« Le contexte rend quasi impossible la planification du recrutement », Stéphanie Delestre, présidente de Qapa

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Depuis un an, les entreprises sont face au casse-tête du recrutement dans un contexte très incertain. Si certains secteurs ont connu une année 2020 faste et ont accéléré drastiquement leur recrutement, d’autres ont plongé et ne repartent pas. Entre numérisation des sociétés, manque de visibilité et nouveaux besoins nés de la crise, le bouleversement est total et certains profils manquent. Stéphanie Delestre, présidente de la plate-forme de recrutement Qapa, qui a publié son baromètre 2021 des métiers qui vont le plus recruter, revient sur cette nouvelle donne et sur les grands enseignements du recrutement à l’heure de la covid.

Stéphanie Delestre, présidente de la plate-forme de recrutement Qapa

Que retenez-vous de cette première année de crise en termes de recrutement ?
Je dirais qu’il y a deux faits marquants. D’abord des secteurs qui se sont littéralement arrêtés et qui ont beaucoup de mal à reprendre : l’hôtellerie-restauration, le tourisme, l’événementiel, l’aéroportuaire. Ensuite, du côté des candidat·es, on était déjà avant la crise en quasi-pénurie sur certains postes comme préparateur de commande. Il y a également les chômeur·ses qui vont arriver en fin de droit et des salarié·es en chômage partiel depuis plusieurs mois qui pourraient faire l’objet de plans sociaux à court et moyen terme. Se manifeste une sorte d’effet ciseau, entre les secteurs en difficulté qui ne recrutent pas et des candidat·es disponibles en très grand nombre. Il faut aussi penser aux jeunes, pour beaucoup laissé·es sur le carreau et sans perspectives de jobs étudiants. On vit un énorme bouleversement, c’est certain.

Dans ce contexte, certains secteurs ont accéléré leur recrutement ?
On distingue deux secteurs qui s’en sortent très bien et qui ont présenté de gros besoins de recrutement : la logistique et la grande distribution, même si, aujourd’hui, la grande distribution recrute beaucoup moins qu’en 2020 et fait plutôt de la réallocation de personnes en CDI. Il y a eu un pic de recrutement chez les enseignes type Carrefour entre mars et mai, pendant le premier confinement et puis ça s’est vraiment aplani. En revanche, la logistique garde la même cadence. Tout ce qui est stockage et entrepôts, avec d’une part les besoins de la grande distribution et de l’autre l’essor du e-commerce. Maintenant, tout le monde achète en ligne, et tous les organismes impliqués dans cette chaîne, du stockage à la livraison, ont fortement recruté. Les habitudes de consommation ont basculé dans une autre ère et les entreprises s’adaptent.
Notre baromètre des métiers les plus recherchés en 2021 est inédit. Les métiers qui devraient le plus recruter sont, dans l’ordre, préparateur·rice de commande, auxiliaire de vie, manutentionnaire, développeur informatique et maçon.

Quid des métiers de la santé et du service à la personne ?
Il s’agit de deux secteurs qui ne recrutent pas le même genre de profils. La santé recherche principalement des aides soignant·es et des infirimier·ères, et le service à la personne recherche des auxiliaires de vie ou aides à domiciles. Ce qui est sûr c’est que ces deux secteurs recrutent de façon permanente et font face à une certaine pénurie de bons profils. Aussi, dans le service à la personne il existe un turnover très important et beaucoup de temps partiel, le recrutement est donc très fréquent. Il y a tout de même eu un pic de recrutement dans les hôpitaux et les Ehpad entre mai et juillet, notamment pour remplacer des arrêts maladies, mais les deux secteurs sont une sorte de lame de fond, les besoins sont toujours là.

Quels sont les profils qui manquent sur le marché ?
Forcément, des problèmes persistent qui existaient avant la crise. Et certains profils manquent et sont en pénurie. Les postes dans l’ingénierie informatique sont par exemple de plus en plus nombreux. Les candidat·es pas assez nombreux·ses. Il s’agit souvent de postes très qualifiés pour des profils spécifiques. Aujourd’hui, 100 % des secteurs et des industries sont en cours de numérisation et parfois de robotisation. Tout le monde recherche des ingénieurs informatiques pour accompagner le mouvement. Idem pour les métiers de la santé, on ne forme pas assez d’infirmier·ères par exemple.

Comment imaginez-vous la suite à court et moyen terme ?
À court terme, je pense que les entreprises vont reprendre leur recrutement petit à petit, mais ne vont pas recommencer tout de suite à recruter en CDI. Le manque de visibilité et les incertitudes sont encore trop importants. Elles vont beaucoup recruter en CDD et en intérim dans un premier temps, il y a très peu de CDI disponibles. Le pire en économie et pour une entreprise, c’est de ne pas avoir de visibilité. Le contexte rend quasi impossible la planification du recrutement pour la plupart des sociétés, le niveau de flou est assez dingue. Pour autant, même si ça paraît aujourd’hui être une solution de court terme pour les entreprises, l’intérim a chuté de plus de 20 % en 2020. Quand il faut dégraisser, on se sépare des contrats courts en premier.
En définitive, il est très difficile, voire impossible, d’établir des prévisions très précises pour 2021. On a constaté qu’à chaque déconfinement et levée des restrictions, tout repart bien. Il n’en faut pas énormément pour que ça redécolle. Ce qu’attendent les Français·es et les entreprises, c’est que suffisamment de personnes soient vaccinées pour que l’économie, la consommation et l’activité puissent reprendre sereinement et normalement. Et pour que les entreprises recommencent à planifier leur recrutement.

Propos recueillis par Adam Belghiti Alaoui

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