En France, l'illettrisme concernerait 7 % de la population active.

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Éric Nedelec est directeur adjoint de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme.

Hier, mercredi 8 septembre, s’est déroulée la journée internationale de l’alphabétisation. En France, plus de 700 événements se bousculent entre les 6 et 12 septembre dans le cadre des « Journées nationales d’action contre l’illettrisme ». Gare toutefois à ne pas confondre un·e illettrée avec une personne analphabète. Le·la premier·ère a souvent fréquenté l’école sans pour autant parvenir à une maîtrise satisfaisante des savoirs fondamentaux comme lire, écrire ou compter.

Même si l’illettrisme peut toucher tout le monde, les tranches d’âges plus hautes – comme les 45-60 ans – se retrouvent davantage concernées. En France, les personnes illettrées seraient 2,5 millions. Un chiffre élevé mais qui a tendance à baisser. Pour les Français·es illettré·es, faire face au poids prépondérant de l’administration – la fameuse paperasse administrative qui en insupporte beaucoup – s’apparente à un parcours du combattant. Surtout, jamais simple de concéder – en public – son illettrisme … tant la stigmatisation de ces individus sévit. GW

Éric Nedelec

Sur le profil des illettré·es :

« Il s’agit de personnes qui sont passées par les bancs de l’école, en France, y compris dans la durée légale de la scolarité obligatoire, mais qui, à la sortie, ne maîtrisent pas suffisamment un certain nombre de ce que l’on appelle les compétences de base : lire, écrire, compter. Cette distinction est importante. Il ne s’agit pas de personnes qui ont des difficultés avec la langue française car ce n’est pas leur langue maternelle et qui ont besoin de l’apprendre. Les personnes en situation d’illettrisme peuvent tout à fait se faire comprendre au quotidien, avoir un travail, mais éprouvent des difficultés dès qu’elles se retrouvent face à de l’écrit.

Combien de personnes concernées ?

Les chiffres de l’Insee remontent à une enquête de 2012. Ils portaient alors sur 2,5 millions de personnes, âgées de 18 à 65 ans. Mais en 2005, nous avions 3,1 millions soit 9 % de la population active. Les résultats d’une nouvelle enquête en cours et publiée en 2022-2023, nous permettront de voir si les chiffres continuent à s’améliorer. Ils sont plus forts dans les tranches d’âge élevées, avec un taux plus important chez les 45-60 ans.

Quelles causes ?

Les facteurs sont multiples. Le phénomène peut toucher tout le monde, mais majoritairement des personnes qui cumulent d’autres situations d’exclusion. Des convergences existent si l’on superpose la carte de la pauvreté et celle de l’illettrisme, même s’il ne faut pas en faire une relation directe de cause à effet. Mais des fragilités, même passagères, amplifient le phénomène. Elles s’accumulent, s’ancrent dans la durée et empêchent de consolider les connaissances pour être autonomes.

L’illettrisme n’est pas un problème uniquement de l’Éducation nationale. Nous retrouvons donc tous les ministères, les grandes institutions, des entreprises… Et notre travail de sensibilisation porte ses fruits. La première marche est de prendre conscience du problème. Des événements comme ces Journées nationales d’action contre l’illettrisme, avec 700 manifestations labellisées, sont ici très importantes et permettent de rappeler à toutes et tous que 7 % de la population active est concernée.

Pour elles, ce peut être très douloureux. Pas facile de se dire que l’on a été à l’école et que l’on n’est pas capable de lire les bulletins des enfants ou le calendrier de leurs matchs. Plus on parle de ce problème, avec l’école, les services sociaux et administratifs, les collègues, les clubs de sports…, mieux on en parle et mieux on réagit. Le problème peut se résoudre, mais la personne doit être en confiance et pas stigmatisée. »

Retrouvez l’intégralité de l’entretien d’Éric Nedelec pour Ouest France ici.

 

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