Living labs, clusters, incubateurs… Un rôle de plus en plus important dans l’innovation en santé

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Une analyse signée Valérie Mérindol, Alexandra Le Chaffotec et David W. Versailles, de Paris School of Business. Et publiée par The Conversation.

La crise de la covid a largement mis en lumière l’importance de l’innovation dans le domaine de la santé. Tant pour la recherche clinique (trouver des vaccins, des traitements) que pour l’architecture du système de soin dont la transformation pourrait reposer notamment sur l’intelligence artificielle.

Pour répondre aux attentes toujours plus grandes de la part de la société civile, les écosystèmes d’innovation doivent continuellement s’adapter. Il s’agit en particulier d’élargir le spectre des parties prenantes impliquées dans les projets, de favoriser la coopération entre acteurs publics et privés, et intégrer des approches d’innovation centrées sur les usages. Celles-ci viennent compléter les modèles de gestion de projets plus traditionnels qui se fondent, eux, sur les apports de la science (une approche dite « science-push » ou « techno-push ».

Face aux défis contemporains, nous avons montré dans une étude récente que les écosystèmes d’innovation du secteur de la santé s’appuient de plus en plus sur des organisations intermédiaires. Celles-ci permettent de mettre en relation une grande hétérogénéité d’acteurs et les aident à intégrer de nouveaux modes de travail collaboratifs. Elles fournissent également des services pour accélérer les projets d’innovation comme du conseil pour la certification ou de l’expertise technique et économique.

Ces intermédiaires sont de natures très diverses. On retrouve des bio-clusters comme Genopole, des incubateurs comme Wilco, des living labs comme Allegro, des « company builders » comme Quattrocento et, enfin, des bio-hackerspaces comme la Paillasse. L’hétérogénéité des acteurs se manifeste à travers trois critères : les thématiques couvertes, le portefeuille de services et la nature de l’interaction avec le territoire.

Des aiguilleurs
Cette diversité complique souvent la compréhension de la contribution de ces organisations intermédiaires à la transformation des écosystèmes en santé. Pour la mettre en évidence, nous nous sommes concentrés sur l’importance de deux fonctions.

Les organisations intermédiaires jouent toutes, en premier lieu, un rôle majeur dans la dynamique des acteurs qui concourent à l’innovation. Les sciences de gestion désignent cette fonction comme l’intermédiation de réseau (ou « network brokerage »). Elles ont une position d’intermédiaires dans la construction des stratégies collectives.

Nous avons montré que ce rôle prend des formes variées dans le secteur de la santé. Quand elles se font « médiateurs de relation », les organisations identifient les acteurs pertinents pour construire de nouvelles collaborations, puis les aident à aligner leurs stratégies et visions.

Le Lab Santé Île-de-France, par exemple, anime un réseau de start-up franciliennes du numérique et les aide à « pitcher » leurs solutions en e-santé devant les professionnels du secteur. Il aide ensuite ces acteurs à expérimenter ces solutions en grandeur réelle. Il se présente ainsi en quelque sorte comme un « aiguilleur ».

Les organisations intermédiaires animent aussi des communautés qui s’emparent de sujets plus spécifiques comme des handicaps ou des maladies particulières. Elles y proposent des solutions originales par rapport aux logiques existantes. C’est le cas de I-Care cluster, avec le chapitre Hacking Health de Lyon. À travers d’une série d’événements (ateliers thématiques, hackhathons, bootcamps), I-Care Cluster aide médecins, infirmières, geeks de technologies, designers, spécialistes des technologies médicales, étudiants, et entrepreneurs à « hacker » la santé en travaillant en équipes multidisciplinaires pour tester de nouvelles idées.

Agilité et rapidité
Seconde fonction sur laquelle ont porté nos recherches, les organisations intermédiaires apportent de nouveaux services qui sont autant de briques manquantes pour accélérer les projets d’innovation. Les chercheurs désignent cette fonction comme l’intermédiation de contenu (ou « content brokerage »).

Le living lab cLLAPS de l’ICM illustre cette démarche : au sein de l’hôpital de la Pitié de la Salpêtrière, il propose de gérer des projets d’expérimentation de solutions pour améliorer la prise en charge des maladies de la moelle épinière ou du cerveau. Dans la même logique, Biovalley France, pôle de compétitivité en santé de la région Grand-Est, contribue au développement de PRIeSM, plate-forme de test, d’expérimentation et de gestion de données en santé.

Quattrocento aide, lui, à transformer les idées de l’innovation en entreprises viables dans le secteur des « med techs ». L’entreprise détecte les inventions clés dans les laboratoires de recherche académique, puis construit le processus de maturation technologique en même temps qu’elle structure progressivement un business chargé d’une future commercialisation.

À travers ces deux fonctions, les organisations intermédiaires apportent de l’agilité à un environnement qui en manque. Généralement fondées sur des équipes de petite taille, elles savent adapter assez rapidement leurs services en fonction des besoins de l’écosystème.

Progressivement, elles aident l’ensemble des acteurs à changer, à adapter leur culture d’innovation et leurs pratiques pour identifier et tester les solutions innovantes en lien avec la santé. À voir à l’avenir si elles seront encore plus sollicitées pour accompagner les nécessaires transformations du secteur…

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