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Voici pourquoi. Géopolitique de la haine ordinaire.

Un article traduit signé Sal – c’est tout ce que l’on saura de son nom –, free-lance américain et aspirant historien. Éclairant.

Le Pakistan et l’Inde : ils détiennent des armes nucléaires…

Avant la domination britannique, l’Inde unie était dirigée par l’Empire moghol. Il régnait une paix relative dans le pays composé d’un groupe d’individus aux ethnies diverses et aux religions très éloignées. La foi intense du peuple se transformait parfois en intolérance envers les autres religions, mais les choses étaient stables, en général. Des souverains comme Akbar le Grand ont tenté d’enseigner la tolérance religieuse et l’inclusion au sein de la population afin de favoriser la paix.
Pakistan

La plupart des gens pensent qu’après avoir fait de l’Inde leur colonie, les Britanniques ont exacerbé les tensions qui avaient été maintenues sous le règne des Moghols. La méfiance a commencé à s’installer et les relations entre hindous et musulmans se sont envenimées au point que le pays a été divisé selon la théorie des deux nations. En août 1947, le Pakistan occidental et oriental et l’Union indienne deviennent des nations séparées, ce qui entraîne des migrations massives d’un pays à l’autre en très peu de temps. On estime que plus de 14 millions de personnes ont été déplacées et ont migré. La violence a rapidement suivi la migration des hindous, des sikhs et des musulmans, et leurs relations autrefois cordiales sont devenues sanglantes. Les deux camps ont tué des centaines et des milliers de personnes et ont laissé un héritage sanglant de haine aux générations suivantes.

Même après la partition, les tensions entre les deux pays ne se sont pas apaisées. Aggravées au contraire lorsque le Cachemire a été intégré à l’Inde (drapeau ci-contre) alors qu’il s’agissait d’un État princier à majorité musulmane. La guerre a éclaté immédiatement après la partition en 1947 pour le Cachemire. Les Nations unies ont fait office de médiateur pour un cessez-le-feu, mais la région est devenue la cause de multiples batailles entre les deux nations, notamment la guerre de 1965 et l’incident de Kargil. Aujourd’hui encore, les tensions au Cachemire ont amené les deux nations au bord de la guerre, ce qui devrait faire frémir tous les habitants de cette planète car ces deux pays possèdent des armes nucléaires. Si une guerre totale éclate entre ces nations, elle pourrait menacer non seulement les habitants du sous-continent, mais aussi l’humanité tout entière.

L’Argentine et le Royaume-Uni : pour quelque 12 000 km2 en Atlantique Sud

Le conflit central qui a envenimé les relations entre l’Argentine et le Royaume-Uni est leur revendication des îles Malouines. Le Royaume-Uni a la mainmise sur ces îles depuis de nombreux siècles. Pourtant, la revendication persistante de l’Argentine sur les îles a depuis longtemps tendu le dialogue entre les deux paris, bien que la communauté internationale soutienne le Royaume-Uni dans sa protestation de souveraineté. L’ensemble du conflit remonte à 1690, lorsque John Strong, un capitaine de la marine britannique, a revendiqué pour la première fois l’île en tant que territoire britannique (il leur donne le nom de Falkland, en honneur à son seigneur). Bien que d’autres pays, comme la France, aient tenté de s’en disputer aussi la souveraineté (d’où leur nom de Malouines, donné par Bougainville en 1764), les Britanniques ont réussi à garder la mainmise sur les Falkland pendant plus d’un siècle.

L’Argentine est entrée en scène plus tard, au début des années 1800, lorsqu’un corsaire américain, David Jewett, a déclaré que l’île faisait partie de la juridiction de Buenos Aires. Très vite, l’Argentine, à l’insu des Britanniques, a revendiqué le territoire et l’a même cédé pour régler une dette, plus de neuf ans plus tard ! Cette initiative de l’Argentine a provoqué la colère de la Grande-Bretagne qui s’est préparée à agir contre ses nouveaux rivaux. La Grande-Bretagne envoie alors sa marine pour reprendre le contrôle de l’île et rétablit rapidement le contrôle sans grande résistance.

La situation semblait maîtrisée pour une Grande-Bretagne toujours jalouse de cette propriété depuis plus de 150 ans. Au cours de la seconde moitié du xxe siècle, les relations entre l’Argentine et la Grande-Bretagne se dégradent à nouveau. L’ONU a tenté d’intervenir et a appelé à des négociations pacifiques entre les deux parties, mais les choses semblaient échapper à tout contrôle. En fait, leur différend est devenu si grave que l’Argentine a envahi les îles en avril 1982. Après trois mois de combats, les Britanniques ont écrasé les forces argentines, expulsé tous les Argentins des îles et donné aux Malouines un statut souverain sous l’œil vigilant du Royaume-Uni.

