncée. Les risques financiers rattrapent

Des Données qui valent De l’or

nalisées et spécialisées cherchant le profit. Troisième acte : depuis 2008, l’espace numérique est aussi devenu un domaine d’intervention pour des Etats, des groupes à caractère politique revendicatifs et certains acteurs économiques afin de saboter les moyens de production ou les réseaux, d’obtenir des informations ou des données sensibles et de mettre en cause la réputation des cibles. Au fil des années, le profil des flibustiers du Net a donc évolué. « Il était plus facile de pirater il y a 10 ans. Les réseaux, les architectures et les logiciels sont plus perfectionnés aujourd’hui, nécessitant des connaissances de professionnels. Ceux qui sont

”

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STrATéGIE & InnOvATIOn nUMérIQUE
Communiqué

Booster sa productivité grâce à l’externalisation ou comment rationnaliser ses coûts d’impression tout en sécurisant ses données et ses informations ?
nous avons interrogés Sébastien Moreau, directeur général d’Electrogeloz, société spécialisée dans les solutions et les services de gestion documentaire.
- Une meilleure sécurité : mise en place de processus pour respecter les protocoles de sécurité de l’entreprise et renforcer la sécurité des pratiques liées à l’impression. (sécurisation des données et des échanges, aspect confidentiel de certains documents). Que propose Electrogeloz ? Pour répondre aux besoins de l’externalisation d’une entreprise, Electrogeloz propose une solution en ligne OZALID accessible partout 24h/24 et 7j/7. Cet outil de mutualisation des données, totalement sécurisé assure une parfaite confidentialité. Efficace et simple, OZALID permet un téléchargement et une conversion rapide des documents en pdf, de construire un document en ligne avec l’affichage du prix en fonction des options utilisées et de donner un suivi en temps réel de la commande jusqu’à la livraison. Chaque client dispose d’un espace entièrement paramétré et personnalisé (système d’approbation et de validation des commandes intégré et un accès à l’ensemble de tableaux statistiques de leurs consommations). Les utilisateurs ont un droit d’accès qui leur est propre.

Pourquoi envisager une externalisation ? Dans un contexte économique tendu, l’externalisation permet aux entreprises de se recentrer sur son cœur d’activité afin de réagir plus rapidement aux changements et d’améliorer son service aux clients. Cette gestion déléguée des impressions permet à l’entreprise de gagner en valeur ajoutée grâce à : - Une réalisation d’économies : meilleur contrôle des coûts et restriction des dépenses d’immobilisation (gestion des équipements existants et du personnel), - Une productivité accrue : réduction de la gâche et accès aux dernières technologies - Une plus grande flexibilité : impression de documents selon les variations de la demande et au moment voulu,

Pour plus de réactivité, tous nos sites de production travaillent en trois-huit et les travaux sont livrés en moins d’une demijournée grâce à une équipe de 30 coursiers sur l’Ile-de-France. Ce système permet de réduire les coûts et de proposer des services additionnels, en matière de stockage ou d’extraction de données, comme par exemple un espace collaboratif où chaque client peut décider de son arborescence et des droits qu’il accordera aux utilisateurs. En matière de confidentialité ? Pour les documents sensibles, un officier de sécurité salarié du groupe Electrogeloz et agréé par le ministère de la Défense est habilité à prendre en charge l’impression de ces dossiers sur des sites reconnus spécifiquement en zone protégée par arrêté ministériel.

Pour plus d’informations Tél. 0825 005 300 (0,15€TTC/minute) webinfo@electrogeloz.com www.electrogeloz.com

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tous les dirigeants », illustre ce consultant en sécurité. Tout le monde a maintenant pris conscience qu’à l’aune du « Big Data » et de la primauté de l’immatériel, certaines données devraient être plus protégées pour la recherche stratégique. Cependant le chemin est encore long. Patrick Pailloux, président de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) a déclaré en 2011 aux Assises de la sécurité dation. L’Hexagone est un pays riche avec un niveau de protection moyen des entreprises qui reste en dessous de celui des pays comparables, comme le confirme le récent rapport du sénateur Bockel. « Le RSSI prend de l’importance et est plus présent : 37% en 2008, 49% en 2010, 54% en 2012. La moitié des sociétés n’en n’ont pas encore car la sécurité est trop souvent perçue comme un coût », déplore Lionel Mourer.
attaques ciBlées Une erreur qui provient aussi d’une impossibilité à mesurer la politique de sécurité. « Si tout va bien rien ne se passe, si tout va mal, on ne le sait que beaucoup plus tard. Si un pirate a réussi à s’introduire sur le serveur de mails, il va tout y lire et on l’apprendra quand un concurrent sortira un prototype similaire ou remportera les appels d’offres en proposant une solution 2% moins chère que celle de l’entreprise piratée », illustre Jonathan Brossard, hacker spécialiste de la sécurité qui par-

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communicant, le RSSI, personnage clé du dispositif, doit évoluer vers la direction

“ Venu de la technique, peu ”

Les « Advanced Permanent reats » sont des intrusions informatiques de grande ampleur visant à des vols de données sur une entreprise bien ciblée, par des concurrents ou des Etats.

Bruit De fonD vs

que Fort Knox. Or, « quand une société fait réaliser un audit informatique, elle révèle quelque chose dans 100% des cas », répète Olivier Buquen, délégué ministériel à l’intelligence économique. Les entreprises élaborent donc à marche forcée leur sécurité informatique d’un point de vue organisationnel et technique. « Place aux mesures concrètes », résume Bruno Gruselle, maître de recherche à la Fondation

à Monaco que la France serait la première cible de la cybercriminalité au monde. Alarmiste ? Pas tant que ça : « Sur les 23 grands groupes que nous avons rencontrés, certains ont déjà été victimes, mais surtout d’autres pensent qu’ils sont en train d’être espionnés, que leur réseau est en train d’être pénétré après avoir recoupé des indices concordants », illustre Bruno Gruselle à propos du rapport de la Fon-

ticipe aux plus prestigieuses conférences de par le monde sur le sujet, fondateur et PDG de Toucan System. Il importe de différencier les attaques de bruit de fond des attaques ciblées. Les premières sont des tentatives de phishing, d’ordres de virements frauduleux, de balayage de sites mis en ligne pour en découvrir les vulnérabilités. Elles sont permanentes mais leurs conséquences sont limitées, autant financièrement que techniquement. « S’il s’agit d’attaques de gens dont ce n’est pas le métier, les conséquences seront moins graves », explique Jonathan Brossard.

Sécurité offensive

La solution ignorée
leur assurent les éditeurs de logiciels antivirus : « Les entreprises réagissent plus aux vulnérabilités qu’aux risques ». Bref, des experts en sécurité qui ne pratiquent pas vraiment la gestion de risque. « Lors des tests d’intrusion que nous pratiquons, les clients persistent à vouloir nous donner des contraintes. Mais il faut arrêter de limiter, il faut aller plus loin et agir en « red team » : ce qui signifie que sur le mode du défi il nous faut nous introduire dans le

Les ripostes vigoureuses aux cyberattaques sont plébiscitées. Selon une étude publiée par le Daily Telegraph, deux tiers des britanniques pensent que la Grande Bretagne devrait prendre les devants et attaquer en ligne les hackers ou les Etats belliqueux. Mais ce que les professionnels nomment la « sécurité offensive » n’a rien à voir. Il s’agit en réalité de prévision : « Nous encourageons les clients à changer leur état d’esprit et à se mettre dans la peau de ceux qui attaquent. Il s’agit presque de faire du « profiling » pour comprendre leurs objectifs et leurs armes », explique Michel Van den Berghe, PDG d’Atheos, qui aide les grands groupes à concevoir et appliquer leur stratégie de sécurité informatique. Car le secteur, les actifs et les menaces détermineront les dispositifs et les outils de contrôle à mettre en place. Selon ce prestataire des grands groupes – son plus petit client est La Française des Jeux – les politiques de sécurité des entreprises ont été jusqu’ici trop passives, s’appuyant sur la certitude de la solidité de leur défense, comme

dans la peau des cybermalfrats pour se rendre compte de leurs objectifs et leurs armes

“ Se mettre

”

système pour toucher une cible définie, peu importent les moyens et le temps employés. C’est un peu comme dire « essaie d’atteindre la cave à vin dans ma maison, quels que soient le temps et les moyens employés, même si c’est un bulldozer qui détruit tout ». Au lieu de cela, les tests d’aujourd’hui permettent bien souvent de seulement se rassurer ».

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les antivirus, en essayant d’y dépenser plus que le concurrent, n’est plus adapté. Telle est pourtant l’approche des grandes entreprises, paradoxalement plus exposées, « parce qu’au lieu d’investir dans de nouveaux logiciels métiers performants elles utilisent d’anciennes versions parfois non mises à jour », pointe Jonathan Brossard. Selon l’expert, certains éditeurs de logiciels de sécurité ne s’empressent pas non plus de corriger les failles. « Une solution serait de les obliger à maintenir à jour les logiciels sous peine d’amendes. Rappelons qu’ils ne sont pas légalement responsables en cas d’intrusion ». résultat de ces errances : il est aujourd’hui moins cher de pirater que de défendre, 10 millions d’euros sont généralement nécessaires pour maintenir à flot le réseau, quand 100 000 euros suffisent pour le pénétrer !
changement D’organigramme L’approche de sécurité doit donc être repensée, et cette révolution ne peut se faire qu’à travers un spécialiste de la question, le rSSI. Issu de la technique et généralement peu communicant, ce personnage clé du dispositif doit évoluer, « afin de dépendre désormais du patron des risques, du directeur de la sécurité ou du DG. Autrement, il aura du mal à décrocher des budgets. Le DSI qui raisonne plutôt en termes de vulnérabilités que de risques n’aura pas une écoute aussi attentive », insiste Michel van den Berghe, PDG d’Atheos, qui aide les grands groupes à définir leur stratégie de sécurité informatique. Malheureusement, preuve d’un certain retard, l’organisation dominante place le rSSI sous le DSI, un nonsens et un signe d’immaturité selon Lionel Mourer : « Pour schématiser, le DSI veille à ce que l’utilisateur ait accès à son application, le RSSI cherche à ce que la donnée soit protégée coûte que coûte. Instaurer un lien de subordination entre les deux est problématique, car leurs objectifs peuvent parfois s’opposer. Il faut savoir couper un flux d’information au nom de la sécurité. » Plus proche de la direction de l’entreprise, il peut mieux équilibrer les investissements de sécurité entre logiciels métiers et logiciels antivirus et faire des choix stratégiques. Par exemple, selon l’enquête 2012 du Clusif, 12% des entreprises externalisent en totalité leurs données (cloud,

