Le verbatim de…Sophie Fay

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Dans l’une de ses Histoires économiques, sur les antennes de France Inter, la journaliste économique de L’Obs Sophie Fay dresse un constat simple : il n’y a jamais eu autant de milliardaires en France. Au gré de la crise sanitaire, le patrimoine des plus riches a encore explosé. Du jamais vu qui interroge sur la capacité de l’État à lutter contre les inégalités et à taxer efficacement ces immenses fortunes.

Le constat n’est pas franco-français, il est mondial. Face aux situations de crise, les inégalités entre les plus aisés et les plus démunis sont criantes de vérité. Et, pendant que des dizaines de millions de personnes basculent dans la pauvreté et le besoin au gré d’une crise de la covid sans précédent, les plus grandes fortunes en profitent pour grapiller encore un peu (beaucoup) d’argent, de patrimoine, d’influence et de toute puissance. Sans en faire plus, ni travailler plus, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy. Notre système économique et financier est ainsi fait. En France, les 500 familles les plus riches possèdent désormais 1 000 milliards d’euros, et leur fortune déjà folle a progressé de 30 % sur la seule année 2020. À lui seul, Bernard Arnault, première fortune française et surtout depuis peu première fortune de la planète (ndlr : il oscille entre les différentes places du podium selon les classements), incarne cette démesure. En l’espace de quelques mois, le patron de LVMH a gagné pas moins de 57 milliards d’euros, et pointe désormais à 157 milliards d’euros de fortune personnelle. Démesuré. Pendant que Bernard Arnault compte ses milliards, la France constate les progrès de la pauvreté. En 2020, on a ainsi dénombré 150 000 allocataire·rices supplémentaires du RSA, enregistré une hausse de 8 % des inscrit·es chez Pôle emploi, un taux de précarité de 52,7 % chez les 15-24 ans.
L’enrichissement des très riches, une archi minorité, et l’appauvrissement des classes populaires, une archi majorité, sont les deux revers d’une même médaille. Sophie Fay s’interroge : que peuvent faire les Etats pour limiter ça ? L’impôt répond-t-elle. Encore faut-il décanter les esprits et ouvrir le débat sur la réinsertion d’un impôt sur la fortune réajustée et de la taxation des gros héritages. Rien n’est moins sûr. ABA

De plus en plus de milliardaires en France

Ensemble, ces 500 familles possèdent 1000 milliards d’euros. L’an dernier la fortune des riches a progressé de 30%, alors même que toute la richesse produite en France – le fameux PIB – a reculé de 8%.
Sur la première marche du podium, on a toujours Bernard Arnault, avec une fortune de 157 milliards d’euros. 57 milliards de plus que l’an dernier. Cela fait de lui l’homme le plus riche du monde, au coude à coude avec le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos. Quand le dollar monte, Bezos passe devant. Quand c’est l’euro monte, c’est l’inverse.
Les cinq premières places sont toutes occupées par des familles du luxe : les Hermès, la famille Bettencourt premier actionnaire de L’Oréal, les Wertheimer, propriétaires de Chanel, et François Pinault, fondateur du groupe Kering. Au total, la France compte 354 milliardaires. C’est le record en Europe. 

Il y a aussi de nouveaux entrants dans ce classement…

Je vous ai quelquefois parlé des licornes, ces jeunes sociétés qui valent plus d’un milliard de dollars ou d’euros, moins de dix ans après leur création. Une vingtaine de fondateurs de licornes figurent dans le classement.
Des noms à retenir comme celui de Victor Klaba, le fondateur d’OVH, qui stocke vos données dans un cloud européen, Stanislas Niox-Chateau, fondateur du fameux Doctolib, Jonathan Cherki, de Content Square, qui aide les marques à améliorer l’expérience client en ligne.
Evidemment, Stéphane Bancel, le patron de Moderna, le laboratoire qui a mis au point l’un des deux vaccins à ARN Messager contre le Covid fait une entrée spectaculaire dans le classement, même s’il vit aux Etats-Unis. Avec une fortune de 5 milliards d’euros en actions, il est à la 25e place.

Ce classement confirme une montée des inégalités par le haut,  jamais vue. 

Que peuvent faire les Etats pour limiter ça ?

La réponse c’est l’impôt : si l’on écoute les économistes, la question n’est pas “faut-il taxer ces fortunes”, mais “comment doit-on les taxer” ?
Certains proposent une taxe Covid exceptionnelle, les Bourses ont monté depuis 18 mois parce que les Etats dépensent pour soutenir l’économie et les banques centrales baissent les taux d’intérêt. ça fait monter la Bourse. Les milliardaires s’enrichissent en dormant. C’est la moindre des choses de leur demander de participer à la solidarité.
D’autres – comme l’économiste Gabriel Zucman –  veulent instaurer un impôt sur la fortune, un peu différent de l’ISF français puisqu’il taxerait beaucoup les fortunes mais au-delà d’une trentaine de millions d’euros. Il y a aussi un débat à avoir sur la taxation des très gros héritages. Pour l’instant toutefois rien ne bouge, car l’influence des ultra riches sur les politiques est telle qu’aucun gouvernement n’ose sauter le pas.

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