Le verbatim… de Marie-Claire Daveu, Ambroise Fayolle, Maud Lelièvre et Romain Mouton

Temps de lecture constaté 3’20

Quatre auteurs d’horizons divers signent une tribune dans les colonnes du journal Les Échos pour associer les enjeux climatiques à ceux de la protection biodiversité. Et ne surtout pas occulter l’un au profit de l’autre. Un texte qui paraît à l’occasion de l’ouverture du Congrès mondial de la nature de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à Marseille.

Du 3 au 11 septembre, les experts mondiaux de la biodiversité sont réunis pour un Congrès international à Marseille. Au programme des discussions : dérèglement climatique, acidification des océans, espèces envahissantes, pollution bactérienne et plastique… Autant d’enjeux environnementaux urgents qu’il nous faut prendre en main. Problème, la protection de la biodiversité dans sa globalité est, selon les quatre signataires de la tribune, trop souvent occultée par les enjeux climatiques. Le propos de Marie-Claire Daveu (directrice du développement durable de Kering), Ambroise Fayolle (vice-président de la Banque européenne d’investissement), Maud Lelièvre (présidente du comité français de l’UICN) et Romain Mouton (président du Cercle de Giverny) se veut simple : biodiversité et climat vont de pair et ne sauraient être séparés ou opposés. « Les écosystèmes jouent un rôle fondamental dans la régulation du climat et les changements climatiques constituent l’une des menaces majeures sur la biodiversité. À méditer.

Le Congrès mondial de la nature de l’UICN qui s’ouvre aujourd’hui à Marseille et la COP26 à Glasgow (novembre) sont les deux grands événements sur l’environnement de 2021, et ils vont jouer un rôle décisif sur le devenir de notre planète.

Le récent rapport du Giec nous rappelle l’urgence climatique, et, il y a deux ans déjà, retentissait le cri d’alerte de l’Ipbes qui annonçait que plus d’un million d’espèces sont menacées d’extinction. Et la France n’est pas épargnée. Selon la liste rouge des espèces menacées de l’UICN, elle héberge 1 742 espèces mondialement menacées et fait partie des dix pays dans le monde qui en compte le plus.
La protection de la biodiversité est aujourd’hui trop souvent occultée par le climat. Ces deux enjeux sont pourtant plus que jamais fortement liés : les écosystèmes jouent un rôle fondamental dans la régulation du climat et les changements climatiques constituent l’une des menaces majeures sur la biodiversité.

Feuille de route
La communauté internationale de la conservation de la nature est déjà mobilisée sous l’égide de l’UICN et attend une coalition effective de toutes les parties prenantes, des secteurs privés et publics pour un passage à l’action concret et ambitieux.
Seules la conception et la mise en œuvre d’une feuille de route claire, dans laquelle chaque acteur s’inscrira, permettront à chacun d’évaluer son propre impact sur les écosystèmes naturels et d’y pallier. Un engagement au plus haut niveau sera le point de départ d’une transformation des business models vers des modèles économiques rénovés, favorables à la conservation des habitats naturels.
Les stratégies globales d’entreprise ont tout intérêt à inclure et réduire les risques liés à la biodiversité pour la stabilité de leurs propres activités, grâce à des plans d’actions adaptés et ambitieux. C’est ce qu’affirme aujourd’hui le Forum économique mondial.

Transfiguration complète
Pour être efficace, l’élaboration d’une stratégie doit se faire sur l’ensemble des chaînes d’approvisionnement et de valeur. La traçabilité tout au long du processus de création et de cycle de vie d’un produit ou d’un service, prend ici tout son sens, pour déceler et évaluer aussi bien les impacts directs qu’indirects.
Un dialogue transversal est indispensable pour la mise en place de politiques efficientes de préservation de la biodiversité. C’est une demande forte et croissante de la part des investisseurs, soucieux de privilégier des activités soutenables. Les outils financiers ont démontré leur puissance transformatrice, à travers des données ESG fiables et vérifiables, fondamentales pour orienter les investisseurs vers des financements plus vertueux. Parallèlement, les pouvoirs publics ont un devoir de valorisation et d’incitation en faveur de la biodiversité qui peut diligenter l’idéation d’une fiscalité positive.

Le pouvoir politique se doit également d’être un exemple, à travers la poursuite des efforts via la commande publique tels que l’insertion de clauses environnementales exigeantes. Cette conviction gagnerait à être partagée par l’ensemble des institutions publiques. En particulier, l’appui des élus des communes, départements et régions est crucial. Seule une déclinaison jusqu’à l’échelle locale peut être garante d’une efficacité durable.

À la faveur d’une vision commune, les structures de toute taille, privées comme publiques, vont ainsi allier une performance économique conjuguée harmonieusement à une performance écologique. Nous espérons que les tout prochains mois soient le théâtre de prises de décision ambitieuses capables d’enclencher un passage à l’action décisif. Nos sociétés ont l’opportunité et le devoir d’engager une transfiguration complète de notre modèle économique vers une forme compatible avec la préservation et le regain du vivant, avec sa formidable diversité, clé de voûte de la stabilité de notre fantastique planète.

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.