SaaS, infogérance). Or, « 33% n’auditent pas la sécurité de leur prestataire. C’est le sens de l’histoire d’externaliser, mais il faut garder un œil et surtout en amont se poser la question de la valeur de la donnée. Un management des risques doit être adopté », illustre Lionel Mourer. L’industriel doit par exemple garder la r&D chez lui mais externaliser en SaaS

la gestion des congés. Au fil des années, généralement 5-6 ans, le rSSI plus à même de prendre ces décisions se libère d’ailleurs de la DSI car sa valeur ajoutée est reconnue. Autre formule encore plus moderne selon Bruno Gruselle, « certaines entreprises nomment des collèges regroupant la direction juridique, de la sécurité, des SI, de la communication et

des finances pour définir la politique de sécurité numérique. Ils reçoivent les reportings, entraînent, donnent les ordres, font l’interface avec le Comex encore réticent. » Les coups à venir sont maintenant connus. reste à définir les dispositifs pour les parer…
Matthieu Camozzi

BYOD

Le cauchemar des spécialistes
Depuis quelques années le BYOD (« Bring Your Own Device ») a fait son apparition dans les entreprises, répondant au besoin des salariés – particulièrement ceux issus de la génération Y – d’utiliser leur propre matériel pour des taches professionnelles, en apportant smartphones et tablettes jusque sur leur lieu de travail. « Cette pratique est à la mode et apparemment économique, puisqu’il n’y a même pas à s’occuper du suivi technique et du SAV », explique Christian Aghroum, président de la commission sécurité numérique du Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE). Seulement voilà, quand la flotte d’appareils est disparate, il est bien difficile d’assurer la compatibilité de l’accès sécurisé au serveur de l’entreprise. De même est-il bien difficile de vérifier que les outils sont sécurisés par des logiciels de protection à jour. « Enfin, les gens ne savent pas forcément que le système d’information peut être attaqué via un simple smartphone », s’inquiète l’ex-directeur de l’OCLCTIC. Des inconvénients qui conduisent Jonathan Brossard, hacker spécialiste de la sécurité, à carrément stigmatiser cette nouvelle tendance : « L’entreprise n’a pas envie de payer pour le matériel ; le salarié amène donc son propre smartphone, sa tablette et son laptop, lui faisant économiser plus de 1 000 euros. Mais s’il survient une intrusion à travers laquelle le pirate obtient la visibilité des mails de tout le monde, les conséquences ne seront même pas chiffrables ! » Le choix est vite fait.

Plus qu’un simPle

Les secondes sont autrement plus dangereuses. Les « Advanced Permanent Threats » font trembler les rSSI : ces intrusions informatiques de grande ampleur visent à des vols de données et des activités d’espionnage sur une entreprise bien ciblée, par des concurrents ou des Etats. Elles associent souvent des actions numériques – développement d’un code malveillant, recherche de failles – à d’autres opérations comme de l’ingénierie sociale : il s’agit généralement de démarches relativement intelligentes et complexes. Elles visent quelques collaborateurs pour passer sous les filtres de spam afin d’obtenir le « click » qui permet de déclencher la propagation d’un virus (cheval de Troie). Les logiciels antivirus sont impuissants, et la détection (difficile) peut conduire à arrêter tout ou partie du système informatique de l’entreprise pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines ! Les processus de production sont de plus en plus connectés au réseau dans les entreprises industrielles. « Or, quand les systèmes d’information de pilotage de production (SCADA) sont arrêtés ou sabotés, c’est une catastrophe », s’alarme Bruno Gruselle. Dans une so-

ciété de r&D, c’est le vol de données qui sera le plus préjudiciable.
les Défenses Se protéger, d’accord, mais trouver le bon bouclier est une gageure. nombre d’entreprises

anomalies Dans

serait la première cible de la cybercriminalité au monde
font trop confiance aux logiciels antivirus, « qui ne sont en fait essentiellement que des outils de maintenance, permettant de gagner du temps et de l’argent en se prémunissant des petites attaques. Mais cette défense est inopérante face aux attaques ciblées dont elle ne connaît pas les codes », précise Jonathan Brossard. Sachant que le nombre de virus créés augmente de manière exponentielle, qu’il est désormais possible d’acquérir un « exploit » – code qui permet de pénétrer une entreprise – pour une somme de 100 000 euros en moyenne (de 5000 à 1 million d’euros), axer tout son budget de sécurité sur

“ La France ”

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STRATÉgIE & InnOVATIOn nUMÉRIQUE
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Record mania
Pour faire face au tsunami numérique, rien de tel que l’archivage managérial.
pas à les absorber. Ensuite, il faut gérer “l’océan d’informations“, archiver ce qui le mérite pour la durée nécessaire et détruire ce qui est périmé. D’où l’importance d’une gouvernance qui intervient dès l’amont. » Qu’il se nomme records management, gouvernance documentaire ou archivage managérial, il permet aux entreprises de fixer les règles du jeu et de garder la main sur les éléments qui engagent sa responsabilité.

Etagère du XXIe siècle ien mal avisé serait celui qui ne prend pas garde au « Big Data ». Les entreprises se retrouvent aujourd’hui submergées par une quantité de données telle que la gestion de cette inflation documentaire constitue l’un des grands défis informatiques de la décennie 2010-2020. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2010, les données échangées par courriel représentaient 7 000 pétaoctets, soit 3 500 fois le volume cumulé de toutes les bibliothèques américaines. Il devient urgent pour les entreprises d’identifier les moyens de gérer les documents qu’elles produisent et qu’elles reçoivent, dont certains engagent leur responsabilité. « L’information est le pétrole du XXIe siècle, affirme Véronique Mesguich,

B

directrice de l’Infotèque du Pôle Léonard de Vinci et coprésidente de l’ADBS, première association française des professionnels de l’information. Avec une différence de taille : alors que nous manquons de pétrole, nous croulons sous l’information. Gérer ces flux est devenu particulièrement complexe et demande un savoir-faire spécifique. »

Tsunami numérique Premier coupable : l’accroissement du nombre de normes qui imposent de créer des documents et de les conserver. Second responsable, l’évolution du marché du travail et « le manque de gouvernance lié aux technologies de réseaux, qui facilitent et précipitent la création des docu-

ments sans nécessairement permettre de les conserver correctement », indique Michel Cottin, administrateur de l’ADBS et records manager chez Orange Labs. Les communications s’accélèrent, les partenaires commerciaux se multiplient, l’information est copiée, corrigée, annotée, diffusée, imprimée, numérisée, le tout à une vitesse vertigineuse. Et avant que vous ne l’ayez réalisé, des centaines d’exemplaires de chaque rapport, chaque note de direction, chaque mail circulent sur les serveurs dans une jolie pagaille. Quand vient l’heure du tri, point de salut : la masse documentaire dans la majorité des organismes atteint un tel seuil critique que l’archivage devient une tâche que même Hercule refuserait.

La difficulté provient du déséquilibre profond entre l’inflation documentaire et sa maîtrise. Imaginez que vous rangiez dix livres dans une bibliothèque. Inutile alors de s’embarrasser d’un classement. En revanche, quand vous disposez de dix mille ouvrages dans vos armoires, vous ne retrouvez rien sans un système de rangement efficient. Ainsi, la première préoccupation qui conduit à mettre en place une politique documentaire tient à l’efficacité : « L’idée du tsunami numérique illustre le problème : nous sommes submergés et nous n’avons pas le temps de construire une digue, explique

Marie-Anne Chabin, experte en archivage, à la tête du cabinet archive17. La notion

le nombre d'entreprises qui disposeraient d’une véritable politique d’archivage

“ 1% à 3% :

”

de temps occupe un rôle central. D’abord, les informations s’accumulent à une telle vitesse que l’on ne parvient

qu’esT-ce qu’un record ? Si elle naît aux États-Unis à la fin des années quarante, sous l’impulsion du président Truman qui confie au sénateur Hoover la mission de réorganiser les masses de papiers produits par la guerre, il faut attendre 2001 pour que la discipline obtienne ses lettres de noblesse à l’échelle internationale. La publication de la norme ISO 15489 établit les principes directeurs du records management, complétée les années suivantes par une série d’autres textes. Le terme « record » désigne alors le document validé, dont la valeur justifie qu’on le conserve pour un temps donné. « La théorie classique identifie plusieurs sortes d’archives, résume Antoine Désire, correspondant archive régional pour le Pôle emploi d’Île-deFrance et membre de la commission records management de l’Association des archivistes français (AAF). Courantes, lorsqu’elles sont en cours d’utilisation, intermédiaires, quand elles n’ont plus d’utilité opérationnelle, mais qu’elles peuvent tout de même être sollicitées pour des contrôles ou d’autres projets ; le records management se préoccupe de ces deux types de documents. Quand ils perdent leur valeur juridique, soit ils sont détruits, soit ils sont conservés à titre historique. Aujourd’hui, cette théorie est nuancée et la distinction s’opère plutôt en fonction de la valeur de l’information d’un document. » Seulement 1% à 3% des en-

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treprises disposeraient d’une véritable politique d’archivage. Mais comment s’y prendre pour rejoindre le club des bons élèves en matière documentaire ? « Les projets qui réussissent commencent toujours par l’engagement de la direction », professe Michel Cottin. Premier pas : prendre le problème à la racine en définissant une stratégie d’archivage cohérente. Le projet se construit en deux étapes. D’abord, j’identifie les éléments qui m’engagent d’un point de vue juridique, comme les contrats ou les bulletins de paye ; ensuite, je détermine combien de temps chaque type de document doit être conservé. Enfin, je règle les détails : qui conserve les archives, qui peut y accéder, qui garantit leur sécurité...

