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Face au bras de fer sino-américain, l’Europe a une carte à jouer.

L’Europe ne serait-elle que spectatrice du match du siècle qui s’annonce entre les États-Unis et la Chine ? Voilà une des questions posées par La REF Monde, un événement organisé par le Medef mercredi 2 juin et baptisé « La nouvelle guerre des mondes ? ». La pandémie qui dure depuis plus d’un an laissera des traces. Et a démontré que la hiérarchie des grandes puissances mondiales avait bel et bien été bousculée. La Chine semble sortir gagnante de cette crise covid-19. De son côté, l’Europe doit prendre conscience qu’elle a aussi son rôle à jouer.

« On a (re)découvert ces derniers mois qu’on ne produisait plus de paracétamol en Europe ». Une anecdote qui en dit long, pour Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, sur la désindustrialisation du continent et a fortiori de la France. On pourrait y ajouter la pénurie de semi-conducteurs. De petits composants électroniques qui ont ralenti la production de voitures des constructeurs automobiles – et notamment français. La pandémie a révélé les dépendances du continent au reste du monde. Mais les Européen·es ne sont pas « condamné·es à l’impuissance […] Une troisième voie, l’Europe, est possible à côté des États-Unis et de la Chine », lance le ministre des Affaires étrangères  Jean-Yves Le Drian, optimiste.

« Le match n’est pas joué »
Et pourtant, les Français·es en sont convaincu·es. Selon un sondage Ifop, commandé à l’occasion de la REF, plus de 60 % d’entre eux·elles estiment que la Chine se présente comme la première puissance commerciale du monde. Gare toutefois aux raccourcis. Sur le plan commercial, « oui la Chine est la première puissance dans le monde […] Ce qui ne veut pas dire première puissance économique ou même première puissance tout court », nuance André Chieng, vice-président du Comité France-Chine. D’ailleurs, la Chine aussi connaît ses failles. Parmi elles : « Le risque de dérapage à Taïwan, qui serait une immense erreur de la part des Chinois·es […] Et qui obligerait les États-Unis à réagir », pointe Hubert Védrine, l’ancien chef de la diplomatie française. L’ancien sénateur démocrate Chris Dodd l’a rappelé lors de son déplacement à Taïwan en avril, les liens entre États-Unis et Taïwan demeurent plus forts que jamais. En face, la Chine, comme toute grande puissance tentée par la démesure, considère l’île taïwanaise comme une province rebelle à reconquérir.

De leur côté, les États-Unis, première puissance pendant des décennies, « n’acceptent pas de perdre leur trône », insiste Jean-David Levitte, ancien ambassadeur de France à Washington. Contrairement aux Chinois·es, les Américain·es ont des alliés. Non des obligés. En outre, « les États-Unis se retrouvent à la tête du plus grand réseau d’alliances de l’histoire », rappelle-t-il. En parallèle, Biden a succédé à Trump. Or le président américain entend bien régler l’ensemble des contentieux accumulés sous l’ère de son prédécesseur du Parti républicain. En témoigne le retour du pays au sein des Accords de Paris. En outre, les priorités internes de l’actuel président américain Joe Biden auront des répercussions sur le monde et sur… la Chine ! Dans sa volonté de venir au secours de la classe moyenne  –  voire classe inférieure – américaine, dont le pouvoir d’achat peine à décoller depuis trente ans, Biden pourrait aussi rendre service à la Chine. Car pour les plus modestes, une hausse de pouvoir d’achat se traduirait par une tendance à « consommer des produits chinois », anticipe André Chieng.

Des raisons d’y croire pour l’Europe
D’abord sortir du déni avant d’espérer. Sur la gestion de la pandémie par exemple, André Chieng conteste que l’éradication – ou presque – du virus en Chine se réduit à leur meilleure expérience des pandémies : « Le système médical n’est pas plus efficace en Chine qu’en Europe, oui le masque faisait déjà partie de la vie des Chinois·es, mais l’habitude des pandémies joue le rôle d’alibi pour expliquer les mauvaises performances européennes » quant à la gestion de la pandémie. Si l’on vit presque normalement aujourd’hui à Pékin, c’est aussi le fruit d’atteintes fortes aux libertés individuelles, souvent contraires aux principes des démocraties européennes.

Pour avoir une chance d’exister sur la scène internationale, l’Europe doit également s’appuyer sur l’accord historique survenu au mois de juillet 2020. Un plan de relance de 750 milliards d’euros nommé « Next Generation EU » et approuvé par les Vingt-Sept. Bref, un emprunt commun. Pour Enrico Letta, nouveau secrétaire du Parti démocrate (PD) italien, il faut faire de « ce Next Generation EU non pas une simple réponse à la crise covid mais un outil permanent pour l’Europe ! », encourage-t-il. Même si une dette reste une dette : « Attention à ne pas basculer dans l’euphorie, les États membres se rendront vite compte qu’ils ne pourront pas dépenser l’argent à leur guise », tempère Arnaud Danjean, député européen.

Enfin pour l’Europe, l’objectif ne tend pas à « rattraper son retard » mais « prendre de l’avance », estime l’ambassadeur David O’Sullivan. « Pourquoi se concentrer sur le développement d’un cloud européen ? », d’autres opportunités existent. Comme « l’intelligence artificielle ou « toutes les technologies autour de la transition énergétique », ajoute Émilie Mouren-Renouard du groupe Air Liquide. L’Europe a une carte à jouer. Elle devra l’assumer à l’approche d’un rendez-vous majeur pour son avenir… le G7.

GW

 

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