Chez Danone, Emmanuel Faber perd la direction générale… mais reste président !

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Depuis plusieurs semaines, des fonds d’investissement réclamaient le départ de Faber à la tête du groupe agroalimentaire.

Sans doute un bon compromis pour Emmanuel Faber. Le PDG de Danone, mis sous pression par des fonds d’investissement depuis de longues semaines, abandonne la direction générale du groupe agroalimentaire, mais sauve  – en même temps – son statut de président du conseil d’administration… là était peut-être l’essentiel. Faber, critiqué pour des performances jugées insuffisantes au sein du groupe, sera donc chargé des orientations stratégiques de Danone. Son pouvoir a donc clairement fondu. Pour l’heure, Emmanuel Faber restera PDG tant que son successeur à la direction générale n’aura pas été trouvé.

Une page se tourne pour Emmanuel Faber, directeur général chez Danone depuis 2014 et PDG depuis 2017. Mais le livre ne se referme pas pour autant. Lundi 1er mars, le conseil d’administration a voté en faveur d’une dissociation des postes de président et de directeur général du groupe français. Faber perd la direction générale, mais restera président. Une demi-victoire donc pour Artisan Partners, troisième actionnaire avec 3 % du capital, qui souhaitait le départ pur et simple de Faber à la tête de Danone. Même volonté du côté du fonds activiste Bluebell Capital Partners, basé à Londres et d’envergure plus modeste.

Faber critiqué pour des résultats insuffisants
« Nous restons concentrés sur la préparation de notre retour à la croissance dès le second trimestre (2021) et sommes pleinement confiants que nous créons les bonnes conditions et le bon momentum pour retrouver la croissance rentable dès le second semestre de l’année » : Emmanuel Faber promettait un retour à la croissance en 2021. Mais pour une partie de l’actionnariat, le mal était déjà fait. En 2020,  le chiffre d’affaires du géant agroalimentaire français a reculé de 6,6 %, à 23,6 milliards d’euros. Soit un manque à gagner d’environ 1,7 milliard d’euros par rapport à 2019. Et c’est bien la vente d’eaux en bouteille qui a le plus pâti de la crise, « sévèrement pénalisée par les restrictions aux déplacements liées à la covid-19 », pouvait-on lire dans un communiqué. La tendance à la critique du plastique a sans doute aussi joué un rôle non négligeable sur l’intérêt porté sur les eaux en bouteille. En parallèle, la marge opérationnelle courante, très surveillée par les marchés, a diminué à 14 % contre plus de 15 % en 2019…  signe que la rentabilité se trouve sur la mauvaise pente.

En dehors des résultats, Artisan Partners réclamait l’arrêt du projet Local First, un plan de réorganisation mondiale initié par Faber. Mais sur ce point, le troisième actionnaire du groupe n’aura pas eu gain de cause. Puisque les administrateurs ont rejeté lundi 1er mars une proposition d’interruption de Local First. Le plan avait été lancé en vue de faire face à la crise et de mieux s’armer pour le « monde d’après ». Avec en tête de  dégager 1 milliard d’euros d’économies d’ici à 2023. Une performance qui passe nécessairement – pour Emmanuel Faber – par des suppressions de postes (jusqu’à 2 000) au sein des sièges mondiaux et locaux.

Les actionnaires dans le viseur des syndicats
Cette hégémonie des actionnaires passe mal auprès des syndicats du groupe (CFDT, FO et CGC) : « Moi, que ça soit machin, tartempion ou bidule qui gère l’entreprise, à partir du moment où ils appliquent la même politique qu’on a aujourd’hui, ça nous va bien. Ce n’est pas l’homme qu’on défend, c’est la gouvernance », a déclaré Bruno Largillière, coordonnateur CFDT chez Danone. Qui aurait quand même préféré que Faber reste en place. Pour autant, les actionnaires n’étaient pas si mal chouchoutés jusqu’ici. Dernier exemple en date, le désengagement de Danone du géant chinois des produits laitiers Mengniu. Dont les fruits de l’opération seraient reversés en majorité… aux actionnaires ! Joli pactole puisque la participation du groupe agroalimentaire français dans Mengniu est valorisée à hauteur de 850 millions d’euros. Mais encore une fois, les actionnaires – du moins une partie – s’inquiétaient des résultats de Danone.

Reste alors à trouver le successeur d’Emmanuel Faber… alors que le conseil d’administration a nommé vice-président Gilles Schepp, ancien PDG de Legrand. il exercera aux côtés de Cécile Cabanis, ex-directrice des finances chez Danone. GW

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