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œuvre le plus beau programme du monde, il ne servira à rien si les usagers ne le respectent pas
Rien ne sert de développer des outils de gestion électronique des documents (GED) s’ils ne s’insèrent pas dans un système réfléchi en amont. « Trop de personnes s’imaginent qu’en installant une GED, tout sera résolu, déplore Éric Blat, directeur marketing du groupe numen, prestataire en gestion documentaire. Cela revient à acheter une armoire parce qu’on ne sait pas comment classer ses documents. Elle ne servira qu’à dissimuler le désordre. »
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Une fois que les règles sont établies, vient alors la partie la plus délicate de l’opération : responsabiliser les collaborateurs. Vous pouvez mettre en œuvre le plus beau programme du monde, il ne servira à rien si les usagers ne le respectent pas. « Le records management est l’affaire de tous, insiste MarieAnne Chabin. Pour lutter contre le tsunami numérique, la responsabilisation joue un rôle essentiel, ainsi que l’engagement de la direction gé175 exposants

135 conférences

”

en tenue conjointe avec

GED

Le documentaliste s’ennuie…

nérale pour faire respecter les règles et contrôler leur application dans le temps. » Une bonne politique d’archivage managérial doit permettre à chaque employé de savoir que tel échange électronique engage la responsabilité du groupe et doit donc être signalé auprès du

records center tandis que tel autre document ne revêt aucune valeur particulière et peut donc être supprimé après usage. « Aujourd’hui, en matière documentaire, les entreprises se préoccupent avant tout du retour sur investissement et de la sécurité », estime Éric Blat. Très

peu de sociétés s’intéressent au records management et les rares bons élèves s’y engagent contraints et forcés. Pourtant, les enjeux économiques derrière la manipulation de l’information justifient le développement d’une politique globale.

risque Dans certains secteurs, toutefois, les vertus de l’archivage documentaire ne sont pas passées inaperçues. Ainsi, le BTP, les assurances et les banques, victimes d’une inflation normative qui les oblige à produire toujours

assurance TouT

Qui est donc le record manager ?
Quel est son rôle ? Marie-Anne Chabin, experte en archivage et à la tête du cabinet archive17 : « Le records manager doit posséder des qualités de pédagogue pour guider ses collègues. Il doit aussi être interventionniste et faire prendre en compte les exigences d’archivage dans les processus et les systèmes de gestion. Enfin, son rôle consiste à prévenir la direction des enjeux relatifs aux durées de conservation, à la préservation de la preuve... Le fonctionnement idéal repose sur un tandem efficace, composé d’un responsable managérial et d’un professionnel de la gestion documentaire. » français (AAF) : « Plusieurs possibilités existent. Des voies universitaires avec spécialisation dans le records management, mais aussi des formations dédiées dispensées par des associations comme l’AAF ou par le CNAM. Un certificat de spécialisation peut s’obtenir en une ou deux années. Certains salariés deviennent records managers après avoir été sensibilisés à la problématique, suite à une défaillance au sein de leur entreprise par exemple. » Quelles qualités pour être records manager ? Michel Cottin, administrateur de l’ADBS et records manager chez Orange Labs : « Naturellement, de solides compétences documentaires constituent une base indispensable. Il faut savoir appréhender et gérer d’importants flux d’information. Ce métier requiert également une certaine polyvalence : le records manager doit être capable d’interagir avec des juristes, des comptables, des contrôleurs de gestion ou encore des ingénieurs. Enfin, de plus en plus de structures recherchent des professionnels tournés vers l’international. La mondialisation aidant, le records management dépasse les seules frontières nationales. » Quelles carrières ? Michel Cottin : « Ces dernières années, je vois passer de plus en plus de jeunes stagiaires très brillants. Leur niveau me donne de l'espoir pour le futur de la profession, car ils contribuent à changer la perception que les entrepreneurs et les dirigeants ont du records management. Certains intègrent une structure, mais beaucoup de débutants se tournent vers les cabinets de consultants, avec des rémunérations attractives et davantage de débouchés. »

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Content Intelligence

Recherche & veille

Technologies de la connaissance

Comment devient-on records manager ? Antoine Désire, correspondant archive régional pour le Pôle emploi d’Île-de-France et membre de la commission records management de l’Association des archivistes

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STRATÉgIE & InnOVATIOn nUMÉRIQUE
Haute résolution
plus de certificats, de rapports d’expert et de plans, se sont équipés de départements dédiés au records management, afin de gagner en efficacité. « Par exemple, avance Éric Blat, 80% des documents reçus par une banque ont été produits par la banque ellemême. En structurant l’information de façon astucieuse dès son émission, document le pourra s’insérer dans le circuit adéquat lorsqu’il reviendra. Il s’agit d’un véritable enjeu d’économie. » D’autant plus que la “non-gestion“ des données s’accompagne parfois de lourdes conséquences. « Il y a bien sûr des risques juridiques, liés par exemple à la perte de données, souligne AnneMarie Libmann, responsable du département Russie de FLA consultants et coprésidente de l’ADBS. D’autres risques ne se mesurent pas aussi facilement, mais s’avèrent tout aussi réels. Le records management constitue une décision stratégique de l’entreprise et un acte de management. » Marie-Anne Chabin se souvient ainsi du cas d’une personne spécialisée dans la gestion d’immeubles qui communiquait avec les notaires par courriel. Malgré sa demande de les transmettre à son successeur, ces nombreux échanges, pourtant riches en informations uniques, furent détruits par le service informatique lorsqu’elle quitta son poste. Les boites e-mail, mêmes professionnelles, relèvent en effet du domaine privé dans la pratique du droit français. Dans le cadre d’une politique de gestion documentaire, ces éléments auraient pu être signalés comme nécessaires au bon fonctionnement de l’agence et conservés. « L’archivage constitue une solide assurance contre de nombreux problèmes », conclut Marie-Anne Chabin. Les exemples ne manquent pas. En 1999, Total est condamnée à la suite de l’explosion de la raffinerie provençale de La Mède, sept ans plus tôt, qui provoqua le décès de six techniciens. L’enquête mettra à jour un document, qui aurait du être détruit, établissant que la direction savait que les canalisations, défectueuses et mal entretenues, présentaient des risques majeurs. Autre exemple issu de la jurisprudence américaine : deux sociétés, Celeritas Technologies et Rockwell International, travaillant en partenariat, échangeaient des secrets technologiques. Or, un jour, Rockwell International déposa un L’archivage managérial ne peut fonctionner sans l’implication de la direction. « Le records manager n’a pas vocation à piloter les projets, confirme Antoine Désire. Il s’agit d’une démarche transversale qui implique de travailler avec d’autres services stratégiques. » En dépit de son utilité, la gouvernance documentaire demeure largement absente des politiques de stratégie. Toutefois, la prise de conscience du risque du « non-archivage » et de l’absence de politique en matière d’information progresse. D’une part, l’arsenal normatif force les entreprises à prendre des mesures pour produire et conserver les documents qui l’engagent devant la loi. D’autre part, les outils technologiques et les prestataires pour guider les dirigeants dans la définition d’une gouvernance se multiplient et assurent un gain d’efficacité et de sécurité. « Ni de l’informatique, ni de la communication. Un nouveau territoire émerge dans la sphère professionnelle, cela participe d’une évolution globale de la gouvernance de l’information, assure Véronique Mesguich. Dans une économie mondialisée, la gestion des archives vivantes se révèle indispensable pour mener à bien la stratégie de l’entreprise. »
Lisa Melia

“ La "non-gestion"

documentaire peut coûter cher. 57 millions de dollars, dans cet exemple
brevet qui violait la clause de confidentialité signée par les deux parties, par simple méconnaissance de l’existence de cet accord et de son incompatibilité avec le brevet déposé. Conséquence : une perte de 57 millions de dollars. « Des règles précises existent et le travail du records manager consiste en particulier à les élaborer, à les diffuser et aider les collaborateurs à les mettre en œuvre », détaille Anne-Marie Libmann.

”

… pas le records manager.

Les bienfaits de la mémoire
Comment exploiter vos archives qui dorment à la cave ou sommeillent au grenier ? Certes, le records management ne s’applique pas aux vieux papiers. Les archives historiques n’aideront certainement pas les dirigeants à appréhender les défis du « Big Data », aussi sont-elles rarement une priorité dans la stratégie de l’entreprise. Mais d’autres services peuvent y trouver des trésors cachés ou oubliés. La cave se transforme alors en caverne d’Ali Baba... Vecteur de communication « Je me souviens d’une entreprise française qui avait découvert dans ses archives une facture vieille de quarante ans, témoignant d’une vente à Shanghaï, raconte MarieAnne Chabin. Naturellement, elle ne possédait plus de valeur comptable. En revanche, l’entreprise voulait se développer sur le marché chinois et le service communication a pu l’utiliser pour mettre en avant l’existence de liens relativement anciens entre ce groupe et la Chine. » Autant pour façonner une culture d’entreprise à destination des employés que pour envoyer un message à des consommateurs potentiels, les archives historiques constituent un stock non négligeable, d’autant plus intéressant que la structure a pris soin de conserver les éléments significatifs de son histoire. On choisit alors avec précaution les éléments que l’on valorise et ceux que l’on préfère taire... « Les archives jouent un rôle stratégique », affirme Marie-Anne Chabin. Ainsi, plusieurs banques n’ont pas hésité à fouiller dans leurs décennies passées pour organiser par la suite des expositions virtuelles ou réelles, ouvertes au public ou réservées à leurs collaborateurs et partenaires commerciaux. « Certaines structures acceptent même d’ouvrir leurs armoires aux étudiants, aux chercheurs ou aux historiens», apprécie Antoine Désire. Vecteur d’innovation « Dans le secteur du luxe, les archives permettent souvent aux créateurs de raviver l’imagination et la créativité », défend Marie-Anne Chabin. Lors d’une manifestation organisée l’an passé par l’association dont elle est la secrétaire générale, le Club des responsables de politiques et de projets d’archivage (CR2PA), un expert a exposé comment un document rédigé quarante années plus tôt et inexploité jusque là lui avait permis de trouver la formule d’un produit innovant. « On peut s’appuyer sur le passé pour aller de l’avant », résume MarieAnne Chabin. En d’autres termes, faire du neuf avec du vieux. L’innovation vient de partout, y compris des archives historiques. Mais ces dernières n’apportent pas que des solutions, elles posent aussi de sérieux défis quant à la fixation de la mémoire : comment figer et conserver les connaissances et les savoirfaire des experts et des collaborateurs d’une société, même après leur départ ? « La véritable richesse de l’entreprise réside dans l’humain, affirme Véronique Mesguich. On touche là à un autre domaine de la gouvernance de l’information, celui de la mémoire des hommes et du knowledge management. » « L’objectif du knowledge management consiste à expliciter et à garder trace de cette connaissance pour éviter qu’elle ne se dilue, poursuit Anne-Marie Libmann. Il s’agit d’une autre forme de mémoire, d’un capital immatériel qui prend tout autant de valeur que les archives historiques. »

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STRATéGIE & INNOVATION NuMéRIQuE
Business story

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L’information, pétrole du XXIe siècle
En filigrane de l’évolution de RSD, éditeur de logiciels suisse, c’est toute la montée en puissance des données immatérielles pour les entreprises qui est décrite. Cas d’école.
om : RSD. Activité : éditeur de logiciels. Si cette société, dont le siège social est installé à Genève depuis sa création au début des années 1970, compte près de 120 collaborateurs dans le monde et réalise un chiffre d’affaires estimé à environ 18 millions d’euros, c’est parce qu’elle a su faire des choix. Il lui fallait suivre les nouveaux besoins de ses clients, devenus pléthoriques en matière de tri, gestion et conservation de données.

