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Les banques centrales du G20 font le grand écart entre le discours et les actes sur les politiques qu’elles déploient en faveur de l’écologie.

Copie blanche – ou presque – pour les banques centrales du G20 en matière d’écologie. Deux organisations non gouvernementales (ONG) – Positive Money et Reclaim Finance – ont coproduit un rapport qui évalue les banques centrales des vingt pays les plus riches du globe sur l’adéquation de leurs politiques climatiques avec les objectifs des États auxquelles elles appartiennent. Constat pas terrible : aucune banque centrale du G20 n’atteint  la moyenne. Et l’Europe n’échappe pas à ce naufrage collectif…. La Chine et le Brésil s’en sortent le mieux. C’est dire.

Quatre critères ont été retenus par les deux ONG pour juger de la relation entre banques centrales du G20 et environnement : research and advocacy (recherche et plaidoyer), soit les discours pro-climat propres à chaque institution financière, monetary policy (politiques monétaires déployées en faveur du climat), financial policy (politiques financières comme les stress-tests) et leading by example (valeur d’exemple). Or, tous critères confondus, les banques centrales du G20 ne parviennent pas à atteindre la moyenne de 65 sur 130. Ce ne sont pas tant les discours qui manquent… mais les actes, eux, peinent à se concrétiser !

Un manque d’actions concrètes
Exit d’abord les banques centrales de l’Arabie saoudite et de l’Argentine qui se voient sanctionnées d’un « zéro général » par les ONG. Puisque complètement muettes et inactives sur la question climatique. Pour les autres, ce ne sont pas les paroles qui manquent, 14 banques centrales sur 20 bénéficient de la note maximale (10 points) sur la valeur du discours pro-climat tenu par les institutions, le déni semble écarté. Seuls des pays comme la Turquie, l’Inde, la Russie et l’Afrique du sud – en plus des cancres Arabie saoudite et Argentine – ont encore une marge de manœuvre sur ce point. Alors oui, les banques font des efforts de recherche et de sensibilisation, mais dans les faits ? Lorsque l’on se penche sur les politiques monétaires déployées, aucune de ces banques centrales – pourtant parfaitement notées sur leurs discours – n’obtient la moyenne. La note la moins médiocre revient à la Chine (16 sur 50),  même score pour le Brésil… deux pays pourtant connus pour être de grands pollueurs. La réserve fédérale américaine (FED) récolte même un zéro pointé sur ce critère.

« Les banques de l’Eurosystème n’ont mis en œuvre aucune des mesures monétaires et prudentielles nécessaires à la transition. Si rien ne change, la Banque d’Angleterre, qui va bientôt exclure les grands pollueurs de ses achats d’actifs, devrait aisément les distancer », s’alarme Paul Schreiber, de Reclaim Finance. En référence notamment à l’annonce du chancelier britannique Rishi Sunak qui, début mars, précise que le mandat de la Banque d’Angleterre serait modifié afin d’y inclure – explicitement – la durabilité et la compatibilité avec l’objectif britannique d’atteinte de la neutralité carbone. Concrètement, la Banque d’Angleterre va, d’ici au quatrième trimestre 2021, adapter son programme d’achats d’actifs afin de tenir compte de l’impact climatique des émetteurs. Au global, la Banque d’Angleterre se classe au quatrième rang… derrière la Banque de France.

« The Green Central Banking Scorecard », Positive Money, 2021

La Banque de France se distingue
Tous critères confondus, la Banque de France se hisse derrière la Chine et le Brésil, mais reste saluée par les deux ONG, notamment pour ses initiatives qui visent à limiter ses investissements dans les combustibles fossiles. L’institution financière française se distingue aussi sur le critère « valeur d’exemple », première parmi les pays du G20 avec une note de… 8 sur 20. Pâle copie tout de même. Malgré tout, la Banque de France a récemment annoncé la création en son sein d’un centre sur le climat : « Nous avons pensé qu’il fallait monter d’un cran notre organisation », a expliqué en conférence de presse Nathalie Aufauvre, directrice générale de la stabilité financière et des opérations de la Banque de France, qui présidera ce centre. Une structure qui devient opérationnelle à partir du 1er avril, une quinzaine de personnes auront donc pour mission de « poursuivre le travail analytique et de recherche » et ainsi mieux coordonner les actions de la Banque de France en faveur de l’environnement.

Les banques centrales le savent, poursuivre des actions qui seraient hermétiques aux enjeux du changement climatique comporte aussi des risques financiers : « Le changement climatique représente une source majeure de risque systémique, particulièrement pour les banques dont les portefeuilles sont concentrés dans certains secteurs économiques et de façon plus importante, dans certaines zones géographiques », pointe le vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), Luis de Guindos. Encore un bel argumentaire – sans doute très juste – mais qui n’a pas empêché l’institution basée à Francfort d’être rappelée à l’ordre par Positive Money et Reclaim Finance, avec une note globale de 33 sur 130. Fin 2020, la Banque des règlements internationaux faisait allusion à ce risque systémique dans une étude intitulée The Green Swan (le cygne vert) en référence au « cygne noir », la fameuse théorie développée par le statisticien Nassim Nicholas Taleb dans son ouvrage Le Cygne noir : la puissance de l’imprévisible. Or, nous ne pouvons plus dire que le changement climatique – aujourd’hui – endosse ce statut d’imprévisible : 9 cm, c’est l’élévation du niveau moyen des mers dans le monde entre 1993 et 2019, peut-on lire sur le site du ministère de la Transition écologique. Nous sommes prévenu·es, les banques centrales aussi. GW

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