L’Argentine n’a pas relâché ses efforts pour revendiquer ces terres si proches de sa côte. En 2006, elle en réclame à nouveau la souveraineté et porte même son affaire devant l’ONU en 2009. Les Britanniques et le gouvernement des îles Malouines ont ignoré toutes les demandes des Argentins. Après l’organisation d’un référendum auprès des habitant·es qui révèle que presque tous les résidents souhaitaient continuer à faire partie de la Grande-Bretagne, tout espoir de revendication de l’île du côté argentin semble perdu. Dans une dernière tentative peu convaincante, l’Argentine a affirmé qu’elle était le propriétaire légitime des îles parce qu’elles étaient plus proches d’elle que du Royaume-Uni…

Arménie et Azerbaïdjan : une enclave arménienne dans le territoire azerbaïdjanais

En 2020, au milieu d’une pandémie mondiale, l’Arménie et l’Azerbaïdjan ouvrent le feu l’un sur l’autre. Un épisode de leur guerre de 100 ans…

Après la Première Guerre mondiale, les deux pays sont nés de l’éclatement de la Fédération de Transcaucasie. Ils ont tous deux rejoint l’URSS, qui a créé une zone d’Arméniens de souche à l’intérieur de l’Azerbaïdjan, appelée Nagorny-Karabakh. Cette région fut au cœur des tensions entre ces deux pays, qui ont tous deux revendiqué cette zone. L’Azerbaïdjan estime que, puisque le territoire se trouve à l’intérieur de ses frontières, il mérite de le contrôler, tandis que l’Arménie affirme que la région est majoritairement arménienne et qu’elle devrait donc rejoindre l’Arménie.

Le Nagorny-Karabakh souhaite lui-même l’indépendance, mais l’Azerbaïdjan (drapeau ci-contre) refuse d’en céder le contrôle. Il déclare la guerre en 1988 lorsque le Nagorny-Karabakh revendique son indépendance à l’issue d’un référendum. L’Arménie a soutenu le Haut-Karabakh et a déclaré la guerre à l’Azerbaïdjan, qui a duré six ans et a fait plus de trente mille victimes. Au bout du compte, l’Arménie a pris le contrôle du territoire contesté et a même réussi à s’emparer des terres environnantes en laissant à l’Azerbaïdjan un territoire considérablement plus petit qu’avant la guerre.

Puis le Haut-Karabakh a de nouveau revendiqué son indépendance, mais aucun des deux pays n’a reconnu sa souveraineté. Aujourd’hui, les deux pays refusent de céder sur ce différend. L’Azerbaïdjan affirme qu’aucune solution ne sera trouvée tant que l’Arménie (drapeau ci-contre) ne retirera pas ses forces. De son côté, l’Arménie veut une décision définitive sur le sort du Haut-Karabakh avant de déplacer ses militaires. Si les deux parties s’entêtent, les choses risquent d’empirer dans la région.

La Corée du Nord et la Corée du Sud : frères ennemis

La Corée du Sud et la Corée du Nord se trouvent dans une situation plutôt compliquée. Nombreux sont ceux qui décrivent les deux pays comme des frères étrangers qui ont été pris au piège d’une mauvaise tournure d’événements qui les a dressés l’un contre l’autre. Or ils se sont fait la guerre, se sont traités mutuellement de traîtres à la cause de la Corée. Leur scission semble définitive.

Que s’est-il passé ?

Après la Seconde Guerre mondiale, Kim Il-Sung, qui est devenu plus tard le dirigeant de la Corée du Nord (drapeau ci-contre), s’est rangé du côté de l’URSS et a lancé une attaque contre le Sud après avoir considéré que les Sud-Coréens étaient des conspirateurs et des sympathisants des Japonais. Animé par la volonté de se rendre maître des territoires sud, il a fini par attirer les États-Unis, l’URSS et la Chine dans le conflit, devenu un enjeu de la guerre froide. Alors que les États-Unis soutenaient le Sud, la Corée du Nord affirmait que la Corée du Sud était une « marionnette » des États-Unis et n’appartenait pas aux vrais Coréens (lire demain la suite de l’article). Ce sentiment trouve encore un écho en Corée du Nord.

La Corée du Sud (drapeau ci-dessous) affirme, elle, être le seul gouvernement légitime de la péninsule coréenne. Chaque pays considère l’autre comme illégitime.

De nombreux observateurs pensent que la Corée du Nord agit de manière hostile uniquement pour soustraire le Sud à l’influence des États-Unis. Les dirigeants nord-coréens rappellent la manière dont les États-Unis ont traité des pays comme la Libye et l’Iran. Mais fraternité ou pas, la Corée du Nord menace dans le même temps de lancer des armes nucléaires sur son État voisin.

Le conflit est emblématique de la plupart des différends dans le monde : ils portent généralement sur une parcelle de terre et oppose deux groupes qui vivaient autrefois ensemble dans une paix relative, mais qui, en raison de circonstances radicalement différentes, sont devenus hostiles.
à suivre, Inde contre Chine, Arabie Saoudite et Iran, Grèce vs Turquie, États-Unis et Corée du Nord

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