N

stockage, on réduit les téraoctets nécessaires à leur stockage et le besoin d’administration », répond Jean Mourain. Quant à l’intérêt d’avoir une classification plus systématique et appliquée, « elle permet de faire gagner un temps précieux aux salariés dans leur recherche de documents, et donc d’être plus productifs. »

Le socLe d’origine : output

management et archivage Historiquement, le premier métier de RSD est l’output management, c’est à dire la gestion des documents envoyés par une entreprise, comme des factures ou des offres commerciales par exemple. « La problématique est de fournir de très grands volumes à un très grand nombre d’utilisateurs, en faisant coexister papier et électronique. Cela nécessite une grande fiabilité du logiciel, et une grande réactivité du support technique », explique Jean Mourain, vice-président en charge de la stratégie de RSD.

Image d'archives plus pérennes, et à transcrire les informations déjà archivées dans ces formats, à mesure qu’ils sont découverts. Il doit aussi garantir que chaque document mérite trois adjectifs. Primo, l’authenticité, c’est à dire la date exacte où il a été produit. Deuxio, l’intégrité : velle équipe dirigeante. Désormais emmenée par Pierre Van Beneden, nommé Directeur général en mars 2008, la société prend un tournant stratégique majeur. Jean Mourain se souvient : « Un comité de personnalités de différentes nationalités s’est réuni pour analyser le positionnement de l’entreprise et chercher de nouvelles stratégies. » Les sages dressent le constat suivant : les volumes d’information croissent de manière exponentielle et les exigences de conformité aux réglementations sont toujours plus pointilleuses. Ils identifient alors que les entreprises pourraient bien être tentées d’infléchir la courbe de croissance de l’information, dont la conservation est coûteuse, pas toujours nécessaire, voire, parfois, risquée. Elles auront aussi besoin de dégager des schémas dans cette masse informe, afin de retrouver aisément les documents nécessaires au moment opportun. C’est décidé : RSD se lance dans la gouvernance de l’information. Mais Rome ne s’est pas faite en un jour. Il faudra plusieurs millions d’euros d’investissement, la mobilisation d’une équipe de recherche & développement d’une quarantaine de membres et deux ans de développement pour mettre en place l’outil dévolu à cette mission : RSD Glass. « Cela a fonctionné comme un investissement de type start-up qui a eu lieu à l’intérieur même de l’entreprise », explique Jean Mourain. En 2010, les premiers contrats sont signés. Avec quelques surprises à la clé : « Au début, nos démarches se tournaient plutôt vers les services financiers et l’assurance, dont nous pensions qu’ils seraient les plus intéressés par nos solutions. En réalité, nous nous sommes aperçus que c’est en fait l’industrie qui est davantage demandeuse. » Automobile, pharmacie et aéronautique ont en effet besoin, pour des questions juridiques, de pouvoir conserver même longtemps après la conception et la création de leurs produits, les documents qu’ils devront fournir en cas d’accident. Le constructeur PSA Peugeot-Citroën et l’équipementier automobile PRW ont ainsi adopté la solution de gouvernance de l’information de RSD. en place un programme de gouvernance de l’information ? « Il est déclenché par ceux qui ont les premiers conscience de son importance, comme le service juridique ou informatique », détaille Jean Mourain. La plateforme se déploie ensuite progressivement à partir de ce petit noyau, par capillarité, sans rencontrer d’obstacles techniques, puisque RSD Glass est « agnostique », c’est à dire qu’il peut fonctionner dans n’importe quel environnement technique. « Pour faciliter la prise en main par les salariés, l’outil doit être le plus transparent possible aux salariés dans leur domaine : ressources humaines, facturation, recherche & développement… Il faut aussi, parfois, comme dans le cas d’une politique sécurité, proposer un peu de formation et sensibiliser, afin de faire prendre conscience de l’importance de certains documents dans la vie de l’entreprise ». Quelles économies peuvent être réalisées ? « Chaque fois que l’on réduit les besoins de

un futur inscrit dans Le nuage En 2012, les deux métiers historiques de RSD ont encore représenté la plus grande partie de son chiffre d’affaires. Mais dès 2013, l’objectif est de parvenir à réaliser 50% du CA grâce à la gouvernance de l’information. En 2013 et 2014, deux tendances vont faire plancher les ingénieurs de l’éditeur genevois. Le cloud est la première : « Nous travaillons à rendre l’architecture de notre solution compatible sur le cloud, et à une gouvernance hybride, c’est à dire à la fois dans l’entreprise et sur le nuage », ex-

“ Les volumes d’information ”

croissant de manière exponentielle sont un véritable défi pour toutes les entreprises
rien ne l’a jamais détérioré. Tertio, la propriété, ce qui revient à répondre à la question : par qui a-t-il été créé ?

la société prend le tournant stratégique majeur de la gouvernance de l’information
plique Jean Mourain. Outre la sécurité de leurs données dans cette dimension, les entreprises souhaitent des garanties quant à leur localisation. RSD développe des solutions pour interdire le déplacement de données sensibles d’un pays à l’autre et d’une entreprise à l’autre, afin de « lever l’un des freins à l’adoption du cloud par certaines organisations ». Le second sujet est le « Big data », qui oblige l’éditeur à adopter les technologies spécifiques à cette problématique, rendant ses politiques de gouvernance plus critiques.
Aymeric Marolleau

“ En mars 2008,

”

A cette phase industrielle de l’informatique, RSD a ajouté, voilà une vingtaine d’années, un deuxième métier : l’archivage des informations d’entreprise. Avec, là encore, des problématiques spécifiques : « Il s’agit de garder l’information lisible sur une très longue période, donc de la rafraîchir lorsque cela est nécessaire, en fonction des technologies et des outils de relecture. » L’autre devoir du prestataire consiste à chercher des formats toujours

Le tournant stratégique de 2008 Le fournisseur de logiciels aux entreprises a avancé sur ces deux jambes jusqu’en 2008. Après 36 ans de présidence, arrivé à l’âge de la retraite, le fondateur, Louis-Pierre Roger, passe alors la main à une nou-

une conduite

du changement à mener En pratique, comment se met

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STRATéGIE & INNOVATION NuMéRIQuE
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ans le monde de la banque et de l’assurance, la mode est au contrat 100% numérique, créé sous forme électronique, signé électroniquement et conservé sous forme électronique. S’il est imprimé, c’est uniquement pour des raisons de commodité, ou pour le produire lors d’un litige, mais en tout état de cause cette impression papier ne sera, juridiquement, qu’une copie de l’« original électronique » et ne comportera pas les signes visibles et rassurants d’un original papier : une date écrite à la main et une signature manuscrite notamment.

Pour élaborer une « legal opinion » sur la fiabilité d’un processus de contractualisation 100% numérique, exercice de plus en plus souvent demandé par les banques, il faut repartir des critères de haut niveau posés par le Code civil dans ses articles 1316 et suivants relatifs à l’écrit numérique et à la signature

les critères mentionnés dans le décret « signature électronique » du 30 mars 2001. On peut noter ce que l’on appelle le « cycle de vie » du contrat, c'est-à-dire notamment sa capacité à garantir la traçabilité et l’intégrité de celui-ci, sur la base de critères normatifs. Et enfin on peut noter la qualité de son archi-

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“ La notion de preuve ”
électronique, et vérifier leur respect par le processus technique mis en œuvre. Les « legal opinion » ainsi élaborées ont souvent un caractère très qualitatif car en matière de preuve, il n’existe pas de « garantie 100% ». La valeur probante d’un écrit peut toujours être contestée, et ce sera au professionnel d’apporter la démonstration de cette valeur probante et de la validité de la signature électronique (la signature « présumée fiable » n’étant en effet actuellement pas accessible aux consommateurs). Nous pensons qu’il faut évaluer les processus de conclusion des contrats 100% numérique de manière non pas qualitative mais quantitative, autrement dit en leur attribuant une « note » de fiabilité, basée sur le respect de critères objectifs. Ainsi, on peut noter la qualité de la documentation du processus au regard de l’état de l’art en la matière, très développé dans la sphère publique. On peut noter la qualité de la signature électronique, en s’appuyant sur

électronique est complexe
vage, toujours sur la base de critères normatifs. L’ensemble de ces notes donne une idée assez précise de la fiabilité du processus dans son ensemble et, surtout, elle permet d’en détecter les points faibles et de les améliorer, aboutissant au final à une documentation claire et didactique reposant sur des références factuelles. Cette analyse technico-juridique doit de plus être mise en perspective avec l’environnement de risque permettant ainsi de donner à chaque acteur au sein d’une organisation, selon sa fonction, une appréciation factuelle de son rapport au risque (*).

Cette immatérialité a poussé certains tribunaux à considérer que le contrat électronique n’existait tout simplement pas, et ceci bien sûr à l’entier bénéfice du consommateur. Ainsi, le Tribunal d’instance d’Epinal, dans une décision rendue le 12 décembre 2011 (RG n°11-11000080/Minute 1042/2011) a refusé de reconnaître l’existence d’un contrat signé électroniquement (il s’agissait de l’avenant d’un contrat de revolving), dont on lui produisait d’un côté une impression papier et de l’autre un « fichier de preuve de la transaction ». Même si la décision peut surprendre, car le procédé de signature électronique employé en l’espèce était conforme à l’état de l’art et fiable, elle est riche d’enseignement. La notion de preuve électronique est complexe, et il est très difficile, pour le non spécialiste, de rentrer dans les arcanes de la technologie sous jacente à la conclusion et à la conservation d’un contrat électronique.

