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Pour la Banque de France, l’intérêt croissant pour le bitcoin ou d’autres cryptomonnaies se fait au détriment de l’euro.

Année plus que mouvementée pour les cryptomonnaies. Et a fortiori pour le bitcoin, qui s’échangeait à 65 000 dollars mi-avril – un record. Avant de chuter, environ 35 000 dollars fin juin. Pourtant, malgré cette volatilité, les utilisateur·rices se révèlent toujours plus nombreux·ses. Au point d’inquiéter le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Qui plaide pour une règlementation du bitcoin et des cryptomonnaies en général.

800 %. Voilà la hausse enregistrée de la cryptomonnaie la plus connue du grand public, le bitcoin, entre avril 2020 et avril 2021. Pour s’établir mi-avril à un record de 65 000 dollars. Depuis, le bitcoin a plongé. Au global, il aurait tout de même augmenté de 20 % depuis le début de l’année, selon les analyses de Zone Bourse. Une volatilité qui n’empêche pas l’attrait croissant des utilisateur·rices pour les cryptomonnaies : trois fois plus nombreux·ses en deux ans dans le monde, d’après une étude de l’université de Cambridge. Au passage, non pas sans conséquence pour l’environnement. Face à cet engouement, la Banque de France tire la sonnette d’alarme. Et craint de perdre sa « souveraineté monétaire ».

Vers un affaiblissement de l’euro…
Le gouverneur de la Banque de France en est convaincu. Si les Européen·nes plébiscitent toujours plus les cryptomonnaies, cet intérêt se fera au détriment de l’euro : « Qu’il s’agisse des monnaies numériques ou des paiements, nous, en Europe, devons être prêts à agir aussi vite que nécessaire, ou prendre le risque d’une érosion de notre souveraineté monétaire », prévient François Villeroy de Galhau. D’où la nécessité, selon lui, d’une réglementation. A priori contraire au principe même des cryptomonnaies, décentralisées. Mais l’urgence est là. La pandémie a propulsé les paiements numériques sur le devant de la scène. Une progression « deux fois plus vite qu’avant la crise ».

Dans le même temps, le régulateur financier britannique –  la Financial Conduct Authority (FCA) – a interdit la vente d’un certain nombre de produits financiers au Royaume-Uni via la plate-forme de cryptomonnaies Binance. « Binance Markets Limited n’est pas autorisée à exercer une activité réglementée au Royaume-Uni. Cette société fait partie d’un groupe plus large (Binance Group). Et aucune autre entité du groupe Binance n’est titulaire d’une autorisation, d’un enregistrement ou d’une licence au Royaume-Uni », indique le régulateur. Cet exemple montre la volonté des institutions étatiques à reprendre la main sur le monde de la cryptofinance.

Quelle(s) réaction(s) des banques centrales ?
Au-delà de la règlementation, les banques centrales songent à développer leur propre monnaie numérique. En 2019 d’ailleurs, la Banque de France avait lancé le projet d’un « euro digital » ! Une manière aussi d’envoyer à l’époque un message fort à Facebook qui annonçait lancer sa monnaie Libra, connue depuis sous le nom de Diem.

Ailleurs dans le monde, les initiatives fleurissent. En outre, le won numérique coréen et le yuan numérique demeurent déjà disponibles dans les grandes villes chinoises. Même son de cloche au Venezuela, dont la banque centrale nationale a lancé le Petro, une monnaie numérique adossée au cours du pétrole. Mais, en plus des initiatives individuelles, la Banque des règlements internationaux (BRI) invite les banques centrales à collaborer pour gagner du temps. À la Banque de France, on estime que la « perte d’élan de l’euro » due à l’intérêt des cryptomonnaies, se joue maintenant. Dans les « un ou deux ans » qui viennent, anticipe François Villeroy de Galhau.

GW

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