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Pourquoi l’éviction d’Emmanuel Faber est un sale tour pour les sociétés à mission, pourtant au cœur des modèles d’affaires.

The Good, la lettre d’INfluencia, « le trendmag des influences », résume l’éviction d’Emmanuel Faber de la meilleure des façons au travers d’un éditorial signé Émilie Thiry, en charge du consulting et de la diversification des offres d’INfluencia. Elle dirige The Good, la plate-forme dédiée à la transformation écologique, sociale et solidaire des entreprises et des marques.

L’année 2021 avait pourtant bien commencé pour le Good. Tous les voyants étaient au vert pour accélérer vers une économie plus responsable, les grands argentiers se montrant eux aussi au rendez-vous. Larry Fink, le patron de BlackRock, enfonçait le clou dans sa traditionnelle lettre aux PDG (« Nous pensons également que la transition climatique fait naître une opportunité d’investissement historique »), citant la hausse de 96 % des investissements dans les actifs durables dans le monde en 1 an. Xavier Niel et Mathieu Pigasse lançaient 2MX Organic, leur nouvelle SPAC [Special Purpose Acquisition Company] dédiée aux biens de consommation durables. Bref, finance et développement durable allaient enfin de pair…

Nous célébrions avec joie la 1re année complète de la Loi Pacte. Chaque jour une nouvelle entreprise, grande ou petite, faisait état de sa raison d’être, voire de son passage à l’état de société à mission. Les actionnaires de Danone venaient de voter fièrement, à 99,4 %, la transformation des statuts de l’entreprise en société à mission.

Ce sont ces mêmes actionnaires, qui à travers le conseil d’administration, ont choisi ce lundi d’écarter définitivement Emmanuel Faber de la tête du groupe qu’il a contribué à transformer, suivant le combat de deux fonds activistes contre le PDG. De nombreux observateurs y voient une remise en cause de l’audacieuse stratégie RSE du groupe, incarnée par Emmanuel Faber.

Alors que l’urgence climatique ne fait (presque) plus débat, que la lutte pour plus de diversité et d’inclusion au sein de la société et des sociétés progresse à grands pas, que les consommateurs et les collaborateurs ont définitivement montré leur préférence pour les marques qui s’engagent, nous pensions ne plus avoir à faire la pédagogie de la nécessité d’une transformation radicale des business models, pour des entreprises plus écologiquement et socialement responsables.

Ne laissons pas Danone devenir l’arbre qui cache la forêt des initiatives responsables ni être l’idiot utile de ceux qui ne souhaiteraient pas passer à la vitesse supérieure en matière de transformation durable.

Aux analystes qui pointent l’engagement social de l’entreprise comme raison principale du départ de son Président, n’oublions pas de leur rappeler que le capitalisme social était déjà la marque de fabrique de ses prédécesseurs Riboud & fils… Et que s aussi remises en question le mode de gouvernance de l’entreprise (la concentration des pouvoirs président/DG) et le mode d’exercice de sa fonction par Emmanuel Faber.

À ceux qui seraient « refroidis » par cet épisode, rappelons que les entreprises (et leurs actionnaires) n’ont plus vraiment le choix. Le bien commun doit être placé au cœur des modèles d’affaires. Et les critères extra-financiers doivent être pris en compte au même titre que les critères financiers pour juger de la performance des entreprises.

Continuons de valoriser toutes les entreprises et les marques qui, par les succès qu’elles rencontrent, nous montrent qu’il est possible de faire des profits tout en menant des stratégies et des initiatives durables, d’un point de vue social, sociétal et écologique.

Émilie Thiry
avec l’aimable autorisation d’Isabelle Musnik, fondatrice, directrice de la publication INfluencia.

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