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Cours de tissage
Pour tendre sa toile et faire fructifier un réseau, mieux vaut respecter un certain code de conduite, comme le révèle Alain Marty, fondateur de deux clubs selects : le Wine & Business Club, et plus récemment Entreprise et Rugby.
parcimonie, car elles viennent en complément. S'investir dans un club permet de cultiver son carnet d'adresses, de se tenir informé de certaines opportunités, comme la reprise d'une entreprise. Mais hormis Business Network International (BNI), les clubs ne servent pas directement à gagner des clients. Il faut donner avant de recevoir, s’intéresser à la vie du réseau, être honnête, transparent. Alors seulement quelques services pourront être rendus. qu’elle se tienne à Marseille, Lyon, Paris… Les cotisations peuvent s’élever à 5000 ou 10 000 euros selon le nombre d’invités autorisés. Nous faisons parvenir aux membres un magazine trimestriel W&BC de 120 pages, et un vitant des partenaires à venir déguster et écouter. Quels sont les cercles qui ont le vent en poupe ? Les réseaux sportifs fédèrent beaucoup. A Toulouse par exemple, mieux vaut aimer tiques. Même si la politique, le sexe et la religion font encore partie des tabous en affaires, certains franchissent le pas et rejoignent un groupement politique, même si la pratique est « clivante ». Un mouvement patronal comme Croissance Plus marque des points pour son côté militant moderne. D'autres se sont spécialisés sur la formation, comme le Centre des jeunes dirigeants d'entreprise (CJD) ou l'Association Progrès du Management (APM). Enfin, certains groupements, comme Business Network International (BNI), Dirigeants commerciaux de France (DCF), Femmes chefs d'entreprises (FCE) plaisent parce qu’ils concernent directement les affaires.
(*) « Guide du Networking : les clubs influents de France » d’Alain Marty, éditions du Rocher, juin 2011

avec retard que l’appartenance à un club peut leur garantir plaisirs mais aussi évolutions
guide des vins rédigé par les P-DG qui les ont goûtés. L’adhésion se fait par parrainage, ce qui garantit une certaine qualité au club, qui n’est ainsi pas fréquenté par des gens qui dégaineront à tout va leur carte de visite. Car il s’agit avant tout d’un groupe d’épicuriens, qui utilisent ces moments pour leurs RP, in-

“Les Français comprennent
le rugby et faire partie des partenaires du Stadium. Le football, le handball, le volley-ball peuvent aussi générer leur lot d’amateurs. Les clubs de réflexions comme l’Institut Montaigne bénéficient d’une très bonne réputation. Les syndicats patronaux comme la CGPME ou le Medef séduisent encore malgré les cri-

« Il faut donner avant de recevoir, s’intéresser à la vie du réseau, être honnête, transparent. Alors seulement quelques services pourront être rendus », Alain Marty La mise en place d’un réseau professionnel autour d’une passion est-elle devenue un incontournable ? J’ai publié le premier « Guide du Networking » (*) en 1996 et la septième édition sortira en décembre 2013. Je conclus de ce temps d’observation que le « réseautage » est avant tout un phénomène anglosaxon. Les Français sont plus individualistes et s’y adonnent de manière un peu forcée, comprenant avec retard que l’appartenance à un club peut leur garantir plaisir, mais aussi évolution. L’approche Internet est intéressante et complémentaire, mais les gens ont par la suite besoin de se rencontrer, de vivre des choses ensemble. Les liens tissés autour d’un centre d’intérêt semblent les plus solides. De plus ces cercles peuvent apporter une protection contre les aléas de la vie professionnelle. Quand un dirigeant membre du Wine & Business Club (W&BC) est licencié ou voit son entreprise péricliter, je m’efforce de l’appeler et de lui garantir une présence de 3 ans au club. Car lorsque ce genre de revers de fortune survient, le carnet d’adresses fond en moyenne de 85% en 6 mois ! En revanche, 80% des jobs sont retrouvés par les relations et le réseau… Quel est le moment adéquat, dans une carrière, pour travailler son réseau ? La logique de réseau s’adopte dès le début, à l’école. Même si celle-ci est mal classée, il existe toujours un élève qui a réussi. Les gens ont du mal à cultiver cette approche qui nécessite du temps et de l’argent, deux éléments généralement dévolus à la vie privée. Mais à chaque période de la vie professionnelle, il faudrait en consacrer une partie au réseau. Autant dans ce cas opter pour un thème fédérateur qui « parle » vraiment, et ne pas privilégier uniquement les clubs les plus sélects. Existe-t-il un code de conduite dans ces lieux de rencontre ? Celui qui envoie un CV chaque mois ou qui ne cesse de recommander ses amis auprès d’autres adhérents n’a pas compris l’esprit. Il importe d’activer ces manettes avec

Comment vous est venue l’idée du W&BC ? J’ai créé ma première entreprise à 20 ans, en Ecole de Commerce. J’en ai aujourd’hui 46, et le virus ne m’a toujours pas quitté. J’ai commencé par importer en Chine des vins et des parfums français. De retour dans l’Hexagone, j’ai créé le W&BC en 1991, sans savoir que l’aventure allait prendre une telle ampleur. Il existe maintenant 16 clubs, en France, à Monaco et en Suisse, pour un total de 2500 membres. Réalisant 7,4 millions d’euros de CA et employant 21 salariés, le W&BC exporte le concept à Londres, Düsseldorf, Bruxelles ou Luxembourg afin d’être le leader européen – puis mondial à terme – des clubs de dirigeants qui aiment le vin. Le concept de « Medef de l’art de vivre » semble porteur. En quoi consiste un tel club ? Les membres assistent de 17 à 19h à une conférence sur un sujet d’actualité, puis de 19 à 20h ils dégustent de bons vins fournis par des vignerons mis à l’honneur. A 20h a lieu un débat entre deux personnalités telles que Claude Bébéar, Christine Lagarde, Louis Gallois, etc. Enfin de 21 à 23h les adhérents et leurs invités dînent. La notion de réseau est respectée, si bien qu’un adhérent peut se rendre à n’importe quelle réunion,

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Entretien réalisé par Matthieu Camozzi

Sélection

Du plus attendu au plus exotique, les réseaux foisonnent. Le choix ne peut se faire à la légère
Il faut remonter au XVIe siècle, durant le règne d’Elisabeth Ier, pour trouver les ancêtres des cercles et réseaux : les fameux clubs londoniens, qui ont été copiés partout dans le monde. Les esprits forts se faisaient conduire à la Société des philosophes, où quiconque apportait un argument nouveau contre la religion était admis moyennant 4 pence. Les amateurs d’oiseaux se rassemblaient une fois par semaine dans un petit cabaret de Rosemary-Lane, où se tenait le Bird-fanciers Club. Les fous de tulipes, eux, se rencontraient au Florist Club… Une telle diversité de thèmes s’est transmise au fil des siècles. Aujourd’hui associations d'anciens élèves, «think tank», clubs hédonistes ou sportifs, réseaux politiques, etc., constituent autant de moyens de « son temps, et certaines questions sont à se poser. Le but est-il de se former ? De faire du business ? De rompre son isolement ? De céder son entreprise ? D’apporter sa pierre au débat national ? En outre, les réseaux sont plus ou moins adaptés à certains niveaux de vie de l'entreprise ou parcours du dirigeant. Se rapprocher de chefs d'entreprise qui en sont au même stade permet de se sentir moins seul. Pour les créateurs et les entrepreneurs juniors, les clubs des Chambres de commerce et d'industrie, les réseaux d'anciens élèves ou encore le cercle des jeunes entrepreneurs sont par exemple tout à fait indiqués. Se renseigner avant de postuler est donc une règle fondamentale, également valable dans les clubs.

du travail d’introspection que dépendra le choix du cercle

“C’est également ”

réseauter ». Reste toutefois à faire le bon choix. Le centre d’intérêt est primordial, mais un travail d’introspection doit s’y ajouter pour ne pas perdre

EcoRéseau N°1 - FéVRIER/MARS 2013

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Cadeaux d’affaires, Cadeaux de fidélisation, Incentives…

Philips Consumer Lifestyle
Contacts Direction commerciale : Pascal Evanno : pascal.evanno@philips.com Sylvie Tagni-Zukam : sylvie.tagni-zukam@philips.com Pour en savoir plus sur notre activité et vous aider à optimiser votre chiffre d’affaires, connectez-vous sur www.philips.fr/loyalty

*Du sens et de la simplicité. Photos non contractuelles.

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Rh & FoRMATionS
Carrières & Talents

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Tri sélectif
Dans la jungle des formations, attrapez la bonne liane !

M

asters, Mastères spécialisés (MS) ou Master of business administration (MBA) séduisent aussi bien les étudiants que les cadres expérimentés. Les premiers entendent souvent retarder leur entrée sur le marché du travail et compléter leur cursus par une formation spécialisée. Les deuxièmes ambitionnent de prendre du galon dans leur entreprise ou de donner un nouveau tournant à leur carrière. Passage en revue de ces formations supérieures.

a une vocation de spécialisation et d’employabilité, mêlant cours théoriques et stages en entreprise. Plus de 6000 spé-

gramme : cours théoriques et rédaction d’un mémoire. En entreprise, les diplômés de Master recherche peuvent

“Le Mastère spécialisé permet
cialités sont disponibles, du droit au management, en passant par les ressources humaines et le marketing. Le Master recherche, deuxièmement, s’adresse plutôt aux étudiants qui ambitionnent de poursuivre leurs études par un doctorat (bac +8), et se destinent à la recherche ou à l’enseignement. Au pro-

de se spécialiser dans un domaine ou d’acquérir une double compétence
par exemple faire valoir leurs compétences dans les services recherche & développement.

