Perdre son emploi entraîne une baisse de 4% de son niveau de vie, selon l’Insee

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En cas de perte d’emploi, la baisse du niveau de vie apparaît plus forte chez les personnes seules.

Quel impact d’une perte d’emploi sur le niveau de vie*? Si l’on ne cesse de lire, à droite à gauche, pléthore de plans de réorganisation au sein des entreprises – comprenez suppressions d’emplois – difficile d’appréhender les conséquences directes, pour les ménages, qui découlent de ces pertes d’emplois. Danone a notamment rappelé sa volonté d’éteindre 1 850 postes dans le monde à la suite du plan baptisé « Local First », initié par l’ex-PDG Emmanuel Faber, une illustration parmi d’autres. L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), dans une étude publiée le 31 mars, a voulu mesurer l’impact d’une perte d’emploi sur le niveau de vie. Résultat, entre 2011 et 2015, pour les personnes qui ont perdu leur emploi, leur niveau de vie diminue en moyenne de 4 %. Analyse.

« L’année de la perte d’emploi, 11 % des personnes concernées passent sous le seuil de pauvreté monétaire », pointe l’étude de l’institut de la statistique. Soit en dessous de 60 % du salaire médian… donc 1 015 euros par mois (pour une personne seule en 2015). Au global, perdre son emploi revient à voir son niveau de vie s’abaisser – en moyenne – de 4 % l’année du passage au chômage. Même s’il remonte les deux années qui suivent, le niveau de vie ne retrouve pas son niveau antérieur à la perte d’emploi.

Les personnes seules plus vulnérables
La précarité s’accentue d’autant plus pour les personnes seules qui, à l’inverse des couples, peinent à compenser le trou d’air financier qui survient lors d’une perte d’emploi. Et pour preuve, selon l’étude de l’Insee, les personnes seules subissent une chute de 15 % de leur niveau de vie, bien plus que la moyenne toutes catégories confondues, dès lors qu’elles perdent leur emploi. Pire, 24 % d’entre elles passent sous le seuil de pauvreté. Les hommes seuls se retrouvent un peu plus touchés que les femmes seules – quand les hommes voient leur niveau de vie fondre de 16 %, ce même chiffre atteint 14 % pour les femmes confrontées à une perte de job.

Si, au global – au sein des couples –, la baisse de niveau de vie après une perte d’emploi plafonne à 3 %, la « perte de revenu de l’un des conjoints n’est pas amortie de la même façon pour tous les couples », nuance l’Insee, qui montre que le niveau de vie, dans le cas de couples de personnes de sexe différent, se révèle « davantage fragilisé par la perte d’emploi de l’homme ». Sans surprise puisque les hommes contribuent généralement à 62 % des revenus au sein du couple (38 % pour les femmes). On le sait, une différenciation des contributions qui s’explique par la surreprésentation des femmes dans les emplois à temps partiel, elles sont aussi le plus souvent inactives, et last but… subissent encore aujourd’hui des inégalités salariales sur le marché du travail.

Des spécificités aussi selon la CSP
Autre enseignement à tirer de l’étude de l’Insee : plus vous aviez un niveau de vie élevé, plus la chute sera drastique en cas de perte d’emploi ! Par exemple, « -9 % pour les cadres et professions intellectuelles supérieures, -3 % pour les employé·es (souvent des femmes) et -4 % pour les ouvrier·ères », relève l’institut chapeauté par Jean-Luc Tavernier. Cependant, ce sont auprès des catégories socio-professionnelles les plus précaires que le risque de basculer sous le seuil de pauvreté – en cas de perte d’emploi – demeure le plus élevé, « 14 % des ouvriers passent sous le seuil de pauvreté, contre 12 % pour les employés et seulement 5 % des cadres », chiffre l’Insee.

En dehors de la perte d’emploi, l’institut français souligne que le passage à temps partiel débouche sur une perte financière plus modérée – baisse de 2 % du niveau de vie la première année. Des divergences s’observent selon que le temps partiel a été choisi ou subi, l’impact sur le niveau de vie sera alors plus négatif dans le second cas. Ultime constat opéré par l’Insee, passer d’un CDI à un autre type de contrat salarié (comme intérim, CDD ou contrats aidés…) débouche sur une hausse du niveau de vie. Un gain encore plus significatif pour les personnes qui avaient des niveaux de vie bas au départ : « Les plus jeunes (+ 4 % pour les 25-30 ans), les salariés les moins installés dans l’emploi (+ 5 % pour les 40 % qui ont travaillé moins de 300 jours l’année précédente) », note l’étude. « Le passage d’un CDI à un autre type de contrat, à une succession de contrats, voire à un cumul de contrats est en moyenne financièrement bénéfique […] Les indemnités de fin de contrat ou de fin de mission peuvent aussi contribuer à expliquer le gain observé dans ces transitions », avance l’Insee. Bien sûr, l’inverse marche aussi, c’est-à-dire que le passage d’une forme particulière d’emploi (CDD, intérim etc.) à un CDI se traduit en moyenne par une hausse du niveau de vie (+ 5 %). GW

*Le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (UC). Le niveau de vie est donc le même pour tous les individus d’un même ménage.

1 COMMENTAIRE

  1. Merci pour cet article, cependant je m’étonne qu’à aucun moment vous ne parliez de l’indemnisation chômage…ou des indemnités de licenciement qui sont pourtant des paramètres essentiels pour mesurer les conséquences de la perte d’emploi .

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