Christine Lagarde, une carrière sans faille

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SPÉCIAL JOURNÉE DES DROITS DE LA FEMME.

En 2020, Christine Lagarde est classée deuxième femme la plus puissante au monde par le magazine Forbes.

Elle a brisé tous les plafonds de verre. Après un parcours d’exception, Christine Lagarde endosse le costume de présidente de la Banque centrale européenne (BCE) fin 2019 et succède à l’Italien Mario Draghi. C’est la première femme à occuper cette fonction. Après le Fonds monétaire international (FMI) ou  le ministère des Finances, Lagarde continue de « pousser les barrières » et d’inspirer toutes ces femmes qui hésitent à se lancer au sein de postes à très haute responsabilité. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, zoom sur l’une des personnalités les plus influentes en Europe.

Première femme présidente du plus grand cabinet d’avocats américain, première femme ministre des Finances d’un pays du G7, première femme directrice générale du FMI et, depuis 2019, première femme présidente de la BCE. Partout où elle passe, la Française est une pionnière. Une novice aussi. Pour la première fois, l’institution basée à Francfort nomme à sa tête une présidente qui ne fait pas partie de « l’amicale des banquiers centraux », contrairement à Wim Duisenberg, Jean-Claude Trichet ou encore Mario Draghi, tous les trois au sommet de leur banque centrale nationale avant d’être propulsés à Francfort. Peu importe, Lagarde a semblé faire l’unanimité, notamment auprès d’une autre femme de pouvoir, Angela Merkel : « Elle a été choisie parce qu’elle a montré un incroyable leadership au FMI, et je pense que lorsqu’on parvient à cela, on peut aussi diriger la BCE », avait expliqué la chancelière allemande en 2019.

Un exemple pour toutes les femmes
Avocate de formation, Christine Lagarde fait de l’égalité femmes-hommes un cheval de bataille. Parce que les femmes ne doivent jamais se sentir bridées. Parce que le plafond n’est « que » de verre et non de fer. Même si – évidemment – l’autocensure et le sentiment d’illégitimité pour les femmes qui aspirent à des carrières réputées « masculines » jouent un rôle – encore trop puissant – aujourd’hui. Mais comment encourager toutes ces femmes à se lancer ? Déjà en 2001, alors qu’elle est interviewée pour la première fois par le journal Le Monde, Lagarde se trouve engagée sur la question de la parité : il faut faire en sorte que les femmes « puissent se diriger vers des disciplines nobles comme les fusions-acquisitions ou la finance […] Elles doivent vaincre leurs inhibitions pour ne pas se cantonner, comme je l’ai fait, aux disciplines féminines comme le droit social », rappelle la titulaire d’un DESS (Master 2) en droit social à l’Université Paris X-Nanterre. Même si son parcours – en partie genré –n’a pas été un frein pour elle dans sa carrière, il pourrait potentiellement l’être pour d’autres femmes.

Un combat qui se poursuivra aussi au FMI. « Quand je suis arrivée ici, j’ai trouvé des penseurs en silo, convaincus que des sujets comme la contribution des femmes à l’économie ou le climat, ou les inégalités de revenus ne comptaient pas », décrivait-elle, en 2014, pour le Financial Times. Certaines paroles de l’actuelle présidente de la BCE sont même restées gravées dans le marbre comme la bombe qu’elle lâche lorsqu’elle revient sur la crise financière de 2008 : «  Si Lehman Brothers s’était appelé Lehman Sisters, la situation des banques en 2008 aurait été bien différente. » Alors, machiste la finance ? Christine Lagarde confirme que l’approche du risque aurait été bien différente si certaines organisations de premier rang faisaient une place plus grande aux femmes.

Discipline et fermeté
Son double échec pour intégrer l’École nationale d’Administration (ENA) ne freinera pas ses ambitions. Lagarde sait ce qu’elle veut. Une ténacité qui l’aura propulsée – et c’est presque de l’anecdotique au regard de son parcours – en équipe de France de natation synchronisée. À 15 ans, elle décroche même une médaille de bronze aux championnats de France. Avant l’obtention de son baccalauréat au Havre, Science Po Aix et deux maîtrises (anglais et droit des affaires) et le fameux DESS de droit social à Nanterre…

À la tête de la BCE, cette fille d’enseignant·es fait aussi preuve de fermeté. Sans langue de bois, Lagarde n’hésite pas à prendre clairement position sur la dette publique, un débat qui fait rage au sein des économistes entre celles et ceux qui seraient pour l’annulation d’une partie de la dette (celle détenue par la BCE) et les autres qui considèrent qu’une dette se rembourse. Eh bien Christine Lagarde, dans un mélange de fermeté et d’humour, a tranché : « Si l’énergie dépensée à réclamer une annulation de la dette par la BCE était consacrée à un débat sur l‘utilisation de cette dette, ce serait beaucoup plus utile ! À quoi sera affectée la dépense publique ? Sur quels secteurs d’avenir investir ? Voilà le sujet essentiel aujourd’hui », lance l’ancienne dirigeante du cabinet américain Baker & McKensie. Christine Lagarde tranche. Sur le bitcoin ? « Ce n’est pas une monnaie », déclare-t-elle début février, « les cryptoactifs, ce n’est pas une monnaie. C’est un actif hautement spéculatif ». Des prises de position assumées qui ont de quoi diviser et attiser les critiques. Mais une bonne séance de yoga – un rituel pour l’ancienne ministre – permettra sans doute à Lagarde de se ressourcer…  GW

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