À EDF, le projet « Hercule » patauge…

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Depuis le 26 novembre, cinq journées de mobilisation ont été enregistrées en vue de lutter contre la réorganisation entamée du groupe EDF.

Le projet « Hercule » tombera-t-il à l’eau ? L’énergéticien français EDF bataille depuis 2018 pour aboutir à son désir de scission du groupe en trois entités. Problème, EDF patauge. D’abord parce que le groupe s’oppose à la volonté des syndicats et une bonne partie de la classe politique. L’énergéticien attend aussi les négociations qui s’opèrent entre la France et la Commission européenne qui prennent un temps fou ! Depuis le 26 novembre, le personnel d’EDF a enchaîné cinq journées de mobilisation pour lutter contre le projet. Explications.

Hercule, de quoi parle-t-on ? Le géant français souhaite diviser son groupe en trois entités : EDF bleu, EDF vert et EDF azur. La première entité constituerait une entreprise publique et s’occuperait de l’activité des centrales nucléaires. La deuxième serait cotée en Bourse et privilégierait la distribution d’électricité et les énergies renouvelables. Avec l’idée en sous-main d’attirer des investisseurs et ainsi développer le solaire et l’éolien. Enfin, la troisième chapeauterait les barrages hydroélectriques. Un plan de réorganisation complexe qui pose question. Pour l’heure, EDF reste détenu à 83 % par l’État.

La stratégie d’EDF
On sait l’entreprise particulièrement endettée. Un fardeau qui l’empêche à la fois de faire prospérer son parc nucléaire et d’investir dans les énergies renouvelables. Un constat qu’a rappelé le PDG Jean-Bernard Lévy mercredi 10 février devant les sénateur·rices : « Cette réforme “Hercule” est nécessaire parce que notre développement, notre croissance, nos investissements sont gravement entravés par le niveau de la dette que nous avons accumulée depuis des années », défendait-il. Une dette expliquée en partie par le mécanisme Arenh, qui oblige EDF à vendre à ses concurrents à prix fixe une part de l’électricité produite par ses centrales nucléaires, « un mécanisme poison », a estimé Jean-Bernard Lévy. La France voudrait réviser ce prix à la hausse, et discute pour cela avec la Commission européenne. Qui veille notamment à ce qu’une bienveillance à l’égard d’EDF sur tout ce qui touche au nucléaire ne profite pas à d’autres activités. Au détriment de ses concurrents. Éviter ce qu’on appelle les « subventions croisées » !

Une scission en trois entités certes, mais la volonté de poursuivre dans la même direction, avec une stratégie intégrée : « Les  entités ne se font pas concurrence, les salariés du groupe peuvent circuler d’une entité à l’autre […] C’est aussi un groupe qui conserve sa marque, il n’est pas question d’en changer », a précisé le PDG d’EDF.

Une forte opposition
Mercredi 10 février, une nouvelle mobilisation s’est déroulée pour exiger le retrait du projet Hercule, encouragée par l’Interfédérale. De son côté, Antoine Lecacheur de la FNME-CGT estime que ce projet débouchera sur un démantèlement de l’entreprise : « L’objectif de ce projet, c’est de nationaliser les pertes et de privatiser les profits » […] « Toute l’activité nucléaire de production, c’est de nationaliser pour que le citoyen, au travers de ses factures, des taxes et des impôts, paie et entretienne les machines. Et privatiser les profits, c’est d’ouvrir le capital de l’entreprise de distribution d’énergie Enedis aujourd’hui, or c’est elle qui rapporte l’argent », s’inquiète-t-il. Un argument partagé aussi par l’ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot : EDF voudrait-il faire porter aux contribuables le coût du nucléaire – « et ses surcoûts faramineux » – et privatiser des opportunités liées au renouvelable ?

L’un des objectifs aussi pour les manifestant·es serait de retrouver une renationalisation – totale donc – d’EDF. C’est aussi le souhait du député la France insoumise Adrien Quatennens : « Nous nous battons pour deux choses : non seulement pour que Hercule reste au congélateur, mais surtout pour renationaliser et avoir enfin en France un grand pôle public de l’énergie », a-t-il martelé. Pour le moment, le projet qui devait être présenté fin 2019 a pris beaucoup de retard. En cas d’échec, le gouvernement ne voudrait pas du statu quo et plancherait sur un « plan B ». Le projet Hercule a encore pas mal de travaux devant lui… GW

 

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