”

L’université propose deux types de Masters 2, très sélectifs, accessibles après un Master 1 et qui sanctionnent un niveau bac +5. Le Master professionnel, premièrement,

Master

Le Master of Science (MSc) est un standard international. Ce diplôme s’adresse surtout aux étudiants étrangers titulaires d’un Bachelor (bac +3)

Master of science (Msc)

Il n'y a pas d'âge pour retourner à l'école et qui poursuivent leurs études en France, « souvent dans le but d’intégrer un grand groupe français implanté dans leur pays », note Andrea Stephen-Blondel, directrice de la communication de l’ESC Rennes, qui propose 12 MSc, suivis à 70% par des étudiants internationaux, et à 30% par des étudiants français titulaires d’un Master 1. Pour ces derniers, « l’objectif est de trouver un emploi à l’international ». Les cours sont entièrement dispensés en anglais et s’étendent sur 3 semestres répartis sur une durée maximale de 3 ans. Les deux premiers semestres sont académiques, le dernier est consacré à un stage. La Conférence des grandes écoles (CGE) indique qu’elle accrédite actuellement 58 MSc, dans 28 écoles membres. Et « 1 500 étudiants sont diplômés par an ». généralement 2 ou 3 ans d’expérience. Créé par la Conférence des grandes écoles en 1983, il s’adressait initialement aux ingénieurs qui souhaitaient acquérir une compétence en management. Depuis le début des années 2000, il rencontre un grand succès, auprès d’une audience plus large, puisqu’il permet de se spécialiser dans un domaine ou d’acquérir une double compétence. En clair, il permet de booster l’employabilité de ses diplômés, dans un pays où les entreprises voient d’un très bon œil l’hyper spécialisation. « C’est un programme professionnalisant, avec une spécialisation prononcée par fonction, comme le marketing, la logistique, les achats ; ou bien par secteur, comme l’agroalimentaire, le luxe ou les médias », explique Françoise Rey, directeur programme Grande école et Mastères spécialisés de l’ESSEC. Le programme, à temps plein ou à temps partiel, s’étale sur au minimum deux semestres, et comprend, outre les cours théoriques, la réalisation d’une mission en entreprise, avec à la clé la rédaction d’une thèse professionnelle. « Il y a toujours une expérimentation concrète des concepts enseignés », précise Françoise Rey. En outre, « les effectifs sont limités à 50 étudiants, répartis en deux ou trois groupes homogènes, afin de développer

UNIVERSITÉ DE TECHNOLOGIE DE COMPIÈGNE TECHNOLOGIE

UTC
Abécédaire de l’innovation

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UTC

Actionneur électrique I Biorafﬁnerie I Capteurs en réseau I Modélisation 3 D I ERM I Foie bio-artiﬁciel xtuel I GPRS I Hypertextuel I Immatériel I Jeu de lipides I Knowledge management I Lancer de rayons I e moléculaire Méthanisation I Nanobiotechnologies I Open innovation I Polymère à empreinte moléculair I Qualité anobiot I Réalité virtuelle I Suppléanc cognitive I Toxicologie prédictive I Unmanned Aerial Vehicles I Véhicule uppléance V intelligent I Web-démocr eb-démocratie I Xénobiotique I Y: anticorps catalytiques I Zzzzz... onomat onomatopée vibratoire

MSc est de trouver un emploi à l’international

“L’objectif du ”

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donnons un sens à l’innovation l’innovation

Dispensé en école de commerce ou d’ingénieurs, ce diplôme, qui sanctionne un niveau bac +6 – une spécificité bien française – accueille les titulaires d’un bac +5, plus rarement ceux d’un bac +4, ainsi que des cadres qui ont

Mastère spécialisé (Ms)

une plus grande proximité avec les professeurs. » En 2012-2013, la Conférence des grandes écoles indique que 125 écoles proposent 450 MS, et que 7 000 étudiants sont diplômés d’un Mastère spécialisé chaque année. Les écoles, attentives aux besoins des entreprises autant qu’aux perspectives de leurs étudiants, font évoluer régulièrement leur offre de MS, qui autorise une grande souplesse. Pour ce qui est des coûts de scolarité, comptez entre

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7 000 euros et 20 000 euros selon les écoles. Depuis leur création, les MS ont décerné 80 000 diplômes, dont plus de 20 000 à des étudiants étrangers. proche stratégique et globale de l’entreprise, les MBA entendent permettre à leurs diplômés de prendre la direction d’une unité opérationnelle ou d’une filiale. Le coût – 20 000 à 50 000 euros en moyenne – peut parfois être pris en charge par l’employeur du participant. Le choix d’un MBA ne se fait pas à la légère. Pour isabelle Pasmantier, du QS World MBA Tour, « même si les classements, les recommandations personnelles et les prospectus sont d’importants outils d’aide à la décision, le choix doit surtout dépendre de vos objectifs de carrière. » En effet, certains MBA accordent plus d’importance à la finance, d’autres à l’entrepreneuriat. Des critères comme les aides financières, la diversité du recrutement ou l’éventail de cours électifs entrent aussi en compte. Depuis quelques années se développent aussi des MBA spécialisés, très proches des Mastères spécialisés par leur philosophie, à la différence que les premiers recrutent

Rh & FoRMATionS
plutôt des participants ayant déjà une expérience professionnelle. « Nous proposons un tronc commun qui inclut

Cette formation élitiste, réservée aux cadres expérimentés, est pleine de promesses. « Il s’adresse à des cadres qui ont 4 à 5 ans d’expérience professionnelle », détaille Françoise Rey, de l’ESSEC. En effet, considéré comme un tremplin professionnel autant que salarial, le MBA ouvre la porte à de plus hautes fonctions de l’entreprise ou à l’expatriation. La formation peut durer 1 à 2 ans, et être suivie à temps plein ou à temps partiel. « C’est un programme généraliste, où les étudiants apprennent tous les éléments nécessaires à un manager pour faire le lien entre les différentes fonctions d’une entreprise, de la stratégie à la finance, en passant par le marketing et la gestion », explique le directeur programme Grande école et Mastères spécialisés de l’ESSEC. En leur enseignant l’ap-

Master of Business adMinistration (MBa)

“Le MBA ouvre la ”

porte à de plus hautes fonctions de l’entreprise ou à l’expatriation
une dizaine de cours en finance, droit ou marketing. Les autres matières permettent de se spécialiser dans un domaine ou un secteur particulier », précise Bernard Terrainy, directeur des relations internationales de l’iPAG. Ces dernières années, on a ainsi vu fleurir des MBA luxe, nouvelles technologies ou encore développement durable.

executive MBa (eMBa)

Aux portes du succès

L’Executive MBA s’adresse aux cadres dirigeants, forts de 10 à 15 ans d’expérience. « Nos participants ont entre 35 et 45 ans, occupent déjà une position de manager, et

visent des postes de direction », explique valérie Madon, directeur des EMBA à ESCP Europe. Ces formations sont suivies à temps partiel, c’est à dire que les managers conservent leurs responsabilités dans leur entreprise, mais suivent les cours du programme dans des horaires aménagés. Mais « l’investissement en temps est très important : c’est comme avoir un deuxième travail, prévient valérie Madon. A ESCP-Europe, les participants suivent 520 heures de cours réparties sur 18 mois, auxquels s’ajoute le travail personnel et en groupe. » Mieux vaut donc informer sa hiérarchie de son projet. D’ailleurs, c’est souvent l’employeur lui-même qui finance la formation – environ 50 000 euros – pour ses plus hauts potentiels, afin de les fidéliser et de les préparer à assumer de plus grandes responsabilités. Pour renforcer le lien entre le manager et son entreprise, ESCP organise par exemple des projets collectifs, où 5 participants du MBA traitent une problématique réelle et stratégique proposée par l’employeur de l’un d’eux.
Aymeric Marolleau

EDUCATION GROUP

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ART DE VIVRE & PATRIMoINE
L’Air du temps

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Les Français font du ski
Bobo, branché, tête brulée… A chacun sa glisse.

L
Issue du parapente, cette discipline se pratique avec des skis et une petite voile. L’idée ? Glisser droit dans la pente et s’envoler grâce à sa propre vitesse. Enfin, pour les plus aguerris… Les débutants, eux, se contenteront de petits rebonds au-dessus de la neige. Heureusement, l’apprentissage est rapide. « Deux demi-journées suffisent pour commencer à s’amuser », selon Xavier Perrier-Michon. Pour autant, ces quelques heures ne sont pas à négliger puisque sans une bonne maîtrise de l’aile – et un encadrement adéquat – l’activité peut se révéler dangereuse. Autre préalable crucial : être un skieur hors pair, le speedrider s’aventurant dans des pentes non damées.

Pour les têtes brûlées : le sPeedriding.

Un VTT avec des skis. Révolutionnaire ? Pas tant que cela. L’engin existe depuis très longtemps mais a beaucoup évolué, notamment avec l’installation de fourches hydrauliques permettant d’amortir les chocs. Pas inutile, puisque le snowscoot se pratique non seulement sur des pistes traditionnelles, mais aussi sur des snowpark ou des pentes à bosses. Même sur ces terrains accidentés, la discipline se révèle facile à appréhender, plus encore que le vélo ! Bref, un vrai bon plan pour les amateurs de sensations neuves à moindre effort.

Pour les bobos : le snowscoot.

e foot ? Vulgaire. Le rugby ? Violent. Le golf ? Bourgeois. Restait le ski. Mais depuis quelques années, celui-ci est menacé de ringardisation par une kyrielle de nouvelles pratiques de glisse (voir encadrés ci-contre). Et au retour des vacances, face au « j’ai fait du snowscoot à Val Thorens » du jeune stagiaire, votre « je rentre d’une semaine de ski à Courchevel » sentira franchement la naphtaline. Heureusement, ces activités nouvelles demeurent encore très marginales. Aucun chiffre n’est d’ailleurs disponible à leur sujet. Mais elles semblent promises à un bel avenir, pour une raison simple : « Aujourd’hui, on remonte et on descend les pentes bien plus vite qu’il y a quinze ans, note Xavier Perrier-Michon, directeur de l’école de ski (ESF) de l’Alpes d’Huez. Résultat : les gens skient davantage, et demandent de la nouveauté. » Et si possible, des sensations inconnues. Avec le speed-riding, par exemple, il ne s’agit plus simplement de glisser, mais aussi de s’envoler. Plus classe, reconnaissons-le, que la pause belote-vin chaud au restaurant d’altitude. Toutefois, ces loisirs ne tiennent pas encore la longueur sur une semaine. « Ce sont des compléments à une pratique plus traditionnelle, affirme le spécialiste. On loue un snowkite

“Le ski, éternel roi des pistes ”

une journée au milieu de sa semaine de vacances pour tester autre chose. » Les vrais rois des pistes, eux, ne changent pas : le snowboard, qui a atteint sa maturité et compte actuellement un demi million de pratiquants*. Et surtout le ski alpin qui en regroupe près de six millions*, soit l’immense majorité des aficionados de sports d’hiver. Il faut dire que la pratique a su se renouveler. Le matériel, en empruntant aux techniques du snowboard, a beaucoup évolué. Depuis un ou deux ans, les skis « fat », très larges, représentent une vraie tendance chez les amateurs de poudreuse. De petits fabricants – Blackcrows ou Coreupt – ont aussi vu le jour, en jouant sur une image très branchée et en surfant sur la mode du freestyle. Bien loin de la godille de Jérôme dans Les bronzés font du ski, il s’agit là, entre autres facéties, de dévaler la piste en « switch » – dos à la pente – grâce à des fixations placées au milieu des spatules. « Le ski aujourd’hui procure des sensations extraordinaires », conclut Xavier Perrier-Michon. Prends ça, le stagiaire !
Olivier Faure

Depuis quelques années, les kitesurfers ont investi les littoraux. Ils sont en passe de s’attaquer à la montagne. Comme son aîné des mers, le snowkite nécessite un harnais et une aile plus, évidemment, une paire de skis ou un snowboard. Ici, ça n’est pas la vitesse qui permet de décoller, mais le vent qui propulse l’aile, laquelle tracte le skieur. Aussi, la discipline se pratique-t-elle plutôt sur de vastes plaines. « Les plus habiles peuvent même parvenir à remonter des pentes. En haut, ils replient leur aile, et ils descendent ensuite de façon plus traditionnelle. Plus besoin de remonte-pente ! », s’exclame le directeur de l’ESF de l’Alpes d’Huez. Pour maîtriser l’engin, le débutant commence par apprivoiser l’aile. Une journée suffit pour connaître les rudiments et commencer à glisser. Un apprentissage bien plus rapide que celui du kitesurf, la notion de flottaison n’entrant pas ici en ligne de compte.

