Les victimes de la covid seraient pour certaines « de toute façon » décédées d’une autre cause, selon une étude de l’Ined

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Santé publique France avait estimé à 65 000 le nombre de personnes décédées à la suite de la covid en 2020.

Voilà près d’un an que les Français·es se retrouvent balloté·es entre confinements successifs, couvre-feu et fermetures administratives, et dépendant·es des sauts d’humeur d’une pandémie qui a bouleversé notre façon d’être au monde. Plus de 365 jours que « nous sommes en guerre » contre un virus qui n’en finit plus de muter et dont nos armes – les vaccins – subissent quelques imprévus, en témoigne la suspension de l’AstraZeneca au sein de plusieurs pays. Mais pour quel bilan démographique ? Une étude de l’Institut national des études démographiques (Ined) revient sur le nombre de décès imputables à la covid-19 en 2020. Analyse.

Un énième conseil de défense s’est déroulé mercredi 18 mars en vue de prendre des mesures restrictives supplémentaires et ainsi freiner la propagation du virus, qui s’est notamment accélérée en Île-de-France. Comme un sentiment de déjà vu, le gouvernement français – et il n’est pas le seul – a fait le choix depuis le début de l’épidémie du stop and go pour limiter le nombre de nos concitoyen·nes admis·es en réanimation et a fortiori ne pas voir le nombre de décès s’affoler. D’ailleurs, Santé publique France estimait à 65 000 le nombre de personnes décédées en 2020 à la suite de la covid-19. L’Ined  donne plus de précisions sur ce chiffre.

42 000 décès supplémentaires en 2020
654 000, voilà le nombre global des décès enregistrés en France métropolitaine l’an passé. Soit environ 55 000 de plus qu’en 2019, en hausse donc de 9,2 %. Mais l’institut français précise que parmi ces décès supplémentaires, près de 13 000 s’expliquent – et le phénomène s’observe chaque année – par un vieillissement de la population qui résulte d’une absence de gain en termes d’espérance de vie. Alors restent donc 42 000 décès supplémentaires en 2020, peut-on lire dans l’étude de l’Ined qui en conclut que c’est « 23 000 décès de moins que les 65 000 imputés à la covid-19 en 2020 par Santé publique France ». Et encore, un écart qui serait encore plus élevé si l’Agence de santé avait décompté non pas seulement les décès observés au sein des hôpitaux ou des Ehpad, mais aussi à domicile, un chiffre qui serait ramené à 68 000 – grâce à des estimations en comparaison avec ce qui a été observé dans d’autres pays européens.

Mais comment expliquer cet écart entre les 65 000 (voire 68 000) décès imputables à la covid et les 42 000 décès supplémentaires en 2020 toutes causes confondues ? Comme une erreur dans l’équation. D’abord, penchons-nous sur la comorbidité. On le sait et les professionnels l’ont assez répété, la covid-19 frappe davantage les personnes fragiles et qui sont déjà atteintes d’une autre maladie. Or, « une fraction d’entre elles seraient de toute façon décédées en 2020,  même en l’absence d’épidémie de covid-19 », affirme l’Ined. « On aurait alors attribué leur décès à une autre cause (diabète, maladie cardiovasculaire, insuffisance respiratoire chronique, etc.). Sous réserve de statistiques complémentaires, il est probable que l’on constate un repli du nombre des décès attribués à ces causes en 2020.

D’autres causes de décès en recul en 2020
La grippe saisonnière, elle-aussi, victime de la covid ? À en croire l’étude réalisée par l’Ined, « l’épidémie de grippe saisonnière de l’hiver 2019-2020  n’a pas occasionné de surmortalité notable au début de l’année 2020, contrairement à celle de l’hiver précédent (2018-2019), qui s’était soldée par un surcroît de 12 000 décès, concentrés début 2019, dont environ 8 000 directement attribués à la grippe », rappellent Gilles Pison et France Meslé, les deux auteur·es de l’étude. Recul de la grippe, réduction aussi de la mortalité routière, expliquée par la baisse des déplacements.

Enfin, l’étude de l’Ined fait aussi remarquer que « la répartition par âge des décès dus à la covid-19 est assez proche de celle de la mortalité générale » […] « On a beaucoup dit que les personnes âgées, étaient, de loin, les premières victimes de l’épidémie de covid-19. C’est vrai, mais à peine plus que pour les autres causes de mortalité », ce qui signifie que, comme pour d’autres maladies, la covid-19 provoque des décès chez les catégories de population les plus avancées en âge. Par exemple, 11 % des personnes qui ont perdu la vie en raison de la covid avaient plus de 95 ans (chiffres arrêtés en novembre) – contre 10 % des personnes décédées en 2020 d’une autre cause de décès. La covid suit donc – de façon légèrement plus accentuée – le schéma général de mortalité. « De nos jours, fort heureusement, on meurt la plupart du temps à des âges élevés, rarement dans la jeunesse ou à l’âge adulte », rassure l’institut démographique. GW

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