Pour les branchés : le snowkite.

*Source : Enquête sur la pratique physique et sportive en France réalisée en 2010 par la mission statistique du ministère en charge des sports et l'Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (INSEP).

L’activité se divise en deux temps : d’abord une petite ballade, en raquettes, à ski de fond ou en courant. Selon le mode choisi, la distance varie, mais en moyenne, le biathlète du dimanche parcourt quelques centaines de mètres. Ensuite, il s’installe sur le pas de tir muni d’une carabine laser, debout ou allongé. L’idée est de bien gérer son effort lors de l’étape précédente, afin de ne pas arriver trop essoufflé devant la cible. « C’est une activité très prisée par les groupes, car on peut se comparer aux autres, mettre en place un semblant de compétition », note le directeur de l’Ecole de Ski de l’Alpes d’Huez. Ce qui explique que la pratique attire une importante clientèle business.

Pour les comPétiteurs : le biathlon.

« Cela explose, s’enthousiasme Xavier Perrier-Michon. On doit être à 15% d’augmentation par an depuis quelques années. » Ici, pourtant, pas de sensations fortes. C’est le contraire que viennent chercher les pratiquants : calme, nature, bien-être. Bien souvent, la sortie en raquettes s’intercale au milieu d’une semaine de ski, pour prendre le temps d’observer les paysages, de profiter de l’air pur avant de replonger dans l’excitation des pistes, voire du travail. Davantage appréciées par une clientèle plus mûre, les raquettes se révèlent de surcroît sans danger. Mais pas sans effort puisque pratiquées sur des chemins non damés.

Pour les old school : les raquettes.

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ART DE ViVRE & PATRiMoiNE
L’Art du temps

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Avant-propos :
« Carpe diem quam minimum credula postero », « Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain ». Cette phrase extraite d’un poème d’Horace, souvent répétée par les jouisseurs impénitents, résume bien la pensée épicurienne. Pour le philosophe qui a fait tant d’émules, le plaisir équivaut à l’absence de trouble et de douleur, mais surtout à la jouissance du présent. Contrairement à ce que de faux disciples répandent encore aujourd’hui, celui qui recherche le plaisir ne suit pas vraiment ses préceptes. Seul l’admirateur véritable, qui tire satisfaction des belles choses qui l’entourent, est épicurien au vrai sens du terme. C’est à ce personnage clairvoyant, qui sait prendre une pause un instant au bord du chemin de la vie pour savourer l’acuité de ses cinq sens, qu’est dévolue cette rubrique d’EcoRéseau. L’amour des belles choses, cet Art de Vivre perçu différemment par chacun, demande pourtant à être partagé. Nous vous présenterons selon l’édition différentes thématiques. Pour une première, le choix s’est arrêté sur l’horlogerie-joaillerie, l’hôtellerie, la gastronomie et la beauté. Des domaines qui tendent à un luxe discret, intemporel, certes reconnu mais aussi un brin atypique et innovant. Enjoy…
Par Julie-Chloé Mougeolle

BEAUTÉ
En matière de beauté, la personnalisation est un critère de plus en plus recherché et apprécié.

Ainsi, Gisèle Delorme en a fait son mot d’ordre depuis sa création en 1977 : la beauté sur mesure aux huiles essentielles propose un réel diagnostic de votre peau et prescrit un programme de crèmes, sérums, masques et autres onguents selon les besoins de votre peau à un moment T. Les must à tester à tout prix sont le complexe vitaminique et l’additif reminéralisant. Trouvez l’institut le plus proche de chez vous : www.gisele-delorme.net

Enfin, last but not least, la Maison Guerlain et sa création de parfums individuels lancée il y a 4 ans. Un Nez vous propose deux ou trois essais pour retrouver un souvenir olfactif, ou une émotion unique de votre passé. Le temps de développement est assez court. Mais il faut environ 9 mois pour la livraison, le plus long restant le test toxicologique, identique pour le lancement d’un grand parfum. Vous repartez avec 2 litres dans un sublime flacon Baccarat et 20 autres flacons 30ml et 60ml présentés dans une superbe malle en cuir. Vous baptisez votre parfum, et sa formule vous appartient à vie ! Un luxe ultime à partir de 37 000 euros. www.guerlain.com

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HORLOGERIE & JOAILLERIE
Cet univers d’élégance existe depuis la nuit des temps, se transmet de génération en génération, et reste finalement peu sensible aux effets de mode. On offre peu de bijoux, ce sont des ornements rares que l’on chérit et que l’on ne souhaite collectionner… Ils perdraient de leur saveur. Le tour d’horizon de ce qui se fait aujourd’hui peut être large, les choix se sont multipliés :

ART DE ViVRE & PATRiMoiNE

Tout d’abord celui de maisons centenaire telles Jaeger-Lecoultre, une marque suisse qui présente chaque saison depuis 1833 ses « garde-temps » avec inventivité. Modèles vintage, mouvements chronographes traditionnels… l’innovation est de mise, particulièrement dans certains modèles comme la Duomètre Sphérotourbillon. Délectez-vous avec raffinement : www.jaeger-lecoultre.com

Certains, quant à eux, puisent leur inspiration dans leurs maisons de couture, tel Michael Kors. Ce designer américain débute en 1981 et se forge rapidement une très belle réputation. La vague « i love you Michael » se démocratise désormais auprès des fashionistas françaises. on s’arrache ses collections, et ses montres sont sans conteste un it-accessoire, qui plus est, très abordable encore. www.michaelkors.com

En matière de joaillerie, la tendance est à la pièce unique depuis 1987 chez Naïla de Monbrison, galerie de bijoux d’artistes contemporains au 6, rue de Bourgogne, Paris Viie. Une approche différente du bijou traditionnel. L’artiste exprime sa vision du bijou, au-delà de toute considération purement esthétique. Les matériaux utilisés sont naturels, industriels ou précieux, et le bijou n’est plus simple parure, mais œuvre d’art. Parmi les 19 artistes, remarquons Taher Chemirik et Giampaolo Babetto, talentueux et mondialement reconnus. www.naila-de-monbrison.com

Une autre maison suisse centenaire fait beaucoup parler d’elle, mais avec pour mot d’ordre le sport chic : l’incontournable Breitling. L’aéronautique sert avec succès de support de communication et d’inspiration : les modèles Emergency par exemple comportent un radioémetteur miniaturisé réglé sur la fréquence d’urgence aéronautique. www.breitling.com

Un autre studio de création joaillière a vu le jour en 2011 : MiHA – Make it Happen, qui réunit huit designers parmi les plus pointus et les plus talentueux de la place Vendôme. MiHA est en mesure de trouver la pierre précieuse la plus rare, réaliser la pièce la plus folle, créer l’association la plus improbable. L’accompagnement se fait étape par étape, de l’esquisse initiale à la pièce finale. Vivez une expérience unique au 18, rue Volney. 75002 Paris. www.miha-joaillerie.com

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ART DE ViVRE & PATRiMoiNE
L’Art du temps
VOYAGES &
HÔTELLERIE

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Surprise design au sein d’une cathédrale du XiXe siècle, telle est la réalisation du Sozo Hotel à Nantes. Un défi audacieux pour une création à couper le souffle sous des voûtes de 17 mètres de hauteur. L’architecture originelle, entièrement préservée, est investie par les œuvres conceptuelles des plus grands designers contemporains. Deux chambres sont même suspendues dans un cube en inox. Un cadre hors norme pour vos weekends atypiques et pour vos séminaires ! www.sozohotel.fr

n offrez-vous le luxe de partir pour de lointains horizons avec Secret Planet, un tour-opérateur dédié à la nature et à l’aventure pour des expéditions dans le monde entier. Vous pourrez par exemple opter pour une traversée de l’Atlantique en class 40, pour la préservation des tortues marines au Costa Rica ou encore pour les étoiles et aurores boréales en islande. www.secret-planet-voyages.com n Découverte d’un établissement à Hambourg en Allemagne, qui fait la part belle à une gastronomie très inspirée de nos traditions françaises et de la mer environnante : le Süllberg, avec ses dix chambres et quatre restaurants gastronomiques. Vingt-huit pages de menus envoutants ont étés élaborés par Karlheinz Hauser, deux étoiles Michelin, pour l’année 2013. www.suellberg-hambourg.de

Tout schuss aux Roches Fleuries, tout près de Megève. Cet hôtel de charme jouit d’une vue exceptionnelle sur tout le massif du Mont Blanc. A l’atmosphère chaleureuse contribuent le restaurant gastronomique et l’espace de relaxation après une bonne journée enneigée. Julie Pomagalski, championne du monde de snowboard, skie désormais avec quelques clients chanceux, une expérience à tenter de toute urgence ! www.rochesfleuries.com

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Prochainement Prochainement en France en France Fr

Evasion hors du temps en Camargue au Mas de la Fouque, un autre établissement quatre étoiles membre de la chaîne Hôtels & Préférence, où une faune sauvage cohabite avec ses invités : flamants roses, canards sauvages, chevaux camarguais... chaque chambre est dotée d’une décoration atypique, design et vintage. La cuisine est créative et le spa propose des soins issus de cultures ancestrales. www.masdelafouque.com

A Paris, immergez-vous le temps d’une nuit dans le premier boutique-hôtel de caractère de Montparnasse aux détails luxueux et raffinés, l’Hôtel des Académies et des Arts, une expérience artistique guidée par des silhouettes appelées « corps blancs ». Ce haut lieu de la création a vu défiler des peintres tels Picasso, Modigliani. Vous y découvrirez le peintre Jérôme Mesnager, le sculpteur Sophie de Watrigant et des artistes vidéo. www.hotedesacademies.com

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ART DE ViVRE & PATRiMoiNE
L’Art du temps
HIGH-TECH
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GASTRONOMIE
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ART DE VIVRE & PATRIMOINE
La Sélection culturelle THÉATRE
« La Révolution française : on garde ou on jette ? » Drôle, déjantée, émouvante, profonde, didactique… En un mot, brillante. « Que faire ? Le retour » de Benoît Lambert et Jean-Charles Massera nous emporte dans le petit appartement de deux sexagénaires qui entreprennent une vaste opération de tri dans leur bibliothèque. Objectif: jeter ce qui doit l’être, conserver ce qui le mérite. Marx, Descartes, Flaubert, Kant, Maupassant, Tocqueville… Tous les grands noms y passent. Tous les grands événements aussi. Mai 68, révolutions russe et française, abolition de l’esclavage… Ennuyeux ? Pas une seconde, car c’est avec les yeux du profane que les deux époux passent au peigne fin ces milliers de lignes savantes. Leur naïveté, leur ignorance et leur incompréhension face à l’histoire et aux chefs d’œuvre du monde sont les nôtres. C’est ce qui nous les rend tellement attachants. A voir absolument. O.F Que Faire ? Le retour : Textes Jean-Charles Massera, Benoît Lambert (and Guests...), conception et mise en scène Benoît Lambert, Avec Martine Schambacher et François Chattot. En tournée (Saint-Etienne, Montluçon, Alençon, Le Havre, Paris…) jusqu’au 22 juin. Le Maître et Marguerite : De Mikhaïl Boulgakov, mis en scène par Simon McBurney. Du 2 au 9 février (relâche le 4) à la MC93 de Bobigny. Spectacle en anglais surtitré. n Simon McBurney était l’artiste associé du festival d’Avignon 2012, et son « Le Maître et Marguerite » y a été présenté dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes. Cyrano de Bergerac : De Edmond Rostand, adaptation et mise en scène Dominique Pitoiset, avec Philippe Torreton. Créé le 5 février au TNB de Rennes, puis en tournée jusqu’en juin (Bordeaux, Chambéry, Valenciennes, Grenoble…). n Parce que voir ou revoir Cyrano ne se refuse jamais. Le Cas Jekyll (2e version) : De Christine Montalbetti, mis en scène et interprété par Denis Podalydès, chorégraphié et interprété par Kaori Ito. Du 26 février au 2 mars (relâche le 27) au TOP de Boulogne, les 22 et 23 mars au Théâtre Suresnes Jean-Vilar. n Un mythe habilement porté à la scène par le sociétaire de la Comédie française et la danseuse et chorégraphe japonaise.

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Marseille, capitale culture
par Laurent Cucurullo,
directeur de l’association En italique

D

MUSIQUE
Coup de choeur Non, la musique de chœur en France ne se résume pas à l’ensemble Accentus dirigé par la médiatique Laurence Equilbey. Aedes, jeune formation créée en 2005 par son chef Mathieu Romano, vient d’en apporter une nouvelle preuve avec la sortie le 6 novembre dernier de Ludus verbalis, vol.2, un panorama étendu d'œuvres profanes a capella des XXe et XXIe siècles. Second volet d'une série qui en comportera quatre, il fait suite à un premier enregistrement, récompensé d'un Diapason Découverte et d'un Prix de la Deutsche Schallplattenkritik en 2011. Ce nouvel album aborde un répertoire très accessible de par sa variété, puisqu’il nous conduit de Britten à Hindemith, en passant par les incontournables Poulenc et Ravel, ou le moins connu Martinu. Autant de styles et de langues différents, tous interprétés avec précision et sensibilité. Ludus Verbalis, vol.2, comme pour confirmer les promesses de cette jeune formation, vient d'être récompensé d'un Diapason d'or. O.F Ludus Verbalis, vol 2. Ensemble Aedes, chez Eloquentia. Suppléments de mensonge. Hubert Felix Thiéphaine, chez Columbia. 2011 Toujours cette écriture fantasque et imagée, ce rythme fluide et cette voix grave presque rocailleuse. Le 16e album de ce chanteur indémodable ne déçoit pas, bien au contraire. Places. Lou Doillon, chez Universal Music. 2012 Sorti en septembre 2012, Places est une suite de ballades mélancoliques folk, rock ou soul portées par une voix rauque et écorchée. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. TETR4. C2C, chez On And On Records. 2012 Les quatre DJs Nantais, quadruples champions du monde de DMC (Disco Mix Club), qui ont signé en septembre 2012 leur premier album, rempliront le Zénith de Paris en mars 2013.

LIVRES
L’heure de la BD Le 3 février s’achèvera le 40e Salon international de la bande dessinée d’Angoulême. L’occasion de se plonger ou se replonger dans quelques chefs d’œuvre du neuvième art. L’incontournable Maus d’Art Spiegelman – Prix Pullitzer 1992, qui relate la persécution des Juifs dans les années 30 et 40 avec sensibilité et originalité. L’un des excellents voyages en terres inconnues de Guy Delisle – Shenzen, Pyongyang, Chroniques de Jérusalem – Prix du meilleur album à Angoulême en 2012. Ou encore le sympathique et irrévérencieux Chat du Rabbin de Joann Sfar. O.F La Merditude des choses, de Dimitri Verhulst. Ed. Denoël et d’ailleurs, 2011. Plongée dans les bas-fonds de la Belgique profonde, à michemin entre les Misérables et la famille Groseille. Hilarant autant que dérangeant. Les Imposteurs de l’économie, de Laurent Mauduit. Ed. Jean-Claude Gawsewitch, 2012. Un pavé dans la mare de l’économie qui soulève bien des questions sur sa représentation médiatique, la charte de déontologie de ses experts ou le financement de la recherche. Les intellectuels faussaires : le triomphe médiatique des experts en mensonge, de Pascal Boniface, Ed. Jean Claude Gawsewitch, 2011. Le directeur de l’Iris a essuyé 14 refus d’éditeurs avant de pouvoir s’exprimer. Et pour cause, il règle ses comptes avec un certain nombre d’intellectuels (BHL, Caroline Fourest) qui occupent une place centrale dans le débat public, et n’y va pas avec le dos de la cuillère ; toujours de manière documentée. Instructif.
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epuis sa fondation, Marseille est de la mer. C’est elle qui introduit la dimension d’audelà à la ville, même si cet aspect n’est pas toujours visible et si cette image du « Marseille ville portuaire », au cœur des échanges et du trafic maritime, n’est plus d’actualité. Le programme de Marseille Provence Capitale européenne de la Culture n’ignore pas cette dimension. Selon Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, cette manifestation change d’ores et déjà le regard porté sur la ville et le territoire : « l’objectif est de faire en sorte, comme ce fut le cas pour Lille, que cette promotion joue un rôle de catalyseur, qui permette de faire de Marseille Provence 2013 un élément de la reconquête de l’image du territoire, grâce à la culture et par la culture. » C’est dit, attendez vous à une offre foisonnante sur l’ensemble du territoire qui rassemble 97 communes, sans parler des multiples initiatives associatives qui ne sont pas labellisées, ou même du Off ! Alors si vous descendez en Provence, ne ratez pas les expositions « Vestiges» de Josef Koudelka et « Le Trésor des Marseillais » dans la chapelle à dôme ovoïde de la Vieille Charité. Après ce voyage autour de la Méditerranée et au cœur de l’héritage

antique de la cité phocéenne, laissez-vous chaler (porter) par le mistral dans les ruelles du plus vieux quartier de la ville. En attendant la prochaine ouverture du MuCEM, Musée des Civilisations d'Europe et de Méditerranée, partez à la rencontre des mille et une associations culturelles que vous croiserez sur votre chemin : Vidéochroniques, Les Ateliers de l’image, le Roll’Studio ou encore la Galerie Gourvennec Ogor à deux pas de la place de la Joliette. Hier encore temple des dockers, c’est aujourd’hui l’épicentre euroméditerranéen qui orchestre les récentes mutations urbaines de la cité phocéenne. A deux pas des quais du port (de la Joliette) où défilent les ferries, contemplez la sublime vue sur le large et le J1. Dans ce hangar du port maritime qui semble hésiter entre la terre et la mer, vous découvrirez l’exposition « Méditerranées des grandes cités d'hier aux hommes d'aujourd'hui », ainsi que L’atelier du large, un espace dédié aux formes artistiques participatives comprenant entre autres plusieurs galeries, un studio photo et un atelier graphique. A côté de vous, la porte Chanterac, l’autoroute du littoral et surtout d’autres manifestations culturelles dans le bâtiment des Archives et la Bibliothèque départementales... La suite au prochain numéro.

n Dans le quartier du Panier, accès : Métro 2 station Joliette ou Tram 2, station Joliette ou Sadi Carnot. - Centre de la Vieille Charité : 2 rue de la Charité. Expositions du 12 janvier au 15 avril, ouverture : du mardi au dimanche de 10h à 18h. - Vidéochroniques : 1 place de Lorette. - Les Ateliers de l’image : 28 Rue Henri Tasso. - Le Roll’Studio : 17 Rue des Muettes. n Dans le quartier de la Joliette, accès : Métro 2 ou Tram 2, station Joliette. - Le J1 : place de la Joliette. Expositions et Ateliers du 12 janvier au 18 mai, ouverture : 7 jours / 7 de 12 h à 18 h. - La Galerie Gourvennec Ogor : 7 rue Duverger. - Les Archives et la Bibliothèque départementales : 20 rue Mirès. Expositions, Les coulisses du musée jusqu'au 24 mars et César et les secrets du Rhône jusqu'au 23 mars, ouverture : du lundi au samedi, de 10h à 18h.

PROCHAIN NUMÉRO LE 28 MARS 2013
EcoRéseau N°1 - FéVRIER/MARS 2013

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